Elle rêve de chirurgie esthétique. Faut-il l'encourager dans cette voie

Elle rêve de chirurgie esthétique. Faut-il l’encourager dans cette voie?

Le corps, du fait des changements spécifiques dont il est l’objet à cet âge, cristallise une part importante des angoisses de l’adolescence. L’une des expressions privilégiées de ce phénomène en est l’inquiétude portant sur certaines parties du corps en particulier. C’est ce que l’on appelle, en psychopathologie, les dysmorphophobies : la peur que certaines formes de son corps soient anormales, monstrueuses, ou simplement trop disgracieuses pour être supportables. L’adolescente se déteste et pense que sa vie va en être affectée. D’où son aspiration à avoir recours à la chirurgie esthétique.
Ces craintes sont le plus souvent focalisées sur des zones précises : le nez, les oreilles, les seins, etc. Mais il n’est guère de parties du corps qui ne puissent servir de points de fixation à ces inquiétudes. Ces préoccupations peuvent prendre un caractère envahissant et obsédant. Il n’est pas impossible qu’elles s’appuient sur une réalité plus ou moins fondée, mais elles n’atteignent une telle ampleur que du fait de leur fonction de cristallisation d’inquiétudes plus générales. Ces inquiétudes sont le reflet de l’écart entre la mauvaise image que l’adolescente a d’elle-même et l’importance de ses aspirations à être la première.

Faut-il recourir à la chirurgie esthétique et quand? On s’accorde généralement à penser qu’il faut prendre son temps et ne pas se précipiter dans une intervention dont les effets et les suites ne sont pas toujours conformes aux espoirs qu’elle avait suscités. Cela est d’autant plus nécessaire que les préoccupations paraissent plus exagérées, qu’elles sont plus obsédantes et s’accompagnent de manifestations psychopathologiques : dépression, délire de persécution, préoccupations cou-
pées de la réalité… Dans ce cas, il paraît toujours souhaitable d’envisager, avant toute intervention, une psychothérapie, quoique celle-ci ne soit pas toujours souhaitée. L’adolescente, en effet, se cramponne à sa demande et vit très mal toute tentative d’aide, qu’elle perçoit comme une volonté de la faire changer d’avis. Mais ce délai de réflexion peut également se justifier
du fait de l’inachèvement de la croissance et des transformations corporelles qu’elle est encore susceptible d’induire.

Il faut remarquer, en dernier lieu, que les filles ne sont pas les seules à souhaiter recourir à la chirurgie esthétique. Les garçons s’en révèlent également demandeurs, peut-être même plus fréquemment qu’autrefois. Leur volonté d’y faire appel apparaît souvent moins justifiée, sans doute en raison de préjugés sociaux qui veulent que les garçons soient moins sensibles que les filles à leur apparence, laquelle est supposée être un moindre enjeu dans leur capacité à plaire.

Rien ne l'intéresse. Que faire

Rien ne l’intéresse. Que faire ?

Il est très déconcertant, pour des parents qui ont en général tendance à imaginer qu’un adolescent se passionne pour tout, de constater que leur enfant a l’air de ne s’intéresser à rien. Ce genre d’ennui chronique s’installe progressivement, souvent dès le début de la puberté. Les adolescents qui en sont affectés, majoritairement des garçons, n’expriment aucune critique ni aucune motivation. Ils se contentent de faire le minimum vital pour être accepté aussi bien à l’école que chez eux. Ils ne savent pas ce qu’ils feront plus tard. Ils ne paraissent pas intéressés par la vie et disent ne pas appréhender la mort, se reprochant volontiers de ne pas avoir assez de courage pour se suicider. Mais, paradoxalement, il n’est pas rare qu’ils s’inquiètent ou même paniquent au moindre bobo. Ils ne supportent pas d’être malades, menacent de s’évanouir à la perspective d’une simple piqûre et se préoccupent avec insistance du bon fonctionnement de leur corps.

L’humeur d’un tel adolescent est souvent changeante et peut osciller entre une certaine euphorie, en général passagère, et un état maussade, sarcastique et pessimiste, plus habituel. Certains troubles du caractère affectent couramment sa personnalité : susceptibilité et irritabilité fondamentales, moments de franche agressivité, voire de violence, le plus souvent dirigées contre les personnes les plus proches affectivement. Cet adolescent adopte deux types d’attitudes :
— l’une plus apathique, indifférente, flegmatique et distanciée, non dépourvue d’humour, calme et plutôt gentille en apparence, mais qui peut être dissimulatrice ;
— l’autre plus capricieuse, toujours à vif, susceptible et irritable, plus coléreuse et agressive.
Que se passe-t-il pour ces adolescents ? Il faut d’abord bien différencier ceux dont l’absence d’intérêt renvoie à un contexte dépressif et ceux pour lesquels elle est liée à une évolution psychotique de type schizophrénique. Dans le premier cas, l’absence d’intérêt s’accompagne de signes manifestes de souffrance psychique, de ce que l’on appelle une douleur morale, faite d’autocritique, de dévalorisation et d’auto-accusation, souffrance psychique doublée d’un abattement physique et d’un ralentissement des pensées comme des gestes. Il faut prendre en compte de possibles antécédents familiaux de dépression.
Dans le second cas, ce sont les bizarreries de pensées ou d’attitudes, l’hostilité franche et incontrôlée, la chute du rendement scolaire et des possibilités intellectuelles, le retrait social prononcé, le refus du contact qui doivent alerter. Ils n’excluent cependant pas des signes dépressifs.
La consultation d’un psychiatre et un traitement spécifique, notamment médicamenteux, s’imposent dans
les deux cas.

Ils ne sont en revanche pas nécessaires dans la majorité des situations qui ne correspondent pas à ces franches pathologies. La réponse adaptée sera davantage de l’ordre d’une modification de l’environnement et d’une psychothérapie. L’aspect réactionnel de ce syndrome du désintérêt de l’adolescent semble en effet si manifeste que l’on en a fait le signe de reconnaissance de ce que l’on a appelé la «bof génération». Comme si la combinaison de la morosité classique de l’adoles-
cence avec les conséquences de la libéralisation des moeurs (moins d’interdits mais plus d’exigences de réussite individuelle) avait abouti à ce tableau d’une grève des motivations sans révolte réelle.

Pas d’opposition directe dans ce désintérêt, mais une insatisfaction chronique et une mise en suspens des désirs justement au moment où les possibilités d’expression en devenaient plus libres. A cette plus grande liberté sociale correspond souvent, dans les familles de ces jeunes, une absence de limites et une relation de grande proximité affective, notamment entre mère et fils. Mais proximité affective ne signifie pas sécurité affective. Il n’est pas rare que les relations soient marquées, surtout dans la petite enfance, par un certain nombre d’épisodes dépressifs vécus par la mère. Son fils aura alors été chargé de compenser, de façon plus implicite qu’explicite, tels ou tels frustrations, manques ou déséquilibres affectifs qui concernaient le couple parental. La mère demande à l’enfant d’accomplir une impossible réparation. S’ensuit une relation de captation affective de l’enfant qui n’apporte pas de réponse équilibrée à la réalité de ses besoins, et qui s’installe au détriment d’une relation triangulaire — où le père mais aussi d’autres adultes ou camarades devraient avoir leur place – qui apporterait plus de souplesse et d’ouverture.

A l’adolescence, l’enfant a repris à son compte l’anxiété maternelle. Il est dépendant de cette relation privilégiée à sa mère qui l’accapare et le flatte en même temps. Il peut d’autant plus difficilement s’en sevrer qu’il n’a pas appris à compter sur ses ressources propres et à les apprécier. Plus il est incertain de ses capacités, plus il sent le besoin de se raccrocher comme autrefois à une mère qui lui laisse penser qu’il lui est indispensable. Mais, à cet âge, ce besoin est insupportable. L’insatisfaction affichée et le refus de tout désir s’imposent comme un compromis possible sinon idéal. Ce compromis permet en effet à l’adolescent, par son apparente absence de désirs et de motivations, de prendre ses distances avec sa mère et les adultes en général, tout en les obligeant à s’intéresser à lui du fait de l’inquiétude qu’il provoque.

Au fond, au «Rien ne m’intéresse…» proclamé par l’adolescent correspond en réalité un : «J’aurais voulu être tellement intéressant pour tout le monde que je ne pourrais qu’être déçu. Si rien ne m’intéresse, ce n’est pas moi qui risque d’être décevant et déçu, ce sont les autres et le monde en général. » Il est d’ailleurs frappant de constater combien ces adolescents peuvent être susceptibles et réactifs aux attitudes des autres à leur égard. Mais, longtemps, ils réagiront davantage aux attitudes négatives qu’aux marques d’intérêt, perçues comme une tromperie potentielle.

La solution à cette apathie réside dans l’ouverture, parfois forcée, à des relations nouvelles, de préférence à des relations extra-familiales, pour sortir l’adolescent du cercle des attentes déçues. Relations qui lui permettent, hors du contexte affectif habituel, d’entrer en contact avec des envies et des désirs qu’il percevra comme siens et non plus comme l’enjeu de relations passionnées ancrées dans le passé. S’il est envisagé suffisamment tôt, avant que des échecs scolaires répétés n’aient trop marginalisé l’adolescent, le pensionnat peut être un recours intéressant. Le jeune homme y trouve le soutien dont il a besoin, un encadrement et des limites rassurantes, une ambiance affective plus légère que chez lui et propice à l’établissement de liens nouveaux.

Elle vole dans les magasins. Comment en parler avec elle

Elle vole dans les magasins. Comment en parler avec elle?

Le vol est plus fréquent qu’on ne le croit, bien qu’il passe souvent inaperçu. Qu’il soit ou non découvert, il peut devenir envahissant et correspondre à une véritable contrainte compulsive chez certains adolescents : c’est ce qu’on appelle la «cleptomanie». Ce trouble du comportement peut s’accompagner d’autres troubles qui témoignent de sa sévérité, en particulier la boulimie, mais aussi la prise de toxiques, la mythomanie, les conduites suicidaires. Qu’une adolescente ait pris l’habitude de voler peut parfois être le résultat d’une éducation laxiste, sans compter qu’elle a pu se laisser entraîner par des camarades. Les grands magasins sollicitent l’envie, d’autant que les biens qui y sont proposés ne semblent plus lies à une personne privée, particulière, comme c’est le cas chez les commerçants, mais à une entité générale et impersonnelle. Pour des parents qui apprennent que leur fille vole ou qui la surprennent à voler, la question est de savoir si cela ne constitue qu’un comportement occasionnel et circonstanciel (auquel cas ils peuvent provoquer une explication et poser un interdit, le plus souvent avec succès) ou s’il s’agit réellement de cleptomanie, c’est-à-dire
d’une conduite à la fois plus organisée et plus difficile à contrôler. La cleptomanie se rencontre plus fréquemment chez les filles, alors que le vol, quand il devient une habitude chez le garçon, est davantage associé à un comportement impulsif, délinquant et plus ou moins violent. Comme tout comportement déviant, le vol appelle une réponse immédiate des parents qui doivent à la fois
rappeler l’importance des limites et aider l’adolescent à mieux évaluer les enjeux de ses actes. Dès qu’il se révèle être un comportement répétitif de l’adolescent(e), que ce soit sous une forme cleptomaniaque ou sous une forme délinquante, il devient nécessaire de faire intervenir un psychiatre, voire, par la suite, un éducateur.

Elle a des idées suicidaires. Comment renouer le dialogue avec elle

Elle a des idées suicidaires. Comment renouer le dialogue avec elle?

Pas plus que la dépression, les idées suicidaires ne sont propres à l’adolescence ni l’un de ses passages obligés. Seule une vision romantique faussée de cet âge peut faire croire que tout adolescent a, un jour ou l’autre, pensé au suicide. Pour autant, avoir des idées suicidaires n’est pas en soi une pathologie mais reflète une vulnérabilité à la dépression et une insatisfaction de soi, et des autres, qu’il ne faut pas négliger. L’évocation d’idées suicidaires n’appelle pas nécessairement la consultation immédiate d’un psychiatre ou d’un psychologue. Ce ne serait le cas que si elles per-
sistaient et s’accompagnaient de manifestations dépressives franches : repli sur soi, indifférence ou angoisse, absence de désirs et de projets, troubles du sommeil et de l’alimentation… En revanche, les parents doivent répondre à toute expression d’une idée dépressive en établissant, pour le moins, un échange approfondi et un dialogue vrai, sans faux-fuyant et sans tabou. Il leur faut d’abord écouter ce qui ne va pas et aider l’adolescent à trouver les mots pour l’exprimer avant de lui donner
leur point de vue, de chercher à présenter la situation sous un angle plus positif et à lui redonner espoir.
Dans certains cas, l’idée du suicide peut s’ancrer et devenir chez l’adolescent une façon régulière de se plaindre, ce qui n’est pas sain et réclame un avis qualifié extérieur. Ce n’est pas nécessairement le signe que le risque d’une tentative de suicide est important, ni que la dépression est profonde. Il ne faut cependant ni le banaliser sous prétexte qu’en parler suffit à ne pas passer
à l’acte, ce qui est faux, ni dramatiser la situation de sorte que l’adolescent va favoriser l’utilisation de la menace de suicide comme moyen d’entrer en relation avec son entourage. Car, à cet âge, la plainte peut facilement devenir pour l’adolescent un moyen de réguler la distance relationnelle et affective qui le sépare de ses parents. Réguler cette distance
en menaçant constamment de se suicider finirait par faire des adultes et de l’adolescent les otages les uns des autres. Il faut faire en sorte que la communication se déplace sur un autre registre, ce qui nécessite généralement d’entreprendre une thérapie familiale et/ou individuelle.