Pourquoi l'adolescence débute-t-elle de plus en plus jeune

Pourquoi l’adolescence débute-t-elle de plus en plus jeune?

On constate, en effet, que la puberté commence de plus en plus tôt. Ainsi l’âge moyen d’apparition des premières règles est passé de 17 ans au milieu du XIXe siècle à 15 ans vers 1930; il est actuellement de 12 ans et demi. Beaucoup déjeunes accèdent, du fait de la libération des mœurs, de plus en plus précocement à la sexualité. Ils ont aussi une facilité d’accès inédite à des connaissances qui leur ouvrent le monde et développent leur esprit critique. Mais s’ils sont en avance sur ce plan-là, par rapport à leurs parents au même âge, sur le plan matériel et affectif, ils demeurent très dépendants de leur famille. On voit même se développer des comportements « pseudo-adolescents » chez déjeunes prépubères adoptant des attitudes qui miment celles de leurs aînés. Ces velléités d’imitation semblent favorisées par les images télévisées et les effets d’entraînement de groupe.

Néanmoins, on peut considérer qu’il s’agit plus d’une «pseudo-adolescence» que d’une véritable adolescence. Celle-ci nécessite l’intégration psychologique des effets des changements corporels de la puberté sur l’individu lui-même et sur ses relations avec les autres, notamment avec ses parents. Ce démarquage de comportements adolescents par des préadolescents est souvent passager. Il est habituellement sans conséquences et disparaît avec les premiers effets de la puberté. Cependant, il ne faut pas l’encourager, car un comportement «faux» n’est jamais bénéfique. Il peut parfois avoir des effets négatifs en piégeant l’enfant dans des attitudes de provocation, voire de séduction pseudo-sexuelle. Ces comportements l’empêchent de satisfaire les besoins affectifs correspondant à son âge, bloquent ses apprentissages et le figent dans l’image négative de lui-même que lui ren-
voient les adultes. Un enfant qui commence son adolescence trop précocement et adopte ce type d’attitudes peut être manipulé par un adulte à des fins perverses ou intégré dans une bande dont il deviendra éventuellement la mascotte. Cette situation lui donne un status qui, certes, le valorise sur le moment, mais qui se fait au détriment des acquisitions scolaires, affectives et morales, et qui compromet son avenir.

Quand l'adolescence commence-t-elle et quand se termine-t-elle

Quand l’adolescence commence-t-elle et quand se termine-t-elle?

Le début de l’adolescence est relativement facile à déterminer : il correspond aux premières manifes-
tations de la puberté, c’est-à-dire aux premières expressions des caractères sexuels dits secondaires.
En revanche, la fin de l’adolescence est beaucoup plus difficile à délimiter. On ne la détermine plus en référence à un phénomène physiologique, la puberté, mais à un phénomène psychologique, individuel et social.
Elle varie donc avec le temps, les modes d’organisation sociale et les cultures. Il faut faire appel à l’histoire pour illustrer la constance de la puberté opposée à la diversité de l’adolescence proprement dite, expression psycho-sociale de la première. On ne peut qu’être frappé par la permanence avec laquelle les sociétés ont pris soin d’encadrer soigneusement ce passage de l’enfance à l’âge adulte, comme si toutes pressentaient ce que cette période de mutation, de flottement, comporte d’ouverture possible et donc de danger potentiel pour la transmission de la culture. Elles
ont cherché à l’organiser en offrant aux adolescents un modèle «initiatique», à la fois balisage du chemin à parcourir et figuration de la transformation qui les affecte. Pendant longtemps, l’entrée dans la vie active et l’engagement conjugal ont scellé la fin de l’adolescence. Jusqu’à ces dernières décennies, un certain nombre d’épreuves et de cérémonies venaient scander les étapes de l’adolescence et avaient valeur de rites initiatiques : la communion solennelle, préfiguration du mariage
– surtout pour les filles -, le service militaire pour les garçons, mais aussi certains examens scolaires, comme le certificat d’études qui, dans la première moitié du XX’ siècle, équivalait, pour une majorité d’élèves, à une entrée immédiate dans la vie professionnelle, rôle du baccalauréat par la suite.

Le contexte social des dernières décennies a beaucoup changé et a contribué à donner aux adolescents
une place de plus en plus importante. Il correspond à l’adolescence des enfants du « baby-boom» de l’après-guerre et à l’émergence d’une « classe des jeunes» : les teen-agers. En effet, cette explosion démographique coïncide avec un allongement du temps de l’adolescence et une dissociation croissante entre adolescence et temps physiologique de la puberté. Si la puberté s’annonce, sinon toujours comme une crise, du moins comme le point de départ d’un indéniable changement, la fin de l’adolescence serait plutôt, à l’opposé, l’affirmation progressive, à l’instar des traits physiques, des traits de caractère et des assises affectives et professionnelles. Cette affirmation, en tant qu’elle est réduction des multiples possibilités qu’offre l’adolescence, sera toujours plus ou moins bien vécue.
L’adolescence aura donc une forte propension à s’étirer dans une postadolescence qui prolonge indûment ce moratoire entre la dépendance de l’enfant et les engagements de l’adulte. On assiste, en effet, à une prolongation de ce que l’on a appelé «les statuts transitoires», qui concernent aussi bien les études, le mariage, le premier enfant que le logement. Ces postadolescents, de plus en
plus nombreux, restent au domicile parental de plus en plus longtemps. Selon l’INED (Institut national des études démographiques), à 18-19 ans, la grande majorité des jeunes vivent toujours au domicile familial. Entre 20 et 24 ans, 50% des filles et 60% des garçons habitent encore chez leurs parents, et 14% des jeunes se réinstallent dans leur famille au cours des cinq années qui suivent le départ de la maison familiale (chiffres pour l’année 2000). L’allongement de la scolarité, l’entrée de plus en plus tardive dans la vie professionnelle et/ou maritale participent également de cette tendance. Mais le facteur le plus déterminant paraît être le moratoire imposé par le flou et l’indétermination du mode de vie futur de l’adolescent. Car c’est la première fois, dans l’histoire de l’humanité, qu’à une si grande échelle, le destin d’une génération n’est pas perçu comme devant être pour l’essentiel une répétition à l’identique du mode de vie de la génération précédente.

L’allongement de l’adolescence conduirait donc à une dissociation de plus en plus marquée entre la
puberté, étape physiologique de la maturation corporelle dont l’importance se relativiserait, et le phénomène essentiellement psychosocial qu’est l’adolescence proprement dite. Simultanément, les rapports parents-enfants changent profondément ; les barrières intergénérationnelles s’effacent. La plus grande liberté des mœurs, la fragilisation des limites et des interdits, la dilution des valeurs
conjuguent leurs effets avec ceux de l’accroissement des exigences de réussite individuelle. Cet ensemble de facteurs expose davantage l’adolescent, confronté à ses seules ressources personnelles, et l’empêche de trouver, dans la soumission aux contraintes ou l’adhésion aux valeurs de la société, une voie toute tracée d’expression de ses besoins de dépendance et de sécurité. Besoins qui vont, de ce fait, s’exprimer au grand jour d’autant plus violemment.

En ce qui concerne la famille, l’évitement des conflits et la perte de la médiation que représentait le consensus social sur les règles de vie favorisent la création d’une ambiance familiale pseudo-consensuelle et l’enchevêtrement des générations. S’y ajoutent les effets du contrôle de la procréation, qui permettent de programmer la naissance et de choisir le nombre d’enfants. Dès lors, l’enfant voulu, presque choisi, peut faire l’objet d’un surinvestissement de la pan de ses parents. Plus qu’autrefois, il est en contact avec leur vie privée, leurs états affectifs, et il n’est pas rare qu’une fois adolescent, il soit associé à leur intimité, voire que ceux-ci, dans un souci de transparence, le mettent au courant des aléas de leur vie privée, abolissant ainsi la différence des générations. Il s’ensuit une certaine « parentification » des enfants, utilisés à des fins de réassurance affective. Les parents peuvent chercher en eux une compensation à leurs difficultés personnelles, qu’elles soient professionnelles, amoureuses ou familiales. Tout ceci contribue à renforcer une situation d’osmose émotionnelle entre l’enfant et ses parents qui accentue la dépendance affective du premier sans qu’aucune limite ne vienne plus s’interposer. Ce phénomène est encore aggravé à l’adolescence par le fait que les parents d’adolescents sont souvent confrontés à leur propre crise, celle du milieu de la vie.
L’adulte essaie de surmonter sa dépression en reportant ses conflits sur ceux de l’adolescent, le considérant comme un prolongement de lui-même ou comme un représentant parental. Cela explique pourquoi les parents refusent de plus en plus d’entrer en conflit avec les adolescents. Ils veulent avant tout trouver en eux un soutien et la confirmation qu’ils sont de bons parents. En agissant ainsi, ils privent l’adolescent de son agressivité, empêchent sa quête, parfois violente, mais nécessaire, d’autonomie et la conquête d’un monde qui soit à lui et non pas confondu avec celui de ses parents. On l’aura compris : dans l’intérêt porté à l’adolescent se cache souvent le regard nostalgique de l’adulte qui essaie de retrouver sa propre jeunesse, voire de vivre ses désirs à travers l’adolescent, pervertissant ainsi sa relation avec lui. On peut donc considérer que l’accroissement numérique de la classe des «jeunes », comme l’évolution libérale de la société, ont mis en cause les règles éducatives qui régissaient jusqu’alors les rapports entre les générations. De nouvelles formes de médiation sont apparues pour gérer à la fois la distance relationnelle et les conflits de générations. Le domaine de la psychologie en représente une des variantes.

Swimming - sport

Le sport lui prend tout son temps. Que faire?

Il n’est pas rare qu’un adolescent consacre la plus grande partie de son temps à une activité, par
exemple, le sport. Cette activité monopolise toute sa disponibilité, son intérêt et la majeure partie de son énergie. Comme tout excès, cela traduit pour partie un doute, des inquiétudes, voire des difficultés plus ou moins sérieuses dans les autres domaines négligés. Comme si l’adolescent, peu sûr de lui, trouvait ainsi un moyen de se rassurer sur sa valeur, un moyen de maîtriser une partie de sa vie alors qu’il peut craindre par ailleurs de perdre pied, de se sentir débordé par des ambitions qu’il ne peut réaliser.
Ce surinvestissement dans le sport, ou dans d’autres activités, offre l’avantage de permettre à l’adolescent de se valoriser dans une activité concrète, ancrée dans la réalité, qui peut faciliter les échanges avec les jeunes de son âge. Toutefois, il peut également présenter l’inconvénient, étant excessif, d’enfermer l’adolescent plus qu’il ne l’ouvre aux autres et de lui interdire d’autres
intérêts scolaires et sociaux. On sait, par exemple, que l’anorexie mentale peut se manifester, au début et pendant toute la durée de la maladie, par un besoin frénétique d’activité (marche ou jogging, notamment) qui progressivement tourne à vide, l’adolescent ayant pour seul but de se dépenser sans limites au détriment de tout échange ou de tout partage avec les autres.

C’est aux parents de poser les limites que l’adolescent ne peut trouver lui-même afin d’éviter que le sport ne devienne pour lui une sorte de drogue. Comme toute passion se déclenchant à l’adolescence,
celle-ci gagne à être inscrite dès le début dans une démarche qui ne soit pas solitaire, mais au contraire la plus socialisée possible. Il sera d’autant plus facile pour les parents d’y veiller qu’ils le feront tôt, parce que l’adolescent est alors plus sensible à leurs conseils et, surtout, parce qu’il ne sera pas encore enfermé dans sa solitude. Il n’est pas rare, cependant, que ce soient les parents qui favorisent l’engouement frénétique pour un sport. Dans l’incessante course aux performances qui régit actuellement notre société, certains même préparent dès leur plus jeune âge leurs enfants à entrer dans la compétition. Ce n’est certes pas une démarche solitaire, mais elle peut enfermer l’adolescent dans le seul objectif de la réussite, le rendre captif d’un projet parental qui n’est pas le sien, au détriment de son développement affectif et intellectuel. L’adolescence peut être un moment de révolte et de rupture dans cette marche programmée vers un destin conçu par d’autres. Ce n’est pas condamner la préparation de jeunes gens à un sport
de haut niveau que d’attirer l’attention de leurs parents sur les enjeux et les risques d’une démarche qui, aussi bien intentionnée soit-elle, peut être lourde de conséquences.

Il se sent déprimé. Comment l'aider

Il se sent déprimé. Comment l’aider?

La dépression, la déprime ou la morosité sont certainement les signes de souffrance psychique les plus fréquents de l’adolescence. Au point qu’on a voulu y voir une de ses caractéristiques inévitables. Mais cela est faux, même si environ un quart des garçons, et plus encore des filles, seront déprimés à un moment ou à un autre de leur adolescence. Il est vrai que le terme « déprimé » recouvre des réa-
lités bien différentes, qui vont des petits coups de cafard (qui font partie de l’ajustement normal à la réalité) à la dépression majeure, véritable maladie psychiatrique ayant souvent un soubassement biologique et génétique. La dépression peut s’exprimer par un fond dépressif chronique, mais aussi par une façon d’organiser sa vie, non sans un certain plaisir romantique à le faire savoir et à le montrer, dans la nostalgie, par des pensées dépressives se cachant derrière des plaintes répétées concernant le plus souvent le corps, par des troubles du comportement ou par une agitation inquié-
tante. La majeure partie, sinon la totalité, des troubles psychopathologiques est en effet l’indication d’une possible dépression.
L’adolescent et, peut-être plus encore, ses parents doivent apprendre à tolérer les moments de déprime sans en faire pour autant le signe évident qu’il est déprimé, voire malade. A l’inverse, il appartient aux parents de savoir repérer un état dépressif qui s’installe, s’organise et perdure et d’y réagir par la consultation d’un généraliste ou d’un psychiatre. Cela est encore plus nécessaire quand existent des antécédents familiaux de dépression, sans pour autant que cela ne suscite des
inquiétudes exagérées ou n’éveille l’idée d’une fatalité familiale à laquelle l’adolescent ne pourrait pas échapper. La présence d’antécédents sévères ou de suicides dans sa famille ne veut pas dire que l’adolescent suivra forcément le même chemin s’il est déprimé. L’influence génétique est complexe et partielle ; elle ne joue qu’en association avec la part environnementale, liée à l’his-
toire de la vie de l’intéressé, de la dépression. Cela veut simplement dire qu’une certaine vulnérabilité génétique contribuera à donner aux pensées et aux émotions dépressives d’un adolescent ayant de tels antécédents une résonance et une ampleur plus facilement importantes que chez un autre. La prescription d’antidépresseurs et/ou de régulateurs de l’humeur a visée préventive peut le libérer de ces handicaps et le laisser plus libre de résoudre ses problèmes, facteurs de dépres-
sion. La prescription de médicaments ne veut cependant pas non plus dire qu’il a une maladie dépressive et qu’il devra les prendre toute sa vie, mais plutôt qu’ils peuvent être à certains moments un outil susceptible de l’aider à se donner les moyens de résoudre ses problèmes.

La maladie dépressive proprement dite a un caractère périodique, des épisodes d’excitations, appelés manies, alternant avec des épisodes dépressifs (maladie maniacodépressive). Certaines formes purement dépressives de la maladie ont souvent une durée plus longue. Toutes ces formes de maladie dépressive répondent bien à un traitement curatif (antidépresseurs et/ou calmants) et, désormais, à un traitement préventif. Les médicaments n’empêchent pas mais, au contraire, facilitent une
approche psychothérapeutique individuelle et familiale. Entre ces formes majeures de dépression, tous les intermédiaires et toutes les variétés de manifestations dépressives existent, auxquels une réponse peut être apportée par les thérapeutiques déjà citées.

Il m'a volé de l'argent dans mon porte-monnaie. Faut-il sévir

Il m’a volé de l’argent dans mon porte-monnaie. Faut-il sévir?

Ce type de comportement est plus fréquent chez les garçons que chez les filles. Il survient volontiers juste avant ou au début de l’adolescence, quand le garçon, qui n’a pas encore totalement quitté l’enfance, veut jouer au grand et pouvoir «se payer» ce dont il a envie. C’est en général dans le porte-monnaie maternel qu’il va puiser, peut-être parce qu’il est plus aisément accessible que le portefeuille du père, plus familier aussi. Ce choix est révélateur du fait que l’enfant se différencie mal de sa mère, qu’il se considère en quelque sorte comme une sorte de prolongation du corps mater-
nel. S’il lui manque quelque chose, il lui suffit d’aller se servir dans ce prolongement symbolique de la mère qu’est son porte-monnaie. Ce choix exprime donc combien le préadolescent reste encore dépendant de sa mère. On dirait que le pouvoir et la force qu’il cherche à acquérir demeurent pour lui des attributs maternels qu’il ne pourrait s’approprier sans les dérober. A cet âge, le père apparaît encore trop lointain, plus ou moins inaccessible, et s’en prendre à lui, plus transgressif et plus dangereux. Quand ce type de comportement survient plus tard chez l’adolescent, celui-ci se sert dans le portefeuille paternel, et dérobe des sommes nettement plus conséquentes que dans le porte-monnaie maternel.
Du fait de l’importance du lien de dépendance qui l’unit à ses parents, l’enfant a du mal à concevoir qu’il grandit, prend son autonomie et peut avoir des choses à lui, les demander et en discuter avec ses parents. Dans son esprit, ce qui est aux adultes, notamment l’argent, doit le rester et n’est pas pour lui. Pour le posséder, il ne peut que le voler, le prendre en cachette de ses parents. Il peut également avoir honte de désirer avoir de l’argent à lui et se sentir incapable d’en manifester le désir devant sa mère comme si c’était faire preuve d’une audace best online casino coupable et d’une impudeur qui appelaient un châtiment.

Un vol précoce, éventuellement répétitit, est un vol infantile, c’est-à-dire lié à la persistance d’un lien de dépendance infantile à la mère. Celle-ci peut l’encourager sans s’en rendre compte en maintenant une trop grande proximité physique avec son enfant, ce qui l’infantilise, ou en voulant trop le gâter, notamment en multipliant petits cadeaux et friandises qui donnent à l’enfant le sentiment que sa mère est comme une corne d’abondance, pleine de bonnes choses qu’elle peut
indéfiniment distribuer mais à son gré, comme elle le veut et quand elle le veut. Le père n’est guère consulté et se trouve très marginalisé dans ce type d’échanges. Un parent qui se rend compte que son enfant a volé de l’argent dans son porte-monnaie doit bien sûr ne pas accepter ce comportement et l’interdire, mais, simultanément, il doit aider l’adolescent à acquérir une réelle autonomie. Le rôle du père est alors primordial : c’est de lui que doit venir la double confirmation de l’inter-
dit et du droit de l’adolescent à désormais disposer d’attributs et de territoires qui soient à lui. Pour donner à l’adolescent le sentiment qu’il est assez grand pour commencer à gérer ses affaires et concrétiser ce changement, son père peut lui attribuer de l’argent de poche. Si ce type de comportement semble déjà s’être mué en habitude, il ne disparaîtra pas nécessairement dès la pre-
mière intervention. Il faut pouvoir rattraper les dérapages de l’adolescent, voire les sanctionner, tout en valorisant par ailleurs ce qui peut conforter sa confiance en lui. Il faudra surtout que ses parents s’interrogent sur la façon dont eux-mêmes se comportent dans la vie quotidienne et sur l’existence éventuelle d’une trop grande complicité entre l’adolescent et eux. Une thérapie familiale peut alors apparaître comme l’aide la plus appropriée.

Il ne veut pas nous quitter. Faut-il s'en inquiéter

Il ne veut pas nous quitter. Faut-il s’en inquiéter?

Les jeunes vivent de plus en plus longtemps au domicile familial. Selon l’INSEE, 50% des filles et 60% des garçons entre 20 et 24 ans vivent encore chez leurs parents, et 14% des jeunes se réinstallent dans leur famille au cours des cinq années qui suivent leur départ de la maison familiale. Bien sûr, ils ne manquent pas d’arguments pour justifier ce choix : les raisons économiques, l’allongement de la durée des études, la possibilité de vivre une situation quasi maritale dans la famille… Mais, au-delà de ces réalités, on sent bien que l’on se trouve face à un phénomène psychologique qui prend peu à peu une dimension sociologique.
En effet, de plus en plus déjeunes n’ont pas de motivations suffisantes pour quitter leurs parents à un âge où il était d’usage de le faire il y a encore une quinzaine d’années. Qu’est-ce qui les pousse donc à rester?
Les parents sont-ils complices ? N’ont-ils aucun mot à dire?

La majorité des cas ne pose guère problème et la séparation va se faire spontanément de façon tardive mais satisfaisante, ou va nécessiter simplement que les parents posent des limites. Mais un certain nombre de situations vont être difficiles parce que, manifestement, l’adolescent n’arrive pas à partir, s’installe dans une situation régressive de dépendance mutuelle avec ses parents et, surtout, s’enfonce dans des conduites d’échec et d’autodestruction, avec parfois des accès de violence envers ses parents…
La difficulté de parents et d’adolescents à se quitter n’est pas un signe d’amour particulièrement intense, comme aimeraient le croire certains parents. C’est plutôt l’expression d’une relation marquée par l’inquiétude, l’insécurité et le manque de confiance. Il s’agit bien sûr d’un manque de confiance en soi de l’adolescent, mais aussi d’un manque de confiance enven les parents, comme si la séparation appelait la perte et la destruction. Ce qui va finalement se manifester au grand jour quand l’agrippement des uns aux autres perdure exagérément. En effet, la dépendance affective, et l’accrochage compensateur aux parents qu’elle génère, finissent inévitablement par susciter chez l’adolescent un besoin de se différencier et de prendre de la distance en s’opposant et en s’installant dans une relation dominée par l’insatisfaction. Les parents doivent alors poser une limite et introduire un tiers pour faciliter le dialogue entre eux et leur enfant. L’ouverture est impérative pour redonner à l’adolescent une marge de manœuvre personnelle hors du regard parental. La fermeté, voire ce qui peut être vécu comme une violence, s’impose dans rétablissement de limites pour faire contrepoids à la violence autrement destructrice de la perpétuation de ce vase clos mortifère.

soit le signe d’un échec dans leur éducation. Pour être de bons parents, ils sont prêts à tout accepter. Or, si l’adolescent s’enfonce dans l’opposition et le sabotage de ses potentialités, ce n’est pas nécessairement parce qu’ils sont de mauvais parents, mais plutôt parce qu’il est trop dépendant d’eux et n’arrive pas à les quitter. Il ne peut supporter la solitude, mais ne se sent plus lui-même dès qu’ils sont proches. Le compromis qui s’installe alors est de rester près d’eux et d’afficher sa différence et une pseudo-autonomie par son insatisfaction, ses plaintes et son opposition. En réalité, il aurait besoin de tisser des liens nouveaux et de faire ses preuves à distance des parents. Comme il n’arrive pas à le faire seul, les parents doivent l’y aider en profitant du caractère insatisfaisant de la situation pour exiger qu’une solution soit trouvée à distance d’eux. C’est ce qui permettra que, dans un deuxième temps, quand l’adolescent aura pu faire la preuve de ses ressources propres, les relations redeviennent positives.

L'adolescence est-elle toujours un cap difficile à passer

L’adolescence est-elle toujours un cap difficile à passer?

L’adolescence n’est jamais aussi simple qu’aiment le croire les adultes. Elle n’est pas faite que d’insouciance et d’irresponsabilité. Même si notre culture ne confronte plus les adolescents à des épreuves initiatiques pouvant mettre en danger jusqu’à leur vie même, l’adolescence demeure toujours,
sinon une épreuve, du moins un travail psychologique d’adaptation à une situation nouvelle. Adaptation d’autant plus nécessaire qu’elle concerne non seulement les relations avec l’environnement, mais aussi les changements physiques et psychologiques qui affectent l’adolescent lui-même. Il est difficile d’être à l’aise face aux adultes ou aux gens de son âge quand on est soi-même déstabilisé par un corps qui mue et une identité qui vacille, quand on est tiraillé entre la nostalgie de l’enfance et l’envie d’être ce que l’on n’est pas encore, à savoir un adulte. C’est pourquoi l’adolescence est bel et bien une crise.

Mais cette crise est beaucoup moins prise en charge par la société qu’elle ne l’était dans le passé. Le propre d’une société libérale, non pas tant sur le plan économique que sur le plan idéologique, est de laisser davantage l’individu face à lui-même en ce qui concerne l’organisation de sa vie et les valeurs auxquelles il choisit de se référer.
Simultanément, on assiste, avec la concentration de la population dans les villes, à un relâchement des liens avec la famille élargie. Tandis que la famille nucléaire (la famille restreinte) est soumise à de fortes tensions qui vont, dans près d’un cas sur deux, jusqu’à son éclatement et son éventuelle recomposition. Conjointement se multiplient les aménagements atypiques de la vie familiale et des modes de « parentalité » et de procréation. Cette implosion des modes traditionnels de la vie familiale s’accompagne, de façon en apparence quelque peu paradoxale, d’un mouvement de repli sur la famille. Mais il s’agit d’une famille reposant essentiellement sur des liens affectifs fortement individualisés qui n’est plus guère organisée par des «prêts à penser» culturels et idéologiques. Moins de famille donc, mais plus de liens familiaux. Avec des avantages : plus de richesse affective
personnalisée; et des inconvénients : plus de dépendance et l’ambivalence des sentiments que génère toute dépendance.

Du fait de ces mutations, aujourd’hui, il n’y a plus guère de consensus social sur les modalités d’éducation des enfants, la discipline, le fonctionnement de la vie familiale, les règles de vie. Il ne s’agit pas de plaider pour un retour en arrière, mais tout changement comporte ses risques. Cette absence de consensus contribue à renforcer la relation de désir, et donc de proximité, qui unit l’enfant et ses parents. Ceux-ci n’ont plus la possibilité de dire : «C’est comme ça parce que c’est
comme ça. C’est comme ça parce que ça a toujours été comme ça. Mes parents faisaient comme ça, les voisins faisaient comme ça…» Ce genre de justification approximative avait pourtant une utilité : celle de venir s’interposer entre le désir de l’enfant et celui des parents comme une limite «objective» ne dépendant du désir personnel ni des uns ni des autres. De nos jours, l’enfant va rapidement contester la position de ses parents et faire référence aux comportements différents des
parents de ses amis : «Justifie-toi. Le père de mon ami ne fait pas comme ça, pourquoi mets-tu des limites ici plutôt que là ? » L’arrière-fond de cette contestation est la croyance implicite que ce choix familial relève de

l’arbitraire et du désir du plus fort. L’enfant est donc impliqué très précocement dans les liens de désir qui existent entre ses parents et lui, avec la richesse que cela représente, mais au ssi avec l’inconvénient que les choix personnels des en fants et des parents sont sollicités directement – peut-être trop. Cela renforce la dépendance affective réciproque et l’enchevêtrement des liens. Ils ne sont plus protégés par l’effet médiateur, peut-être limité, m tais efficace, de la nécessité consensuelle qui venait s’intterposer entre eux.

Il ne faut pas voir dans cette dépendance un état pathologique en lui-même. On peut totit au plus y
reconnaître une sorte de vulnerabilité. Un certain nombre de créateurs et de self-madle men, cependant, ont ce même type de vulnérabilité. ILs tentent de reprendre leur destin en main, de se protéger de leurs besoins affectifs et de la dépendance qu’ils génètent en «s’autocréant» à travers leurs créations. Comme s’ils devenaient leurs propres géniteurs et : se passaient ainsi de leurs parents. C’est à l’adolescenc e que s’opère souvent ce basculement, qui peut donner lieu soit à un remarquable succès, soit à une conduite d’échec. Car à défaut d’être grands dans la réussite, certains adolescents peuvent choisir de le devenir dans l’échec:. Cela dépend pour beaucoup des rencontres, de leur qualité et de la façon dont l’adolescent les accueille. L »échec risque de le conduire à s’enfermer dans le refus, attitude devenue l’ultime défense d’une identité menacée d’effondrement. C’est là un des dangers majeurs qui guettent les laissés-pour-compte de notre société. Leur seul moyen d’exister réside dans cette carapace nihiliste, dans cette capacité de dire non, non plus seulement à leurs parents mais à l’ensemble des adultes. Cette attitude recouvre
des réalités psychiques très différentes, mais qui se dissolvent dans la permanence du refus de l’échange. L’insatisfaction chronique est alors le contrepoint de l’intensité de leur désir déçu.