Sa mère est sa meilleure amie. Est-ce bon pour son équilibre

Sa mère est sa meilleure amie. Est-ce bon pour son équilibre?

C’est une phrase que l’on entend souvent, et plus fréquemment dans ce sens qu’entre père et fils. La
relation entre hommes est volontiers plus distante, tant sur le plan de la proximité physique que sur celui des confidences. Il est probable que l’évolution libérale de la société et des relations au sein de la famille, avec une plus grande liberté d’expression, a facilité ce rapprochement mère/fille. Cette situation est-elle souhaitable? On comprendra aisément que la réponse ne soit pas univoque. Derrière lui même phrase peuvent se cacher des réalités bien différentes. Tout dépend de l’intensité de la relation, de son caractère plus ou moins exclusif, c’est-à-dire du degré de
contrainte et d’emprise réciproques d’un tel lien. Il est sûrement bénéfique que le lien parent-adolescent soit libre et empreint d’une confiance partagée. Mais le lien parent-enfant, et plus spécifiquement mère-enfant, est d’une telle nécessité qu’il faut des contrepoids pour que l’enfant puisse s’en dégager. Ces contrepoids, ce sont les limites qu’imposent la mère, les frustrations, le fait qu’elle puisse manquer ou ne pas répondre à tous les besoins de l’enfant. C’est ce qui permet à celui-ci de prendre à son compte, progressivement, les apports maternels, de les faire siens, de
les intérioriser et de s’identifier aux caractéristiques maternelles puis de chercher ailleurs, dans une tierce personne, plus particulièrement le père, ce qu’il ne trouve pas chez la mère.
C’est à ce niveau qu’un trop grand «copinage» entre la mère et l’adolescente trouve ses limites. Il risque, en effet, à la fois de traduire la persistance d’une excessive dépendance affective entre elles, mais aussi d’entretenir et d’aggraver cette relation. Tout accrochage à la présence physique d’un parent peut faire douter de la qualité et de la réalité des acquis intériorisés et assimilés par
l’adolescent. Une trop grande transparence de la vie intime entre parents et adolescent a de bonnes chances de freiner les possibilités d’autonomisation de l’adolescent. Cette relation privilégiée est difficile à quitter car elle offre, sur le moment, beaucoup d’avantages et peu de contraintes. Pourtant, elle va rendre le choix d’un partenaire difficile et ce d’autant plus qu’il aura de son côté des besoins et des demandes bien différents de ceux de la mère, et que la relation idyllique avec celle-ci aura bien mal préparé l’adolescente à supporter une nouvelle relation où elle ne sera pas l’objet d’une telle complaisance dans la complémentarité.

Enfin, si le lien persiste sur ce mode, son caractère de leurre et de relation en fait profondément inégalitaire et déséquilibrée se révélera avec le temps, quand le vieillissement de la mère et sa disparition laisseront la fille seule à devoir gérer cet abandon en ayant été bien mal préparée à vivre d’autres types de liens. Le meilleur lien à la mère est celui qui permet à la fille de vivre sans sa mère, ce qui ne veut pas dire sans relation avec elle, mais en ayant intériorisé l’essentiel
des qualités qu’elle lui aura transmises. Par la suite, la fille pourra en faire profiter à son tour ceux qu’elle aime et aimera, et notamment ses propres enfants, qu’ils soient filles ou garçons.

Ils ne s'entendent pas entre frères et sœurs. Que faire

Ils ne s’entendent pas entre frères et sœurs. Que faire?

Tous les parents souhaiteraient que frères et sœurs s’entendent parfaitement. Ils leur portent le même amour, il n’y a donc aucune raison qu’ils se jalousent et se disputent ! Cette vision idyllique et reposante des relations fraternelles ne correspond guère à la réalité. La rivalité est inévitable et l’envie, comme la jalousie, sont les sentiments les mieux partagés entre les enfants et, même, entre les adultes (les conflits d’héritage en sont un bon révélateur). Mais cela n’empêche pas d’éprouver en même temps amour et affection, et ce de façon d’autant plus saine et vraie qu’envie et jalousie sont reconnues, acceptées et intégrées. Il suffit d’observer les enfants entre eux pour comprendre que leur penchant naturel est de vouloir être les premiers, sinon les seuls, de s’emparer du maximum d’objets possibles comme de capter à leur profit l’attention et l’affection des adultes qui s’occupent d’eux. « C’est à moi » est leur devise préférée et malheur à qui s’y oppose. Seule l’éducation par les parents réussira à limiter cette expansion que les enfants souhaiteraient infinie. L’apaisement viendra de la confiance dans leurs parents et de l’assurance qu’ils ont plus à gagner en composant avec leurs frères et sœurs pour l’amour des parents qu’en se disputant sans cesse. L’attitude des parents détermine en grande partie le climat affectif entre frères et sœurs. Ce rôle essentiel ne tient pas seulement à un juste partage de l’affection entre chacun, mais dépend aussi de leur capacité à limiter les manifestations d’hostilité et à exiger un respect mutuel entre les enfants.
Les conflits entre frères et sœurs peuvent bien sûr être alimentés par une différence marquée d’affection ou d’intérêt de la part d’un ou des deux parents. Mais ils sont également liés, plus subtilement, au véritable traumatisme subi à la naissance d’un puîné par un enfant parfois très ou trop investi et adulé par un parent. L’enfant peut vivre l’événement comme un véritable abandon, un rejet ou, pire, une trahison. Son mouvement de haine à l’égard de celui qui lui a volé sa mère,
ou parfois son père, est souvent étoufle et réprimé sur le moment par peur de perdre l’amour du parent. Il resurgit parfois à l’adolescence et peut s’exprimer par un trouble psychique ou du comportement. Quoi qu’il en soit, quand les conflits deviennent trop bruyants, il revient aux parents d’aider les adolescents à se reprendre en imposant des limites et en exigeant un respect réciproque. La persistance des difficultés ou la souffrance de parents débordés peuvent nécessiter un avis spécialisé et, parfois, une thérapie familiale. Celle-ci facilite l’apaisement et la possibilité pour chacun de retrouver sa place.