Il n'a envie ni de rire ni de s'amuser. Que faire

Il n’a envie ni de rire ni de s’amuser. Que faire?

Voilà une situation frequente à Tadolescence qui ne doit pas systémariqucment inquiéter : il est normal
d’avoir des moments de tristesse et de repli sur soi. Il est meme imporunt que ces moments puissent ètre dépassés par Tadolesccnt et supportés par l’entourage. Ne pas accepter ses moments de deprime, c’est risquer de taire croire à l’adolescent que ses parents sont trop fragiles pour cela et qu’il se doit en quelque sorte de faire bonne figure pour ne pas les accabler. C’est faire de l’adolescent le « thérapeute » de ses parente, róle écrasant qui le contraint à se sacrifier pour eux. Il n’est pas non plus souhaitable cependant que les parente abandonnent l’adolescent à son malaise. Tout ce qu’un adolescent laisse paraìtre a, en effet, une valeur de message adressé à son entourage. Et ne pas y
répondre revient à laisser l’adolescent seul face à ce qui risque de le submerger. Il y a donc, une fois de plus, un équilibre à trouver entre dramatiser et méconnaitre. Cet équilibre est fonction de la durée, de l’intensité mais aussi des répercussions de cet état sur l’ensemble des activités de l’adolescent.

Ne pas pouvoir manifester de joie ou de plaisir, ni participer à ceux des autres, témoigne d’une crispation de l’adolescent, débordé par ce qui se passe en lui. Il se sent menacé et mobilise son énergie pour contenir à l’intérieur de lui des émotions qu’il se sent incapable de maîtriser. Ces émotions sont le plus souvent indicibles, car faites de sentiments et d’envies contradictoires. Ce
sont ces mêmes contradictions qui expliquent le caractère délicat de la réponse à apporter au mal-être perçu chez l’adolescent. D’autant que cette réponse, l’adolescent la supporte d’autant moins bien qu’il la souhaite plus ardemment… C’est souvent l’intensité même de ce désir qui lui est la plus insupportable, comme si accepter ses attentes envers les adultes était s’y soumettre et ne plus exister par soi-même. Cette morosité est typique des passages difficiles de l’adolescence. L’adolescent souhaite qu’un adulte intervienne pour l’aider à sortir de cet état et, en même temps, il est exaspéré par cette attente… Il faudrait que, par magie, son malaise disparaisse de lui-même ! Heureusement, cela arrive parfois. Le plus souvent grâce à une intervention imprévue, indépendante des personnes les plus proches, et en particulier des parents. Elle est d’autant plus efficace qu’elle prend l’adolescent au dépourvu et qu’il ne vit pas son changement d’humeur comme une capitulation. Ce dernier point est capital et conditionne souvent la réaction de l’adolescent. D’où l’intérêt des médiations qui consistent à atteindre l’adolescent de manière indirecte. Une façon détournée de lui porter l’attention dont il a besoin sans qu’il ait à en prendre conscience. Les animaux domestiques jouent souvent un tel rôle. C’est pourquoi ils peuvent être si utiles à l’équilibre d’une famille, se faisant le vecteur de liens trop chargés affectivement pour être abordés directement. Agir ensemble en faveur de camarades en difficulté ou d’une cause extérieure permet également à l’adolescent de refaire corps avec ses parents et de se détendre sans s’en rendre compte.

Mais il est des situations où une intervention plus directe de la part des parents s’impose. Par exemple, lorsque la tristesse de l’adolescent dure, s’installe et devient pour lui une façon d’être permanente… Ou quand des répercussions se font sentir sur sa vie sociale, affective et scolaire. Les parents doivent alors savoir intervenir tranquillement mais fermement, afin de faire état de leur préoccupation.
Plus l’adolescent refuse le dialogue, plus il faut insister pour avoir une explication. Les parents peuvent avoir recours à une médiation en faisant appel à un tiers ou par le biais d’une consultation médicale chez le généraliste ou le psychiatre. Il est important de préciser à l’adolescent que cette consultation ne signifie pas qu’il soit malade mais que force est de constater qu’il ne semble pas heureux, que ses parents sont en droit de s’en inquiéter, même à tort, et que le mieux est d’avoir un avis extérieur. L’adolescent doit le faire pour ses parents, si ce n’est pour lui. Quant aux parents, il est essentiel qu’ils soient persuadés qu’il est de leur devoir d’entreprendre cette démarche et que celle-ci ne dépend pas du seul avis de leur enfant. Trop souvent, aujourd’hui, les parents, qui ont peur d’un conflit ouvert avec leur enfant, s’abritent derrière le refus de ce dernier pour ne rien faire. Ce faisant, ils l’abandonnent à son sort. Ce n’est comprendre ni l’attente qui se cache derrière cette attitude de refus, ni le paradoxe central de cet âge : que plus l’attente est grande, moins elle est acceptable parce que son intensité même la rend intolérable vis-à-vis de l’image que
l’on veut avoir de soi. Elle en devient blessante et même humiliante.

Pourquoi déteste-t-il son corps

Pourquoi déteste-t-il son corps?

C’est un fait : un certain nombre d’adolescents n’aiment pas leur corps et ne sont pas à l’aise avec lui. Ce malaise peut aller jusqu’au rejet complet, voire jusqu’à une véritable haine soit du corps dans son ensemble, soit de l’une de ses parties. Cette focalisation du rejet est bien connue des psychiatres qui l’appellent dysmorphophobie, c’est-à-dire phobie (qui signifie peur mais aussi rejet) de l’apparence, de la forme. Les appendices naturels du corps (nez, oreilles, bouche, mains, pieds) ou les parties plus nettement sexualisées (seins, fesses, hanches) sont l’objet privilégié de ces rejets. L’acné, fréquente à cet âge, peut servir de point de départ à une réaction de rejet du visage et parfois du corps dans son ensemble. Il faut la traiter et éviter qu’elle ne devienne une obsession, souvent aggravée par le comportement paradoxal des adolescents, qui ne peuvent s’empêcher de toucher à leurs boutons tout en s’en reprochant les conséquences. Mais la silhouette, le poids, la taille peuvent également être l’objet de critiques qui prennent souvent un caractère obsédant. Les adolescents qui rejettent tout ou partie de leur corps ont le sentiment qu’ils ne pourront mener une vie heureuse tant que persistera ce qui leur apparaît comme une anomalie. L’intervention chirurgicale est de plus en plus souvent vécue par ces adolescents comme le seul recours possible. Mais le malaise est souvent plus difiiis : il se traduit par le besoin de cacher ses formes sous des vêtements trop
amples, la difficulté de se mettre en maillot de bain ou encore le besoin de porter les tenues les plus neutres possibles. Comme toujours, la réaction contraire peut être, en réalité, le signe du même malaise : les adolescents qui cherchent à attirer l’attention par une tenue vestimentaire, une coiffure ou des accessoires provocants n’acceptent pas mieux leur corps que ceux qui le camouflent. Il apparaît d’ailleurs plus maltraité que mis en valeur. Ce type d’attitude vise à provoquer l’étonnement, la gêne et la désapprobation, voire la peur. Ce n’est pas un hasard, mais bien l’expression du besoin de faire naître chez l’autre, celui qui regarde l’adolescent, un regard négatif sur son physique. Ce transfert permet à l’adolescent d’éviter de prendre à son compte le rejet de son propre corps.
Sous une forme plus atténuée, l’apparence de bien des adolescents éveille la perplexité ou l’irritation : c’est, là encore, un écho de leur malaise et de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Font partie de cette difficile acceptation de leur corps en mutation la prédilection des adolescents pour le noir, couleur de deuil, les vêtements déchirés, les chaussures aux semelles démesurées. Sans
parler du goût pour les vêtements de coupe militaire que partagent même des antimilitaristes convaincus.

Le corps est le reflet des transformations psychiques de l’adolescence. Il est le révélateur de changements, concernant notamment la sexualité, qu’il n’est plus possible de nier. Cette « trahison » du corps, qui donne à voir plus qu’il ne serait souhaitable aux yeux de l’adolescent, sollicite particulièrement les tendances exhibitionnistes de l’individu. Le regard, le jeu de ce que l’on
montre et de ce que l’on cache, s’en trouvent surinvestis. C’est en général pour tenter de contrôler ce qui lui échappe que l’adolescent va choisir la fuite en avant et exhiber outrageusement un corps qui, dans l’excès même qu’il affecte, est une caricature de lui-même. Ce simulacre d’une fete du corps, qu’illustrent bien les modes adolescentes, n’est pas pour autant nécessairement négatif. Il est un aménagement possible, s’il se prête à une évolution ultérieure. Ce qu’il comporte
d’actif est préférable au retrait et au désinvestissement de l’adolescent vis-à-vis de son corps.
Mais le malaise peut aller au-delà de la seule tenue vestimentaire. L’adolescence est une période de la vie où se multiplient plus particulièrement toutes sortes d’attaques directes ou indirectes envers le corps : scarifications, brûlures de cigarettes, anorexie ou boulimie, et, bien sûr, tentatives de suicide. Remarquons que ces attaques du corps sont plus fréquentes chez les jeunes filles (trois fois plus de tentatives de suicide, dix fois plus de cas d’anorexie, quatre fois plus de plaintes concer-
nant des douleurs physiques, céphalées, maux de ventre, etc., que chez les adolescents de sexe masculin), mais plus graves chez les garçons (trois fois plus de suicides réussis, par exemple, chez les adolescents que chez les adolescentes).

Pourquoi le corps est-il l’objet privilégié de ces attaques? On perçoit aisément à quel point le corps joue un rôle de premier plan à l’adolescence, puisque son processus même est intimement lié aux transformations physiologiques de la puberté. Si l’adolescent peut se croire maître de ses pensées et
de ses idéologies, il subit son corps. Car il assiste, impuissant, à ses transformations, qu’il suit ou, au mieux, qu’il accompagne, mais dont il ne décide pas. Règles et premières éjaculations peuvent dès lors apparaître comme autant d’événements traumatiques. D’autre part, l’adolescent se voit contraint d’assumer un physique qu’il n’a pas choisi : il n’a pas choisi de naître garçon ou fille, d’être grand ou petit, brun ou blond, d’avoir des yeux, un nez, une bouche, des oreilles, etc., qui lui plaisent plus ou moins. Non seulement il ne l’a pas choisi, mais il en hérite. Le corps est en effet le fruit de l’union des parents : les ressemblances qu’on y devine sont la marque d’une appartenance familiale avec laquelle l’adolescent peut être en révolte. Chaque partie du corps, et surtout du visage, va faire l’objet de commentaires qui ont souvent pour effet d’exaspérer l’adolescent : « Tu as le nez de ta mère, les yeux de ton père, le sourire de ta grand-mère…» Y a-t-il quelque chose qui lui soit propre dans tout cela? Cet héritage peut être bien vécu si l’adolescent l’accepte et ne souffre pas de complexes trop importants. Mais s’il en est insatisfait, s’il a trop de comptes à régler avec ses parents, s’il a trop peu d’assurance, la tentation sera grande de vouloir se réapproprier ce corps hérité et subi, non pas en le mettant en valeur, ce qui supposerait que l’adolescent accepte sa filiation, mais en l’attaquant, en l’abîmant, en le déformant par le biais d’un « look » provocant (vêtements, coiffure), ou par ces marquages identitaires que sont les tatouages et le piercing, ou encore par toute autre forme d’agression. En attaquant ce qu’il a reçu de ses parents, l’adolescent se réapproprie un pouvoir égal au leur. En s’acceptant tel qu’il est, il signifie qu’il accepte aussi ses parents et ce qu’ils lui ont donné en héritage.

Cependant, dans le bouleversement que constitue l’adolescence, le corps demeure également un repère
tangible de la continuité du sujet. On se trouve alors devant ce paradoxe que le corps, du fait des modifications pubertaires, est le facteur principal des transformations qui affectent l’adolescent mais aussi un repère qui lui offre une certaine constance et demeure un garant de sa continuité.
Par ailleurs, le corps est tout à la fois ce qu’il y a de plus personnel et de plus intime, et ce qui demeure toujours quelque peu extérieur et étranger. Il obéit à l’individu, constitue son enveloppe protectrice, l’individualise et témoigne de sa continuité. Cependant, il constitue également une entrave aux désirs mégalomanes, limite et trahit celui auquel il appartient car il révèle par ses émois ce que ce dernier aurait voulu tenir secret. Il demeure le heu privilégié d’expression des
émotions. Il est langage et moyen de communication. Il donne à voir et contribue par là à assurer l’identité. Il est d’ailleurs remarquable que toute angoisse comporte une expression somatique.
En cas de conflit majeur d’identité, le corps peut servir à assurer le maintien d’une unité défaillante. La revendication du droit à la différence est un des moyens privilégiés dont dispose l’adolescent pour affermir une identité que ses conflits et sa profonde dépendance aux parents menacent constamment. Ce droit à la différence s’est essentiellement exprimé dans les années 50 et 60
par le biais de la revendication d’une sexualité différente. Actuellement, ce thème s’est déplacé sur le droit à disposer de son corps à sa guise, jusques et y compris dans ces formes extrêmes que sont le droit à le maîtriser ou à le détruire : le suicide, l’anorexie mentale, la mode punk, les multiples formes de soumission et d’offrande du corps à des fins sadiques, etc.

Ainsi, au travers du corps, hérité de l’union des parents, c’est la relation à ceux-ci qui se joue à nouveau. L’adolescent vit les transformations imposées de la puberté comme une actualisation de sa soumission infantile aux parents. Ceux qui ont mal résolu cette période et demeurent trop dépendants de leurs parents vont mal supporter cette confrontation et seront tentés d’y réagir d’une manière ou d’une autre.
En effet, ce corps en mutation, lieu essentiel d’expression des transformations de la puberté, effets de la physiologie et non du pouvoir du sujet, échappe à sa maîtrise, qui est un des acquis importants de « l’âge de raison » ou phase de latence. L’adolescent peut se croire maître de ses pensées et de ses idéologies, mais il subit son corps et assiste, impuissant, à ses transformations. Le corps est le représentant de la nécessité : « Tu es un garçon, tu es une fille, tu es ainsi, tu n’es pas autre-
ment. » Cette nécessité renvoie les adolescents à leur vécu de passivité et de dépendance à l’égard de leurs parents, et les conduit à les apostropher par un : «Je n’ai pas demandé à naître. » Ce corps étranger, qui perd avec l’adolescence sa familiarité, qu’il va falloir réapprendre à aimer et à accorder à son image de soi, est aussi un corps incestueux, porteur des désirs et fruit de l’union
des parents.
Pour toutes ces raisons et parce que le corps est un élément essentiel de l’identité, la question du rapport au corps est au cœur des difficultés de l’adolescence.

Elle a fumé sa première cigarette. Va-t-elle devenir « accro »

Elle a fumé sa première cigarette. Va-t-elle devenir « accro » ?

Elle a fumé sa première cigarette? Quoi de plus banal! Et cependant, c’est un geste qui peut être
lourd de conséquences, d’autant qu’il est le fait d’adolescents de plus en plus jeunes, et de plus en plus des filles. Mais, là encore, il ne faut pas dramatiser… Néanmoins, il faut savoir que plus on commence à fumer tôt, plus les risques de complications somatiques graves – tels que le cancer du poumon – sont importants. Par ailleurs, l’indicateur le plus significatif des risques de toxicomanie et de dépendance reste le fait de commencer à fumer avant l’âge de 12 ans, et ce surtout si la consommation est importante. Toutefois, en ce qui concerne le risque de toxicomanie, il est difficile de savoir s’il est véritablement favorisé par le fait de fumer ou si le fait de fumer est le signal d’une vulnérabilité psychologique, voire biologique, aux conduites de toxicomanie. Malgré tout, il ne sert à rien de chercher à mener une prévention forcenée. Car il n’est pas heureux que les parents donnent aux enfants le sentiment qu’ils cherchent à contrôler à tout prix leurs comportements, ni qu’ils veulent et peuvent maîtriser leur avenir. Il n’est pas souhaitable non plus que les enfants grandissent entourés d’une anxiété parentale permanente. La meilleure prévention réside dans la création d’un climat de confiance réciproque qui témoigne que les parents estiment que l’adolescent possède les ressources personnelles suffisantes pour gérer au mieux les risques inhérents à la vie. Mais confiance ne veut pas dire insouciance et liberté totale. Elle suppose d’avoir posé au préalable des limites et des interdits qui aient été expliqués à l’enfant et surtout qui soient évolutifs :
l’adolescent doit pouvoir prendre lui-même le relais de la vigilance parentale. Des réajustements et des retours en arrière sont possibles ; il est recommandé de les envisager sans drame, comme un coup de main temporaire donné par les parents à une difficulté et un débordement passagers de l’adolescent. Il n’est alors pas rare que l’adolescent diminue rapidement sa consommation de
cigarettes, voire la cesse totalement. L’adolescent y renoncera comme à tous les comportements provocateurs du début de l’adolescence, qui s’atténuent dès qu’il se sent plus sûr de lui et parvient à s’approprier un territoire et un espace qui lui soient propres.

Elle est boulimique. Que faire

Elle est boulimique. Que faire?

La boulimie est le pendant de l’anorexie. Mais, si l’anorexie se voit, la boulimie passe facilement
inaperçue, car le poids reste le plus souvent aux limites de la normale. Toute anorexique vit dans la hantise de devenir boulimique, tandis que toute boulimique rêve de devenir anorexique : plus d’une adolescente anorexique sur deux devient également boulimique à un moment ou à un autre de l’évolution de sa maladie, mais une adolescente boulimique ne devient qu’exceptionnellement anorexique quand elle ne l’a jamais été. Même si la boulimie, comme l’anorexie, concerne essentiellement les filles, les garçons boulimiques sont trois fois plus nombreux que les garçons anorexiques.

La boulimie commence souvent plus tardivement que l’anorexie, à la fin de l’adolescence et des études secondaires, vers 18-20 ans. On considère qu’elle est deux à trois fois plus fréquente que l’anorexie, mais tout dépend de la définition que l’on en donne : elle se définit généralement par plus de deux crises par semaine sur une durée de plusieurs mois. Quand la fréquence est moindre et que les périodes boulimiques sont brèves et espacées, on parle de «boulimie atypique», forme de boulimie beaucoup plus répandue que la précédente.

Être boulimique ne consiste ni à faire des excès de table comme les gros mangeurs ni à grignoter entre les repas. Cela se caractérise par de véritables accès de goinfrerie. Le comportement boulimique se déroule selon un scénario relativement stéréotypé, même si intensité et fréquence de la boulimie peuvent être très variables. Son déclenchement brutal, son caractère impérieux, son déroulement d’un seul tenant jusqu’au malaise physique ou au vomissement, avec ingurgitation massive,
quasi frénétique, d’une grande quantité de nourriture lui confèrent un caractère de crise. Un accès boulimique s’accomplit en général en cachette, d’une façon totalement indépendante des repas. Il survient souvent en fin de journée, et succède à la tension du travail ; il peut suivre une contrariété de toute nature et répond fréquemment à un sentiment de solitude que la boulimique aggrave en s’isolant pour manger, puis en demeurant isolée après la crise du fait de son dégoût d’elle-même. H n’est pas rare qu’elle s’en ménage la possibilité en achetant la nourriture nécessaire. Un accès boulimique se déroule de façon quasi ritualisée. La personne souffrant de boulimie ingère rapidement et sans aucune discontinuité des quantités massives d’aliments choisis en raison de leur richesse calorique et, surtout, de leur caractère « bourratif », leur quantité primant sur leur qualité, jusqu’à dépasser souvent les 10000 calories. Donnons un exemple concret : un boulimique peut ingérer en une seule fois pêle-mêle et sans s’interrompre deux baguettes de pain, 500 g de beurre, un ou deux paquets de pâtes, dix croissants, une plaquette de chocolat. Un accès de boulimie peut être suivi de vomissements provoqués mais qui, avec le temps, deviennent quasi automatiques, et d’un autre accès s’il reste encore de la nourriture à portée de main. Les boulimiques peuvent prendre plaisir à manger, surtout ceux qui ne se font pas vomir, mais le caractère urgent du besoin d’engloutir prend le pas sur la recherche de goût; les aliments sont avalés plus que mâchés. Un accès de boulimie peut être suivi d’un état de torpeur, de flottement, mais aussi de violentes douleurs physiques (et en particulier de douleurs abdominales). Il cause le plus souvent sentiments de malaise, de honte, dégoût de soi, remords et reproches que l’on s’adresse à soi-même.

Les préoccupations corporelles (peur de grossir et de devenir difforme) reprennent souvent le dessus. Mais, même si une personne boulimique est toujours consciente du caractère anormal de son comportement, cela ne l’empêche en rien de recommencer plus tard ou sur-le-champ quand elle s’est fait vomir. Pour ne pas grossir, elle cherche à contrôler son poids, la plupart du temps en provoquant des vomissements, mais aussi en usant et abusant de laxatifs, de diurétiques, de
« coupe-faim », ce qui n’est pas sans conséquences. Elle peut aussi pratiquer intensivement et frénétiquement diverses activités physiques, surtout s’il s’agit d’une ancienne anorexique.
La fréquence des crises de boulimie peut varier de un ou deux accès par semaine à plus de quinze par jour; elles sont soit régulières, soit intermittentes, survenant par périodes de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Il n’est pas rare que le comportement alimentaire dans son ensemble soit perturbé (grignotages et/ou pratique périodique de jeûnes, de régimes diététiques et de règles alimentaires plus ou moins extravagantes). Les patientes qui ont également été à un moment ou un autre anorexiques expriment fréquemment un intérêt envahissant et plus ou moins obsessionnel pour tout ce qui concerne la nourriture, la cuisine et la diététique. L’apparence physique peut faire fréquemment l’objet
de préoccupations démesurées. En revanche, il n’y a pas, comme dans l’anorexie mentale, de réelle distorsion de la perception de la réalité du corps. Quant au poids, il est le plus souvent proche de la normale, voire même un peu inférieur dans la définition de la boulimie au sens strict. On trouve cependant également des conduites boulimiques chez des obèses ou des patientes avec une surcharge pondérale modérée.

Les troubles associés à la boulimie sont divers (anxiété chronique, intolérance à la solitude qui s’accompagne paradoxalement d’une tendance au repli sur soi, grande susceptibilité, impulsivité exagérée, cleptomanie, tendances suicidaires et addictives, etc.), mais deux y sont presque toujours attachés : on peut considérer qu’il n’est pas réellement de conduites boulimiques sans épisodes
dépressifs et une certaine instabilité de l’humeur. La prolongation de la boulimie a des conséquences souvent importantes sur la vie sociale et affective, qui s’en trouve affectée. Ainsi, quoique les conduites boulimiques ne représentent pas les mêmes risques vitaux que les conduites anorexiques, leurs conséquences physiques et psychologiques n’en sont pas moins graves. Les complications somatiques liées à la boulimie ne sont pas rares, dues le plus souvent aux conséquences des vomissements (détérioration de l’estomac et des reins, ulcérations, voire hémorragies des voies digestives hautes, etc.). Mais, comme pour l’anorexie mentale, les complications les plus fréquentes et les plus préoccupantes à long terme sont l’ostéoporose (atteinte du capital osseux et risque de fractures spontanées). L’évolution des comportements boulimiques apparaît paradoxale : ils peuvent très facilement s’installer dans la durée et réorganiser autour d’eux la vie de la patiente et, souvent, de son entourage, mais ils peuvent également disparaître brutalement à la suite d’un événement (nouvelle rencontre ou grossesse, par exemple). Il ne faut jamais oublier que les troubles du comportement alimentaire ne sont qu’une partie de la maladie : il ne doivent pas cacher les troubles de la personnalité qui y sont liés, et notamment les difficultés des sujets boulimiques à faire face à leurs responsabilités, qui mettent en péril leur avenir. On peut même considérer
qu’elles représentent le seul véritable problème de fond de ces troubles puisque, ne se manifestant pas directement, ce sont elles qui s’expriment indirectement par les troubles alimentaires qu’elles provoquent. Malheureusèment, le trouble du comportement alimentaire peut par lui-même induire des conséquences pathologiques indépendantes des facteurs psychologiques qui en ont favorisé la survenue, qui auront tendance à se renforcer elles-mêmes et à organiser le développement de la personnalité de celui qui en souffre. Ces conséquences sont particulièrement visibles dans l’écart que l’on peut
constater entre l’apparence qu’offrent les victimes ou anciennes victimes de boulimie (bonne insertion professionnelle, mariages et grossesses fréquents) et la réalité de leur vie intime.
Pourquoi une adolescente est-elle victime de boulimie? Pour des raisons très semblables à celles de l’anorexie mentale. Le contexte familial est souvent cependant légèrement différent, moins organisé, faisant moins référence à des idéaux et à des règles morales strictes. Le traitement de la boulimie se heurte à beaucoup de difficultés, comme d’ailleurs tous les troubles du comportement liés à une dépendance ; il faut distinguer le traitement du trouble du comportement lui-même et celui des troubles de la personnalité sous-jacents. En ce qui concerne le trouble du comportement, il est plus facile d’obtenir la fin d’une conduite de privation que celle d’une conduite d’excès. La coopération
des patientes est le plus souvent changeante, de même que leur fidélité à un thérapeute. L’hospitalisation est rarement nécessaire, sauf en cas de grand désarroi du patient ou d’un état dépressif inquiétant ; et, même si elle a une action bénéfique à court terme, elle est inefficace à long terme. Un traitement médicamenteux peut se révéler utile, ne seraitce que dans le traitement de la dépression et des troubles de l’humeur, même si l’appréciation de son efficacité reste à préciser. Une approche nutritionnelle et diététique est par contre presque toujours indispensable.

Entreprendre une psychothérapie est classiquement recommandé, notamment à certaines phases de l’évo-
lution de la boulimie, pour traiter des troubles de la personnalité sous-jacents au trouble du comportement alimentaire. Elle n’est pas exclusive d’autres médiations telles que l’on a pu les présenter en évoquant les autres troubles du comportement de l’adolescent. Les thérapies de groupe, surtout si elles sont gérées par les patientes elles-mêmes, peuvent donner des résultats appréciables. Les thérapies familiales sont surtout intéressantes dans les formes débutantes de la boulimie chez les adolescentes. A cet âge, le travail thérapeutique doit de toute façon nécessairement être effectué conjointement avec les parents.
Ce que devra traiter en priorité une thérapie, c’est la désinsertion sociale progressive qui affecte la plupart des adolescentes boulimiques, et leur propension à abandonner tout intérêt et tout investissement personnels.

Mon enfant a de mauvaises fréquentations. Est-ce grave

Mon enfant a de mauvaises fréquentations. Est-ce grave?

C’est d’autant plus triste que les adolescents les plus influençables sont souvent ceux dont les attentes à l’égard de leurs parents, et des adultes en général, sont particulièrement importantes. Leur vulnérabilité, liée à leur sentiment intrinsèque d’insécurité et à la mauvaise image qu’ils ont d’eux-mêmes, les rend à la fois extrêmement dépendants de l’attitude des autres et complètement intolérants aux conseils et aux attentions de ceux auxquels ils sont le plus attachés, leurs parents. Car l’intensité même de ces attentes les fait réagir à tout rapprochement avec eux comme s’ils n’allaient plus être capables d’exister par eux-mêmes. Laissés libres, ils se sentent abandonnés; sollicités par leurs proches, ils se sentent envahis et même persécutés. Aussi vont-ils chercher hors de leur famille le soutien qu’ils ne peuvent y trouver, soit parce que les réponses y sont inadéquates, soit – et les deux ne sont pas incompatibles – parce que cette dépendance affective leur est intolérable.

Paradoxalement, ces adolescents vont bien souvent retrouver avec leurs amis cette dépendance qu’ils
fuyaient à la maison. Mais cela peut les entraîner à perdre leur libre arbitre, à se laisser influencer par un groupe ou un individu ayant un fort ascendant sur eux. Comment aider son enfant à sortir de ce type de relation? En privilégiant la confiance au sein de la famille. Plus des liens familiaux respectueux de la personnalité de l’adolescent et de sa singularité auront été établis, plus les conflits pourront être atténués et plus les possibilités de trouver une réponse adéquate à ses demandes affectives seront importantes.
Il vaut mieux également essayer de réagir rapidement, mais calmement, sans dramatiser et en faisant confiance à l’adolescent — à toute tentative d’accaparement excessif de ses amis. De quelle façon? D’abord par la discussion, une demande d’informations sur ce qui se passe, l’échange des points de vue et la mobilisation progressive de l’ensemble des membres de la famille. Par la suite, il peut se
révéler bénéfique d’avoir recours à des mesures d’éloignement et/ou de faire appel à la médiation d’un tiers, n’appartenant pas à la famille et de ce fait moins engagé affectivement dans la relation. Si cela ne suffit pas, on peut envisager de demander conseil à un psychologue, d’entreprendre une thérapie familiale, voire de faire intervenir la justice. Dans ce cas, toutefois, les parents doivent
être sûrs que leurs craintes ne sont pas l’expression d’une inquiétude compréhensible mais sans bases concrètes : elles doivent reposer sur des faits et des comportements qui mettent réellement l’adolescent en danger.
Si les mauvaises fréquentations sont une menace qui concerne les deux sexes, les adolescentes se révèlent souvent plus vulnérables. En effet, leurs attentes affectives se traduisent volontiers par une relation passionnelle hétéro- ou homosexuelle qui peut les rendre totalement dépendantes d’une personne parfois nettement plus âgée qu’elles. Cette relation passionnelle externe à la famille peut être la contrepartie, dans la famille, d’une relation très forte avec l’un des parents. La puberté rend ce lien impossible à gérer pour l’adolescente et peut la précipiter dans les bras d’un étranger. Ce qu’elle cherche, sans le voir, dans la relation sexuelle, plus que l’acte sexuel lui-même, c’est un contact presque primaire, de l’ordre d’un agrippement inquiet, qui n’est que l’ersatz d’impossibles retrouvailles avec le parent dont elle demeure si dépendante, trop dépendante.

Quelle est la place du père

Quelle est la place du père ?

La fonction classique du père, énoncée par Freud et la théorie psychanalytique, est de protéger l’enfant de l’inceste en s’interposant entre lui et sa mère et en la lui interdisant. En outre, le père a une fonction de protection par le fait que, moyennant ce renoncement à la mère, l’enfant bénéficie de sa bienveillance, fait alliance avec lui et se sent protégé. Au-delà de cette fonction d’interdit, et probablement de façon tout aussi importante, le père intervient dans la relation de l’enfant à la mère par le fait qu’il vectorise le désir de la mère sur lui, indiquant ainsi à l’enfant une voie qui le sort de la seule confrontation avec sa mère. L’effet tiers d’ouverture de la fonction paternelle n’est ainsi pas seulement lié à l’interdit, mais aussi à la mobilisation d’un désir sur une tierce personne, objet du désir de la mère.

On oublie souvent qu’il n’y a pas de père sans qu’il y ait une mère et que c’est elle, autant que l’enfant, qui fait le père, et vice versa. Au-delà de ce que chacun est, c’est la façon dont l’autre l’investit qui compte. Cet investissement réciproque est aussi important que leur rôle spécifique. Ainsi, quelles que soient ses qualités, si le père est disqualifié par la mère, cela fait des ravages. La disqualification, plus que la critique ou l’opposition, c’est le dénigrement systématique de la valeur et de l’importance de l’autre, voire même le présenter comme une source de danger. Les enfants sont alors placés dans un dilemme infernal qui les oblige à remettre en question la confiance en l’un ou en l’autre.

Cette disqualification va parfois jusqu’à l’accusation d’abus sexuel ou de perversité du père, et peut provoquer une crise de confiance d’autant plus considérable que cela n’est pas toujours vrai.
L’enfant constate que le parent avec lequel il a une relation initiale privilégiée, en général sa mère, est lui-même en relation avec d’autres personnes auprès desquelles il l’introduit pour nouer des relations différentes. Le conjoint tient une place essentielle dans ce dispositif et notamment le père, co-géniteur et porteur d’une différence de sexe, fondement essentiel de l’accès à la différence. L’absence du père ne condamne pas l’enfant à l’indifférenciation, mais elle lui complique la tache dans ses possibilités d’identification pour le garçon et dans ses relations affectives pour la fille. D’autres supports peuvent alors servir de relais.

Lorsqu’il fonctionne dans le respect des différences, le couple parental ouvre l’enfant à des relations affectives différenciées et à des modèles d’identification qui s’appuient sur ces deux socles de la réalité que sont la différence des sexes et celle des générations. Cependant, cette ouverture à la différence est fortement affaiblie quand la différence se réduit à une hiérarchie où l’un des parents se définit essentiellement par son statut d’infériorité ou de supériorité à l’autre.
Enfin, le père intervient au niveau de la constitution des idéaux de l’enfant dans la mesure où il est porteur d’ouverture sur les valeurs sociales dont il est un des relais privilégiés. L’étude de la fonction paternelle a donné lieu à deux types de dérive. La première dérive est celle d’une abs-
traction de plus en plus poussée au point de réduire la fonction paternelle à un jeu de signifiants, notamment autour du Nom du Père, qui serait ou non transmis par la mère. Cette tendance lui confère un rôle de type

transccndanial qui aboutit d’une part à se référer à des entités telle la Loi, dont le père serait le vecteur, et d autre part à s’éloigner d’une réalité qui ne corrobore guère ces spéculations. A l’opposé, la deuxième dérive réside dans le risque de transformer le père en une mère bis, contri-
buant ainsi à la constitution d’un bloc «papa-maman» indifférencié. Cette dérive est d’autant plus pernicieuse qu’elle résulte d’un conflit de pouvoir entre la mère et le père et non d’une entente respectueuse de chacun autour du partage des tâches. Comme toujours avec l’éducation, ce qui est un avantage d’un côté représente un risque possible de l’autre. La plus grande proximité du père avec ses enfants a bien des avantages, mais elle peut avoir un inconvénient : celui d’être parfois envahissante pour eux. Même si la mère est sortie du foyer pour travailler, c’est le père qui traditionnellement symbolise celui qui part affronter le monde et facilite ainsi l’ouverture à l’extérieur. En donnant le sentiment de centrer ses intérêts trop exclusivement sur la famille, il n’offre plus toujours le minimum d’idéalisation de ce qui se passe à l’extérieur, et dont l’eniànt se sent exclu, nécessaire pour permettre à un adolescent d’avoir envie de sortir de sa famille. Empreints comme la mère de sollicitude, les pères transmettent, souvent malgré eux, une vision inquiète du monde. On assiste parfois aujourd’hui à une sorte de «cramponnement » familial généralisé ; comme on est bien, parents et enfants, tous dans le grand lit devant la télévision!

De façon plus pratique, il est intéressant de revenir sur les aspects concrets du développement de l’enfant et notamment sur une des nécessités essentielles de ce développement, la fonction différenciante ou fonction tierce. Celle-ci s’organise de façon privilégiée autour de la place du père, mais elle trouve aussi des supports et des relais au-delà de la place du père et notamment dans
les supports offerts par les médiations culturelles.

La mise en place d’investissements différenciés permet la constitution de limites et sort l’enfant d’une relation exclusive qui s’exprime sur le mode du tout ou rien. Il s’agit d’un processus très progressif, les prémices de cette différenciation apparaissant très tôt, probablement dès les derniers mois de la vie fœtale par le repérage des sons de voix différents. Par la suite, cette perception s’appuiera sur la répartition des rôles et des attitudes. Elle aboutira à l’émergence
de la configuration œdipienne, c’est-à-dire à la perception par l’enfant de la différence des sexes et des générations organisée autour et par le couple parental. Le fait que celui-ci véhicule ces différences fondamentales permet à l’enfant non seulement de se situer dans une généalogie, mais aussi d’insérer ces différences dans une relation de complémentarité. Le lien du couple, s’il est fait de respect mutuel et d’amour, illustre que la différence est porteuse d’une complémentarité positive. Il introduit alors l’enfant à la liberté, à la possibilité de se rêver lui aussi différent
de ses parents tout en restant objet d’amour et d’intérêt.

Dès lors, il ne s’agit plus pour l’enfant d’être comme ses parents, plus ou moins confondus avec eux et indifférencié, ou au contraire différent et rejeté. Il lui est possible de se concevoir comme différent et semblable sans être pour autant le même. Cette fonction tierce sera par la suite relayée par d’autres médiateurs : grandsparents, oncles ou tantes et intervenants du monde social environnant avec, au premier rang, les enseignants et tous ceux qui ont une fonction éducative. A l’opposé, la négation ou le refus de la différence au sein du couple signifie pour l’enfant qu’on ne peut être que semblable, et, à la limite, indifférencié, ou rejeté.
Cette intolérance à la différence est porteuse de menaces pour son développement : grandir, c’est se confondre avec cet objet d’amour totalitaire ou risquer de le détruire ou d’être détruit.

L’enfant se constitue ainsi largement en fonction des attitudes des autres à son égard, et de l’image que ceuxci lui renvoient. Ce jeu d’échanges est une des conditions de l’empathie, de cette capacité à s’identifier à l’autre et à le comprendre de l’intérieur. C’est également une condition essentielle de la possibilité de tendresse pour autrui et une base indispensable de l’accès au système des valeurs et au sentiment moral. C’est parce que l’enfant aura perçu et intégré ces limites successives et identifié les siennes propres, également reconnues et respectées par les autres, qu’il accédera progressivement à la conscience de son appartenance à un groupe de valeurs communes. Ces dernières seront à leur tour comme une médiation supplémentaire entre lui et les autres, et assureront la préservation de ses limites, de son intégrité et de son identité. Cette progressive intégration
de valeurs transcendant le sujet est bien différente de la notion d’une loi qui s’imposerait arbitrairement de l’extérieur et conditionnerait l’accès à un ordre symbolique.