Il a peur de devenir fou. Que faire

Il a peur de devenir fou. Que faire?

C’est une crainte qui est loin d’être exceptionnelle à l’adolescence, même si elle ne se formule pas toujours aussi clairement. Elle correspond à une peur caractéristique des enfants de cet âge : celle de perdre le contrôle de soi. Elle reflète bien les fortes pressions auxquelles est soumise la personnalité de l’adolescent du fait de la puberté : pression de la montée en puissance des désirs et des appétits en tous genres; pression des contraintes externes et de la nécessité de ménager l’amour des parents; pression liée aux contradictions dont l’adolescent est porteur, à son besoin des autres qui s’oppose à son désir de se suffire à lui-même. Ses contradictions peuvent aisément lui donner le sentiment qu’il ne peut plus les contenir et qu’il va exploser : c’est ce qu’il nomme «folie». L’adolescent aura d’autant plus tendance à exprimer son malaise par une forme de violence explosive qu’il aura plus de mal à mettre des mots sur ce qu’il vit, et donc à le comprendre.

On appelle généralement folie ce que l’on ne comprend pas. C’est dire si cette peur relativement banale est, dans la majorité des cas, bien éloignée de la folie comme maladie. Ce n’est pas une raison pour prendre la crainte de l’adolescent à la légère; la meilleure réponse que l’on puisse lui fournir est de l’aider à comprendre ce qui se passe en lui et à mettre des mots sur ce qu’il ne fait que subir pour enfin l’apprivoiser.

Il surfe sur le Net

Il surfe sur le Net.

Internet représente pour le moment le sommet des moyens de communication modernes. Comme le téléphone, les jeux vidéo, la télévision ou les jeux de rôle, il peut tout à la fois faciliter la communication
– ce qui est théoriquement son rôle — ou être un moyen pour l’adolescent de s’enfermer dans un monde virtuel. Car c’est une forme de communication sur laquelle l’adolescent peut exercer un contrôle total. Il y dispose à la fois de potentialités quasiment infinies et du choix d’y mettre fin à tout moment, sans avoir à en référer à quiconque. Il n’a pas davantage à se préoccuper des effets de son discours ou du contenu de sa communication sur les autres. Il est seul maître à bord, sans aucun adulte qui puisse s’interposer.

C’est évidemment cette toute-puissance potentielle qui constitue le facteur de risque essentiel. Il faut donc éviter que l’adolescent n’en arrive à s’enfermer dans cette activité et qu’elle ne se transforme en une pseudocommunication. Donc, pour que le Net puisse garder son extraordinaire pouvoir d’ouverture sur le monde sans nuire à l’adolescent, il est préférable qu’il demeure un moyen d’échange et de communication avec son entourage. Plutôt que d’interdire ou de critiquer son usage, il vaut mieux que les adultes en fassent l’objet d’un intérêt partagé, au minimum en s’intéressant à ce qu’en dit l’adolescent et au plaisir qu’il y trouve, ou, mieux, en demandant à l’adolescent de les initier à cette nouvelle technologie s’ils ne sont pas eux-mêmes très au fait de la façon dont le Net fonctionne.
Ce qui ne doit pas empêcher les parents de veiller à ce que l’usage de cet outil soit régulé en le restreignant en fonction de l’âge et de la maturité de l’adolescent. Il existe maintenant des moyens, certes toujours relatifs mais tout de même efficaces, d’interdire l’accès à certains sites, et les parents ont tout intérêt à s’en informer. Il est intéressant de voir combien le Net peut permettre à certains enfants qui ont de grandes difficultés à communiquer de trouver un nouveau moyen de communication tolérable par eux, parce que justement maîtrisable, sans liens émotionnels et physiques avec l’interlocuteur. Ce peut être un progrès pour eux. Pour ce type d’adolescents, il faut en accepter l’usage, même excessif, en espérant qu’ils puissent y devenir performants, ce qui deviendra peut-être, dans un deuxième temps, un atout qui leur permettra de mieux s’insérer dans la vie adulte.
Ce qui pourrait ne pas paraître souhaitable pour un adolescent qui a les moyens d’établir avec les autres une communication dite normale peut devenir une chance pour ceux qui souffrent sur ce plan d’un handicap. Cela n’exclut pas bien entendu, même dans ce dernier cas, que les adultes doivent faire effort pour s’immiscer progressivement dans un lien trop exclusif avec la machine.