Les adolescents «tranquilles» ratent-ils leur adolescence et y aura-t-il des conséquences sur leur avenir

Les adolescents «tranquilles» ratent-ils leur adolescence et y aura-t-il des conséquences sur leur avenir?

Non. Il n’est pas nécessaire que l’adolescence soit bruyante, conflictuelle, faite d’oppositions et de souffrances pour qu’elle soit réussie. C’est même plutôt le contraire ! Les études actuelles sur le devenir des adolescents montrent clairement que les adolescences difficiles sont celles qui conduisent au plus grand nombre de maladies mentales et de troubles de la personnalité chez l’adulte. L’image de l’adolescent tourmenté, malheureux, en proie à des idées de suicide, en perpétuelle révolte, correspond à une vision romantique de l’adolescence qui ne reflète pas la majorité des situations. Et quand c’est le cas, cela doit être plus un motif d’inquiétude que de satisfaction.
Cependant, la visible tranquillité d’un adolescent n’aura pas la même signification selon qu’il vit dans une famille ouverte, c’est-à-dire dans une atmosphère de confiance réciproque encadrée par des règles de vie lui permettant de se sentir à l’aise avec ses camarades, ou qu’il se soumet à des contraintes et des pressions éducatives d’un autre temps qui le mettent en porte à faux par rapport à son groupe d’âge. Dans le premier cas, il s’agit de la tranquillité naturelle d’un adolescent équilibré qui évolue dans un milieu favorable à son épanouissement. Dans le second, la tranquillité, apparente, se fait au prix d’une répression des désirs propres de l’adolescent et de sa marginalisation au sein de ses camarades. Entre ces deux situations, tous les intermédiaires existent. Mais ce qui distingue la tranquillité de bon augure et celle qui met en péril l’avenir de l’adolescent reste la question : cette tranquillité s’accompagne-t-elle ou non d’un épanouissement des potentialités de l’adolescent?

Car la tranquillité peut être une forme de dépression, voire l’expression d’une maladie mentale sévère telle que la schizophrénie. L’adolescent est jugé tranquille par son entourage parce qu’il ne fait pas de bruit, respecte les conventions et n’a pas d’exigences particulières. Mais, en fait, il est isolé et coupé des autres. La tranquillité n’est alors que l’expression d’une absence d’élan vital, d’un manque de contact très inquiétant, qui nécessite que l’on s’en préoccupe et que l’on aille au-devant de l’adolescent pour l’aider à sortir de son enfermement. Celui-ci peut en effet mener à certaines situations tragiques, quand, par exemple, un adolescent commet un acte insensé, violent, contre lui-même, contre les autres ou contre les deux. Cet adolescent était pourtant réputé sans histoire, particulièrement tranquille, et apparemment sans problème. Mais l’on s’aperçoit qu’il
s’agit en fait d’un garçon solitaire, et que ce que l’on prenait pour de la tranquillité, de la passivité, était en réalité un profond isolement dans un monde personnel imaginaire très inquiétant… Isolement qui contribuait à rendre la communication avec lui de plus en plus difficile, jusqu’à ce que l’acte brutal vienne révéler au grand jour l’ampleur du drame.

De tels cas restent cependant exceptionnels. Plus nombreux, en revanche, sont les adolescents dont l’apparente tranquillité cache une totale absence d’autonomie vis-à-vis de leurs parents, la crainte de se différencier et de se séparer d’eux. Sans être pathologique, la situation peut devenir préoccupante dans la mesure où, à cet âge plus qu’à tout autre, la stagnation est une régression. En
outre, la peur renforce la peur, et la peur de l’inconnu, de la nouveauté, conduit ces adolescents à s’enfermer dans leur famille et à redouter toute confrontation avec le monde extérieur. Ce qui donne alors inévitablement lieu à une régression affective empêchant le plein développement de leurs capacités.

Lorsque ces situations s’enkystent, elles ne permettent aucune forme d’expression directe de l’agressivité minimale nécessaire pour se différencier et acquérir une certaine autonomie. Au contraire, cette agressivité se retourne contre l’adolescent lui-même. Elle peut se traduire de différentes façons, qui auront cependant toutes en commun un sentiment d’insatisfaction. Il peut s’agir de désordres corporels, d’une fatigue chronique, de douleurs ou de troubles de tel ou tel organe ou de telle ou telle fonction (et plus particulièrement de la digestion). Cela peut être également une dépression plus franche, des troubles alimentaires, une tentative de suicide ou une tendance à l’alcoolisme. Si bien que la cohabitation devient progressivement un enfer dont tout le monde pâtit et dont il est d’autant plus difficile de sortir que la montée des rancœurs et des déceptions accroît la crainte de rompre le lien, renforçant l’agrippement réciproque des parents et des adolescents. En fait, une telle situation régressive ne peut s’installer sans une complicité parentale inconsciente. Les parents établissent avec leur enfant les liens régressifs qu’ils auraient eux-mêmes souhaité avoir avec leurs parents.

Trop bruyante ou faussement tranquille, comment reconnaître une adolescence à problèmes ? La réaction
ne doit pas trop attendre. Mais, attention, il n’est pas sans risque non plus de s’inquiéter à tort. Autrement dit : la dramatisation intempestive des difficultés, même réelles, d’un adolescent peut lui paraître exaspérante ou, pire, contribuer à les installer de façon durable. En cas de doute, mieux vaut recourir à l’avis d’un spécialiste que de laisser l’inquiétude croître, l’atmosphère s’alourdir et la situation se détériorer. Mais certains continuent à redouter la consultation d’un «psy» comme si c’était avouer une «folie» possible. On retrouve chez les parents cette crainte si fréquente chez l’adolescent de perdre le contrôle de soi-même et de la situation. La crainte est d’autant forte qu’elle demeure plus imprécise quant à son contenu. Comme un paratonnerre ou un aimant, elle vient condenser autour d’elle toutes les peurs anciennes et présentes. Comme si, en parlant des inquiétudes que suscite l’adolescent, on allait ouvrir la boîte de Pandore d’où sortiront pêle-mêle les blessures
et traumatismes de l’enfance, les secrets de famille, les troubles psychiques cachés, les actes inavoués, les fautes que l’on se reproche, les déceptions et les rancœurs accumulées, au sein du couple notamment.
Cette crainte est mauvaise conseillère. Elle contribue à aggraver le sentiment de menace qui, à lui seul, a un effet pernicieux sur l’adolescent. Il faut rétablir un climat de confiance, ne serait-ce que dans la capacité des parents à faire face, au besoin avec l’aide d’un appui extérieur. Un avis n’est pas toujours nécessaire, mais jamais nuisible en lui-même. Laisser la situation pourrir n’est par contre jamais bénéfique.

Il est victime de racket au lycée. Comment l'aider

Il est victime de racket au lycée. Comment l’aider?

Ce qui paraît le plus intolérable dans le racket lorsqu’il a lieu entre adolescents, c’est ce qu’il signifie de démission de la part d’adultes qui ne sont plus capables de protéger leurs propres enfants. Et ce dans un lieu, l’école, qui se veut le temple de l’éducation. Le racket est générateur d’une insupportable violence qui s’exerce a un triple niveau : celui du vol lui-même qui dépouille l’adolescent de ce qui lui appartient, celui de la honte ressentie par l’adolescent contraint de subir
passivement ce vol et confronté à son impuissance, et enfin celui de l’impuissance des adultes. On ne peut banaliser le racket sous prétexte que la valeur des objets dérobés n’est pas très importante. C’est la situation en elle-même qui est grave. Les parents d’un adolescent victime de racket doivent le lui affirmer et partager avec lui ce qu’il peut ressentir, en le verbalisant au besoin pour lui s’il ne peut y parvenir seul. Il faut cependant faire attention à ce que l’on nomme racket : un conflit entre jeunes au cours duquel sont pris à l’un d’entre eux quelques billes, un jeu sans grande valeur ou quelques babioles n’en est pas un. Si ce conflit s’est déroulé entre copains, il doit se résoudre entre eux. Par contre, tout autre est la situation où un enfant plus grand et plus fort
que lui, voire un groupe, usent de cette position dominante pour menacer l’enfant et le prendre en otage, même si la valeur de ce qui lui est demandé n’est pas élevée. La violence qui lui est faite est inacceptable. De même, il faut mettre un terme, et faire en sorte qu’elle soit sanctionnée
le plus vite possible, à toute situation où l’enfant serait contraint de faire quelque chose qu’il ne souhaite pas faire ou placé dans une position de bouc émissaire. Cette situation est toujours blessante pour celui qui en est victime, comme peuvent l’être certains bizutages, et à ce titre constitue un risque potentiel de traumatisme.

Mais comment, le soutien et la compréhension étant indispensables mais pas suffisants, réagir plus vivement ? Puisque cette situation doit cesser au plus vite, comment procéder? Car il est de notoriété publique que les parents sont pratiquement démunis et que leurs tentatives d’action peuvent se retourner contre l’enfant. L’école elle-même ne sait pas toujours comment procéder, les racketteurs pouvant venir de l’extérieur. Certains parents en sont réduits à changer l’adolescent d’établissement, ce qui peut apparaître comme une démission devant la violence, mais ce qui est sûrement préférable à sa perpétuation. Pour résoudre cette situation, il faut certainement qu’ait
lieu une concertation entre adultes : parents, école et police. C’est la fermeté et la cohérence de ce travail de groupe qui peuvent seules mettre un terme à une pratique assimilable en dernière instance à une forme de terrorisme.

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux?

Le fait de s’enfermer dans un comportement est toujours dangereux, quel que soit l’âge. Il en est ainsi
des jeux de rôle, d’autant qu’ils correspondent à des tentations par lesquelles l’enfant a été fortement attiré : celle, en particulier, d’imaginer des histoires qui mettent en scène ses désirs cachés, vécus comme interdits. L’imaginaire est, pour l’être humain, une soupape qui lui permet de décharger ses émotions, mais aussi de se donner à lui-même une représentation de ses désirs, qui sans cela pourraient devenir écrasants et dangereux. C’est une manière de se familiariser avec eux, de les
apprivoiser et de les intégrer à notre vie. Toutefois, au lieu d’être un outil d’adaptation, le jeu peut se clore sur lui-même et devenir un autre monde sans liens avec la réalité quotidienne. Plus celle-ci sera insatisfaisante, génératrice de déception et d’angoisse, plus la tentation sera grande de se réfugier dans cet autre monde, celui d’un imaginaire qui ne connaît pas de limites. Il pourra alors être d’autant plus difficile d’y résister pour l’adolescent qu’il sera entraîné dans son repli par des adultes, dont il croit qu’ils le guident, et/ou par des camarades, doubles rassurants de lui-
même. C’est le propre de toute dérive de type sectaire. Certes, les jeux de rôle ne relèvent pas pleinement de cette dernière, mais ils s’en approchent. Leur phraséologie pompeuse, leurs références au passé, le fait qu’ils aient été construits et ordonnés par les adultes qui les ont créés facilitent cette dérive. Enfin, c’est une activité d’initiés et une activité de groupe qui engendre de puissants effets d’entraînement.

Certains adolescents qui s’y sont laissé entraîner ont vu leur comportement évoluer vers un état psychotique, voire même parfois suicidaire. Cette évolution reste cependant l’exception et le fait déjeunes souffrant déjà de difficultés d’ordre psychopathologique. Toutefois, s’adonner à un jeu de rôle a pu contribuer à aggraver ces difficultés, et surtout à donner l’occasion à ces adolescents d’éluder les soins qui leur auraient été nécessaires. Tandis que d’autres adolescents, sans atteindre ces extrêmes, se sont laissé capter, piéger, et ont progressivement perdu tout intérêt pour la vie ordinaire, qu’elle soit familiale, scolaire ou amicale. Un tel comportement doit inquiéter les parents suffisamment tôt, c’est-à-dire avant que l’adolescent ne se soit trop éloigné de ses proches et autres relations habituelles. Mais ils ne doivent pas nécessairement réagir par la brutalité. Au
contraire, ils doivent réintroduire le jeu de rôle dans les échanges quotidiens pour en parler, mieux le connaître peut-être, ne pas l’isoler des autres intérêts possibles de l’adolescent comme s’il s’agissait d’un monde à part, ineffable, que seuls les initiés peuvent comprendre.

Les rapports avec les beaux-parents sont-ils plus difficiles à établir

Les rapports avec les beaux-parents sont-ils plus difficiles à établir?

La multiplication des familles recomposées rend cette question de plus en plus actuelle. C’est une source habituelle de plaintes, de revendications et de conflits interminables. Néanmoins, les beaux-parents ne créant pas des liens de dépendance et de contrainte aussi forts que les parents réels, ils suscitent en réalité moins de problèmes et moins de conflits qu’il n’y paraît. D’ailleurs, la plupart des conflits ne prennent d’importance que par rapport aux parents réels. Cela ne signifie pas que le beau-parent d’un adolescent ne peut pas être plus important pour ce dernier que son père ou sa mère, ni ne peut pas jouer un rôle plus déterminant pour son devenir. Ce n’est bien sûr pas exceptionnel. Mais, même dans ce cas, quand cela «marche» avec un beau-parent, cela marche d’autant mieux que ce n’était pas évident a priori. On se dit alors, et l’adolescent le premier, que c’est d’autant plus
remarquable que ce n’était pas gagné d’avance. Tout le monde s’exclame admiratif : « Il compte autant que si c’était son père ou sa mère. » Ou : «Il est encore plus attaché à son beau-père qu’à sa mère. » Or c’est justement parce qu’il n’apparaît pas aussi naturel d’aimer son beau-père ou sa belle-mère que son véritable père ou sa véritable mère que c’est, par bien des côtés, plus facile pour l’adolescent. Plus facile parce que voulu, accepté, voire même choisi en raison des qualités du beau-
parent. On ne choisit pas son père ou sa mère. L’adolescent peut avoir le sentiment sinon de choisir le beau-parent, le plus souvent imposé par le parent avec lequel il vit, du moins de choisir la nature de la relation qu’il va avoir avec lui.

La situation est toutefois différente quand le beau-parent a élevé l’enfant depuis sa naissance, ou très précocement. On se retrouve dans une situation proche de l’adoption, Mais, dans la majo-
rité des cas, le beau-parent est apparu tardivement, et souvent alors que la personne qu’il remplace, le père ou la mère, est toujours vivante et parfois a, elle aussi, reformé un couple. Dans ce cas, la bonne entente comme la mauvaise se perçoivent en fait plus vivement. Le rejet du beau-parent, certes parfois favorisé par une attitude inadéquate, correspond au moins en grande partie à un conflit avec les parents réels. Le beau-parent est souvent ressenti comme un usurpateur ayant volé le parent réel, l’adolescent ayant le sentiment qu’il lui a été préféré. Il se pose alors plus en rival du beau-parent que dans une position filiale et déplace sur ce dernier sa rivalité avec l’autre parent.
C’est donc, en général, davantage aux parents qu’aux beaux-parents de se mobiliser pour résoudre ou
atténuer le conflit. Or, trop souvent, les parents se font le complice involontaire de cette situation sous le prétexte qu’il paraît normal que le beau-parent soit difficilement accepté par l’adolescent. En fait, c’est en annonçant calmement, mais fermement, la réalité de la situation que
le parent aidera réellement l’adolescent à retrouver des rapports paisibles, au prix cependant d’explications et de conflits. Malheureusement, les parents tendent à éviter ces discussions, en partie souvent parce qu’ils se sentent en fait coupables « d’avoir fait ça » à leur enfant.