Ses professeurs ne le comprennent pas. Que faire

Ses professeurs ne le comprennent pas. Que faire?

C’est parfois vrai, mais le plus souvent exagéré et dramatisé. Le problème, cependant, ne réside pas tant dans la réalité de l’attitude des professeurs que dans ce que signifie pour l’adolescent le fait que ses parents puissent faire endosser aux professeurs la responsabilité de ses difficultés. Un professeur est toujours important : ce qu’il est, ce qu’il dit, ce qu’il fait et l’image qu’il renvoie à l’adolescent de lui-même ont des retentissements sur celui-ci. Surtout quand l’adolescent est particulièrement dépendant du regard des autres sur lui pour conforter son estime de lui-même. A ce titre, l’attitude des professeurs peut jouer un rôle déterminant dans les motivations de l’adolescent, son investissement dans une matière et, en conséquence, sa réussite scolaire. Mais la meilleure attitude de parents qui cherchent à soutenir un adolescent vulnérable n’est pas de l’encourager à incriminer les autres dans ses difficultés, car cela accentue son manque de confiance en lui, lui laissant à penser qu’il n’a pas les ressources nécessaires pour régler son différend avec le professeur en question. Une chose est d’être d’accord avec lui sur le jugement qu’il porte sur l’attitude d’un professeur ; une autre est de chercher à intervenir à sa place ou d’en admettre trop facilement les conséquences négatives sur le comportement et les résultats de l’adolescent. Aussi la réponse la mieux adaptée de la part des parents est de faire comprendre à l’adolescent que, s’ils sont (éventuellement) d’accord sur le fait que l’attitude du professeur en question n’est pas la
plus appropriée et peut même paraître surprenante, c’est l’adolescent qui compte, et non pas le professeur. Son objectif doit être l’apprentissage de la matière : le professeur n’en étant que le médiateur, il ne doit pas venir au premier plan, surtout s’il est mauvais. Il est nécessaire que l’adolescent apprenne qu’il ne rencontrera pas toujours les interlocuteurs qu’il aurait souhaités, qu’il sache composer avec cela et s’en faire une force. Surtout, les parents doivent signifier à l’adolescent qu’ils sont persuadés qu’il a en lui-même les moyens de gérer la situation. Si ce n’est pas le cas, cela veut dire qu’elle entre en résonance avec d’autres problèmes. Une aide extérieure peut alors aider à la clarifier.
Mais si cette situation n’est pas révélatrice d’autres problèmes majeurs, elle doit pouvoir être résolue en insistant sur le fait que l’adolescent ne doit attendre des autres qu’ils le motivent, mais avant tout le faire lui-même. Ne pas être clair dans la transmission de ce message, c’est encourager sa dépendance à l’égard des adultes.
Même si la tache éducative des adultes est d’aider à créer les conditions de cette motivation, l’adolescent doit être l’acteur de son propre destin. Créer ces conditions, ce n’est ni lui éviter les obstacles, ni lui laisser croire qu’il ne peut qu’être une victime impuissante, dépourvue de moyens de réaction face aux défaillances des adultes.

Il est intransigeant. Est-ce grave

Il est intransigeant. Est-ce grave ?

Si la timidité est volontiers perçue comme féminine, l’intransigeance passe pour virile. Et pourtant, elle n’est pas si différente de la timidité, apportant une réponse opposée à une situation de base commune. Comme souvent, l’opposition ou l’excès renvoient à leur contraire. Là où la timide dissimule derrière son effacement son désir d’occuper le devant de la scène, de séduire les hommes et d’écraser ses rivales, l’intransigeant affiche une assurance et une raideur qui cachent sa vulnérabilité et sa peur constante que sa valeur ou même son identité soient menacées. L’intransigeant vit sur la défensive. C’est une façon de se prémunir contre ce qui paraît être une faiblesse aux yeux de l’adolescent : le risque d’être submergé par ses émotions. Le sentiment de désarroi, l’envie de pleu-
rer, la tristesse et la solitude, le besoin d’être soutenu et entouré, l’envie et la crainte se laisser aller, la peur de ne plus se contrôler, la passivité et le féminin sont souvent associés.

Toutes ces envies et ces craintes sont particulièrement sollicitées par le début de la puberté et ce que celle-ci éveille de désirs régressifs et d’envies passives de recevoir et de se remplir. Bien des garçons, mais aussi des filles, ayant des tendances dépressives et abandonniques (c’est-à-dire ayant souffert de sentiments de solitude et d’abandon pendant leur enfance et ayant tendance à se remettre dans des situations où ils provoquent ces attitudes de la part des autres) se rigidifient dès les premiers signes de la puberté et adoptent des attitudes opposées à leurs désirs réels à cause des craintes qu’ils suscitent. Ils se montrent particulièrement intransigeants, durs, insensibles à la pitié, impitoyables et méprisants envers les faibles, qu’ils identifient à cette part d’eux-mêmes
qu’ils rejettent. Liée à une souffrance non élaborée pendant l’enfance, cette part non acceptée d’eux-mêmes les conduit à refuser tout ce qui leur paraît être en relation avec cette période, c’est-à-dire l’infantile, confondu ici avec l’enfantin. Ils partent à la recherche de modèles adultes qui puissent conforter leurs défenses et sont des proies particulièrement vulnérables pour certaines sectes ou idéologies de la force et de l’ordre. Car, paradoxalement, les personnes d’apparence dure se ressentent intérieurement comme des personnes faibles et potentiellement peureuses. Leur besoin de compréhension et de soutien, et ce qui demeure en eux d’infantile, les conduisent à adhérer à leurs modèles, leaders ou idéologies, sans réserve et sans esprit critique, comme un enfant cherche refuge dans les bras protecteurs d’un parent.

Les adolescentes tolèrent souvent mieux les résurgences des besoins de leur enfance. Elles les accueillent de façon plus souple et ne les ressentent pas autant comme menaçantes pour la nouvelle image qu’elles sont en train de construire d’elles-mêmes. Il existe toute une gamme possible de réactions d’intransigeance. Elles peuvent concerner tous les secteurs de la vie (positions idéologiques, religieuses, politiques, goûts alimentaires, habitudes de vie, tenues vestimen-
taires, etc.), ensemble ou à leur tour, et sont le plus souvent passagères. Leur point commun est une brutale crispation sur un choix qui devient indiscutable et dont la rigidité même tient lieu d’explication. L’adolescent a ainsi balisé son territoire, planté son drapeau ; l’on pres-
sent bien que c’est son image de lui, voire son identité, qui se jouent là. Il n’est pas opportun d’attaquer de front ces convictions. On ne ferait, en établissant un rapport de force, qu’accroître l’intransigeance de l’adolescent. Mais on n’est pas obligé non plus d’y adhérer ou de les cautionner, et encore moins de se laisser tyranniser. Il apparaît même souhaitable que les parents, et les adultes en général, sachent garder eux-mêmes leurs convictions. Cela paraîtra plus rassurant à l’adolescent qu’une attitude qui lui confirmerait que rien ne résiste à ses désirs. En outre, l’adolescent intransigeant a besoin de marquer sa différence en s’affirmanc et en s’opposant.
L’absence d’opposition le pousse souvent à la surenchère, jusqu’à ce qu’il se heurte à la limite à partir de laquelle ses parents refusent de le suivre. En fonction de l’âge et de la nature de l’engagement, des limites peuvent et doivent être posées par les parents, mais la meilleure réponse à l’intransigeance d’un adolescent reste de la dédramatiser et d’ouvrir l’adolescent à d’autres centres d’intérêt, tout en le soutenant dans ses réussites et ses points forts. Le plus souvent, ces raideurs demeurent passagères et fluctuantes jusqu’à ce que l’adolescent soit en mesure de choisir plus librement, et avec moins de contraintes intérieures, sa propre voie.

Il parle en « verlan ». Que faire

Il parle en « verlan ». Que faire?

Le «verlan» est un parfait exemple du «paradoxe adolescent» : l’adolescent cherche à créer un lan-
gage qui lui soit spécifique mais qui n’est que l’envers du langage adulte, et donc une façon de se positionner par rapport à eux. En pratiquant ce langage, il échappe à leur compréhension, mais pas à leurs regards étonnés ou désapprobateurs. Si l’adolescent tient à s’exprimer en « verlan », mieux vaut considérer cela comme un jeu. Mais tout jeu a ses limites. Il est préférable de le faire savoir très vite à l’adolescent. Cela dit, la limite peut varier sensiblement d’une famille à l’autre. Recherche d’originalité et de différence, la pratique du verlan ne doit pas marginaliser l’adolescent, empêcher toute communication avec le monde des adultes, et en particulier avec le monde des parents.