Les grossièretés font partie de son vocabulaire. Faut-il sévir

Les grossièretés font partie de son vocabulaire. Faut-il sévir?

Moyen classique d’affirmer son émancipation et de marquer sa différence et son territoire, les gros
mots se sont tellement banalises dès la petite enfance, du moins dans les cours de récréation, qu’ils ont perdu leur pouvoir de choquer. II n’apparaît donc pas souhaitable de leur redonner de l’importance. Cependant, il peut être bénéfique que les adultes donnent l’exemple et affirment, sans s’énerver, que l’usage des gros mots n’est pas indispensable pour manifester son indépendance d’esprit ou son pouvoir et qu’il relève d’un manque de respect de soi et des autres. Beaucoup pressentent que la dérive actuelle de l’expression verbale chez les jeunes n’est ni un facteur d’épa-
nouissement ni un facteur de plus grande liberté d’expression. Elle conduit plutôt à une surenchère verbale, souvent pauvre et répétitive, qui amènent ces jeunes à l’abandonner pour se mesurer dans la violence physique. Les règles de politesse étaient une médiation qui obligeait les personnes à se contenir et à respecter les limites et la personne d’autrui. L’absence de limites dans l’expression verbale laisse chacun à la merci des attaques de l’autre, la meilleure façon de se prémunir de ces attaques paraissant être d’attaquer plus vite et plus fort. On assiste ainsi, dans les cours de récréation, à de tristes scènes d’échanges de grossièretés chez les enfants de 3 à 10 ans. S’ils ne savent pas ce que signifient les mots qu’ils prononcent ou qu’ils entendent, ils savent qu’ils sont
destinés à blesser et à humilier ceux auxquels ils sont les plus attachés, leurs parents. Ne pas réagir, c’est favoriser une éducation par le mépris de l’autre qui affectera particulièrement les plus vulnérables, c’est-à-dire les enfants n’ayant pas une famille suffisamment structurée pour leur
permettre de relativiser ces propos et de s’en dégager. Certains vont aborder l’adolescence dans l’idée qu’il faut mépriser l’autre pour ne pas être soi-même méprisé. Cette culture du mépris conduit à le focaliser sur les différences, et notamment sur une des différences essentielles : la différence des sexes. Car c’est la plus facile à saisir. Elle présente l’avantage de s’appuyer sur une différence physique, aisément identifiable, très marquée culturellement par des stéréotypes qui per-
mettent de séparer le fort et l’actif, associés au masculin, du faible, du passif, de l’émotif, associés au féminin. Ce sont donc surtout les garçons qui méprisent et injurient les filles, mais aussi tous ceux qui présentent des différences visibles : les garçons qui semblent efféminés, ceux d’une autre race, voire les handicapés. Mais pas n’importe quels garçons. Ceux justement qui se sentent si peu confiants et sûrs d’eux-mêmes qu’il leur faut sans cesse s’assurer qu’ils ont en face d’eux quelqu’un qu’ils jugent inférieur par peur de l’être eux-mêmes. Or ces garçons vulnérables, très marqués par l’insécurité dont ils sont victimes, par leur incapacité d’attendre et de se contrôler, par la dépendance et les carences affectives qu’ils ont subies dans leur enfance, vivent dans la crainte de montrer leurs faiblesses et de laisser parler l’enfant blessé qu’ils ont été et sont encore. C’est tout cet infantile (c’est-à-dire ce qui provient de l’enfance), ressenti par eux comme enfantin et donc incompatible avec l’image qu’ils veulent se donner d’eux-mêmes, qu’ils vont projeter sur l’autre.
En le projetant sur le féminin, ils s’en garantissent à bon compte, puisque eux-mêmes sont des hommes. D’autre part, cette projection les rassure, leur permettant d’établir une relation, éventuellement sexuelle, avec une jeune fille qu’ils puissent garder sous contrôle. La véritable différence homme-femme s’est effacée au profit d’une pseudo-différence où les garçons s’effor-
cent d’échapper au même, c’est-à-dire au féminin en eux, en opposant ce qui serait le supérieur, le masculin, à la féminité jugée inférieure.

La dépression de l'un de ses parents peut-elle avoir une influence sur son développement

La dépression de l’un de ses parents peut-elle avoir une influence sur son développement?

On n’est pas coupable d’être déprimé. Cependant, on a le devoir de se soigner et de faire en sorte
que la dépression dure le moins longtemps possible. En effet, cette maladie a toujours des répercussions pénibles sur l’entourage, en particulier sur les enfants et les adolescents. Tout ce qui affaiblit leurs parents est angoissant pour eux. Ils peuvent y voir, inconsciemment, un effet de leurs appétits à grandir et à s’emparer de ce qui fait la force des adultes, comme si le développement de l’un provoquait l’affaiblissement de l’autre… Et ce sera d’autant plus vrai que l’adolescent sera plus dépendant affectivement du parent déprimé. Il n’est d’ailleurs pas rare que ce fantasme entre en résonance avec la réalité. En effet, la dépression d’un parent est fréquemment en lien avec une crise du couple, favorisée par la perspective du départ de l’adolescent. Par ailleurs, la dépression d’un parent renvoie l’enfant à son incapacité à assurer, par sa seule présence, le bonheur de celui-ci. C’est une blessure narcissique qui contribue à relativiser le rôle et l’importance de chacun pour son entourage. Enfin, elle interroge toujours l’adolescent sur le sens de la vie, son intérêt et ce qui motive chacun. Même s’il se refuse à le dire, et parfois même à le
penser, un adolescent perçoit toujours la dépression d’un parent. Pour en limiter les effets, forcément nocifs, le mieux semble être de pouvoir la nommer, en expliquer le sens, les implications et le traitement possible, même si ces explications ne sont pas totales. Au-delà du dialogue, le meilleur moyen de limiter les effets d’une dépression est d’en guérir, histoire de prouver que l’on peut s’en sortir si l’on fait ce qu’il faut. Autrement dit : le premier devoir d’un parent est de
reconnaître sa dépression et de se soigner…