Ses parents viennent de se séparer...Quels vont en être les retentissements

Ses parents viennent de se séparer…Quels vont en être les retentissements?

La séparation des parents s’est considérablement banalisée depuis quelques décennies, mais n’en reste
pas moins un événement douloureux, voire traumatique pour les enfants. Elle atteint la famille en son cœur et dans ce qui est son essence même : la continuité du lien. Elle confronte chacun à une des angoisses humaines les plus profondes : la crainte de la séparation. Elle déchire les enfants en les obligeant à se demander : « Qui préfères-tu de papa ou de maman ? » Mais aussi : «Pourquoi ne suis-je pas suffisamment important pour que papa et maman choisissent de rester ensemble et préfèrent ne pas se séparer ? Pour qui ?
Qui est plus important que moi, leur enfant?» Les parents le savent bien, et aucune séparation ne se
fait sans culpabilité. Peut-être est-ce pour cela qu’ils s’inquiètent plus pour leurs enfants que les autres et consultent davantage. On a pu en déduire que cela favorisait le dépistage des difficultés et faisait croire, à tort, que ces enfants sont plus souvent perturbés que ceux dont les parents vivent ensemble.

Quoi qu’il en soit, la séparation des parents représente un facteur de risque. Elle confronte en effet les adolescents les plus vulnérables, restés plus dépendants affectivement de leurs parents, à une réalité qui va entrer en résonance avec des conflits intérieurs et les renforcer. Les conditions de séparation et le climat affectif entre les parents sont des paramètres essentiels quant aux conséquences. Mais il ne faut cependant pas croire, parce que tout se passe au mieux, voire qu’il s’agit d’un consensus, que l’événement sera sans conséquences. Si le maintien de relations d’estime et de respect entre les parents est capital, un accord trop manifeste peut inquiéter l’adolescent à plus d’un titre. Il peut lui donner le sentiment d’être le seul à souffrir, que cette souffrance est injustifiée et l’amener à se sentir incompris etabandonné. Il peut également s’interroger sur la nature du lien qui unissait ses parents, sur la réalité de leur amour avec, comme analyse, le sentiment que finalement les liens sont factices, hypocrites et que, s’il en est ainsi entre ses parents, pourquoi ne serait-ce pas la même chose entre eux et lui…

Autrement dit, si les parents doivent veiller à ce que leur rapports restent dignes et respectueux, dans le souci de préserver leur enfant, cela ne suffit pas. Us ne doivent jamais oublier que leur enfant est une personne bien distincte et que, en conséquence, il ne vit pas nécessairement les événements de la même façon qu’eux et n’éprouve pas les mêmes émotions. Ils doivent donc être à l’écoute de leur enfant, accepter ses sentiments et son point de vue. Il est normal que l’adolescent réagisse, qu’il puisse être triste et malheureux, qu’il ne comprenne pas ses parents. Ce n’est pas
pour autant qu’il faille dramatiser ces réactions et, surtout, que les parents se croient obligés de changer leur propre point de vue.

Accueillir l’adolescent, c’est accepter sa différence sans chercher à la gommer, notamment en renonçant à ses propres idées…

Pourquoi déteste-t-il son corps

Pourquoi déteste-t-il son corps?

C’est un fait : un certain nombre d’adolescents n’aiment pas leur corps et ne sont pas à l’aise avec lui. Ce malaise peut aller jusqu’au rejet complet, voire jusqu’à une véritable haine soit du corps dans son ensemble, soit de l’une de ses parties. Cette focalisation du rejet est bien connue des psychiatres qui l’appellent dysmorphophobie, c’est-à-dire phobie (qui signifie peur mais aussi rejet) de l’apparence, de la forme. Les appendices naturels du corps (nez, oreilles, bouche, mains, pieds) ou les parties plus nettement sexualisées (seins, fesses, hanches) sont l’objet privilégié de ces rejets. L’acné, fréquente à cet âge, peut servir de point de départ à une réaction de rejet du visage et parfois du corps dans son ensemble. Il faut la traiter et éviter qu’elle ne devienne une obsession, souvent aggravée par le comportement paradoxal des adolescents, qui ne peuvent s’empêcher de toucher à leurs boutons tout en s’en reprochant les conséquences. Mais la silhouette, le poids, la taille peuvent également être l’objet de critiques qui prennent souvent un caractère obsédant. Les adolescents qui rejettent tout ou partie de leur corps ont le sentiment qu’ils ne pourront mener une vie heureuse tant que persistera ce qui leur apparaît comme une anomalie. L’intervention chirurgicale est de plus en plus souvent vécue par ces adolescents comme le seul recours possible. Mais le malaise est souvent plus difiiis : il se traduit par le besoin de cacher ses formes sous des vêtements trop
amples, la difficulté de se mettre en maillot de bain ou encore le besoin de porter les tenues les plus neutres possibles. Comme toujours, la réaction contraire peut être, en réalité, le signe du même malaise : les adolescents qui cherchent à attirer l’attention par une tenue vestimentaire, une coiffure ou des accessoires provocants n’acceptent pas mieux leur corps que ceux qui le camouflent. Il apparaît d’ailleurs plus maltraité que mis en valeur. Ce type d’attitude vise à provoquer l’étonnement, la gêne et la désapprobation, voire la peur. Ce n’est pas un hasard, mais bien l’expression du besoin de faire naître chez l’autre, celui qui regarde l’adolescent, un regard négatif sur son physique. Ce transfert permet à l’adolescent d’éviter de prendre à son compte le rejet de son propre corps.
Sous une forme plus atténuée, l’apparence de bien des adolescents éveille la perplexité ou l’irritation : c’est, là encore, un écho de leur malaise et de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Font partie de cette difficile acceptation de leur corps en mutation la prédilection des adolescents pour le noir, couleur de deuil, les vêtements déchirés, les chaussures aux semelles démesurées. Sans
parler du goût pour les vêtements de coupe militaire que partagent même des antimilitaristes convaincus.

Le corps est le reflet des transformations psychiques de l’adolescence. Il est le révélateur de changements, concernant notamment la sexualité, qu’il n’est plus possible de nier. Cette « trahison » du corps, qui donne à voir plus qu’il ne serait souhaitable aux yeux de l’adolescent, sollicite particulièrement les tendances exhibitionnistes de l’individu. Le regard, le jeu de ce que l’on
montre et de ce que l’on cache, s’en trouvent surinvestis. C’est en général pour tenter de contrôler ce qui lui échappe que l’adolescent va choisir la fuite en avant et exhiber outrageusement un corps qui, dans l’excès même qu’il affecte, est une caricature de lui-même. Ce simulacre d’une fete du corps, qu’illustrent bien les modes adolescentes, n’est pas pour autant nécessairement négatif. Il est un aménagement possible, s’il se prête à une évolution ultérieure. Ce qu’il comporte
d’actif est préférable au retrait et au désinvestissement de l’adolescent vis-à-vis de son corps.
Mais le malaise peut aller au-delà de la seule tenue vestimentaire. L’adolescence est une période de la vie où se multiplient plus particulièrement toutes sortes d’attaques directes ou indirectes envers le corps : scarifications, brûlures de cigarettes, anorexie ou boulimie, et, bien sûr, tentatives de suicide. Remarquons que ces attaques du corps sont plus fréquentes chez les jeunes filles (trois fois plus de tentatives de suicide, dix fois plus de cas d’anorexie, quatre fois plus de plaintes concer-
nant des douleurs physiques, céphalées, maux de ventre, etc., que chez les adolescents de sexe masculin), mais plus graves chez les garçons (trois fois plus de suicides réussis, par exemple, chez les adolescents que chez les adolescentes).

Pourquoi le corps est-il l’objet privilégié de ces attaques? On perçoit aisément à quel point le corps joue un rôle de premier plan à l’adolescence, puisque son processus même est intimement lié aux transformations physiologiques de la puberté. Si l’adolescent peut se croire maître de ses pensées et
de ses idéologies, il subit son corps. Car il assiste, impuissant, à ses transformations, qu’il suit ou, au mieux, qu’il accompagne, mais dont il ne décide pas. Règles et premières éjaculations peuvent dès lors apparaître comme autant d’événements traumatiques. D’autre part, l’adolescent se voit contraint d’assumer un physique qu’il n’a pas choisi : il n’a pas choisi de naître garçon ou fille, d’être grand ou petit, brun ou blond, d’avoir des yeux, un nez, une bouche, des oreilles, etc., qui lui plaisent plus ou moins. Non seulement il ne l’a pas choisi, mais il en hérite. Le corps est en effet le fruit de l’union des parents : les ressemblances qu’on y devine sont la marque d’une appartenance familiale avec laquelle l’adolescent peut être en révolte. Chaque partie du corps, et surtout du visage, va faire l’objet de commentaires qui ont souvent pour effet d’exaspérer l’adolescent : « Tu as le nez de ta mère, les yeux de ton père, le sourire de ta grand-mère…» Y a-t-il quelque chose qui lui soit propre dans tout cela? Cet héritage peut être bien vécu si l’adolescent l’accepte et ne souffre pas de complexes trop importants. Mais s’il en est insatisfait, s’il a trop de comptes à régler avec ses parents, s’il a trop peu d’assurance, la tentation sera grande de vouloir se réapproprier ce corps hérité et subi, non pas en le mettant en valeur, ce qui supposerait que l’adolescent accepte sa filiation, mais en l’attaquant, en l’abîmant, en le déformant par le biais d’un « look » provocant (vêtements, coiffure), ou par ces marquages identitaires que sont les tatouages et le piercing, ou encore par toute autre forme d’agression. En attaquant ce qu’il a reçu de ses parents, l’adolescent se réapproprie un pouvoir égal au leur. En s’acceptant tel qu’il est, il signifie qu’il accepte aussi ses parents et ce qu’ils lui ont donné en héritage.

Cependant, dans le bouleversement que constitue l’adolescence, le corps demeure également un repère
tangible de la continuité du sujet. On se trouve alors devant ce paradoxe que le corps, du fait des modifications pubertaires, est le facteur principal des transformations qui affectent l’adolescent mais aussi un repère qui lui offre une certaine constance et demeure un garant de sa continuité.
Par ailleurs, le corps est tout à la fois ce qu’il y a de plus personnel et de plus intime, et ce qui demeure toujours quelque peu extérieur et étranger. Il obéit à l’individu, constitue son enveloppe protectrice, l’individualise et témoigne de sa continuité. Cependant, il constitue également une entrave aux désirs mégalomanes, limite et trahit celui auquel il appartient car il révèle par ses émois ce que ce dernier aurait voulu tenir secret. Il demeure le heu privilégié d’expression des
émotions. Il est langage et moyen de communication. Il donne à voir et contribue par là à assurer l’identité. Il est d’ailleurs remarquable que toute angoisse comporte une expression somatique.
En cas de conflit majeur d’identité, le corps peut servir à assurer le maintien d’une unité défaillante. La revendication du droit à la différence est un des moyens privilégiés dont dispose l’adolescent pour affermir une identité que ses conflits et sa profonde dépendance aux parents menacent constamment. Ce droit à la différence s’est essentiellement exprimé dans les années 50 et 60
par le biais de la revendication d’une sexualité différente. Actuellement, ce thème s’est déplacé sur le droit à disposer de son corps à sa guise, jusques et y compris dans ces formes extrêmes que sont le droit à le maîtriser ou à le détruire : le suicide, l’anorexie mentale, la mode punk, les multiples formes de soumission et d’offrande du corps à des fins sadiques, etc.

Ainsi, au travers du corps, hérité de l’union des parents, c’est la relation à ceux-ci qui se joue à nouveau. L’adolescent vit les transformations imposées de la puberté comme une actualisation de sa soumission infantile aux parents. Ceux qui ont mal résolu cette période et demeurent trop dépendants de leurs parents vont mal supporter cette confrontation et seront tentés d’y réagir d’une manière ou d’une autre.
En effet, ce corps en mutation, lieu essentiel d’expression des transformations de la puberté, effets de la physiologie et non du pouvoir du sujet, échappe à sa maîtrise, qui est un des acquis importants de « l’âge de raison » ou phase de latence. L’adolescent peut se croire maître de ses pensées et de ses idéologies, mais il subit son corps et assiste, impuissant, à ses transformations. Le corps est le représentant de la nécessité : « Tu es un garçon, tu es une fille, tu es ainsi, tu n’es pas autre-
ment. » Cette nécessité renvoie les adolescents à leur vécu de passivité et de dépendance à l’égard de leurs parents, et les conduit à les apostropher par un : «Je n’ai pas demandé à naître. » Ce corps étranger, qui perd avec l’adolescence sa familiarité, qu’il va falloir réapprendre à aimer et à accorder à son image de soi, est aussi un corps incestueux, porteur des désirs et fruit de l’union
des parents.
Pour toutes ces raisons et parce que le corps est un élément essentiel de l’identité, la question du rapport au corps est au cœur des difficultés de l’adolescence.

Elle rougit dès qu'elle est émue. Est-ce normal

Elle rougit dès qu’elle est émue. Est-ce normal?

Rougir n’a rien d’anormal, mais celui ou celle qui rougit peut en éprouver une gêne. Bien que plus
fréquent chez les filles, qui d’ailleurs le tolèrent mieux, ce phénomène concerne aussi les garçons.
Le rougissement est une des manifestations typiques de la puberté et apparaît spécifiquement avec elle. Il est un des exemples de cette trahison du corps qui, pour l’adolescent, dévoile aux yeux du monde les pensées et désirs de son monde intérieur. Il est devenu la scène sur laquelle ses rougeurs sont en quelque sorte le phare qui révèle ses émois intimes.
Le rougissement – et la honte qui l’accompagne – sont l’une des manifestations les plus remarquables de la crainte, si centrale à l’adolescence, de perdre le contrôle de ses émotions et, au-delà, de tout ce qui est intérieur. Cette crainte contribue à la peur et au rejet d’émotions que l’adolescent associe à la fois à une régression infantile et à une perte de contrôle qui expose au regard des autres son intimité corporelle.

L’important est que l’adolescent(e) ne se focalise pas sur sa rougeur et n’en fasse pas un élément déterminant de sa relation aux autres. Moins il (ou elle) y attachera d’importance et plus elle disparaîtra rapidement; elle pourra même être un charme plus qu’une entrave. Malheureusement, l’adolescent risque de lui accorder d’autant plus d’importance qu’il a moins confiance en lui et se trouve donc davantage en quête du regard des autres. L’intensité même de l’envie d’être regardé(e) et
du plaisir qu’il (ou elle) pourrait en tirer peut se transformer en une source de déplaisir.
L’adolescent(e) pense que tout le monde le (ou la) regarde et, à cause de sa rougeur, il (ou elle) peut ressentir un sentiment de honte, de ridicule, voire même de persécution. Si l’adolescent(e) a conscience que sa gêne est proportionnelle à son envie d’être regardé(e), il (ou elle) peut et doit chercher à se donner les moyens d’être vu(e) et apprécié(e) comme il (ou elle) le souhaite, c’est-à-dire pour ses qualités et non pour son malaise.

Il est victime de racket au lycée. Comment l'aider

Il est victime de racket au lycée. Comment l’aider?

Ce qui paraît le plus intolérable dans le racket lorsqu’il a lieu entre adolescents, c’est ce qu’il signifie de démission de la part d’adultes qui ne sont plus capables de protéger leurs propres enfants. Et ce dans un lieu, l’école, qui se veut le temple de l’éducation. Le racket est générateur d’une insupportable violence qui s’exerce a un triple niveau : celui du vol lui-même qui dépouille l’adolescent de ce qui lui appartient, celui de la honte ressentie par l’adolescent contraint de subir
passivement ce vol et confronté à son impuissance, et enfin celui de l’impuissance des adultes. On ne peut banaliser le racket sous prétexte que la valeur des objets dérobés n’est pas très importante. C’est la situation en elle-même qui est grave. Les parents d’un adolescent victime de racket doivent le lui affirmer et partager avec lui ce qu’il peut ressentir, en le verbalisant au besoin pour lui s’il ne peut y parvenir seul. Il faut cependant faire attention à ce que l’on nomme racket : un conflit entre jeunes au cours duquel sont pris à l’un d’entre eux quelques billes, un jeu sans grande valeur ou quelques babioles n’en est pas un. Si ce conflit s’est déroulé entre copains, il doit se résoudre entre eux. Par contre, tout autre est la situation où un enfant plus grand et plus fort
que lui, voire un groupe, usent de cette position dominante pour menacer l’enfant et le prendre en otage, même si la valeur de ce qui lui est demandé n’est pas élevée. La violence qui lui est faite est inacceptable. De même, il faut mettre un terme, et faire en sorte qu’elle soit sanctionnée
le plus vite possible, à toute situation où l’enfant serait contraint de faire quelque chose qu’il ne souhaite pas faire ou placé dans une position de bouc émissaire. Cette situation est toujours blessante pour celui qui en est victime, comme peuvent l’être certains bizutages, et à ce titre constitue un risque potentiel de traumatisme.

Mais comment, le soutien et la compréhension étant indispensables mais pas suffisants, réagir plus vivement ? Puisque cette situation doit cesser au plus vite, comment procéder? Car il est de notoriété publique que les parents sont pratiquement démunis et que leurs tentatives d’action peuvent se retourner contre l’enfant. L’école elle-même ne sait pas toujours comment procéder, les racketteurs pouvant venir de l’extérieur. Certains parents en sont réduits à changer l’adolescent d’établissement, ce qui peut apparaître comme une démission devant la violence, mais ce qui est sûrement préférable à sa perpétuation. Pour résoudre cette situation, il faut certainement qu’ait
lieu une concertation entre adultes : parents, école et police. C’est la fermeté et la cohérence de ce travail de groupe qui peuvent seules mettre un terme à une pratique assimilable en dernière instance à une forme de terrorisme.

On se moque de lui au lycée. Que faire

On se moque de lui au lycée. Que faire?

C’est une plainte de plus en plus fréquemment exprimée que le fait d’être victime de moqueries,
peut-être parce que les enfants sont plus sensibles, les parents plus réactifs, mais aussi parce que les jeunes sont plus cruels les uns avec les autres ou du moins expriment leur cruauté plus facilement et plus directement qu’autrefois. Beaucoup d’enfants et d’adolescents, sinon tous, sont
un jour ou l’autre l’objet de moqueries. Mais certains y sont plus sensibles, et cette sensibilité peut malheureusement les conduire à réagir d’une façon qui excite les moqueries de leurs camarades. Il se crée dès lors un cercle vicieux qui se renforce lui-même. Pourquoi un adolescent est-il susceptible de réagir de cette façon? Parce que ces moqueries viennent le confirmer dans sa tendance à se dévaloriser lui-même et/ou le sentiment que le monde extérieur (les autres) est hostile et que l’on ne peut lui faire confiance. Ce sentiment est habituellement conforté, et parfois même causé, par un certain type de climat familial ou d’attitudes parentales qui ne font que renforcer la conviction de l’adolescent.

La solution est rarement de changer l’adolescent d’établissement, sauf cas particulier, car les moqueries se reproduiront ailleurs. La trouver nécessite souvent d’avoir recours à une consultation spécialisée, car cette situation peut être le symptôme d’un certain nombre de difficultés psychopathologiques, allant du trouble de la personnalité de type sensitif, affectant les adolescents
en quête d’une relation forte, quête susceptible de tourner à la persécution en cas de déception, à la schizophrénie débutante, en passant par des troubles dépressifs graves. La meilleure prévention vient des parents : ils doivent éviter de conforter l’enfant puis l’adolescent dans ce vécu en le dramatisant et en le cautionnant. Il est tout à fait possible à la fois d’être attentifs et même com-
préhensifs à son égard et de l’inviter à prendre du recul, en le rassurant sur ses capacités à trouver en lui les ressources nécessaires pour dépasser cette situation.

Il faut être conscient que la majorité de ces plaintes sont formulées par des adolescents en grande difficulté, très dépendants affectivement de leurs parents. Elles ont pour fonction essentielle de rassurer l’adolescent et ses parents sur le fait que ceux-ci demeurent les personnes les plus importantes de la vie de leur enfant ; car ni les camarades, ni les enseignants, appartenant à un monde jugé hostile par l’adolescent, ne seront en mesure de susciter un intérêt suffisant pour compromettre la relation qu’il entretient avec ses parents.

Faut-il aider un adolescent à faire ses devoirs à la maison

Faut-il aider un adolescent à faire ses devoirs à la maison?

La place du travail scolaire à la maison est sujette à débats. Et c’est très bien ainsi, car il est peu probable qu’il existe une solution idéale. Ce qui est sûr, c’est que les parents occupent déjà une place trop importante dans la vie de l’adolescent, et que les adolescents sont déjà trop en attente à leur égard, pour qu’il soit sain de rajouter la fonction d’enseignants à celle de parents.
En ce qui concerne le travail scolaire, leur rôle se limite – et c’est déjà beaucoup – à veiller au maintien du cadre de travail réclamé par les enseignants et à organiser en conséquence la vie à la maison. Ils peuvent apporter à l’adolescent une aide ponctuelle, participer à un échange d’idées, suggérer l’usage de ressources possibles, mais guère plus. Aider l’adolescent à organiser son temps, veiller à ce que les devoirs soient faits est possible ; aller plus loin, en revanche, c’est prendre des risques excessifs.
Il reste important que les parents s’intéressent aux résultats et aux conditions de travail de leurs enfants, valorisent l’école et les enseignants, mais ils n’ont toutefois pas à jouer les professeurs. Si l’adolescent a besoin d’une aide, elle doit venir d’un tien qualifié et moins directement impliqué affectivement que ses parents. S’il n’arrive pas à travailler seul, on peut envisager de recourir à un professeur particulier ou encore le mettre à l’étude, à condition qu’une telle structure existe dans son école. D’autant que travailler avec d’autres (camarades ou tierces personnes) est à même d’assurer le compromis qui permet à l’adolescent à la fois de se sentir soutenu et d’apprécier ses progrès, voire ses bons résultats scolaires, sans s’en sentir redevable à ses parents.

Alors que faire travailler l’adolescent risque de déclencher un cercle vicieux incontrôlable. En effet, cela ne peut que renforcer le sentiment qu’il a de ne pas posséder les capacités nécessaires, de dépendre, dans tous les domaines de sa vie, de ses parents qui, eux, ont ces capacités, et d’être malgré lui obligé d’affirmer sa différence par une plus ou moins subtile mise en échec
des efforts parentaux (soit en cherchant la confrontation et en se butant, soit, évitant tout conflit apparent, en s’enfonçant doucement dans une « passivité active » qui le fait stagner à un niveau inférieur à ses capacités). Tout le monde finit alors par s’énerver. Si l’on veut que l’enfant développe sa confiance en lui, il faut qu’il exerce lui-même ses compétences et qu’il se perçoive
le plus tôt et le plus complètement possible comme l’auteur de ses œuvres. C’est particulièrement vrai pour le travail de réflexion et le travail de création.

Il peut y avoir des exceptions, surtout si l’adolescent est par ailleurs autonome. Mais si une connivence particulière naît entre un parent et un adolescent sur le plan scolaire, elle se paie souvent d’une difficulté, plus ou moins retardée, sur un autre plan : apparition d’un trouble alimentaire, épisode dépressif, isolement affectif… Comme si cette proximité obligeait à trouver, à
un autre niveau, une manière de mettre à distance ce parent. En revanche, les parents peuvent avoir un rôle important en stimulant la curiosité intellectuelle de leur enfant : par exemple, en discutant avec lui des sujets culturels les plus divers. Ils peuvent pour ce faire s’appuyer sur des émissions de télévision, de radio ou encore sur la lecture de magazines et la visite d’expositions.
Autrement dit, le temps que l’adolescent passe à la maison n’est pas forcé d’être exclusivement partagé entre ses devoirs et ses loisirs, laissés à sa seule discrétion. Prendre le temps de partager le plaisir d’un échange ou d’une émotion esthétique s’inscrit entre les deux.

Watching TV

Elle regarde la télé. Est-ce la meilleure des distractions à l’adolescence?

Il devient vraiment difficile pour un adolescent de ne pas passer son temps devant la télévision, en particulier lorsque ses parents sont absents. C’est en effet une façon de se raccrocher à une présence adulte, avec l’avantage de pouvoir la taire apparaître, disparaître et changer à sa guise. En somme, une présence potentiellement toujours accessible, à disposition, et sur laquelle l’adoles-
cent a tout pouvoir : le rêve ! Mais le rêve, aussi utile soit-il, a besoin de s’allier à
la réalité. Car si l’on reste dans le rêve, il n’y a pas d’apprentissage. Et sans apprentissage, il n’y a pas d’acquisitions et, par conséquent, pas d’autonomie possible. L’adolescent ne pourra alors que se sentir dénué de valeur et de toute confiance en soi, mais pas nécessairement vide de tout. Car cette absence d’acquis exacerbe l’envie de se remplir ; or il est possible de se gaver d’images comme on se gave d’autres substituts tels que la nourriture, les cigarettes ou autres drogues. Pourtant, la télévision est un incomparable moyen d’apprentissage et d’ouverture sur le monde. Comme les livres, mais différemment, parce qu’elle sollicite davantage une certaine forme de passivité : la seule suc-
cession des images fascine et nourrit celui ou celle qui regarde. Il convient donc d’en faire un usage tempéré. Pour cela, l’adolescent ne saurait se passer de limites et de repères ; il conviendra de lui apprendre à sélectionner ce qu’il regarde, à limiter le temps qu’il passe devant la télévision, à confronter ce qu’il y voit à d’autres sources d’information. Se laisser captiver par la télévision est une fuite, voire une évasion, qui risque d’éloigner l’adolescent des véritables enjeux de son âge et le rendre ainsi plus vulnérable à la dépression. Il revient donc aux parents d’en
apprendre le bon usage à leurs enfants – et ce dès leur plus jeune âge – afin qu’une fois adolescents, ils n’en soient pas l’esclave. Pour ce faire, le petit écran ne doit pas être destiné à un usage privé, une pratique solitaire, mais doit être un moyen d’échange avec les adultes.

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux?

Le fait de s’enfermer dans un comportement est toujours dangereux, quel que soit l’âge. Il en est ainsi
des jeux de rôle, d’autant qu’ils correspondent à des tentations par lesquelles l’enfant a été fortement attiré : celle, en particulier, d’imaginer des histoires qui mettent en scène ses désirs cachés, vécus comme interdits. L’imaginaire est, pour l’être humain, une soupape qui lui permet de décharger ses émotions, mais aussi de se donner à lui-même une représentation de ses désirs, qui sans cela pourraient devenir écrasants et dangereux. C’est une manière de se familiariser avec eux, de les
apprivoiser et de les intégrer à notre vie. Toutefois, au lieu d’être un outil d’adaptation, le jeu peut se clore sur lui-même et devenir un autre monde sans liens avec la réalité quotidienne. Plus celle-ci sera insatisfaisante, génératrice de déception et d’angoisse, plus la tentation sera grande de se réfugier dans cet autre monde, celui d’un imaginaire qui ne connaît pas de limites. Il pourra alors être d’autant plus difficile d’y résister pour l’adolescent qu’il sera entraîné dans son repli par des adultes, dont il croit qu’ils le guident, et/ou par des camarades, doubles rassurants de lui-
même. C’est le propre de toute dérive de type sectaire. Certes, les jeux de rôle ne relèvent pas pleinement de cette dernière, mais ils s’en approchent. Leur phraséologie pompeuse, leurs références au passé, le fait qu’ils aient été construits et ordonnés par les adultes qui les ont créés facilitent cette dérive. Enfin, c’est une activité d’initiés et une activité de groupe qui engendre de puissants effets d’entraînement.

Certains adolescents qui s’y sont laissé entraîner ont vu leur comportement évoluer vers un état psychotique, voire même parfois suicidaire. Cette évolution reste cependant l’exception et le fait déjeunes souffrant déjà de difficultés d’ordre psychopathologique. Toutefois, s’adonner à un jeu de rôle a pu contribuer à aggraver ces difficultés, et surtout à donner l’occasion à ces adolescents d’éluder les soins qui leur auraient été nécessaires. Tandis que d’autres adolescents, sans atteindre ces extrêmes, se sont laissé capter, piéger, et ont progressivement perdu tout intérêt pour la vie ordinaire, qu’elle soit familiale, scolaire ou amicale. Un tel comportement doit inquiéter les parents suffisamment tôt, c’est-à-dire avant que l’adolescent ne se soit trop éloigné de ses proches et autres relations habituelles. Mais ils ne doivent pas nécessairement réagir par la brutalité. Au
contraire, ils doivent réintroduire le jeu de rôle dans les échanges quotidiens pour en parler, mieux le connaître peut-être, ne pas l’isoler des autres intérêts possibles de l’adolescent comme s’il s’agissait d’un monde à part, ineffable, que seuls les initiés peuvent comprendre.

Il dort encore avec nous. Est-ce normal

Il dort encore avec nous. Est-ce normal?

L’intrusion d’un préadolescent ou même d’un adolescent dans la chambre de ses parents est plus fré-
quente qu’on ne le pense. Les prétextes en sont nombreux, que ce soit une impossible cohabitation
avec les frères et sœurs, des difficultés d’endormissement, des cauchemars à répétition ou des soins qu’il faut prodiguer. La réponse à cette question est pourtant simple : dormir régulièrement dans la chambre de ses parents, à côté, avec eux ou à la place de l’un des parents n’est jamais bénéfique et peut avoir des conséquences négatives. Et ce quel que soit l’âge de l’enfant. Pourquoi ? La dépendance mutuelle de l’enfant et de ses parents est trop importante pour que ceux-ci ne fassent pas extrêmement attention à ce que les conditions d’une séparation minimale soient respectées. Que la chambre des parents et celle des enfants soient séparées est la première de ces conditions. La chambre est par
excellence le lieu du domicile familial qui représente l’intimité de la personne. Dans le cas des parents, cette intimité est aussi celle du couple et de sa vie sexuelle. La présence de l’enfant ou de l’adolescent dans leur chambre ne peut qu’accroître sa curiosité à cet égard et, dans le même temps, l’obliger à la réprimer massivement. Cette promiscuité contribue à atténuer la différence entre les générations et à accentuer les difficultés de différenciation parents/enfants et de leurs
rôles respectifs. L’enfant ou l’adolescent s’installe d’ailleurs souvent à la place de l’un des parents, le plus souvent le père, absent de la maison ou amené à dormir dans une autre pièce.
Or cet enchevêtrement des générations est souvent d’autant plus important que c’est un fait acquis et admis par les parents qui révèle un problème de couple. L’enfant ou l’adolescent sert de compensation à ce malaise ou ce conflit en empêchant toute intimité sexuelle et/ou en protégeant un de ses parents de la solitude. Mais en se rassurant, ce parent place son enfant dans une situation d’insécurité ; il inverse les rôles en le mettant au service de ses besoins et en accroît d’autant plus la dépendance que cette situation commence par faire plaisir à l’enfant avant de le gêner. Ces différents paramètres rendent d’autant plus difficile le travail d’acquisition de son autonomie par l’adolescent.
Il est, en outre, facile d’imaginer que la puberté, et la façon dont elle sexualise le corps et les relations, rend la situation plus difficile encore à gérer pour un adolescent que pour un enfant.

Elle est victime d'abus sexuels. Que faire pour lui venir en aide

Elle est victime d’abus sexuels. Que faire pour lui venir en aide?

Les abus sexuels sont beaucoup plus fréquents qu’on ne le pense ; ils ont été et restent encore largement sous-estimés. S’ils concernent davantage les filles, les garçons aussi en sont victimes. Ils appellent de la part des adultes une réaction immédiate, la condamnation totale de ce dont a été victime l’adolescent et le dépôt d’une plainte auprès de la justice, tandis que doivent être mises en place des mesures d’aide psychologique. Etre victime d’un abus sexuel a toujours des conséquences négatives sur le développement de la personnalité de l’enfant et de l’adolescent. Ils altèrent
gravement sa confiance dans les adultes, altération qui sera d’autant plus grande que ceux-ci sont plus proches affectivement de lui. Ils sont l’exemple le plus tragique de la perversité dont peut faire preuve l’adulte qui se sert de l’enfant pour satisfaire ses propres besoins au lieu de répondre à ceux de l’enfant, qui est traité comme une chose et non comme un sujet dont les désirs, le corps et l’intimité psychique et physique ont le droit d’être respectés. Qu’un enfant puisse, en apparence, ne
pas protester, voire y prendre du plaisir, ou même se déclarer consentant ne change rien à la gravité du geste et de la violence qui lui est faite. Cette apparente soumission n’est que la preuve de l’influence que peut avoir l’adulte sur l’enfant et de la confiance que celui-ci lui accorde.
Le rôle de l’adulte, quels que soient ses liens avec l’enfant, est de lui donner les moyens de développer pleinement ses potentialités et de se découvrir avec ceux qu’il a choisis, mais sûrement pas d’utiliser son influence pour l’accaparer à son profit. Parce que tout adulte, qu’il le veuille ou non, a une position d’éducateur potentiel vis-à-vis du jeune, il ne peut pas se permettre
d’utiliser cette position d’autorité pour son bénéfice propre au détriment de la liberté de choix de l’enfant, nécessairement déjà faussée par l’ambiguïté du lien qui l’unit à l’adulte. Plus l’autorité liée à ce rôle éducatif est forte, plus la violence morale faite à l’enfant est grande; cela concerne donc bien sûr en premier lieu les parents. Il ne faut évidemment pas mettre sur le même plan ce qui
peut se passer entre enfants ou adolescents du même âge pour lesquels n’existe pas cette relation d’autorité morale. Les jeux sexuels, par exemple la masturbation mutuelle, qui ont lieu sans violence ni pénétration relèvent davantage d’essais et de tentatives de se familiariser avec l’autre sexe et la sexualité que de l’abus proprement dit. Néanmoins, ils ne doivent être ni favorisés ni l’objet d’une complicité tacite des adultes tant que l’adolescent n’a pas atteint sa maturité affective et
sexuelle. Sans jouer sur la culpabilité de l’adolescent, ses parents peuvent lui expliquer la nécessité de savoir respecter l’intimité de chacun et lui montrer que son épa-
nouissement personnel passe par l’apprentissage de l’attente, qu’il doit attendre d’être prêt physiquement et psychologiquement pour pouvoir, plus tard, vivre pleinement sa sexualité. Quant aux relations entre frères et soeurs, il faut rappeler fermement qu’en aucun cas de telles relations ne peuvent avoir lieu entre membres d’une même famille.
Le fait que l’abus reste longtemps méconnu est l’une des difficultés majeures de ce genre de situation. Membres de la famille, amis, voisins peuvent ainsi perpétrer impunément des abus sexuels durant des mois entiers, voire des années, parce qu’ils ont obtenu le silence de l’enfant en jouant de leur autorité, lui ont fait peur, mais aussi parce que l’enfant a honte et craint aussi bien de ne pas être cru que d’être grondé par le parent auquel il pourrait se confier. Il faut savoir alors reconnaître les signaux de détresse qu’envoie l’adolescent : repli sur soi, dépression, mutisme, échec scolaire survenant brusquement de façon inexpliquée, mais aussi formes diverses d’attaques contre le corps (scarifications, tentatives de suicide, amaigrissement ou prise de poids anormaux). S’en inquiéter ne consiste pas à mener un interrogatoire brutal et déplacé, mais à montrer que l’on
se soucie de ce qui a pu blesser ou décevoir l’adolescente victime d’abus afin de la mettre suffisamment en confiance pour qu’elle puisse, plus ou moins rapidement, se confier. Tous les troubles psychopathologiques qui affectent un ou une adolescent(e) peuvent être entièrement créés par des abus sexuels, même s’ils ne le sont pas toujours; ils en sont en tout cas toujours ren-
forcés, sans qu’ils manifestent pour autant de spécificité particulière.

Une fois l’abus découvert, il faut à la fois déposer plainte auprès des autorités légales et recourir à une thérapeutique appropriée. Cette thérapeutique passe par la verbalisation du traumatisme et des émotions réprimées, verbalisation qui doit pouvoir prendre le temps qu’il faudra. L’intervention d’un psychothérapeute est indispensable, car il n’est pas souhaitable que les conséquences de ce traumatisme se règlent uniquement au sein de la famille, même si le coupable en fait partie. Les effets en sont trop complexes pour que les parents soient les seuls confidents de l’enfant abusé. L’importance même des liens affectifs qui les unissent à lui rend indispensable l’intercession d’un adulte à la fois spécialisé et extérieur à la famille, plus neutre affectivement. Car il faut que l’adolescente qui a été victime d’abus sexuels non seulement se libère du traumatisme, mais puisse
s’autoriser par la suite une vie et des relations dont le plaisir ne soit pas exclu.