Regarde le mal que tu nous fais.

« Regarde le mal que tu nous fais. »

Cette plainte, qu’elle soit exprimée clairement, ou simplement suggérée, est celle d’un ou de parents
qui souffrent de l’attitude de leur enfant et qui ne comprennent pas comment, malgré leur amour, leur
dévouement et leurs sacrifices, ils en sont arrivés là. Cette attitude est rendue encore plus incompréhensible par la lassitude, le sentiment d’épuisement voire d’accablement, mais aussi d’injustice devant l’évolution de la situation. A contrario, si elle est compréhensible, une telle attitude n’en est pas moins à éviter. L’adolescent a besoin de trouver devant lui des adultes qui l’aident à mettre une limite à ses impulsions et à gérer ses émotions. Chercher à susciter sa compassion, c’est lui reconnaître un pouvoir d’abîmer, voire de détruire l’adulte qui risque de l’affoler et de le pousser au pire. Une fois encore, il y a inversion de l’ordre des générations. C’est
à l’adulte d’éduquer et de se donner les moyens de contenir l’adolescent, au besoin avec l’aide de tiers. Exprimer son émotion et sa pensée devant l’attitude de l’adolescent peut être bénéfique, si cela ne devient pas une habitude insupportable pour lui. Mais le ou les parents doivent le faire après, ou tout en posant les indispensables limites.

Teenage girl being bullied

Mon fils est petit, ma fille est enrobée. Ne vont-ils pas être la risée de leurs camarades?

Les différences d’apparence physique sont à la fois exacerbées par les effets de la puberté et particulièrement mal tolérées par les adolescents. C’est leur image d’eux-mêmes qui est enjeu, à une période de leur vie où ils ont l’impression qu’elle remet en cause leur identité elle-même, et leur identité sexuelle en particulier. Ce n’est donc pas un hasard si les complexes des garçons se focalisent surtout sur leur taille, généralement associée à la virilité, et les complexes des filles sur leur poids. Ces complexes font l’objet des plaintes les plus habituelles, mais ils ne sont pas les seuls qui peuvent affecter les adolescents : toutes les différences physiques sont susceptibles de cristalliser les inquiétudes et les insatisfactions des adolescents.

En effet, les adolescents sont particulièrement sensibles à ces différences ; c’est pourquoi ils s’en emparent immédiatement chez leurs camarades, pour se démarquer d’eux et se rassurer en se moquant de quelqu’un qui semble plus en difficulté qu’eux. On ne peut qu’être frappé par la férocité apparemment croissante dont font preuve les jeunes les uns envers les autres, férocité qui s’exerce surtout sur leur apparence physique. Du moins, ils ne sont peut-être pas plus féroces qu’ils ne l’étaient autrefois, mais ils l’expriment beaucoup plus directement et ouvertement que par le passé. On peut y voir un effet de la dissolution des valeurs traditionnelles, au détriment de la réussite scolaire sur
laquelle semble devoir primer l’allure physique, le «look» étant ce qui valorise un adolescent auprès de son groupe d’âge. Les tenues vestimentaires, sacs, baskets et autres accessoires marquent l’appartenance d’un adolescent à un groupe et participent largement à sa reconnaissance, tous signes qui deviennent particulièrement contraignants du fait de leur formalisme à l’âge même où, paradoxalement, les jeunes se voudraient libérés de toute influence et de toute dépendance.

Quoi qu’il en soit, malheur à celui qui n’est pas conforme aux règles implicites de ce nouvel establishment. Il devient rapidement l’objet de moqueries et de mesures vexatoires : ses « défauts » lui sont clairement énoncés et jetés à la figure sans fard et sans ménagement.

Or la puberté est en elle-même l’instigatrice d’inégalités les plus diverses chez les adolescents. Ses effets se font sentir à un rythme et sous des formes extrêmement variables d’un individu à l’autre, favorisant ainsi des décalages importants. Une puberté un peu tardive ou trop précoce contribue à marginaliser celui ou celle qui en est affecté. Un écart de 5 à 6 années, ce qui est
considérable à cette période de la vie, peut creuser un fossé important entre les adolescents : une puberté qui débute précocement vers l’âge de 10 ou 11 ans peut favoriser l’apparition de troubles divers (dépression, isolement, troubles du comportement alimentaire et/ou sexuels, comme les conduites de provocation qui se rencontrent surtout chez certaines adolescentes), tandis qu’un retard de la puberté fait paraître celui qui le subit comme un enfant aux yeux de ses camarades, alors
même qu’ils sont parfois beaucoup moins matures affectivement et psychologiquement que lui. Un retard dans l’apparition des caractères sexuels secondaires peut être particulièrement mal vécu par les
garçons, et peut les mener à déprimer, à s’isoler ou, au contraire, à chercher à compenser ce qu’ils vivent comme un handicap en s’agitant et en attirant l’attention sur eux par une attitude, des propos ou des gestes provocants censés les valoriser aux yeux de leurs camarades. Chercher à compenser ses complexes physiques en mangeant trop peut également conduire à des difficultés semblables, du fait notamment de la prise de poids qui en résulte. Car l’obésité par exemple, quels qu’en soient les multiples facteurs, prend dès le plus jeune âge une signification dans la relation aux autres. Elle peut être une sorte de rempart ou de carapace qui protège l’adolescente d’une confrontation trop directe à la sexualité et à la séduction ; mais elle peut aussi avoir une valeur masochiste, car elle permet d’attirer le regard (ce que désire l’adolescente) mais sur un mode douloureux, dévalorisant. Les réactions négatives des autres contribuent plus souvent à renforcer ce comportement masochiste qu’à motiver l’adolescente pour qu’elle se donne les moyens de la séduction qu’elle a envie d’exercer. A moins qu’elles ne la poussent à adopter, par défi, la réaction inverse, c’est-à-dire une conduite anorexique.

Les parents doivent être conscients que toute « anomalie» physique, qu’elle soit réelle ou vécue comme telle par l’adolescent, peut être pour lui source de difficultés psychologiques et de souffrance. Mais ce n’est qu’une potentialité, et non une règle sans exceptions ; il ne faudrait donc pas que les parents en soient plus préoccupés que l’adolescent lui-même. Certains parents harcèlent littéralement leurs enfants, par leurs regards désapprobateurs, leurs remarques diverses ou des com-
paraisons vexantes. Ils risquent alors de transformer un léger problème de poids par exemple (rondeurs de la jeune fille ou chétivité du garçon) en l’enjeu d’une lutte de pouvoir entre parents et enfants du même sexe. Ce n’est pas aider leur enfant à avoir confiance en soi et en ses capacités à changer pour obtenir ce qu’il désire. Faire semblant de ne rien voir n’est pas non plus une solution. Entre ces deux attitudes quelque peu extrêmes, il est possible d’attendre patiemment et tranquillement la bonne occasion pour parler du problème physique en question. I! faut le faire en étant à l’écoute de ce que ressent l’adolescent, en l’aidant à relativiser la situation et en lui témoignant la confiance que l’on place dans ses capacités à trouver un jour, en sachant ne pas se précipiter, un équilibre satisfaisant. Il peut au besoin chercher à l’extérieur une aide appropriée,
conseils d’amis, activités sportives ou artistiques, ou encore psychothérapie… ce choix lui appartient.

Il faut par contre éviter de chercher à faire alliance avec l’adolescent(e) contre les autres, les camarades indélicats, car cela ne ferait que contribuer à l’enfermer dans un sentiment de persécution qui, pour être justifié, n’en est pas moins toujours un piège dangereux qui peut l’encourager à s’isoler et à se replier sur sa seule famille. Mieux vaut l’aider à relativiser ces critiques, à s’en jouer si possible avec humour et, surtout, à ne pas dédaigner ses atouts et ses qualités sous prétexte qu’il a peut-être quelques défauts. Bien sûr, cela ne suffira pas à l’apaiser comme par magie, mais les parents doivent pouvoir croire à l’influence bénéfique du temps qui passe sans exiger de leur enfant qu’il adhère lui aussi, avec son peu de recul, à leur vision positive des choses.
Car les parents sont les garants à moyen et à long terme des potentialités de leur enfant et de son épanouissement. Même s’ils sont eux-mêmes blessés dans leur amour-propre par ses difficultés présentes, ils ne doivent surtout pas perdre de vue qu’il leur revient à eux d’abord de croire, de manière réaliste mais inébranlable, dans les ressources de l’adolescent.
La fermeté de leur position est pour l’adolescent le meilleur moyen de se rassurer, même s’il cherchera toujours obstinément à mettre en doute et à tester la conviction de ses parents.

Qu'est-ce que l'adolescence

Qu’est-ce que l’adolescence?

Le terme adolescence – du latin adoîescere : croître, grandir – désigne cette période de la vie de l’homme qui fait transition entre l’enfance et la vie adulte. L’entrée dans cette nouvelle phase est marquée par le phénomène physiologique qu’est la puberté. La fin, en revanche, en est plus difficile à déterminer. Et pour cause : elle ne coïncide pas avec celle de la puberté proprement dite. En effet, l’adolescence comme étape du développement de l’homme est un phénomène à la fois physique et psy-
chologique. Si ce sont les phénomènes physiques de la puberté qui l’introduisent, l’adolescence proprement dite comprend un volet psychologique et social essentiel. A cette maturité sexuelle nouvelle va correspondre la nécessité, pour l’adolescent, de devenir autonome par rapport à ses parents ou de s’y préparer. Cette autonomie nouvelle, souvent partielle et progressive, du moins de nos jours, représente un changement psychologique important et dépend fortement du contexte social et
culturel. Aujourd’hui, l’adolescence n’est pas plus comparable à ce qu’elle était aux siècles précédents qu’elle ne s’exprime pareillement dans les pays dits occidentaux, dans les pays de cultures différentes ou dans les sociétés dites primitives. Le phénomène pubertaire est pourtant
un processus toujours plus ou moins identique. Ce qui change, c’est la forme sociale et individuelle sous laquelle vont se manifester ces modifications. Ainsi l’adolescence est-elle à la fois un phénomène physique, la puberté, et un phénomène psycho-social : l’expression donnée par une culture particulière aux changements physiologiques qu’apporte la puberté à chaque individu.

Il fume du cannabis. Quels sont les risques pour sa santé

Il fume du cannabis. Quels sont les risques pour sa santé?

C’est l’une des grandes inquiétudes des parents d’aujourd’hui. Plus d’un adolescent sur deux aura, à un moment donné de son adolescence, fumé du cannabis.

Et mieux vaut qu’il le fasse le plus tard possible, à l’instar de son premier « flirt » avec la cigarette. Toutefois, fumer occasionnellement du cannabis n’est pas un drame et il ne faut pas le transformer en tragédie. Certes, le cannabis a des effets euphorisants proches de ceux de l’alcool, mais s’il diminue, comme ce dernier, les capacités de concentration et les réflexes, il ne provoque pas comme lui des réactions impulsives et agressives. En réalité, tout dépend de la quantité de cannabis qui a été consommée et de la fréquence de cette consommation. Enfin, il faut savoir que le dosage en produit actif peut varier de 1 à 10 selon les variétés et les mélanges opérés.Le danger est bien sûr que la consommation de l’adolescent devienne régulière et augmente. Aux effets
euphorisants du cannabis s’ajoutent alors une coupure progressive avec la réalité, des difficultés de concentration et d’apprentissage et une perte de motivation. L’adolescent s’éloigne de ses centres d’intérêt habituels, se désocialise et manifeste une indifférence inquiétante qu’il justifie de façon plus ou moins cohérente. Chez les adolescents vulnérables, des troubles psychiques peuvent de surcroît apparaître : retrait affectif et relationnel, confusion de la pensée, perplexité et, parfois, idées délirantes. Une évolution vers une psychose est également possible et ne doit pas être négligée. Par ailleurs, il faut savoir que la sensibilité au cannabis varie notablement d’un individu à l’autre, et cela pour des raisons biologiques mais aussi contextuelles (vulnérabilité de la personnalité, contexte psychologique, familial, événementiel ou environnemental défavorable). La vulnérabilité de l’adolescent facilitera sa dépendance au produit et pourra faire d’une prise occa-
sionnelle une expérience initiatrice révélatrice d’un autre mode de vie possible. Le contexte relationnel et amical a un impact important, notamment les phénomènes d’entraînement. Mieux vaut donc prévenir que guérir. Et la meilleure prévention reste la confiance que place l’adolescent dans son entourage et la qualité du sentiment de sécurité affective qui l’entoure. Ils doivent, en effet, lui permettre de gérer les risques inhérents à toute ouverture au monde. Réciproquement, les adultes doivent avoir confiance dans les capacités de l’adolescent à faire face, mais cette confiance n’exclut pas la vigilance ; ils ne doivent pas non plus hésiter à informer l’adolescent des risques qu’il encourt, voire à intervenir s’ils jugent que l’adolescent part à la dérive. Ce n’est que dans un climat de confiance que les adolescents se montreront réceptifs au discours parental sur les risques liés au fait de fumer du cannabis. Quand un adolescent commence à en consommer, mieux vaut en parler et tenter de limiter la consommation de ce produit illicite, tant en ce qui concerne sa fréquence que les lieux où l’adolescent fume et l’argent dépensé. Quand le fait de fumer du cannabis a les conséquences négatives déjà évoquées et place l’adolescent dans une situation d’échec dans un
domaine ou un autre, et notamment dans le domaine scolaire, il ne faut pas hésiter à solliciter une aide extérieure et à faire intervenir des tiers pour poser des limites et tenter de trouver une solution.

Il n’est pas utile pour autant de traquer sur l’adolescent les signes physiques (pupilles dilatées, odeurs, yeux rouges, etc.) qui témoigneraient d’une réelle consommation de cannabis. Il est préférable d’essayer de maintenir un contact de qualité en favorisant les échanges et en étant très attentif à toute dégradation de ses capacités. Il serait vain de chercher à obtenir un sevrage total
et immédiat. Mieux vaut aider l’adolescent à restaurer un mode de vie où il retrouvera des repères et une efficience normale. Il ne faut pas laisser s’installer une consommation régulière et importante qui serait cause d’une dégradation de sa qualité de présence aux autres et de ses aptitudes. Cette dégradation est suffisamment préoccupante pour justifier que les parents exigent de l’adolescent qu’il cesse sa consommation et réorganise son mode de vie avant que l’aggravation de la situation
ne le rende imperméable à leurs réactions et à leurs demandes.