Watching TV

Elle regarde la télé. Est-ce la meilleure des distractions à l’adolescence?

Il devient vraiment difficile pour un adolescent de ne pas passer son temps devant la télévision, en particulier lorsque ses parents sont absents. C’est en effet une façon de se raccrocher à une présence adulte, avec l’avantage de pouvoir la taire apparaître, disparaître et changer à sa guise. En somme, une présence potentiellement toujours accessible, à disposition, et sur laquelle l’adoles-
cent a tout pouvoir : le rêve ! Mais le rêve, aussi utile soit-il, a besoin de s’allier à
la réalité. Car si l’on reste dans le rêve, il n’y a pas d’apprentissage. Et sans apprentissage, il n’y a pas d’acquisitions et, par conséquent, pas d’autonomie possible. L’adolescent ne pourra alors que se sentir dénué de valeur et de toute confiance en soi, mais pas nécessairement vide de tout. Car cette absence d’acquis exacerbe l’envie de se remplir ; or il est possible de se gaver d’images comme on se gave d’autres substituts tels que la nourriture, les cigarettes ou autres drogues. Pourtant, la télévision est un incomparable moyen d’apprentissage et d’ouverture sur le monde. Comme les livres, mais différemment, parce qu’elle sollicite davantage une certaine forme de passivité : la seule suc-
cession des images fascine et nourrit celui ou celle qui regarde. Il convient donc d’en faire un usage tempéré. Pour cela, l’adolescent ne saurait se passer de limites et de repères ; il conviendra de lui apprendre à sélectionner ce qu’il regarde, à limiter le temps qu’il passe devant la télévision, à confronter ce qu’il y voit à d’autres sources d’information. Se laisser captiver par la télévision est une fuite, voire une évasion, qui risque d’éloigner l’adolescent des véritables enjeux de son âge et le rendre ainsi plus vulnérable à la dépression. Il revient donc aux parents d’en
apprendre le bon usage à leurs enfants – et ce dès leur plus jeune âge – afin qu’une fois adolescents, ils n’en soient pas l’esclave. Pour ce faire, le petit écran ne doit pas être destiné à un usage privé, une pratique solitaire, mais doit être un moyen d’échange avec les adultes.

J'ai adopté mon enfant. Va-t-il en souffrir à l'adolescence

J’ai adopté mon enfant. Va-t-il en souffrir à l’adolescence ?

L’adoption est-elle un facteur de risque? C’est l’inquiétude qui habite une grande majorité de parents adoptifs. Ont-ils eu raison de le faire ? Etait-ce un bon choix ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que l’adoption est le résultat d’un double choix volontaire : celui d’avoir un enfant et celui de le choisir, en tout cas de pouvoir le refuser s’il ne convient pas. Le désir des parents, et avec lui leur ambivalence, semble ainsi encore plus engagé que dans le cas d’un enfant naturel. Un enfant voulu et même choisi, mais un enfant né d’un autre couple dont il porte l’héritage génétique. Des inquiétudes profondes, le plus souvent inconscientes, sont susceptibles d’être réactivées: « Avaiton le droit de transgresser « les lois de la nature » et d’avoir un enfant à tout prix alors que la « nature » ne le permettait pas? Ne va-t-on pas être puni pour la réalisation de ce désir? Cet enfant n’est-il pas un enfant volé à un autre couple? Un enfant usurpé? N’est-ce pas une transgression dont il faudra payer le prix en n’ayant que des ennuis avec cet enfant?»

Le désir d’enfant est un désir complexe qui prend ses racines dans la petite enfance. Il se construit en liaison, mais aussi en réaction, avec le contexte familial, en particulier les rivalités dans la fratrie, les naissances successives ou les nostalgies maternelles de ne pas avoir eu d’autres enfants, ou d’avoir perdu un enfant… Bref, ce choix se construit à partir de désirs croisés et souvent intenses. Ce désir peut se maintenir intact chez l’adulte, mais, comme tout désir resté très lié à l’enfance et très vivace à l’âge adulte, il est susceptible d’engendrer de fortes culpabili-
tés, comme si sa réalisation répondait à une transgression des interdits de l’enfance et méritait un châtiment. Un exemple remarquable de la complexité du désir d’enfant et de l’impact de l’adoption est le cas de ces jeunes femmes qui, ne pouvant avoir d’enfant, en adoptent un puis se retrouvent enceintes dans l’année qui suit l’adoption. Cette situation est suffisamment fréquente pour avoir fait l’objet de publications. Il semblerait que le fait de s’être autorisé l’adoption et la présence concrète d’un enfant, avec tout ce que cela mobilise d’émotions, puissent lever les inhibitions des
circuits neuro-hormonaux qui régulent les processus de l’ovulation et de la fécondité.

Autre difficulté qui se pose avec un enfant adopté : comment trouver l’attitude éducative la plus naturelle possible et lui éviter d’être l’objet de projections excessives de la part de ses parents ?
On entend par projection le fait de prêter aux autres des pensées, des sentiments, des intentions qui ne sont que l’expression des croyances de celui qui les attribue aux autres. Ces croyances s’imposent à la personne qui les vit pour des raisons affectives, en général méconnues d’elle-même. Elles s’appuient sur des éléments de la réalité qui sont sélectionnés, amplifiés, voire coupés de leur contexte par la force de conviction de celui qui les projette. De ce fait, elles laissent peu de place à la discussion et cantonnent celui qui en est l’objet dans un rôle qu’il lui est difficile de quitter.
Cette situation est particulièrement aliénante pour un enfant et peut être source de pathologies et troubles divers. En effet, l’enfant la ressent comme une violence de la part de ses parents, qui semblent connaître mieux que lui ses propres intentions. Et à cette violence va immédiatement répondre celle de l’adolescent qui, pour exister, va être contraint de se comporter selon leurs projections.
Ce phénomène de projection à propos de l’enfant s’appuie sur des éléments de la vie quotidienne d’ordre très divers :
– Le poids d’une hérédité inconnue mais souvent considérée a priori comme fautive et négative. Les éléments négatifs comme « les mauvais instincts » peuvent y être d’autant plus facilement projetés.
– Les « traumatismes » possibles pendant la période, parfois longue, précédant l’adoption.
– La question des véritables parents : « Nous ne sommes pas ses vrais parents, il ne peut pas nous aimer comme si on l’était… »

Aujourd’hui, la plupart des parents suivent l’avis des spécialistes qui recommandent tous de dire le plus tôt possible à l’enfant la vérité sur son adoption. Mais cela ne clôt pas pour autant la question. On la voit notamment resurgir à l’adolescence par les interrogations concernant les parents biologiques et le désir de les retrouver, ou au moins de les connaître. Désir légitime mais qui, lui aussi, se sert d’une réalité indéniable pour cacher des interrogations plus fondamentales et plus difficiles à formuler : «Mes parents me considèrent-ils comme leur véritable enfant ?» et « M’auraient-ils choisi et me choisiraient-ils encore s’ils avaient su ce que je suis devenu ? »
Les adultes préfèrent penser que la question essentielle est vraiment celle que les adolescents posent quant à leurs parents biologiques. On oublie que les vrais parents sont ceux qui élèvent l’enfant et dont il est imprégné. Il leur doit une grande partie de ses acquis, c’est-à-dire l’essentiel de la personnalité. C’est avec eux que se sont noués les sentiments forts, les identifications et les conflits. Ils sont les co-auteurs de son histoire. Ce besoin d’évitement et de déplacement des conflits se retrouve, par exemple, dans le besoin qu’ont certains enfants ou adolescents d’imaginer qu’ils ont d’autres parents que les leurs. C’est ce qu’on appelle «le roman
familial», phénomène relativement fréquent vers l’âge de 10 ans, qui disparaît en quelques années.

Quels conseils peut-on donner aux parents adoptirs ? Le premier, qui conditionne les autres, est d’assumer leur choix et de s’affirmer comme les seuls parents, vis-à-vis d’eux-mêmes, de leur entourage et surtout de leur enfant, sans pour autant nier la réalité antérieure. Les parents biologiques ne sont pas plus parents que ne le sont les ancêtres biologiques de chacun… Le deuxième
conseil est d’être très vigilants aux risques de projection sur l’enfant de leurs appréhensions. Les certitudes et les affirmations péremptoircs sur le comportement de l’enfant ou de l’adolescent ne sont qu’une façon d’essayer de cerner cet inconnu qu’est toujours l’autre, y compris l’enfant, adopté ou non. Il faut savoir laisser place à la découverte de l’autre, avec sa complexité et ses
contradictions, plutôt que prétendre tout connaître ou d’imaginer que la rencontre avec la réalité des parents concepteurs dispenserait de ce travail de découverte. Finalement, les enfants adoptés sont-ils plus susceptibles que les autres de présenter des troubles du comportement et des maladies psychiatriques à l’adolescence? Des études récentes, notamment aux Pays-Bas, ont montré que, par rapport à un groupe témoin d’adolescents, ces troubles étaient de 20 à 25 % plus élevés chez les enfants adoptés. Le risque est donc plus important, mais demeure modéré.

Les conditions de vie au cours de la période précédant l’adoption sont un facteur de risque : carences affectives importantes, multiplicité des placements, dépression et surtout abus sexuels. Toutefois, la qualité du cadre de vie après l’adoption peut contrebalancer l’effet de ces conditions antérieures difficiles.

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux?

Le fait de s’enfermer dans un comportement est toujours dangereux, quel que soit l’âge. Il en est ainsi
des jeux de rôle, d’autant qu’ils correspondent à des tentations par lesquelles l’enfant a été fortement attiré : celle, en particulier, d’imaginer des histoires qui mettent en scène ses désirs cachés, vécus comme interdits. L’imaginaire est, pour l’être humain, une soupape qui lui permet de décharger ses émotions, mais aussi de se donner à lui-même une représentation de ses désirs, qui sans cela pourraient devenir écrasants et dangereux. C’est une manière de se familiariser avec eux, de les
apprivoiser et de les intégrer à notre vie. Toutefois, au lieu d’être un outil d’adaptation, le jeu peut se clore sur lui-même et devenir un autre monde sans liens avec la réalité quotidienne. Plus celle-ci sera insatisfaisante, génératrice de déception et d’angoisse, plus la tentation sera grande de se réfugier dans cet autre monde, celui d’un imaginaire qui ne connaît pas de limites. Il pourra alors être d’autant plus difficile d’y résister pour l’adolescent qu’il sera entraîné dans son repli par des adultes, dont il croit qu’ils le guident, et/ou par des camarades, doubles rassurants de lui-
même. C’est le propre de toute dérive de type sectaire. Certes, les jeux de rôle ne relèvent pas pleinement de cette dernière, mais ils s’en approchent. Leur phraséologie pompeuse, leurs références au passé, le fait qu’ils aient été construits et ordonnés par les adultes qui les ont créés facilitent cette dérive. Enfin, c’est une activité d’initiés et une activité de groupe qui engendre de puissants effets d’entraînement.

Certains adolescents qui s’y sont laissé entraîner ont vu leur comportement évoluer vers un état psychotique, voire même parfois suicidaire. Cette évolution reste cependant l’exception et le fait déjeunes souffrant déjà de difficultés d’ordre psychopathologique. Toutefois, s’adonner à un jeu de rôle a pu contribuer à aggraver ces difficultés, et surtout à donner l’occasion à ces adolescents d’éluder les soins qui leur auraient été nécessaires. Tandis que d’autres adolescents, sans atteindre ces extrêmes, se sont laissé capter, piéger, et ont progressivement perdu tout intérêt pour la vie ordinaire, qu’elle soit familiale, scolaire ou amicale. Un tel comportement doit inquiéter les parents suffisamment tôt, c’est-à-dire avant que l’adolescent ne se soit trop éloigné de ses proches et autres relations habituelles. Mais ils ne doivent pas nécessairement réagir par la brutalité. Au
contraire, ils doivent réintroduire le jeu de rôle dans les échanges quotidiens pour en parler, mieux le connaître peut-être, ne pas l’isoler des autres intérêts possibles de l’adolescent comme s’il s’agissait d’un monde à part, ineffable, que seuls les initiés peuvent comprendre.

Il dort encore avec nous. Est-ce normal

Il dort encore avec nous. Est-ce normal?

L’intrusion d’un préadolescent ou même d’un adolescent dans la chambre de ses parents est plus fré-
quente qu’on ne le pense. Les prétextes en sont nombreux, que ce soit une impossible cohabitation
avec les frères et sœurs, des difficultés d’endormissement, des cauchemars à répétition ou des soins qu’il faut prodiguer. La réponse à cette question est pourtant simple : dormir régulièrement dans la chambre de ses parents, à côté, avec eux ou à la place de l’un des parents n’est jamais bénéfique et peut avoir des conséquences négatives. Et ce quel que soit l’âge de l’enfant. Pourquoi ? La dépendance mutuelle de l’enfant et de ses parents est trop importante pour que ceux-ci ne fassent pas extrêmement attention à ce que les conditions d’une séparation minimale soient respectées. Que la chambre des parents et celle des enfants soient séparées est la première de ces conditions. La chambre est par
excellence le lieu du domicile familial qui représente l’intimité de la personne. Dans le cas des parents, cette intimité est aussi celle du couple et de sa vie sexuelle. La présence de l’enfant ou de l’adolescent dans leur chambre ne peut qu’accroître sa curiosité à cet égard et, dans le même temps, l’obliger à la réprimer massivement. Cette promiscuité contribue à atténuer la différence entre les générations et à accentuer les difficultés de différenciation parents/enfants et de leurs
rôles respectifs. L’enfant ou l’adolescent s’installe d’ailleurs souvent à la place de l’un des parents, le plus souvent le père, absent de la maison ou amené à dormir dans une autre pièce.
Or cet enchevêtrement des générations est souvent d’autant plus important que c’est un fait acquis et admis par les parents qui révèle un problème de couple. L’enfant ou l’adolescent sert de compensation à ce malaise ou ce conflit en empêchant toute intimité sexuelle et/ou en protégeant un de ses parents de la solitude. Mais en se rassurant, ce parent place son enfant dans une situation d’insécurité ; il inverse les rôles en le mettant au service de ses besoins et en accroît d’autant plus la dépendance que cette situation commence par faire plaisir à l’enfant avant de le gêner. Ces différents paramètres rendent d’autant plus difficile le travail d’acquisition de son autonomie par l’adolescent.
Il est, en outre, facile d’imaginer que la puberté, et la façon dont elle sexualise le corps et les relations, rend la situation plus difficile encore à gérer pour un adolescent que pour un enfant.

Ses professeurs préconisent le redoublement

Ses professeurs préconisent le redoublement.

Le redoublement est un fréquent sujet de conflit entre enseignants et parents. Il est vrai qu’il est difficile à résoudre. La tendance des orientations scolaires actuelles est plutôt d’éviter le redoublement. Mais elle peut conduire à orienter par la suite l’adolescent vers une filière qui ne correspond plus ni à ses projets ni à ceux de sa famille. Inversement, le fait de redoubler, et
la blessure d’amour-propre qu’il entraîne, sont démotivants.
La réponse ne peut donc être que ponctuelle, chaque cas étant différent. Le redoublement doit faire l’objet d’une discussion approfondie entre enseignants, parents et adolescents. La façon dont la décision onlinegamblinglobby.com/casino-online-uk est préparée, les conditions dont elle est assortie, le sens qu’elle prend de ce fait pour l’adolescent tout comme les espérances que peuvent faire naître la promesse de meilleurs résultats contribuent à le projeter dans un avenir qui ne soit pas synonyme d’échec mais de réussite future.

Swimming - sport

Le sport lui prend tout son temps. Que faire?

Il n’est pas rare qu’un adolescent consacre la plus grande partie de son temps à une activité, par
exemple, le sport. Cette activité monopolise toute sa disponibilité, son intérêt et la majeure partie de son énergie. Comme tout excès, cela traduit pour partie un doute, des inquiétudes, voire des difficultés plus ou moins sérieuses dans les autres domaines négligés. Comme si l’adolescent, peu sûr de lui, trouvait ainsi un moyen de se rassurer sur sa valeur, un moyen de maîtriser une partie de sa vie alors qu’il peut craindre par ailleurs de perdre pied, de se sentir débordé par des ambitions qu’il ne peut réaliser.
Ce surinvestissement dans le sport, ou dans d’autres activités, offre l’avantage de permettre à l’adolescent de se valoriser dans une activité concrète, ancrée dans la réalité, qui peut faciliter les échanges avec les jeunes de son âge. Toutefois, il peut également présenter l’inconvénient, étant excessif, d’enfermer l’adolescent plus qu’il ne l’ouvre aux autres et de lui interdire d’autres
intérêts scolaires et sociaux. On sait, par exemple, que l’anorexie mentale peut se manifester, au début et pendant toute la durée de la maladie, par un besoin frénétique d’activité (marche ou jogging, notamment) qui progressivement tourne à vide, l’adolescent ayant pour seul but de se dépenser sans limites au détriment de tout échange ou de tout partage avec les autres.

C’est aux parents de poser les limites que l’adolescent ne peut trouver lui-même afin d’éviter que le sport ne devienne pour lui une sorte de drogue. Comme toute passion se déclenchant à l’adolescence,
celle-ci gagne à être inscrite dès le début dans une démarche qui ne soit pas solitaire, mais au contraire la plus socialisée possible. Il sera d’autant plus facile pour les parents d’y veiller qu’ils le feront tôt, parce que l’adolescent est alors plus sensible à leurs conseils et, surtout, parce qu’il ne sera pas encore enfermé dans sa solitude. Il n’est pas rare, cependant, que ce soient les parents qui favorisent l’engouement frénétique pour un sport. Dans l’incessante course aux performances qui régit actuellement notre société, certains même préparent dès leur plus jeune âge leurs enfants à entrer dans la compétition. Ce n’est certes pas une démarche solitaire, mais elle peut enfermer l’adolescent dans le seul objectif de la réussite, le rendre captif d’un projet parental qui n’est pas le sien, au détriment de son développement affectif et intellectuel. L’adolescence peut être un moment de révolte et de rupture dans cette marche programmée vers un destin conçu par d’autres. Ce n’est pas condamner la préparation de jeunes gens à un sport
de haut niveau que d’attirer l’attention de leurs parents sur les enjeux et les risques d’une démarche qui, aussi bien intentionnée soit-elle, peut être lourde de conséquences.

Il ne parle pas...Comment dois-je réagir

Il ne parle pas…Comment dois-je réagir?

Nombre de parents s’inquiètent du silence de leurs enfants à l’adolescence. Mais, du point de vue de
beaucoup d’adolescents, à quoi bon parler si Ton ne sait pas bien ce que l’on aurait a dire… Ou encore, à quoi bon parler r « on a tant de choses à expliquer que l’on ne sait pas p*r où commencer… La plupart du temps, qu’ils soient timides ou pas, les adolescents ne prennent pas la parole alors qu’ils rêvent de pouvoir enfin se confier à une personne qui les comprendrait. Une sorte de double, un grand frère ou une grande sœur… Et, à défaut, ils – et plus souvent elles – noircissent les pages
d’un carnet intime, quelquefois avec le secret espoir qu’il soit enfin découvert et lu. Nous sommes donc toujours en présence de la même contradiction : l’attente confuse d’être deviné opposée à la peur d’être transparent, à la merci des autres. Il ou elle ne parle pas, mais ne supporte pas plus qu’on lui parle et, moins encore, que les autres se parlent et qu’il se sente de ce fait d’autant plus exclu. Paradoxalement, rien n’est plus « communicatif » que le mutisme d’un adolescent. Son silence suffit à transformer l’ambiance de toute une famille. Il se crée immédiatement une tension qui fige tout le monde et empêche les parents d’être naturels. Si personne ne parle, l’adolescent se plaint de la morosité ambiante, mais si l’on parle et que l’on plaisante, il ne voit pas ce
que la situation a de drôle et relève le manque total d’intérêt de ce qui est dit. Dans ces conditions, comment trouver la bonne distance? Souvent en ayant recours à un tiers ou à toute autre forme de médiation possible. Patience et humour ont raison en règle générale de ces blocages temporaires.
En revanche, s’ils persistent, ou s’il s’agit d’un changement brutal de comportement chez un adolescent jusqu’alors volubile, il faut considérer ce mutisme comme un symptôme et chercher à le contrer par les ressources propres de la famille ou l’appel à une aide extérieure.

Cette médiation peut se trouver au sein même de la famille. Ainsi, tel adolescent qui ne parle pas en présence de sa mère se confiera plus volontiers à son père, ou à un grand-parent, ou à telle ou telle personne significative de son entourage. L’important reste que la personne avec qui le dialogue est le plus difficile ne le vive pas comme une attaque personnelle et ne réagisse pas, à l’image de
l’adolescent, en s’enfermant à son tour dans le silence. Comprendre le blocage d’un adolescent aide à
prendre de la distance par rapport à ses réactions. Cela permet de ne pas en faire une affaire personnelle et autorise quelqu’un de moins directement impliqué à intervenir plutôt que de se culpabiliser sans fin et de chercher à tout prix à changer pour se conformer au mieux aux attentes supposées de l’adolescent. Cette dernière attitude, d’ailleurs, ne fait bien souvent qu’accroître le besoin d’opposition de l’adolescent qui se renfermera encore davantage sur lui-même pour échapper à l’emprise de ses parents.

Il ment. Faut-il «passer l'éponge»

Il ment. Faut-il «passer l’éponge»?

Apartir de quand peut-on parler de mensonge ? Il y a en effet une très grande différence entre un ado-
lescent qui arrange un peu la réalité pour obtenir ce qu’il veut ou éviter une réaction parentale qu’il s’exagère d’ailleurs souvent, et un adolescent qui interpose la falsification d’une part plus ou moins importante de la réalité entre tout ou partie de son entourage et lui. Il faut donc bien distinguer le mensonge occasionnel du mensonge comme mode d’existence.

Dès qu’il devient important et régulier, le mensonge est le signe de l’organisation d’une distorsion de la personnalité affectant un adolescent qui se sent obligé de cacher une part plus ou moins étendue de lui-même au regard de ses parents, voire à toute sa famille, aux adultes en général, ou même à ceux de son âge. D’où vient cette obligation ? Elle est nécessairement liée à la croyance que cette part cachée de lui-même est à la fois inacceptable pour le ou les adultes en question et vitale, sinon indispensable, pour l’adolescent, qui ne peut concevoir d’y renoncer, en tout cas pour le moment. Le mensonge, quand il est devenu une façon d’être, c’est-à-dire quand il s’est organisé, de façon durable, comme l’unique modalité de réponse de l’adolescent, témoigne d’une grave perte de confiance : perte de confiance en soi et en sa capacité à affronter ses contradictions et autrui.
Mais également perte de confiance dans les autres, en particulier les parents, remise en question de leur capacité à accueillir et à répondre aux divisions de leur enfant. Un enfant ou un adolescent qui ment n’est pas seulement quelqu’un de débrouillard qui sait se tirer d’affaire, mais quelqu’un qui a peur. Manque de confiance et peur ne sont pas apparus en un jour. Il a fallu que s’installent chez l’enfant un léger décalage puis un véritable écart entre ce que l’on peut montrer et ce qu’il faut cacher, et cette part d’ombre n’a pu s’intégrer au reste de sa personnalité. Dans le malentendu qui s’est créé, il est bien difficile, après coup, de faire la part de ce qui a été favorisé par l’atti-
tude des parents ou par les difficultés propres de l’enfant. Crainte de représailles de la part des parents, mensonge d’un parent et sentiment de l’enfant d’avoir été trahi, conflit entre les parents qui pousse l’un d’eux à cacher délibérément à l’autre des choses importantes en faisant de l’enfant son complice… Les causes possibles en sont nombreuses et souvent enchevêtrées.

Le mensonge adopté par l’adolescent comme seule façon d’être illustre bien l’importance et les difficultés de l’éducation. Elle ne peut se passer de limites et d’interdits, mais ceux-ci, pour être efficaces, doivent pouvoir être intégrés et repris à son compte par l’enfant. Pour que ce soit possible, l’enfant doit en saisir la logique implicite et le bien-fondé. Il faut donc que tout com-
portement réprimé ou interdit par le parent le soit pour le bien de l’enfant, et dès lors que ce comportement soit d’abord dans un premier temps accueilli et reconnu par le parent. Car une répression trop sévère peut laisser l’enfant coupable ou honteux, comme s’il n’avait même
jamais dû avoir de telles pensées. Celles-ci peuvent alors rester enfouies, comme un corps étranger non assimilé et non digéré. De tels désirs resurgiront plus tard, notamment à l’adolescence, effrayants et monstrueux, et pousseront la personnalité de l’adolescent à se diviser en plusieurs, vécues comme inconciliables.
Cela dit, le fait d’être le complice de l’un des parents qui cache à l’autre un comportement ou des pensées qu’il a partagés avec son enfant peut avoir un résultat très semblable. A l’adolescence, un enfant qui a été lié à l’un de ses parents par cette sorte de pacte secret peut chercher à retrouver cette complicité au travers de conduites plus ou moins délictueuses qu’il lui faut cacher aux yeux du monde.
Il est difficile de sortir de ce genre de situations, car, dans les deux cas envisagés, elles sont vécues par l’intéressé sur un mode fusionnel, le reste de sa personnalité n’étant ressenti par l’adolescent que comme une adaptation sans doute nécessaire mais plus superficielle aux exigences du monde environnant.

La solution la plus efficace pour faire évoluer la situation est souvent la thérapie familiale. Elle peut être l’occasion pour l’adolescent de s’apercevoir qu’il a le pouvoir de cacher certaines choses à ses parents et que ces derniers n’ont pas celui de lire en lui comme dans un livre ouvert. Ainsi conçu, le mensonge, quand il ne concerne que de petites choses de la vie courante, rassure l’enfant sur son indépendance : il n’est pas indispensable que ses parents sachent tout de lui. Il n’a pas
bien sûr pour autant à être cautionné par les parents, caution qui lui ferait perdre toute sa valeur d’acte difîerenciateur. Mais la réaction qu’appelle la découverte de petits mensonges peut prendre un caractère presque ludique qui montrera que le parent n’est pas dupe et, en même temps, que ce petit mensonge n’est pas dramatique, d’autant que «faute avouée est à demi pardonnée». On peut espérer que cette intégration progressive d’un droit à cacher et à penser différemment, admis et reconnu par les parents, limitera le besoin de recourir au mensonge comme mode d’existence.

Elle est victime d'abus sexuels. Que faire pour lui venir en aide

Elle est victime d’abus sexuels. Que faire pour lui venir en aide?

Les abus sexuels sont beaucoup plus fréquents qu’on ne le pense ; ils ont été et restent encore largement sous-estimés. S’ils concernent davantage les filles, les garçons aussi en sont victimes. Ils appellent de la part des adultes une réaction immédiate, la condamnation totale de ce dont a été victime l’adolescent et le dépôt d’une plainte auprès de la justice, tandis que doivent être mises en place des mesures d’aide psychologique. Etre victime d’un abus sexuel a toujours des conséquences négatives sur le développement de la personnalité de l’enfant et de l’adolescent. Ils altèrent
gravement sa confiance dans les adultes, altération qui sera d’autant plus grande que ceux-ci sont plus proches affectivement de lui. Ils sont l’exemple le plus tragique de la perversité dont peut faire preuve l’adulte qui se sert de l’enfant pour satisfaire ses propres besoins au lieu de répondre à ceux de l’enfant, qui est traité comme une chose et non comme un sujet dont les désirs, le corps et l’intimité psychique et physique ont le droit d’être respectés. Qu’un enfant puisse, en apparence, ne
pas protester, voire y prendre du plaisir, ou même se déclarer consentant ne change rien à la gravité du geste et de la violence qui lui est faite. Cette apparente soumission n’est que la preuve de l’influence que peut avoir l’adulte sur l’enfant et de la confiance que celui-ci lui accorde.
Le rôle de l’adulte, quels que soient ses liens avec l’enfant, est de lui donner les moyens de développer pleinement ses potentialités et de se découvrir avec ceux qu’il a choisis, mais sûrement pas d’utiliser son influence pour l’accaparer à son profit. Parce que tout adulte, qu’il le veuille ou non, a une position d’éducateur potentiel vis-à-vis du jeune, il ne peut pas se permettre
d’utiliser cette position d’autorité pour son bénéfice propre au détriment de la liberté de choix de l’enfant, nécessairement déjà faussée par l’ambiguïté du lien qui l’unit à l’adulte. Plus l’autorité liée à ce rôle éducatif est forte, plus la violence morale faite à l’enfant est grande; cela concerne donc bien sûr en premier lieu les parents. Il ne faut évidemment pas mettre sur le même plan ce qui
peut se passer entre enfants ou adolescents du même âge pour lesquels n’existe pas cette relation d’autorité morale. Les jeux sexuels, par exemple la masturbation mutuelle, qui ont lieu sans violence ni pénétration relèvent davantage d’essais et de tentatives de se familiariser avec l’autre sexe et la sexualité que de l’abus proprement dit. Néanmoins, ils ne doivent être ni favorisés ni l’objet d’une complicité tacite des adultes tant que l’adolescent n’a pas atteint sa maturité affective et
sexuelle. Sans jouer sur la culpabilité de l’adolescent, ses parents peuvent lui expliquer la nécessité de savoir respecter l’intimité de chacun et lui montrer que son épa-
nouissement personnel passe par l’apprentissage de l’attente, qu’il doit attendre d’être prêt physiquement et psychologiquement pour pouvoir, plus tard, vivre pleinement sa sexualité. Quant aux relations entre frères et soeurs, il faut rappeler fermement qu’en aucun cas de telles relations ne peuvent avoir lieu entre membres d’une même famille.
Le fait que l’abus reste longtemps méconnu est l’une des difficultés majeures de ce genre de situation. Membres de la famille, amis, voisins peuvent ainsi perpétrer impunément des abus sexuels durant des mois entiers, voire des années, parce qu’ils ont obtenu le silence de l’enfant en jouant de leur autorité, lui ont fait peur, mais aussi parce que l’enfant a honte et craint aussi bien de ne pas être cru que d’être grondé par le parent auquel il pourrait se confier. Il faut savoir alors reconnaître les signaux de détresse qu’envoie l’adolescent : repli sur soi, dépression, mutisme, échec scolaire survenant brusquement de façon inexpliquée, mais aussi formes diverses d’attaques contre le corps (scarifications, tentatives de suicide, amaigrissement ou prise de poids anormaux). S’en inquiéter ne consiste pas à mener un interrogatoire brutal et déplacé, mais à montrer que l’on
se soucie de ce qui a pu blesser ou décevoir l’adolescente victime d’abus afin de la mettre suffisamment en confiance pour qu’elle puisse, plus ou moins rapidement, se confier. Tous les troubles psychopathologiques qui affectent un ou une adolescent(e) peuvent être entièrement créés par des abus sexuels, même s’ils ne le sont pas toujours; ils en sont en tout cas toujours ren-
forcés, sans qu’ils manifestent pour autant de spécificité particulière.

Une fois l’abus découvert, il faut à la fois déposer plainte auprès des autorités légales et recourir à une thérapeutique appropriée. Cette thérapeutique passe par la verbalisation du traumatisme et des émotions réprimées, verbalisation qui doit pouvoir prendre le temps qu’il faudra. L’intervention d’un psychothérapeute est indispensable, car il n’est pas souhaitable que les conséquences de ce traumatisme se règlent uniquement au sein de la famille, même si le coupable en fait partie. Les effets en sont trop complexes pour que les parents soient les seuls confidents de l’enfant abusé. L’importance même des liens affectifs qui les unissent à lui rend indispensable l’intercession d’un adulte à la fois spécialisé et extérieur à la famille, plus neutre affectivement. Car il faut que l’adolescente qui a été victime d’abus sexuels non seulement se libère du traumatisme, mais puisse
s’autoriser par la suite une vie et des relations dont le plaisir ne soit pas exclu.

L'adolescence est-elle une période de crise

L’adolescence est-elle une période de crise?

Oui, l’adolescence est nécessairement une période de crise : on ne peut plus être après comme on
était avant. Elle impose un changement physique, mais aussi psychologique, à chacun. Changement important puisque l’enfant dispose désormais d’un corps adulte capable, en particulier, de procréer. Changement rapide également, parfois spectaculaire. Le caractère inéluctable de ce changement et la pression psychologique qui en découle donnent à l’adolescence ce caractère de crise. Il est nécessaire qu’aux changements corporels correspondent des modifications psychiques. L’adolescent doit à la fois intégrer son nouveau corps et modifier ses relations avec ses parents. Si son caractère et son com-
portement étaient les mêmes à la fin de l’adolescence qu’au début, cela représenterait une régression à une situation infantile.

Mais crise ne veut pas dire nécessairement manifestations spectaculaires, bruyantes ou violentes, ni même situation de conflits répétés. Elle n’est pas plus synonyme de souffrance inévitable. Le changement n’est pas nécessairement douloureux. Il s’accompagne même souvent, à cet âge, d’un sentiment de liberté, de délivrance des carcans de l’enfance, d’enthousiasme devant les possibilités et les plaisirs nouveaux qui s’offrent à l’adolescent, notamment en matière d’amitiés et de relations amoureuses.
II faut cependant reconnaître que ce changement forcé vers un état adulte, qui, à notre époque, tarde de plus en plus à venir, comporte trop d’incertitudes sur l’avenir, trop de sentiments contradictoires concernant le présent pour être vécu aussi heureusement que les adultes aimeraient le croire, oublieux de leur propre mal-être à cet âge. Mais les moments de doute, de flottement, de malaise ne sont pas un drame, et encore moins une maladie. Certes, la majorité des adolescents
auront à vivre une crise qui durera quelques années, avec des moments plus critiques que d’autres. Car ils vont subir une mutation physique, psychologique et sociale qui va changer leur façon d’être, leur image d’eux-mêmes et leurs relations à eux-mêmes, aux autres et au monde. Ces mutations, cependant, se dérouleront, pour la plupart d’entre eux, sans «crise» majeure, que ce soit pour eux ou aux yeux des autres. Que se passe-t-il par contre pour les 15 à 20% d’adolescents qui vont vivre une adolescence «difficile»? L’enquête européenne quadriennale, réalisée auprès des jeunes âgés de 11 à 15 ans et conduite en France par le CFES (Centre français des études sociales), a montré la
remarquable constance de leurs opinions et attitudes ces deux dernières décennies. Ils expriment en moyenne une impression de bien-être, se disent à 87 % heureux et ont confiance en eux à 73%. Mais il ne s’agit là que d’une moyenne ; en réalité, l’indice de confiance chute sensiblement — de près de 20% – entre l’âge de 11 ans et celui de 15 ans.

Cette enquête illustre parfaitement ce qu’observent médecins et psychologues : l’effet négatif sur l’image de soi et, en miroir, du monde qu’induit la puberté. L’adolescence réactive plus particulièrement ce qui demeure en nous d’insécurité intérieure et de dépendance affective aux parents. L’enfant arrive en effet à la puberté avec des besoins de dépendance plus ou moins importants selon la nature de son sentiment de sécurité intérieur et de sa confiance en lui. Certes, confiance et sécurité sont toujours relatives : nous avons tous besoin d’un apport extérieur qui vienne soutenir nos ressources intérieures. Mais chez ceux qui vont être massivement tributaires d’une présence extérieure pour assurer leur équilibre interne, cette présence, en particulier celle des parents, devient l’enjeu de nombreux conflits au moment de l’adolescence. Ces conflits nais-
sent parce que cette présence se sexualise et parce que la dépendance affective à l’entourage est contradictoire avec la nécessité de devenir autonome. C’est à ce moment-là que les adolescents vont ressentir le besoin des autres comme une pression et une contrainte d’autant plus insupportables qu’ils vont souvent les percevoir comme venant de l’entourage.
L’expression la plus commune de ce changement concerne les relations d’intimité avec l’entourage
proche. Tout se passe comme si on assistait à une soudaine réduction de la distance entre l’adolescent et ses parents. L’adolescent a l’impression que son espace est brutalement envahi par leur omniprésence. Il a le sentiment d’une invasion et d’une promiscuité permanentes, comme si le seul fait qu’ils soient là impliquait un contact physique, source de réactions de rejet, voire
de dégoût. On dirait que l’adolescent vient juste de remarquer que ses parents sont pourvus d’un corps, dont il se met à percevoir ce qu’il juge être les défauts, et dont la seule pesanteur ou, par exemple, les odeurs qui en émanent sont volontiers source d’irritation, jugées intolérables. Du jour au lendemain, l’adolescent refuse les câlins et les baisers, même de convention, dont il pouvait jadis être si demandeur.
C’est l’époque où le familier est volontiers synonyme de repoussant. Cette mise à distance physique va souvent se traduire, au sein même du territoire familial, par une redistribution de l’espace : évitement de la chambre parentale, fuite des espaces communs, recherche d’un espace privé, enfermement dans la chambre, utilisation d’espaces extra-familiaux (domicile des amis, lieux publics, etc.).

Les proches de l’adolescent sont ainsi l’objet d’un phénomène d’attraction-répulsion d’autant plus marqué que la relation antérieure était plus intense et plus chargée d’attente. Ce phénomène peut concerner directement la personne investie (en général un parent) ou porter sur des attributs de cette personne, métier, valeurs, idéaux… On retrouve au minimum ce type de comportement dans les conduites d’opposition ordinaires. Mais il suffît d’un éloignement, même minime, pour que l’adolescent se laisse aller et exprime au grand jour ce qu’il est obligé de réprimer avec le parent incriminé, comme le prouvent la disparition de toute opposition et la serviabilité dont il fait preuve chez les parents de ses amis, ou encore la spontanéité de l’expression de ses émotions lorsqu’il se trouve avec l’un de ses grands-parents.

Les conduites d’opposition sont, en effet, une des formes privilégiées de ce nouvel aménagement de l’espace familial. Elles occupent toute la gamme des comportements possibles, de la simple bouderie de l’adolescent à l’agression directe de l’un ou des deux parents. Ces conduites d’opposition s’étendent aussi du besoin de se créer un espace préservé plus ou moins secret, du désir de s’enfermer dans sa chambre ou de saisir toutes les occasions pour quitter la maison familiale, à la fugue ou à l’errance dans les cas extrêmes. À côté de ces comportements plus ou moins provisoires, l’adolescence est riche d’attitudes contrastées qui ont donné naissance à des comportements suffisamment stables et durables pour être à l’origine de modèles identitaires de l’adolescent. On connaît les stéréotypes de l’adolescent romantique, rêveur, secret et passionné, de l’ascète, du révolté refusant tout compromis et bien décidé à faire triompher ses idéaux. En fait également
partie celui de l’adolescent qui s’enfonce avec acharnement dans la délinquance, le vandalisme, la drogue, comportements auto- et hétérodestructeurs. Ou encore ceux de 1 adolescent toujours en quête de nouveaux risques, qui ne se sent exister qu’en mettant enjeu ses acquis, sa santé, voire sa vie elle-même ; de l’adolescent qui fuit la confrontation avec la réalité, s’évade dans la mythomanie ou qui ne peut trouver plaisir et intérêt qu’en cachette des autres. Les adolescents se trouvent confrontés au paradoxe qui est au cœur même de cette période de la vie, et qui peut se formuler ainsi: « Ce dont j’ai besoin, cette force que je n’ai pas et que je prête aux adultes, est – justement parce que j’en ai besoin — ce qui menace mon autonomie naissante. » Comme tout paradoxe, il a un effet d’inhibition sur la pensée et peut donner le sentiment de devenir fou. C’est ce que traduisent les adolescents quand ils disent : «J’ai la tête prise ; ma mère me prend la tête; mon prof me prend la tête…» Seulement, ce que l’adolescent ne peut percevoir, c’est que ce personnage est toujours investi et important pour lui, et que «la tête est prise» parce qu’elle est ouverte. C’est-à-dire que l’adolescent est dans une situation d’attente et de demande. C’est un des drames
de l’adolescence : il n’y a pas pire ennemi que soi-même, et le pire ennemi ici, ce sont les attentes inconscientes qu’on a pour l’autre.

Il est difficile pour un adolescent de ne pas ressentir les transformations de la puberté comme une sorte de violence subie, du fait même qu’il ne les choisit pas, alors qu’après la phase de latence — «l’âge de raison» (qui se situe entre 6 ou 7 ans et la puberté) – qui ouvre à la maîtrise des apprentissages, il pouvait penser qu’il avait désormais le contrôle de son développement. Mais la puberté est aux antipodes de la phase de latence : quand celle-ci a permis le développement de la maîtrise (des connaissances mais aussi de la motricité), la puberté vient introduire le trouble, le doute, l’indéfini. Autant de questions liées à l’impuissance de l’adolescent face aux changements corporels qu’il n’a pas choisi, comme il n’a pas choisi son corps, son sexe, ni tout ce dont il hérite et qui le confronte aux lois naturelles. Elle le renvoie à sa soumission infantile aux désirs de ses parents. C’est ce qu’expriment les adolescents quand ils disent : «Je n’ai pas choisi de naître » et dont le contrepoint n’est autre que le «Je peux choisir de mourir» de la tentative de suicide… Une fois de plus, la violence se présente (en l’occurrence celle de l’autodestruction)
comme l’ultime moyen de maîtriser quoi que ce soit face à une situation qui dépasse l’adolescent. Le choix de la vie, du succès, du plaisir est toujours aléatoire et dépend beaucoup de facteurs que l’on ne maîtrise pas, l’opinion et les sentiments des autres, par exemple. De plus, le plaisir a toujours une fin et confronte les anxieux aux angoisses de perte et de séparation, alors qu’ils peuvent toujours être maîtres de leurs échecs, du refus d’utiliser leurs potentialités, de leurs comportements d’autosabotage et d’autodestruction.

Une véritable fascination pour le négatif est donc le danger qui guette nombre d’adolescents peu sûrs d’euxmêmes. Paradoxalement, le renoncement leur confère un pouvoir que la recherche de la réussite ne leur donnerait pas. Le plaisir qu’ils ressentent est lié à l’emprise qu’ils ont sur leurs désirs et non à la satisfaction de ces derniers. C’est le prix à payer par l’adolescent pour se rassurer et se prouver qu’il a les moyens de contrôler et ses désirs et leurs objets, qu’il n’est pas sous leur
dépendance. On comprend alors l’effet de soulagement des comportements autodestructeurs, l’apaisement qui peut accompagner la décision de se suicider ou l’effet anxiolytique que peuvent avoir brûlures et scarifications du corps. Mais il est important de repérer ce que ces comportements révèlent de désir d’affirmation, de déception et de colère. Le plus souvent, ils n’expriment pas tant un désir de mourir qu’un besoin d’autodestruction qui est à la fois rejet catégorique de ce qui est attendu d’eux, notamment par les parents, et besoin, souvent largement méconnu, d’être vus et d’exister pour ceux-ci, ne serait-ce que dans l’inquiétude suscitée. Ces adolescents ne peuvent s’abandonner au plaisir partagé, vécu comme humiliant. En réalité, ils sont fortement tributaires de leur entourage. Cette dépendance les rend particulièrement sensibles à la déception. Plutôt que d’être déçus, il leur semble préférable de ne plus avoir d’intérêt. L’attente se transforme alors en rejet. Et la recherche d’un plaisir partagé fait place à l’attaque contre soi-même, dont l’intensité sera proportionnelle
à celle de l’attente.

C’est le moment où les adolescents abandonnent ce qui les valorisait aux yeux de leurs parents, surtout de celui dont ils ont envie d’être les plus proches. Même s’ils brillent dans la danse, le piano ou la gymnastique, ils décident brutalement que cela ne les intéresse plus. La véritable raison en est que l’enjeu est devenu trop important. Avec ce refus, ils prennent de la distance par rapport au parent auquel ils voulaient plaire, se prémunissent en même temps d’une déception possible et
souvent ont le bénéfice de provoquer l’attention désolée et apitoyée de celui-ci (cf. question 79, p. 201). Le moyen pour l’adolescent d’introduire une distance avec ceux dont il a le plus besoin, c’est donc de souffrir et d’inquiéter d’une façon ou d’une autre. Il n’est alors ni coupable de plaisir excessif avec un des parents au détriment de l’autre, ni sous la coupe de ce parent, sans cependant être seul, puisqu’il suscite l’inquiétude et que la situation de proximité, évitée dans le plaisir, va se retrouver dans l’insatisfaction réciproque.