Regarde le mal que tu nous fais.

« Regarde le mal que tu nous fais. »

Cette plainte, qu’elle soit exprimée clairement, ou simplement suggérée, est celle d’un ou de parents
qui souffrent de l’attitude de leur enfant et qui ne comprennent pas comment, malgré leur amour, leur
dévouement et leurs sacrifices, ils en sont arrivés là. Cette attitude est rendue encore plus incompréhensible par la lassitude, le sentiment d’épuisement voire d’accablement, mais aussi d’injustice devant l’évolution de la situation. A contrario, si elle est compréhensible, une telle attitude n’en est pas moins à éviter. L’adolescent a besoin de trouver devant lui des adultes qui l’aident à mettre une limite à ses impulsions et à gérer ses émotions. Chercher à susciter sa compassion, c’est lui reconnaître un pouvoir d’abîmer, voire de détruire l’adulte qui risque de l’affoler et de le pousser au pire. Une fois encore, il y a inversion de l’ordre des générations. C’est
à l’adulte d’éduquer et de se donner les moyens de contenir l’adolescent, au besoin avec l’aide de tiers. Exprimer son émotion et sa pensée devant l’attitude de l’adolescent peut être bénéfique, si cela ne devient pas une habitude insupportable pour lui. Mais le ou les parents doivent le faire après, ou tout en posant les indispensables limites.

Je fais des confidences à mon enfant. Cela peut-il le perturber

Je fais des confidences à mon enfant. Cela peut-il le perturber ?

La situation d’adolescent confident n’a heureusement pas toujours des effets néfastes, mais on peut dire qu’elle n’est jamais bénéfique. Les parents sont trop importants pour l’enfant et celui-ci naturellement trop dépendant d’eux pour qu’il ne soit extrêmement sensible a ce qu’ils n’empiètent pas trop sur son espace privé et qu’ils lui laissent des bases personnelles suffisantes pour une autonomie toujours difficile à conquérir. Traiter trop rapidement un adolescent comme un adulte, c’est lui imposer un rythme de développement trop rapide, qui ne s’adapte pas à la réalité de ses besoins propres. C’est lui voler son enfance et l’obliger à exclure ses désirs d’enfant du reste de son développement. La résurgence de ces désirs à l’adolescence risque de le désorienter en lui faisant ressentir comme enfantin, donc déplacé et inconvenant, ce qui n’est qu’infantile, c’est-à-dire à ce qui demeure de l’enfant en lui. Il risque aussi de se fermer sur lui-même, secret et isolé derrière les remparts qu’il s’est construits pour se mettre à l’abri des adultes, avec une vie affective en circuit
fermé, coupé des échanges avec les autres.

Le besoin de vérité concerne souvent ce qui fait l’essentiel de la vie des adultes, de leurs passions et de leurs échanges, c’est-à-dire leur vie amoureuse et les conflits familiaux. Vouloir dire toute la vérité, c’est faire de l’enfant le témoin de ce qu’il n’est pas à même d’accueillir avec les moyens de juger et le recul suffisants ; c’est aussi lui demander implicitement, ou souvent
explicitement, de prendre parti, notamment entre ses parents ou entre d’autres membres de la famille. C’est le déchirer dans ses attachements et ses fidélités et l’aliéner à des conflits qui ne devraient pas l’impliquer. C’est, de la part des parents, l’utiliser dans des règlements de comptes entre adultes.
C’est également l’amener à désidéaliser brutalement ses parents. Ceux-ci ne sont plus perçus comme la figure d’autorité qui lui donne confiance, protection et valorisation, et dont l’union, avec certes ses conflits, ses différences et ses oscillations, le rassure quant à ses propres possibilités de contenir ses tensions et ses conflits. Par exemple, le faire participer aux difficultés du couple
revient souvent à le confronter brutalement à un tableau caricatural avec, d’un côté, le bon parent, loyal, fidèle, représentant du devoir, et, de l’autre côté, le mauvais parent, volage, adepte du plaisir et du laisser-aller. C’est en l’adolescent lui-même que ce conflit, auquel nul n’échappe, risque de se rejouer d’une façon violente et destructive, comme si aucun compromis n’était possible.
Mais la vérité ne concerne pas que les conflits familiaux et les secrets de famille. Elle est aussi sollicitée par la question de la maladie et de la mort. Ce peut être celles des parents ou de membres de la famille, mais cela peut toucher l’adolescent lui-même. Le contexte est totalement différent des situations précédentes. Partager la vérité rapproche plus que cela ne divise. Il apparaît inutile de chercher à protéger particulièrement l’adolescent en lui cachant la réalité. Cela l’infantilise et montre que l’on doute de ses capacités à faire face et à gérer sa souffrance et ses inquiétudes. Le faire participer, avec tact et nuances, mais en l’associant à la démarche des adultes, est une forme d’initiation à la vie adulte. Cela lui donne un rôle actif et valorisant, tout en facilitant un échange plus vrai avec les adultes, ce qui lui permet de bénéficier efficacement de leur soutien.

Elle a fugué. Comment faire pour renouer le dialogue avec elle

Elle a fugué. Comment faire pour renouer le dialogue avec elle?

La fugue est la meilleure illustration du besoin qu’ont les adolescents de recourir à l’espace pour prendre une distance nouvelle avec leurs parents. Distance qu’ils n’arrivent pas à créer par leurs propres moyens psychiques. Ce besoin traduit l’enchevêtrement des états affectifs des uns et des autres au sein du cercle familial, et la difficulté pour chacun de déterminer les limites d’un territoire qui lui soit propre.
Toutefois, la fugue reste une façon bien illusoire d’échapper aux tensions familiales. Celles-ci peuvent être dues aux conflits parentaux, à des comportements inadéquats ou violents, à des attitudes sexuelles ambiguës, voire même à des abus ; mais aussi à l’importance des attentes des adolescents à l’égard de l’un ou des deux parents. Attentes qu’ils vivent comme une violence qui leur est faite et comme une véritable intrusion.

Que l’adolescent réponde par la fugue à une pression ou à une carence de communication au sein de sa
famille est un comportement à ne pas prendre à la légère. C’est en effet un indicateur réel de risques liés au suicide : la fugue fait partie des antécédents d’environ 30% des 15-25 ans ayant à leur actif une ou plusieurs tentatives de suicide.

Mais, heureusement, la fugue est le plus souvent sans graves conséquences immédiates. La plupart du temps, les jeunes qui fuguent trouvent refuge chez des proches, et ce pour un temps très limité. En ce qui concerne la réaction des parents, il peut être salutaire pour l’adolescent que ces derniers laissent paraître leurs émotions : inquiétudes, chagrin mais aussi colère. Toutefois, il faut
savoir que la fugue appelle d’abord et avant tout une réponse à ce qu’elle exprime la plupart du temps : une difficulté psychique majeure impossible à contenir par les moyens normaux d’expression. Cette difficulté nécessite toujours une évaluation psychologique et un suivi qui doit impliquer aussi bien les parents que l’adolescent. Ce qui semble ainsi ne pas pouvoir être contenu par le cercle familial et devoir nécessairement en déborder appelle une réponse d’intervenants extérieurs spéciali-
sés. Ceux-ci vont impliquer la famille tout entière dans la suite à donner à la fugue dans la mesure où cet acte traduit une certaine difficulté de l’adolescent à élaborer et à traiter les conflits non seulement dans son espace psychique interne mais également au sein de sa famille.

J'ai adopté mon enfant. Va-t-il en souffrir à l'adolescence

J’ai adopté mon enfant. Va-t-il en souffrir à l’adolescence ?

L’adoption est-elle un facteur de risque? C’est l’inquiétude qui habite une grande majorité de parents adoptifs. Ont-ils eu raison de le faire ? Etait-ce un bon choix ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que l’adoption est le résultat d’un double choix volontaire : celui d’avoir un enfant et celui de le choisir, en tout cas de pouvoir le refuser s’il ne convient pas. Le désir des parents, et avec lui leur ambivalence, semble ainsi encore plus engagé que dans le cas d’un enfant naturel. Un enfant voulu et même choisi, mais un enfant né d’un autre couple dont il porte l’héritage génétique. Des inquiétudes profondes, le plus souvent inconscientes, sont susceptibles d’être réactivées: « Avaiton le droit de transgresser « les lois de la nature » et d’avoir un enfant à tout prix alors que la « nature » ne le permettait pas? Ne va-t-on pas être puni pour la réalisation de ce désir? Cet enfant n’est-il pas un enfant volé à un autre couple? Un enfant usurpé? N’est-ce pas une transgression dont il faudra payer le prix en n’ayant que des ennuis avec cet enfant?»

Le désir d’enfant est un désir complexe qui prend ses racines dans la petite enfance. Il se construit en liaison, mais aussi en réaction, avec le contexte familial, en particulier les rivalités dans la fratrie, les naissances successives ou les nostalgies maternelles de ne pas avoir eu d’autres enfants, ou d’avoir perdu un enfant… Bref, ce choix se construit à partir de désirs croisés et souvent intenses. Ce désir peut se maintenir intact chez l’adulte, mais, comme tout désir resté très lié à l’enfance et très vivace à l’âge adulte, il est susceptible d’engendrer de fortes culpabili-
tés, comme si sa réalisation répondait à une transgression des interdits de l’enfance et méritait un châtiment. Un exemple remarquable de la complexité du désir d’enfant et de l’impact de l’adoption est le cas de ces jeunes femmes qui, ne pouvant avoir d’enfant, en adoptent un puis se retrouvent enceintes dans l’année qui suit l’adoption. Cette situation est suffisamment fréquente pour avoir fait l’objet de publications. Il semblerait que le fait de s’être autorisé l’adoption et la présence concrète d’un enfant, avec tout ce que cela mobilise d’émotions, puissent lever les inhibitions des
circuits neuro-hormonaux qui régulent les processus de l’ovulation et de la fécondité.

Autre difficulté qui se pose avec un enfant adopté : comment trouver l’attitude éducative la plus naturelle possible et lui éviter d’être l’objet de projections excessives de la part de ses parents ?
On entend par projection le fait de prêter aux autres des pensées, des sentiments, des intentions qui ne sont que l’expression des croyances de celui qui les attribue aux autres. Ces croyances s’imposent à la personne qui les vit pour des raisons affectives, en général méconnues d’elle-même. Elles s’appuient sur des éléments de la réalité qui sont sélectionnés, amplifiés, voire coupés de leur contexte par la force de conviction de celui qui les projette. De ce fait, elles laissent peu de place à la discussion et cantonnent celui qui en est l’objet dans un rôle qu’il lui est difficile de quitter.
Cette situation est particulièrement aliénante pour un enfant et peut être source de pathologies et troubles divers. En effet, l’enfant la ressent comme une violence de la part de ses parents, qui semblent connaître mieux que lui ses propres intentions. Et à cette violence va immédiatement répondre celle de l’adolescent qui, pour exister, va être contraint de se comporter selon leurs projections.
Ce phénomène de projection à propos de l’enfant s’appuie sur des éléments de la vie quotidienne d’ordre très divers :
– Le poids d’une hérédité inconnue mais souvent considérée a priori comme fautive et négative. Les éléments négatifs comme « les mauvais instincts » peuvent y être d’autant plus facilement projetés.
– Les « traumatismes » possibles pendant la période, parfois longue, précédant l’adoption.
– La question des véritables parents : « Nous ne sommes pas ses vrais parents, il ne peut pas nous aimer comme si on l’était… »

Aujourd’hui, la plupart des parents suivent l’avis des spécialistes qui recommandent tous de dire le plus tôt possible à l’enfant la vérité sur son adoption. Mais cela ne clôt pas pour autant la question. On la voit notamment resurgir à l’adolescence par les interrogations concernant les parents biologiques et le désir de les retrouver, ou au moins de les connaître. Désir légitime mais qui, lui aussi, se sert d’une réalité indéniable pour cacher des interrogations plus fondamentales et plus difficiles à formuler : «Mes parents me considèrent-ils comme leur véritable enfant ?» et « M’auraient-ils choisi et me choisiraient-ils encore s’ils avaient su ce que je suis devenu ? »
Les adultes préfèrent penser que la question essentielle est vraiment celle que les adolescents posent quant à leurs parents biologiques. On oublie que les vrais parents sont ceux qui élèvent l’enfant et dont il est imprégné. Il leur doit une grande partie de ses acquis, c’est-à-dire l’essentiel de la personnalité. C’est avec eux que se sont noués les sentiments forts, les identifications et les conflits. Ils sont les co-auteurs de son histoire. Ce besoin d’évitement et de déplacement des conflits se retrouve, par exemple, dans le besoin qu’ont certains enfants ou adolescents d’imaginer qu’ils ont d’autres parents que les leurs. C’est ce qu’on appelle «le roman
familial», phénomène relativement fréquent vers l’âge de 10 ans, qui disparaît en quelques années.

Quels conseils peut-on donner aux parents adoptirs ? Le premier, qui conditionne les autres, est d’assumer leur choix et de s’affirmer comme les seuls parents, vis-à-vis d’eux-mêmes, de leur entourage et surtout de leur enfant, sans pour autant nier la réalité antérieure. Les parents biologiques ne sont pas plus parents que ne le sont les ancêtres biologiques de chacun… Le deuxième
conseil est d’être très vigilants aux risques de projection sur l’enfant de leurs appréhensions. Les certitudes et les affirmations péremptoircs sur le comportement de l’enfant ou de l’adolescent ne sont qu’une façon d’essayer de cerner cet inconnu qu’est toujours l’autre, y compris l’enfant, adopté ou non. Il faut savoir laisser place à la découverte de l’autre, avec sa complexité et ses
contradictions, plutôt que prétendre tout connaître ou d’imaginer que la rencontre avec la réalité des parents concepteurs dispenserait de ce travail de découverte. Finalement, les enfants adoptés sont-ils plus susceptibles que les autres de présenter des troubles du comportement et des maladies psychiatriques à l’adolescence? Des études récentes, notamment aux Pays-Bas, ont montré que, par rapport à un groupe témoin d’adolescents, ces troubles étaient de 20 à 25 % plus élevés chez les enfants adoptés. Le risque est donc plus important, mais demeure modéré.

Les conditions de vie au cours de la période précédant l’adoption sont un facteur de risque : carences affectives importantes, multiplicité des placements, dépression et surtout abus sexuels. Toutefois, la qualité du cadre de vie après l’adoption peut contrebalancer l’effet de ces conditions antérieures difficiles.

Elle rêve de chirurgie esthétique. Faut-il l'encourager dans cette voie

Elle rêve de chirurgie esthétique. Faut-il l’encourager dans cette voie?

Le corps, du fait des changements spécifiques dont il est l’objet à cet âge, cristallise une part importante des angoisses de l’adolescence. L’une des expressions privilégiées de ce phénomène en est l’inquiétude portant sur certaines parties du corps en particulier. C’est ce que l’on appelle, en psychopathologie, les dysmorphophobies : la peur que certaines formes de son corps soient anormales, monstrueuses, ou simplement trop disgracieuses pour être supportables. L’adolescente se déteste et pense que sa vie va en être affectée. D’où son aspiration à avoir recours à la chirurgie esthétique.
Ces craintes sont le plus souvent focalisées sur des zones précises : le nez, les oreilles, les seins, etc. Mais il n’est guère de parties du corps qui ne puissent servir de points de fixation à ces inquiétudes. Ces préoccupations peuvent prendre un caractère envahissant et obsédant. Il n’est pas impossible qu’elles s’appuient sur une réalité plus ou moins fondée, mais elles n’atteignent une telle ampleur que du fait de leur fonction de cristallisation d’inquiétudes plus générales. Ces inquiétudes sont le reflet de l’écart entre la mauvaise image que l’adolescente a d’elle-même et l’importance de ses aspirations à être la première.

Faut-il recourir à la chirurgie esthétique et quand? On s’accorde généralement à penser qu’il faut prendre son temps et ne pas se précipiter dans une intervention dont les effets et les suites ne sont pas toujours conformes aux espoirs qu’elle avait suscités. Cela est d’autant plus nécessaire que les préoccupations paraissent plus exagérées, qu’elles sont plus obsédantes et s’accompagnent de manifestations psychopathologiques : dépression, délire de persécution, préoccupations cou-
pées de la réalité… Dans ce cas, il paraît toujours souhaitable d’envisager, avant toute intervention, une psychothérapie, quoique celle-ci ne soit pas toujours souhaitée. L’adolescente, en effet, se cramponne à sa demande et vit très mal toute tentative d’aide, qu’elle perçoit comme une volonté de la faire changer d’avis. Mais ce délai de réflexion peut également se justifier
du fait de l’inachèvement de la croissance et des transformations corporelles qu’elle est encore susceptible d’induire.

Il faut remarquer, en dernier lieu, que les filles ne sont pas les seules à souhaiter recourir à la chirurgie esthétique. Les garçons s’en révèlent également demandeurs, peut-être même plus fréquemment qu’autrefois. Leur volonté d’y faire appel apparaît souvent moins justifiée, sans doute en raison de préjugés sociaux qui veulent que les garçons soient moins sensibles que les filles à leur apparence, laquelle est supposée être un moindre enjeu dans leur capacité à plaire.

Rien ne l'intéresse. Que faire

Rien ne l’intéresse. Que faire ?

Il est très déconcertant, pour des parents qui ont en général tendance à imaginer qu’un adolescent se passionne pour tout, de constater que leur enfant a l’air de ne s’intéresser à rien. Ce genre d’ennui chronique s’installe progressivement, souvent dès le début de la puberté. Les adolescents qui en sont affectés, majoritairement des garçons, n’expriment aucune critique ni aucune motivation. Ils se contentent de faire le minimum vital pour être accepté aussi bien à l’école que chez eux. Ils ne savent pas ce qu’ils feront plus tard. Ils ne paraissent pas intéressés par la vie et disent ne pas appréhender la mort, se reprochant volontiers de ne pas avoir assez de courage pour se suicider. Mais, paradoxalement, il n’est pas rare qu’ils s’inquiètent ou même paniquent au moindre bobo. Ils ne supportent pas d’être malades, menacent de s’évanouir à la perspective d’une simple piqûre et se préoccupent avec insistance du bon fonctionnement de leur corps.

L’humeur d’un tel adolescent est souvent changeante et peut osciller entre une certaine euphorie, en général passagère, et un état maussade, sarcastique et pessimiste, plus habituel. Certains troubles du caractère affectent couramment sa personnalité : susceptibilité et irritabilité fondamentales, moments de franche agressivité, voire de violence, le plus souvent dirigées contre les personnes les plus proches affectivement. Cet adolescent adopte deux types d’attitudes :
— l’une plus apathique, indifférente, flegmatique et distanciée, non dépourvue d’humour, calme et plutôt gentille en apparence, mais qui peut être dissimulatrice ;
— l’autre plus capricieuse, toujours à vif, susceptible et irritable, plus coléreuse et agressive.
Que se passe-t-il pour ces adolescents ? Il faut d’abord bien différencier ceux dont l’absence d’intérêt renvoie à un contexte dépressif et ceux pour lesquels elle est liée à une évolution psychotique de type schizophrénique. Dans le premier cas, l’absence d’intérêt s’accompagne de signes manifestes de souffrance psychique, de ce que l’on appelle une douleur morale, faite d’autocritique, de dévalorisation et d’auto-accusation, souffrance psychique doublée d’un abattement physique et d’un ralentissement des pensées comme des gestes. Il faut prendre en compte de possibles antécédents familiaux de dépression.
Dans le second cas, ce sont les bizarreries de pensées ou d’attitudes, l’hostilité franche et incontrôlée, la chute du rendement scolaire et des possibilités intellectuelles, le retrait social prononcé, le refus du contact qui doivent alerter. Ils n’excluent cependant pas des signes dépressifs.
La consultation d’un psychiatre et un traitement spécifique, notamment médicamenteux, s’imposent dans
les deux cas.

Ils ne sont en revanche pas nécessaires dans la majorité des situations qui ne correspondent pas à ces franches pathologies. La réponse adaptée sera davantage de l’ordre d’une modification de l’environnement et d’une psychothérapie. L’aspect réactionnel de ce syndrome du désintérêt de l’adolescent semble en effet si manifeste que l’on en a fait le signe de reconnaissance de ce que l’on a appelé la «bof génération». Comme si la combinaison de la morosité classique de l’adoles-
cence avec les conséquences de la libéralisation des moeurs (moins d’interdits mais plus d’exigences de réussite individuelle) avait abouti à ce tableau d’une grève des motivations sans révolte réelle.

Pas d’opposition directe dans ce désintérêt, mais une insatisfaction chronique et une mise en suspens des désirs justement au moment où les possibilités d’expression en devenaient plus libres. A cette plus grande liberté sociale correspond souvent, dans les familles de ces jeunes, une absence de limites et une relation de grande proximité affective, notamment entre mère et fils. Mais proximité affective ne signifie pas sécurité affective. Il n’est pas rare que les relations soient marquées, surtout dans la petite enfance, par un certain nombre d’épisodes dépressifs vécus par la mère. Son fils aura alors été chargé de compenser, de façon plus implicite qu’explicite, tels ou tels frustrations, manques ou déséquilibres affectifs qui concernaient le couple parental. La mère demande à l’enfant d’accomplir une impossible réparation. S’ensuit une relation de captation affective de l’enfant qui n’apporte pas de réponse équilibrée à la réalité de ses besoins, et qui s’installe au détriment d’une relation triangulaire — où le père mais aussi d’autres adultes ou camarades devraient avoir leur place – qui apporterait plus de souplesse et d’ouverture.

A l’adolescence, l’enfant a repris à son compte l’anxiété maternelle. Il est dépendant de cette relation privilégiée à sa mère qui l’accapare et le flatte en même temps. Il peut d’autant plus difficilement s’en sevrer qu’il n’a pas appris à compter sur ses ressources propres et à les apprécier. Plus il est incertain de ses capacités, plus il sent le besoin de se raccrocher comme autrefois à une mère qui lui laisse penser qu’il lui est indispensable. Mais, à cet âge, ce besoin est insupportable. L’insatisfaction affichée et le refus de tout désir s’imposent comme un compromis possible sinon idéal. Ce compromis permet en effet à l’adolescent, par son apparente absence de désirs et de motivations, de prendre ses distances avec sa mère et les adultes en général, tout en les obligeant à s’intéresser à lui du fait de l’inquiétude qu’il provoque.

Au fond, au «Rien ne m’intéresse…» proclamé par l’adolescent correspond en réalité un : «J’aurais voulu être tellement intéressant pour tout le monde que je ne pourrais qu’être déçu. Si rien ne m’intéresse, ce n’est pas moi qui risque d’être décevant et déçu, ce sont les autres et le monde en général. » Il est d’ailleurs frappant de constater combien ces adolescents peuvent être susceptibles et réactifs aux attitudes des autres à leur égard. Mais, longtemps, ils réagiront davantage aux attitudes négatives qu’aux marques d’intérêt, perçues comme une tromperie potentielle.

La solution à cette apathie réside dans l’ouverture, parfois forcée, à des relations nouvelles, de préférence à des relations extra-familiales, pour sortir l’adolescent du cercle des attentes déçues. Relations qui lui permettent, hors du contexte affectif habituel, d’entrer en contact avec des envies et des désirs qu’il percevra comme siens et non plus comme l’enjeu de relations passionnées ancrées dans le passé. S’il est envisagé suffisamment tôt, avant que des échecs scolaires répétés n’aient trop marginalisé l’adolescent, le pensionnat peut être un recours intéressant. Le jeune homme y trouve le soutien dont il a besoin, un encadrement et des limites rassurantes, une ambiance affective plus légère que chez lui et propice à l’établissement de liens nouveaux.

Elle vole dans les magasins. Comment en parler avec elle

Elle vole dans les magasins. Comment en parler avec elle?

Le vol est plus fréquent qu’on ne le croit, bien qu’il passe souvent inaperçu. Qu’il soit ou non découvert, il peut devenir envahissant et correspondre à une véritable contrainte compulsive chez certains adolescents : c’est ce qu’on appelle la «cleptomanie». Ce trouble du comportement peut s’accompagner d’autres troubles qui témoignent de sa sévérité, en particulier la boulimie, mais aussi la prise de toxiques, la mythomanie, les conduites suicidaires. Qu’une adolescente ait pris l’habitude de voler peut parfois être le résultat d’une éducation laxiste, sans compter qu’elle a pu se laisser entraîner par des camarades. Les grands magasins sollicitent l’envie, d’autant que les biens qui y sont proposés ne semblent plus lies à une personne privée, particulière, comme c’est le cas chez les commerçants, mais à une entité générale et impersonnelle. Pour des parents qui apprennent que leur fille vole ou qui la surprennent à voler, la question est de savoir si cela ne constitue qu’un comportement occasionnel et circonstanciel (auquel cas ils peuvent provoquer une explication et poser un interdit, le plus souvent avec succès) ou s’il s’agit réellement de cleptomanie, c’est-à-dire
d’une conduite à la fois plus organisée et plus difficile à contrôler. La cleptomanie se rencontre plus fréquemment chez les filles, alors que le vol, quand il devient une habitude chez le garçon, est davantage associé à un comportement impulsif, délinquant et plus ou moins violent. Comme tout comportement déviant, le vol appelle une réponse immédiate des parents qui doivent à la fois
rappeler l’importance des limites et aider l’adolescent à mieux évaluer les enjeux de ses actes. Dès qu’il se révèle être un comportement répétitif de l’adolescent(e), que ce soit sous une forme cleptomaniaque ou sous une forme délinquante, il devient nécessaire de faire intervenir un psychiatre, voire, par la suite, un éducateur.

Elle a des idées suicidaires. Comment renouer le dialogue avec elle

Elle a des idées suicidaires. Comment renouer le dialogue avec elle?

Pas plus que la dépression, les idées suicidaires ne sont propres à l’adolescence ni l’un de ses passages obligés. Seule une vision romantique faussée de cet âge peut faire croire que tout adolescent a, un jour ou l’autre, pensé au suicide. Pour autant, avoir des idées suicidaires n’est pas en soi une pathologie mais reflète une vulnérabilité à la dépression et une insatisfaction de soi, et des autres, qu’il ne faut pas négliger. L’évocation d’idées suicidaires n’appelle pas nécessairement la consultation immédiate d’un psychiatre ou d’un psychologue. Ce ne serait le cas que si elles per-
sistaient et s’accompagnaient de manifestations dépressives franches : repli sur soi, indifférence ou angoisse, absence de désirs et de projets, troubles du sommeil et de l’alimentation… En revanche, les parents doivent répondre à toute expression d’une idée dépressive en établissant, pour le moins, un échange approfondi et un dialogue vrai, sans faux-fuyant et sans tabou. Il leur faut d’abord écouter ce qui ne va pas et aider l’adolescent à trouver les mots pour l’exprimer avant de lui donner
leur point de vue, de chercher à présenter la situation sous un angle plus positif et à lui redonner espoir.
Dans certains cas, l’idée du suicide peut s’ancrer et devenir chez l’adolescent une façon régulière de se plaindre, ce qui n’est pas sain et réclame un avis qualifié extérieur. Ce n’est pas nécessairement le signe que le risque d’une tentative de suicide est important, ni que la dépression est profonde. Il ne faut cependant ni le banaliser sous prétexte qu’en parler suffit à ne pas passer
à l’acte, ce qui est faux, ni dramatiser la situation de sorte que l’adolescent va favoriser l’utilisation de la menace de suicide comme moyen d’entrer en relation avec son entourage. Car, à cet âge, la plainte peut facilement devenir pour l’adolescent un moyen de réguler la distance relationnelle et affective qui le sépare de ses parents. Réguler cette distance
en menaçant constamment de se suicider finirait par faire des adultes et de l’adolescent les otages les uns des autres. Il faut faire en sorte que la communication se déplace sur un autre registre, ce qui nécessite généralement d’entreprendre une thérapie familiale et/ou individuelle.