Il ne voit plus beaucoup ses grands-parents. Est-ce mauvais pour son équilibre

Il ne voit plus beaucoup ses grands-parents. Est-ce mauvais pour son équilibre?

Les grands-parents sont une chance pour une famille. Ils représentent en effet un tiers différenciateur idéal entre le bloc «papa-maman» et les enfants. Combien d’adolescents qui traversent une passe difficile avec leurs parents trouvent dans un des grands-parents un interlocuteur au sein de la famille avec lequel ils peuvent rétablir le dialogue. Ils accepteront de lui l’appui, les conseils, plus encore des manifestations d’affection partagée qu’ils ne s’autoriseraient pas avec les parents. La différence de génération crée une distance salutaire. L’attente et la dépendance affective sont moins sollicitées et, de ce fait, la réceptivité de l’adolescent s’en trouve accrue. Mais la qualité des liens avec les grands-parents ne se crée pas en un jour, même si l’adolescence peut conduire à la redécouverte d’un grand-parent quelque peu oublié. Elle est le fruit d’une construction qui s’appuie beaucoup sur la nature des liens entre les parents et leurs propres parents. Enfants et adolescents sont particulièrement réceptifs et attentifs au climat affectif entre les générations précédentes, et sont très vite partie prenante des comptes non réglés. Ceux-ci repré-
sentent en effet des pôles de fixation des intérêts familiaux et des conversations entre adultes qui fascinent les jeunes, même s’ils n’en montrent rien. Les conflits des générations antérieures deviendront de ce fait eux aussi des points d’appel pour les petits-enfants, qui auront une forte propension à rejouer des situations et des conflits similaires avec leurs parents. La similitude
viendra essentiellement du besoin de l’adolescent d’occuper la même place que le grand-parent le plus investi dans l’intérêt du ou des parents. Mais ce peut être par des modes d’expression très différents des conflits vécus entre le ou les parents et le ou les grands-parents.

Par exemple, une adolescente peut dire détester sa grand-mère maternelle pour « le mal » qu’elle aurait fait à sa mère, mais « s’arranger » pour mobiliser intensivement son intérêt en l’inquiétant par une conduite anorexique. Elle reproduit ainsi une relation où elle fait à son tour souffrir sa mère par son comportement, ce qui amène parfois la grand-mère à prendre le parti de sa petite-fille et à critiquer sa fille pour son éducation. Dans ces conditions, un adolescent qui s’éloigne dura-
blement de ses grands-parents perd une potentialité d’ouverture particulièrement intéressante. Une telle attitude peut être la conséquence d’une tentative de captation de la part des grands-parents. Mais, habituellement, elle est le reflet de conflits plus ou moins manifestes entre les deux générations précédentes. Il serait utile pour des parents qui le constatent et le regrettent de s’interroger sur leurs véritables sentiments à l’égard de leurs propres parents et sur leur éventuelle ambiguïté, voire ambivalence.

Quelle autorité à la maison

Quelle autorité à la maison ?

L’adolescence est une période révélatrice de la nature et de la qualité de l’autorité parentale. Bien qu’actuellement souvent mise à mal, elle continue à s’imposer naturellement chez l’enfant, en raison de son immaturité physique, avec la différence de taille et de force qu’elle implique. Ce n’est pas le cas chez l’adolescent. La précocité de la puberté, l’augmentation moyenne de la taille des adolescents et la libération des mœurs confèrent à la contestation normale de l’adolescence une ampleur inégalée, qui soumet à rude épreuve l’autorité parentale. Et pourtant, pour la très grande majorité des parents et des adolescents, la référence à l’autorité parentale ne pose guère problème, même si elle ne s’exprime
plus de la même façon que par le passé. L’exercice de l’autorité a su s’adapter à l’évolution sociale, ce qui se traduit par un bon indice de satisfaction des adolescents envers leurs parents et réciproquement. Ainsi, selon une récente enquête du Credoc, cinq adolescents sur six se disent satisfaits ou très satisfaits de leurs parents.

Néanmoins, dans l’ensemble, on retrouve toujours 20% d’adolescents dits «à problèmes», pour lesquels se dessine une crise de l’autorité qui se traduira par des manifestations « d’incivilité » et, chez certains, par ce qui semble être une absence totale de référence à une quelconque autorité.

L’autorité est-elle nécessaire? Comment la gérer?
Quelle est sa place dans une société aux mœurs plus libres et dans un monde en pleine évolution ?

Quelques principes peuvent servir de guide. On n’échappe pas à l’autorité, en ce sens qu’il existe une autorité de fait liée à la dépendance physique et psychologique du petit enfant à l’égard de ses parents. Qu’ils le veuillent ou non, ceux-ci ont un pouvoir total sur lui, dont celui de lui donner le langage et les mots qu’il utilisera pour qualifier ses émotions, ses sentiments, ses ressentiments, pour nommer et donc se représenter les liens qu’il noue avec eux. Les parents disent et organisent le permis et l’interdit et servent de modèle à l’enfant. Le besoin de leur amour et de leur attention crée chez l’enfant une dépendance affective inévitable et souhaitable, qui met les parents en position d’autorité. A tout âge, et au moins jusqu’à la fin de l’adolescence, la différence de génération, par ce que fait, dit et montre l’adulte, a des répercussions sur le jeune. La différence d’âge positionne l’adulte dans un rôle éducatif qui contribue à organiser la personnalité en formation de l’enfant et de l’adolescent. Aucun adulte ne peut échapper à cet impact éducatif, cette relation d’autorité s’impose d’elle-même. En ne voulant exercer aucune autorité, l’adulte ne donnera pas plus de liberté à l’enfant. Il lui imposera en fait un choix qui consiste à l’abandonner à lui-même.

Si les adultes ne peuvent échapper à leur rôle éducatif, deux questions s’imposent qui appellent une
réponse : quel est le but de l’éducation ? Quelle place y tient la relation d’autorité ? En premier lieu, l’objectif de l’éducation est de permettre à l’enfant de devenir autonome et de ne plus
dépendre de l’autorité de l’adulte. On a pu penser que cette autonomie s’acquerrait plus facilement en laissant l’enfant très libre et en lui posant le moins de limites possibles. Le résultat est peu concluant. Ne pas exercer d’autorité, c’est abandonner l’enfant à lui-même, à la tyrannie de ses besoins et de ses contradictions, sans références extérieures pour les réguler, les projeter dans
l’avenir et leur donner un sens. L’essentiel de la liberté d’un individu dépend de sa capacité d’attendre. Or l’attente est un apprentissage qui résulte à la fois des capacités propres à l’enfant et de sa prise en compte progressive des limites que les adultes lui imposent pour le protéger, mais aussi l’insérer dans le groupe social. En acceptant ces limites et interdits, l’enfant s’assure en
retour de sa valeur par l’amour et l’estime que les adultes éprouvent à son égard. La capacité d’attendre repose non pas sur le refus de la satisfaction immédiate mais sur la possibilité de la différer en vue d’un plus grand bien : l’approbation des adultes dans un premier temps, puis la prise de conscience progressive de ses ressources propres, de ses moyens de contrôle. L’enfant se perçoit ainsi progressivement comme plus libre, tant par rapport à ses besoins propres que par rapport aux réactions de l’environnement.

Si l’adulte est trop laxiste, l’enfant est prisonnier de ses contradictions internes, sans autre valorisation structurante que la quête répétée de satisfactions passagères auxquelles il risque d’être condamné. Le fait que l’échange entre l’enfant et ses parents fonctionne de façon satisfaisante repose sur une condition essentielle : la confiance. C’est parce que l’enfant fait profondément confiance à l’adulte qu’il accepte les sacrifices immédiats qui lui sont demandés sans trop de frustration et avec un bénéfice secondaire important : celui d’être aimable aux yeux d’une personne, elle-même aimable et valable pour lui, qui lui autorise l’acquisition du sentiment de sa propre valeur. Ce sentiment lui permettra par la suite de s’opposer à l’occasion et de se différencier, sans crainte de perdre l’amour du parent pour autant.

Exercer une autorité ne consiste pas à soumettre l’enfant à la volonté de l’adulte. C’est plutôt savoir poser des limites aux satisfactions immédiates, non pas en fonction des seuls desseins de l’adulte, mais au nom de cette référence tierce que sont les conditions d’un développement optimal de l’enfant. Au contraire de l’autoritarisme, le but de l’autorité n’est pas de contraindre l’enfant mais de l’aider à s’épanouir et à trouver sa place dans les limites transmises par les adultes, dans une relation de confiance qui lui permette de les adopter. Cette confiance permet à l’adolescent de mettre à l’épreuve ces limites sans avoir peur de perdre sa valeur aux yeux de son entourage.
Or la confiance comme l’apprentissage des limites et de la capacité d’attendre ne commencent pas à l’adolescence. C’est en cela que celle-ci est révélatrice de ce qui s’est construit peftdant l’enfance.

On se moque de lui au lycée. Que faire

On se moque de lui au lycée. Que faire?

C’est une plainte de plus en plus fréquemment exprimée que le fait d’être victime de moqueries,
peut-être parce que les enfants sont plus sensibles, les parents plus réactifs, mais aussi parce que les jeunes sont plus cruels les uns avec les autres ou du moins expriment leur cruauté plus facilement et plus directement qu’autrefois. Beaucoup d’enfants et d’adolescents, sinon tous, sont
un jour ou l’autre l’objet de moqueries. Mais certains y sont plus sensibles, et cette sensibilité peut malheureusement les conduire à réagir d’une façon qui excite les moqueries de leurs camarades. Il se crée dès lors un cercle vicieux qui se renforce lui-même. Pourquoi un adolescent est-il susceptible de réagir de cette façon? Parce que ces moqueries viennent le confirmer dans sa tendance à se dévaloriser lui-même et/ou le sentiment que le monde extérieur (les autres) est hostile et que l’on ne peut lui faire confiance. Ce sentiment est habituellement conforté, et parfois même causé, par un certain type de climat familial ou d’attitudes parentales qui ne font que renforcer la conviction de l’adolescent.

La solution est rarement de changer l’adolescent d’établissement, sauf cas particulier, car les moqueries se reproduiront ailleurs. La trouver nécessite souvent d’avoir recours à une consultation spécialisée, car cette situation peut être le symptôme d’un certain nombre de difficultés psychopathologiques, allant du trouble de la personnalité de type sensitif, affectant les adolescents
en quête d’une relation forte, quête susceptible de tourner à la persécution en cas de déception, à la schizophrénie débutante, en passant par des troubles dépressifs graves. La meilleure prévention vient des parents : ils doivent éviter de conforter l’enfant puis l’adolescent dans ce vécu en le dramatisant et en le cautionnant. Il est tout à fait possible à la fois d’être attentifs et même com-
préhensifs à son égard et de l’inviter à prendre du recul, en le rassurant sur ses capacités à trouver en lui les ressources nécessaires pour dépasser cette situation.

Il faut être conscient que la majorité de ces plaintes sont formulées par des adolescents en grande difficulté, très dépendants affectivement de leurs parents. Elles ont pour fonction essentielle de rassurer l’adolescent et ses parents sur le fait que ceux-ci demeurent les personnes les plus importantes de la vie de leur enfant ; car ni les camarades, ni les enseignants, appartenant à un monde jugé hostile par l’adolescent, ne seront en mesure de susciter un intérêt suffisant pour compromettre la relation qu’il entretient avec ses parents.

Il n'y a plus que la musique qui l'intéresse. Cela peut-il nuire à ses études

Il n’y a plus que la musique qui l’intéresse. Cela peut-il nuire à ses études?

La musique est certainement l’art qui touche le plus grand nombre de personnes et qui peut avoir sur
elles l’impact le plus grand. La musique peut ne solliciter aucun effort particulier : il n’y a qu’à se laisser pénétrer par elle, et elle suscite immédiatement de puissantes résonances. Elle est une présence extérieure à soi, mais avec laquelle on peut fusionner, qu’elle soit un plaisir solitaire ou partagé par une foule, sans compromettre son identité personnelle, qu’elle peut même au contraire contribuer à exalter. Avec elle, les limites s’effacent : rêve et réalité se mélangent, comme le dedans et le dehors, soi et les autres. Il n’est pas surprenant qu’enfants et adolescents y soient si sensibles. C’est une chance, mais aussi un risque potentiel, notamment pour l’adolescent. Associée au
tabac, à l’alcool ou aux drogues, elle peut concourir à l’enfermer dans un univers irréel où sa présence lancinante et répétitive agit comme un bercement et remplace les relations humaines. La force de son rythme et les effets de groupe qu’elle favorise peuvent également le pousser à commettre des actions plus ou moins violentes.

Ce n’est pas la musique par elle-même qui crée l’enfermement, mais elle peut l’accompagner et le rendre plus tolérable chez les sujets vulnérables. Elle est alors une compensation idéale, toujours à portée de la main et de l’oreille, sans exigences, tellement intense et merveilleuse, échappant à toute limite, qu’elle peut amener l’adolescent à penser qu’il en est de même pour lui et qu’il participe de sa magie.

Mais l’adolescent ne fait pas qu’écouter. Il peut souhaiter devenir lui-même musicien. Le succès de certains jeunes groupes qu’il admire lui sert de modèle. Bien des adolescents oublient le travail intense et continu qui précède tout succès, et le nombre des échecs comparé à celui des réussites.
Le fait que l’adolescent soit «accro» à la musique et qu’il veuille en faire à tout prix n’est pas survenu sans raison. La violence de cette « addiction » est le plus souvent proportionnelle aux déceptions qu’il a subies dans d’autres domaines, le domaine scolaire notamment, et aux difficultés de communication qu’il rencontre dans sa famille. Une fois qu’elle est née, il est difficile de contrer cette passion, et probablement pas nécessaire. Mieux vaut l’accompagner, tâcher d’éviter que l’adolescent n’entre dans la logique du tout ou rien, afin de lui permettre de poursuivre ses études, lui expliquer qu’avoir le plus de choix possibles, c’est avoir plus de liberté. Mais les ado-
lescents ne sont pas toujours prêts à le comprendre ; il est vrai que sans passion et sans un travail intense, il ne faut pas espérer percer dans ce domaine. Il sera alors difficile de faire accepter à l’adolescent d’en rester à un hobby agréable, perfectible, mais qui ne se substitue pas aux exigences de la vie quotidienne et de la scolarité.

Il s'adonne à des jeux sexuels. Faut-il les lui interdire

Il s’adonne à des jeux sexuels. Faut-il les lui interdire?

La sexualité de l’adolescent appartient à sa sphère privée. L’éducation a pour objectif de l’aider à intégrer cette donnée et à la gérer sans pour autant qu’il s’enferme dans le non-dit et la solitude. Il est souhaitable que l’adolescent puisse entendre parler de sexualité à la maison, d’une façon générale ou à l’occasion d’événements, de films, de débats. Mais il ne Test pas que ses parents s’occupent de sa sexualité. Une telle intention risquerait de faire plus de dégâts que de bien, du fait de l’importance du lien affectif qui les attache, et réciproquement, à l’adolescent. Ils doivent se montrer accueillants, créer des occasions d’échange, mais ne pas chercher à connaître les pratiques sexuelles
de leur enfant. Il sera bien plus profitable d’évoquer celles-ci, les éventuels problèmes et les nécessaires limites qu’elles posent indirectement, à propos de tierces personnes, par exemple.

Si cependant les pratiques sexuelles de l’adolescent débordent la sphère privée, deviennent manifestes ou semblent concerner des membres de la famille, il convient d’en parler avec lui pour l’aider à les Élire réintégrer la sphère de la vie privée et lui en montrer les limites, en particulier si les parents ont l’impression que des membres de la fratrie en sont complices ou les partagent. Les jeux plus ou moins directement sexualisés sont fréquents dans l’enfance. Il ne faut pas les confondre avec l’abus sexuel, qui suppose l’exercice de la force physique et/ou de la contrainte morale d’un aîné à l’égard d’un plus jeune, et plus généralement d’un plus fort vis-à-vis d’un plus faible. Les jeux sexuels les plus habituels font partie de la façon dont les enfants s’ex-
plorent et se découvrent mutuellement ; ils n’ont rien d’anormal. L’adulte ne doit pas pour autant les cautionner; il doit, au contraire, très tôt expliquer à l’enfant, sans pour autant le gronder, que son corps lui appartient et qu’il doit garder ses zones les plus intimes pour lui jusqu’à ce qu’il soit devenu grand et puisse alors les partager avec la personne qu’il aime.

Ces jeux deviennent néanmoins plus ambigus à l’adolescence, du fait de la maturité physique de l’adolescent et de la conscience qu’il en a. Ils ne sont donc plus acceptables et, si les adultes en ont connaissance, ils ont le devoir de les interdire, en s’appuyant sur cette nécessaire préservation de l’intimité de chacun et sur l’interdit de la sexualité partagée au sein de la famille. La masturbation, en revanche, est une activité normale qui, elle aussi, est du domaine de l’intimité de chacun et qui n’a donc pas à faire l’objet d’un étalage, que ce soit au sein de la fratrie ou ailleurs, ni à être l’objet d’une exhibition verbale (plaisanteries et provocations souvent pénibles auxquelles se croient astreints beaucoup d’adolescents). Ce qui touche l’intime et le privé a toujours avantage à faire l’objet de respect et de délicatesse, même si toute plaisanterie ou grossièreté n’est pas cause de traumatisme. Le respect, toutefois, n’est ni la honte ni la culpabi-
lité. Si l’adolescent aborde directement ou indirectement le sujet, ses parents se doivent de lui répondre avec simplicité, en lui donnant les informations qu’il demande tout en respectant les limites qui s’imposent.

On ne pourra pas pour autant éviter que 1 adolescent ne culpabilise pas ses activités sexuelles. Elles sont en effet liées à des fantasmes, des souvenirs et des images de l’enfance souvent culpabilisés, car vécus comme une effraction dangereuse dans le monde réservé aux adultes. Il serait vain de croire qu’une trop grande liberté sexuelle des parents, même si elle ne se manifeste qu’en paroles, libère les enfants. Au contraire, elle les empêche d’appréhender les adultes, et surtout leurs parents, comme des figures protectrices et rassurantes. C’est ce qui rend toute exhibition de la nudité des parents si troublante et souvent angoissante pour les enfants. Là encore, ce n’est pas toujours traumatique, mais ce n’est jamais bénéfique. Ni la répression ni la gêne ne sont sur ce chapitre une réponse plus appropriée de la part des adultes. Et revenir un demi-siècle en arrière, quand la masturbation était considérée comme un péché et même comme une activité dangereuse, c’est, pour le coup, contribuer à culpabiliser l’adolescent. Aussi est-il souhaitable, dans la mesure du possible, de déculpabiliser tout ce qui a trait à la sexualité. Il ne faut pas cependant chercher à la banaliser et à l’affadir, mais la présenter à son enfant comme une source de plaisir et de richesse partagés, synonyme d’un lien amoureux réciproque, un bien précieux qui, comme tout ce qui touche à ce qui est au cœur de l’individu, impose délicatesse et respect.

La fac lui fait peur. Que faire

La fac lui fait peur. Que faire ?

L’entrée en faculté, que permet l’obtention du baccalauréat, est l’un des derniers «rites» du passage de l’adolescence à l’âge adulte que comporte notre société. De par cette portée symbolique, signe d’une ouverture vers une plus grande autonomie, elle demeure plus importante que sa banalisation ne pourrait le faire penser, surtout si l’on en juge par le nombre de réactions anxieuses et dépressives que ce passage semble engendrer. Autonomie certes toute relative, car la plupart des étudiants demeurent très dépendants de leurs parents. Mais autonomie tout de même, parfois marquée par une séparation physique, un début d’autonomie financière, et surtout le commencement d’une réelle indépendance de la pensée. Car la faculté représente l’accession à des modes d’enseignement, des façons de penser, un esprit critique, des rencontres, qui opèrent une rupture notable avec le lycée. Les classes préparatoires sont beaucoup moins facteurs d’une telle rupture, ce qui d’ailleurs contribue, parfois inconsciemment, au choix qu’en font certains parents et adolescents.

Le principe même du fonctionnement de la faculté fait beaucoup plus appel à l’initiative de l’étudiant, le laissant seul, parfois trop, s’organiser dans la façon dont il gère son travail. Aussi les adolescents les plus vulnérables vont-ils se trouver confrontés aux contradictions propres à leur âge : la crainte d’être livrés à eux-mêmes sans contraintes autres que celles qu’ils se donnent et
sans repères ni exigences pédagogiques tels qu’ils étaient formulés au lycée se doublant de l’irritation, voire du désarroi, que provoque le fait de s’apercevoir des attentes qu’ils ont envers les adultes, attention et soutien qu’ils ont bien du mal à accepter, en particulier de leurs parents.

L’entrée en fac représente ainsi à elle seule la nécessaire rupture avec l’enfance, l’ouverture vers le monde et ses différences, la sortie du cocon familial, mais aussi la pénible confrontation avec les exigences de performance et la crainte de chacun de devoir faire face à ses insuffisances. Désirée et redoutée tout à la fois, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle puisse être source de déstabilisation.
Il est important d’en être conscient pour ne pas laisser l’adolescent s’enfoncer dans la déprime, se décourager et aggraver ses difficultés en créant lui-même les conditions de son échec. Un adolescent en difficulté peut aussi être tenté de chercher à reprendre le contrôle de la situation en abandonnant prématurément des études pour lesquelles il avait pourtant un potentiel au profit d’un travail qui a le mérite de le rassurer sur ses possibilités en lui offrant des résultats immédiats. Il s’agira alors de le rassurer concernant le potentiel en question sans s’opposer à sa décision, mais en lui suggérant que sa décision n’est peut-être pas motivée par de bonnes raisons.

Enfin, si l’entrée en fac peut s’accompagner de difficultés liées à la confrontation de l’adolescent aux réalités extra-familiales, la fin des études représente souvent le deuxième temps de cette confrontation. L’ex-adolescent doit alors assumer la portée de ses choix professionnels et ce qu’ils représentent de confrontation symbolique avec ses parents. Que le jeune adulte réussisse mieux ou moins bien, peu importe : dans les deux cas, il ne peut pas éviter la comparaison avec son père ou sa mère, sans parler de ses frères ou sœurs aînés.

Mon enfant entend des voix. Est-il schizophrène

Mon enfant entend des voix. Est-il schizophrène?

Deux grandes manifestations de troubles psychiatriques sévères, appelés «troubles psychotiques»,
traduisent une importante rupture avec la réalité : les hallucinations, c’est-à-dire le fait d’entendre des voix qui n’existent pas, et le délire. Ces deux troubles peuvent être indépendants ou s’associer. Les hallucinations sont le plus souvent auditives. Ce sont des voix que croit entendre l’adolescent et qu’il ressent soit comme provenant de l’extérieur, soit comme étant situées à l’intérieur de sa tête. Les voix extérieures sont le plus souvent hostiles et critiques à l’égard de l’adolescent, lui lancent des injures ou des commentaires désobligeants. Elles deviennent généralement contraignantes, l’adolescent ayant le sentiment qu’elles lui dictent ses actes et ses pensées, ou qu’elles les commentent.
Comme le délire, les hallucinations nécessitent une consultation psychiatrique immédiate et un traitement adéquat. Outre le fait qu’elles sont le signe d’une maladie, leurs conséquences peuvent être dangereuses : ses hallucinations peuvent pousser un adolescent à commettre des actes parfois très violents, voire meurtriers, envers lui-même ou envers les autres. Il n’est pas toujours facile pour l’entourage de détecter les hallucinations d’un adolescent, car celui-ci en pressent souvent le caractère anormal et n’ose pas en parler par peur d’être considéré comme fou, par manque de confiance dans un environnement qu’il peut ressentir comme hostile s’il associe à ses hallucinations un délire de persécution, ou même parce que les voix le lui interdisent. Un adolescent qui s’isole, a des comportements bizarres, voire des attitudes de repli sur soi peut le faire pour se mettre à l’écoute de ses voix intérieures, et il faut savoir s’en inquiéter. Tout comportement franchement anormal et inexpliqué, car il répond en fait à une logique de la maladie n’ayant plus rien à voir avec la logique du monde réel, doit également alerter. Tous les organes des sens peuvent être le jouet d’hal-
lucinations : aussi les hallucinations peuvent-elles être visuelles, tactiles, gustatives ou olfactives, mais plus rarement qu’auditives, surtout à cet âge. Comme dans le cas du délire, il est difficile pour des parents d’admettre que leur enfant puisse être habité par un autre monde alors même que en surface, le monde ordinaire semble demeurer. Il est important qu’ils sachent que cela est dû à la maladie, que l’adolescent n’y peut rien par lui-même, mais que tout peut redevenir normal ou du moins beaucoup plus tolérable avec un traitement adapté. Le traitement des hallucinations
par des médications psychotropes comme les neuroleptiques est particulièrement performant.

Il veut avoir sa chambre. Faut-il accepter

Il veut avoir sa chambre. Faut-il accepter?

Le besoin de marquer son autonomie et d’avoir un territoire personnel est un besoin tout aussi naturel
que celui de se sentir entouré et au contact des autres. L’un est le complément de l’autre, comme le sont pour le développement de la personnalité de l’enfant le besoin de la continuité d’un lien affectif stable et celui de la séparation et de l’ouverture à la différence et à tout ce qui n’est pas l’univers familial.

C’est dire combien la revendication d’une chambre à soi est légitime et combien il est souhaitable pour l’enfant qu’il puisse jouir d’un lieu autonome dès qu’il a atteint l’âge de raison. Ce qui n’est encore que souhaitable durant l’enfance devient même préférable avec la puberté. Car il s’agit non seulement d’assurer à l’adolescent une possible intimité physique et psychique, mais aussi de lui permettre de se confronter à la solitude…
Ce n’est donc pas seulement une question de confort. Il est bon, en effet, qu’un adolescent ne soit pas dépendant de la constance d’une présence à ses côtés, notamment pour s’endormir, d’autant que notre civilisation est une civilisation de l’individu, et non plus du groupe, et qu’il est donc important de savoir gérer sa solitude.

Cela dit, préférable ne veut pas dire indispensable. La réalité étant ce qu’elle est, il faut s’y adapter. La situation matérielle de certaines familles peut rendre impossible cette séparation de l’espace en lieux autonomes. Même s’il n’est pas possible de répondre au souhait de l’adolescent, il vaut mieux cependant en reconnaître le bien-fondé et essayer d’aménager la cohabitation de façon à préserver au mieux le droit à l’intimité de chacun.
L’envie d’avoir son autonomie dans l’appartement familial se prolongera plus tard par le désir d’habiter un studio ou un foyer. Mais le départ du domicile familial ne doit pas être trop précoce. Un adolescent n’est pas suffisamment avancé dans ses études, qu’il ne peut poursuivre sans l’appui d’un cadre familial, pour que cela se justifie, et il n’est pas en mesure de gérer sa solitude au quotidien.
A l’inverse, les études, qui sont de plus en plus longues, amènent beaucoup de jeunes à cohabiter très longtemps, parfois trop longtemps, avec leurs parents. Cet état de fait les maintient dans une situation de dépendance qui n’autorise pas une distance relationnelle suffisante avec leurs parents et les déresponsabilise dans la conduite de leur vie quotidienne, ce qui n’est pas la meilleure des préparations à une vie adulte.

Elle rougit dès qu'elle est émue. Est-ce normal

Elle rougit dès qu’elle est émue. Est-ce normal?

Rougir n’a rien d’anormal, mais celui ou celle qui rougit peut en éprouver une gêne. Bien que plus
fréquent chez les filles, qui d’ailleurs le tolèrent mieux, ce phénomène concerne aussi les garçons.
Le rougissement est une des manifestations typiques de la puberté et apparaît spécifiquement avec elle. Il est un des exemples de cette trahison du corps qui, pour l’adolescent, dévoile aux yeux du monde les pensées et désirs de son monde intérieur. Il est devenu la scène sur laquelle ses rougeurs sont en quelque sorte le phare qui révèle ses émois intimes.
Le rougissement – et la honte qui l’accompagne – sont l’une des manifestations les plus remarquables de la crainte, si centrale à l’adolescence, de perdre le contrôle de ses émotions et, au-delà, de tout ce qui est intérieur. Cette crainte contribue à la peur et au rejet d’émotions que l’adolescent associe à la fois à une régression infantile et à une perte de contrôle qui expose au regard des autres son intimité corporelle.

L’important est que l’adolescent(e) ne se focalise pas sur sa rougeur et n’en fasse pas un élément déterminant de sa relation aux autres. Moins il (ou elle) y attachera d’importance et plus elle disparaîtra rapidement; elle pourra même être un charme plus qu’une entrave. Malheureusement, l’adolescent risque de lui accorder d’autant plus d’importance qu’il a moins confiance en lui et se trouve donc davantage en quête du regard des autres. L’intensité même de l’envie d’être regardé(e) et
du plaisir qu’il (ou elle) pourrait en tirer peut se transformer en une source de déplaisir.
L’adolescent(e) pense que tout le monde le (ou la) regarde et, à cause de sa rougeur, il (ou elle) peut ressentir un sentiment de honte, de ridicule, voire même de persécution. Si l’adolescent(e) a conscience que sa gêne est proportionnelle à son envie d’être regardé(e), il (ou elle) peut et doit chercher à se donner les moyens d’être vu(e) et apprécié(e) comme il (ou elle) le souhaite, c’est-à-dire pour ses qualités et non pour son malaise.

Est-il homosexuel

Est-il homosexuel?

Au moment de l’adolescence, la puberté étant souvent une période révélatrice, un certain nombre de
parents s’interrogent sur l’orientation sexuelle de leur enfant ; en outre, les rencontres et les sollicitations peuvent jouer un rôle important à cet âge de la vie. L’orientation sexuelle de l’être humain est un phénomène complexe dans lequel s’entrecroisent des influences en partie hormonales, mais aussi et surtout psychologiques et culturelles. Chaque individu possède des hormones dites masculines et féminines, et l’embryon commence par être féminin avant que l’influence masculine n’apparaisse chez le futur garçon. Tout enfant a des modèles masculins et féminins, à commencer par ses parents, auxquels il va chercher à ressembler et à s’identifier, si bien qu’il va acquérir ainsi des traits de caractère, des attitudes et des comportements à la fois masculins et féminins. A l’adolescence, le choix d’une orientation sexuelle dépend du résultat de toutes ces influences combinées à celles des rencontres, amitiés et admirations du moment. Il semble, par ailleurs, que l’homosexualité masculine puisse parfois être la conséquence d’une profonde identification à une mère déprimée, que l’enfant essaie de consoler, et d’un père lointain ou dévalorisé. Quant à
l’homosexualité féminine, elle pourrait parfois résulter d’une relation trop séductrice avec le père, la mère étant au contraire vécue comme froide et en retrait. Si le choix de l’homosexualité semble s’imposer très tôt à certains enfants au niveau de leurs attirances et de leurs fantasmes et rêveries, pour beaucoup, ce choix demeure longtemps ouvert. Sa détermination finale dépend alors
souvent des influences exercées par l’entourage de l’adolescent, notamment par ses amis. Bien des adolescents ont ainsi une orientation davantage «homophile» qu’homosexuelle. Leur attirance pour les personnes du même sexe s’apparente plus au besoin de renforcer la confiance en soi et d’éviter la solitude qu’à une question de sexualité proprement dite, qui apparaît d’ailleurs secondaire, même
si elle peut être déterminante pour le futur. Cette attirance est également facilitée par la peur de ce qui est différent, le féminin ou le masculin.

Que peuvent faire les parents? Sûrement pas vivre avec la crainte que leur fils ou leur fille devienne homosexuel (le) et essayer de prévenir ce risque par des conseils ou des attitudes forcées. C’est l’équilibre naturel des rôles masculin et féminin dans le couple parental qui aura probablement l’influence la plus importante sur l’enfant et l’adolescent. Or, le couple est ce qu’il est, même s’il peut évoluer en fonction des échanges et des prises de conscience des parents, et il ne sert à rien d’en dissimuler les aléas et les à-coups. Assumer ce que l’on est aide l’adolescent à s’assumer lui-même.
Rappelons-le, l’homosexualité n’est pas une maladie. Les parents peuvent avoir souhaité un autre choix pour leur enfant, notamment parce que l’homosexualité comporte des contraintes psychologiques, en particulier de dépendance affective et de repli sur le même (homo), et qu’elle limite les possibilités de procréation… Mais si l’adolescent est fidèle à ce choix, le rôle des parents sera de l’aider à l’assumer plutôt que de chercher à le réprimer et ne lui laisser d’autre perspective que d’être malheureux et/ou forcé à mener une double vie, les deux s’associant fréquemment.
Mais toute attirance homosexuelle ne veut pas dire que l’on soit homosexuel et, à plus forte raison, qu’on le sera toujours. En effet, le besoin de trouver appui et amour, surtout si l’on doute de soi, si l’on se mésestime, peut conduire à se raccrocher à quelqu’un dont on a le sentiment qu’il est d’autant plus proche de soi qu’il est du même sexe. Il n’est pas rare que l’autre soit lui-même dans une situation identique. Ce n’est toutefois pas parce que ce choix n’est pas définitif qu’il faut
considérer que, à cet âge, pratiques homosexuelles et hétérosexuelles sont équivalentes. Toute pratique sexuelle, comme tout comportement ou tout attachement, a tendance à se renforcer elle-même et à rendre difficile un éventuel changement ultérieur.

D’où la difficulté du rôle des parents, qui doivent éviter de dramatiser la situation et de culpabiliser l’adolescent, mais doivent aussi l’aider à ne pas cristalliser des choix qui pourraient rester ouverts. La situation se complique encore si l’adolescent entretient une relation sexuelle avec un adulte. Celui-ci exerce souvent, volontairement ou non, une emprise morale sur l’ado-
lescent; il n’est pas rare qu’il cherche à devenir son mentor, auquel cas peut naître une lutte d’influence avec les parents. Or l’adolescent aura d’autant plus tendance à se rapprocher de son ami qu’il fuit une dépendance affective à ses parents qu’il ne peut gérer. Il la reporte, à son insu, sur sa nouvelle relation, mais avec un sentiment de liberté et de fibre arbitre que conforte l’opposition aux parents, sans s’apercevoir que ces deux liens, par leur caractère contraignant, se ressemblent
plus qu’il n’y paraît. Dans ce cas, l’adolescent ne supporte pas la solitude, ne peut se passer d’une présence affective, et éprouve constamment le besoin de se sentir indispensable ; il n’arrive pas à prendre le temps de se retrouver un moment seul face à lui-même et de choisir d’établir une relation en fonction de ses véritables désirs et non plus dans l’urgence. Or, justement parce qu’il est respectable, mais lourd de conséquences, ce choix, comme tout choix important, mérite qu’on lui laisse le temps de mûrir, aussi bien en ce qui concerne les garçons qu’en ce qui concerne les filles. Si la question a ici été posée au masculin, c’est parce qu’elle est plus souvent objet d’inquiétudes, chez les parents, pour un garçon. Peut-être parce que «l’homophilie », telle qu’elle a été décrite précédemment, est un phénomène plus facilement accepté chez les adolescentes que chez les adolescents et qu’elle conduit moins fréquemment et moins rapidement à une pratique sexuelle qui contribue à fixer le choix.