Elle est victime d'abus sexuels. Que faire pour lui venir en aide

Elle est victime d’abus sexuels. Que faire pour lui venir en aide?

Les abus sexuels sont beaucoup plus fréquents qu’on ne le pense ; ils ont été et restent encore largement sous-estimés. S’ils concernent davantage les filles, les garçons aussi en sont victimes. Ils appellent de la part des adultes une réaction immédiate, la condamnation totale de ce dont a été victime l’adolescent et le dépôt d’une plainte auprès de la justice, tandis que doivent être mises en place des mesures d’aide psychologique. Etre victime d’un abus sexuel a toujours des conséquences négatives sur le développement de la personnalité de l’enfant et de l’adolescent. Ils altèrent
gravement sa confiance dans les adultes, altération qui sera d’autant plus grande que ceux-ci sont plus proches affectivement de lui. Ils sont l’exemple le plus tragique de la perversité dont peut faire preuve l’adulte qui se sert de l’enfant pour satisfaire ses propres besoins au lieu de répondre à ceux de l’enfant, qui est traité comme une chose et non comme un sujet dont les désirs, le corps et l’intimité psychique et physique ont le droit d’être respectés. Qu’un enfant puisse, en apparence, ne
pas protester, voire y prendre du plaisir, ou même se déclarer consentant ne change rien à la gravité du geste et de la violence qui lui est faite. Cette apparente soumission n’est que la preuve de l’influence que peut avoir l’adulte sur l’enfant et de la confiance que celui-ci lui accorde.
Le rôle de l’adulte, quels que soient ses liens avec l’enfant, est de lui donner les moyens de développer pleinement ses potentialités et de se découvrir avec ceux qu’il a choisis, mais sûrement pas d’utiliser son influence pour l’accaparer à son profit. Parce que tout adulte, qu’il le veuille ou non, a une position d’éducateur potentiel vis-à-vis du jeune, il ne peut pas se permettre
d’utiliser cette position d’autorité pour son bénéfice propre au détriment de la liberté de choix de l’enfant, nécessairement déjà faussée par l’ambiguïté du lien qui l’unit à l’adulte. Plus l’autorité liée à ce rôle éducatif est forte, plus la violence morale faite à l’enfant est grande; cela concerne donc bien sûr en premier lieu les parents. Il ne faut évidemment pas mettre sur le même plan ce qui
peut se passer entre enfants ou adolescents du même âge pour lesquels n’existe pas cette relation d’autorité morale. Les jeux sexuels, par exemple la masturbation mutuelle, qui ont lieu sans violence ni pénétration relèvent davantage d’essais et de tentatives de se familiariser avec l’autre sexe et la sexualité que de l’abus proprement dit. Néanmoins, ils ne doivent être ni favorisés ni l’objet d’une complicité tacite des adultes tant que l’adolescent n’a pas atteint sa maturité affective et
sexuelle. Sans jouer sur la culpabilité de l’adolescent, ses parents peuvent lui expliquer la nécessité de savoir respecter l’intimité de chacun et lui montrer que son épa-
nouissement personnel passe par l’apprentissage de l’attente, qu’il doit attendre d’être prêt physiquement et psychologiquement pour pouvoir, plus tard, vivre pleinement sa sexualité. Quant aux relations entre frères et soeurs, il faut rappeler fermement qu’en aucun cas de telles relations ne peuvent avoir lieu entre membres d’une même famille.
Le fait que l’abus reste longtemps méconnu est l’une des difficultés majeures de ce genre de situation. Membres de la famille, amis, voisins peuvent ainsi perpétrer impunément des abus sexuels durant des mois entiers, voire des années, parce qu’ils ont obtenu le silence de l’enfant en jouant de leur autorité, lui ont fait peur, mais aussi parce que l’enfant a honte et craint aussi bien de ne pas être cru que d’être grondé par le parent auquel il pourrait se confier. Il faut savoir alors reconnaître les signaux de détresse qu’envoie l’adolescent : repli sur soi, dépression, mutisme, échec scolaire survenant brusquement de façon inexpliquée, mais aussi formes diverses d’attaques contre le corps (scarifications, tentatives de suicide, amaigrissement ou prise de poids anormaux). S’en inquiéter ne consiste pas à mener un interrogatoire brutal et déplacé, mais à montrer que l’on
se soucie de ce qui a pu blesser ou décevoir l’adolescente victime d’abus afin de la mettre suffisamment en confiance pour qu’elle puisse, plus ou moins rapidement, se confier. Tous les troubles psychopathologiques qui affectent un ou une adolescent(e) peuvent être entièrement créés par des abus sexuels, même s’ils ne le sont pas toujours; ils en sont en tout cas toujours ren-
forcés, sans qu’ils manifestent pour autant de spécificité particulière.

Une fois l’abus découvert, il faut à la fois déposer plainte auprès des autorités légales et recourir à une thérapeutique appropriée. Cette thérapeutique passe par la verbalisation du traumatisme et des émotions réprimées, verbalisation qui doit pouvoir prendre le temps qu’il faudra. L’intervention d’un psychothérapeute est indispensable, car il n’est pas souhaitable que les conséquences de ce traumatisme se règlent uniquement au sein de la famille, même si le coupable en fait partie. Les effets en sont trop complexes pour que les parents soient les seuls confidents de l’enfant abusé. L’importance même des liens affectifs qui les unissent à lui rend indispensable l’intercession d’un adulte à la fois spécialisé et extérieur à la famille, plus neutre affectivement. Car il faut que l’adolescente qui a été victime d’abus sexuels non seulement se libère du traumatisme, mais puisse
s’autoriser par la suite une vie et des relations dont le plaisir ne soit pas exclu.

Doit-on lui dire la vérité

Doit-on lui dire la vérité?

Anotre époque de quête de transparence et de chasse aux secrets familiaux, considérés comme facteurs
de troubles, la vérité est à la mode. Mais quelle vérité ? Et pour qui ? Il est plus facile de proclamer qu’il faut toujours dire la vérité que de la mettre en pratique. Est-ce la vérité par opposition au mensonge ? Est-ce manquer à la vérité que d’user du non-dit et de l’omission ? Il est préférable de toujours dire la vérité aux enfants. Bien des parents sous-estiment leur capacité de comprendre, en particulier quand ils surprennent des conversations entre adultes. Ils pensent qu’ils peuvent inventer n’importe quelle histoire pour cacher ce que les enfants pourraient avoir entendu, sans réaliser que, au-delà des mots, les enfants, et à plus forte raison les adolescents, sont avant tout sensibles à l’atmosphère de la conversation, aux intonations, aux mimiques. Ils décèlent rapidement s’il s’agit de propos destinés exclusivement aux adultes et, le plus souvent, concernant d’autres adultes. C’est cette irruption dans le monde privé des grands qui est excitante, comme à chaque fois que les enfants pénètrent de façon plus ou moins licite sur le territoire des adultes : chambres des parents, armoires ou secrétaires qui leurs sont réservés, bibliothèques… C’est probablement cela qui est le plus nocif pour les enfants et les adolescents : les cachotteries des adultes, les secrets évoqués à demi-mot mais jamais explicités. Il ne faut pas croire que les jeunes ne comprennent rien aux allusions ou ne se posent pas de questions sur la réalité de la vie de leurs parents. En outre, il n’est pas souhaitable d’exciter leur curiosité sans y mettre un terme. Il est toujours préférable de donner un sens clair à ce qui est montré, voire exhibé, même si sa véritable
signification reste cachée.

Il est bon de faire confiance à l’adolescent en lui expliquant une situation, même difficile, le plus simplement et paisiblement possible, avec des mots justes et compréhensibles, en le traitant comme quelqu’un de responsable, une personne à part entière. Doit-on pour autant toujours dire la vérité et toute la vérité ? Non. Parfois, le cas par cas s’avère plus pertinent. En effet, l’enfant, comme l’adolescent, a besoin d’avoir des espaces d’intimité, des zones privées, et de ne pas se sentir obligé de « tout dire » à ses parents. Il n’a pas davantage besoin que ces derniers lui disent tout
et que leur réalité fasse trop rapidement irruption dans sa vie. Reçue trop tôt et trop brutalement, la réalité des adultes peut détruire son intimité et sa confiance. De plus en plus de parents, sous prétexte de vérité, ou plus simplement parce qu’ils sont dans l’incapacité de contenir et de contrôler leurs états affectifs, déversent sur leurs enfants les récits de leur vie intime, affective et parfois sexuelle. Ils les prennent comme confidents et les traitent en fait davantage comme s’ils étaient leurs propres parents plutôt que leurs enfants. Il n’est pas rare de voir maintenant des adolescents, surtout des filles confidentes de leurs mères, remettre leurs parents à leur place de parents en leur faisant remarquer qu’ils ne veulent pas être pris à témoin et parasités par leur vie personnelle.

Watching TV

Elle regarde la télé. Est-ce la meilleure des distractions à l’adolescence?

Il devient vraiment difficile pour un adolescent de ne pas passer son temps devant la télévision, en particulier lorsque ses parents sont absents. C’est en effet une façon de se raccrocher à une présence adulte, avec l’avantage de pouvoir la taire apparaître, disparaître et changer à sa guise. En somme, une présence potentiellement toujours accessible, à disposition, et sur laquelle l’adoles-
cent a tout pouvoir : le rêve ! Mais le rêve, aussi utile soit-il, a besoin de s’allier à
la réalité. Car si l’on reste dans le rêve, il n’y a pas d’apprentissage. Et sans apprentissage, il n’y a pas d’acquisitions et, par conséquent, pas d’autonomie possible. L’adolescent ne pourra alors que se sentir dénué de valeur et de toute confiance en soi, mais pas nécessairement vide de tout. Car cette absence d’acquis exacerbe l’envie de se remplir ; or il est possible de se gaver d’images comme on se gave d’autres substituts tels que la nourriture, les cigarettes ou autres drogues. Pourtant, la télévision est un incomparable moyen d’apprentissage et d’ouverture sur le monde. Comme les livres, mais différemment, parce qu’elle sollicite davantage une certaine forme de passivité : la seule suc-
cession des images fascine et nourrit celui ou celle qui regarde. Il convient donc d’en faire un usage tempéré. Pour cela, l’adolescent ne saurait se passer de limites et de repères ; il conviendra de lui apprendre à sélectionner ce qu’il regarde, à limiter le temps qu’il passe devant la télévision, à confronter ce qu’il y voit à d’autres sources d’information. Se laisser captiver par la télévision est une fuite, voire une évasion, qui risque d’éloigner l’adolescent des véritables enjeux de son âge et le rendre ainsi plus vulnérable à la dépression. Il revient donc aux parents d’en
apprendre le bon usage à leurs enfants – et ce dès leur plus jeune âge – afin qu’une fois adolescents, ils n’en soient pas l’esclave. Pour ce faire, le petit écran ne doit pas être destiné à un usage privé, une pratique solitaire, mais doit être un moyen d’échange avec les adultes.