J'ai adopté mon enfant. Va-t-il en souffrir à l'adolescence

J’ai adopté mon enfant. Va-t-il en souffrir à l’adolescence ?

L’adoption est-elle un facteur de risque? C’est l’inquiétude qui habite une grande majorité de parents adoptifs. Ont-ils eu raison de le faire ? Etait-ce un bon choix ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que l’adoption est le résultat d’un double choix volontaire : celui d’avoir un enfant et celui de le choisir, en tout cas de pouvoir le refuser s’il ne convient pas. Le désir des parents, et avec lui leur ambivalence, semble ainsi encore plus engagé que dans le cas d’un enfant naturel. Un enfant voulu et même choisi, mais un enfant né d’un autre couple dont il porte l’héritage génétique. Des inquiétudes profondes, le plus souvent inconscientes, sont susceptibles d’être réactivées: « Avaiton le droit de transgresser « les lois de la nature » et d’avoir un enfant à tout prix alors que la « nature » ne le permettait pas? Ne va-t-on pas être puni pour la réalisation de ce désir? Cet enfant n’est-il pas un enfant volé à un autre couple? Un enfant usurpé? N’est-ce pas une transgression dont il faudra payer le prix en n’ayant que des ennuis avec cet enfant?»

Le désir d’enfant est un désir complexe qui prend ses racines dans la petite enfance. Il se construit en liaison, mais aussi en réaction, avec le contexte familial, en particulier les rivalités dans la fratrie, les naissances successives ou les nostalgies maternelles de ne pas avoir eu d’autres enfants, ou d’avoir perdu un enfant… Bref, ce choix se construit à partir de désirs croisés et souvent intenses. Ce désir peut se maintenir intact chez l’adulte, mais, comme tout désir resté très lié à l’enfance et très vivace à l’âge adulte, il est susceptible d’engendrer de fortes culpabili-
tés, comme si sa réalisation répondait à une transgression des interdits de l’enfance et méritait un châtiment. Un exemple remarquable de la complexité du désir d’enfant et de l’impact de l’adoption est le cas de ces jeunes femmes qui, ne pouvant avoir d’enfant, en adoptent un puis se retrouvent enceintes dans l’année qui suit l’adoption. Cette situation est suffisamment fréquente pour avoir fait l’objet de publications. Il semblerait que le fait de s’être autorisé l’adoption et la présence concrète d’un enfant, avec tout ce que cela mobilise d’émotions, puissent lever les inhibitions des
circuits neuro-hormonaux qui régulent les processus de l’ovulation et de la fécondité.

Autre difficulté qui se pose avec un enfant adopté : comment trouver l’attitude éducative la plus naturelle possible et lui éviter d’être l’objet de projections excessives de la part de ses parents ?
On entend par projection le fait de prêter aux autres des pensées, des sentiments, des intentions qui ne sont que l’expression des croyances de celui qui les attribue aux autres. Ces croyances s’imposent à la personne qui les vit pour des raisons affectives, en général méconnues d’elle-même. Elles s’appuient sur des éléments de la réalité qui sont sélectionnés, amplifiés, voire coupés de leur contexte par la force de conviction de celui qui les projette. De ce fait, elles laissent peu de place à la discussion et cantonnent celui qui en est l’objet dans un rôle qu’il lui est difficile de quitter.
Cette situation est particulièrement aliénante pour un enfant et peut être source de pathologies et troubles divers. En effet, l’enfant la ressent comme une violence de la part de ses parents, qui semblent connaître mieux que lui ses propres intentions. Et à cette violence va immédiatement répondre celle de l’adolescent qui, pour exister, va être contraint de se comporter selon leurs projections.
Ce phénomène de projection à propos de l’enfant s’appuie sur des éléments de la vie quotidienne d’ordre très divers :
– Le poids d’une hérédité inconnue mais souvent considérée a priori comme fautive et négative. Les éléments négatifs comme « les mauvais instincts » peuvent y être d’autant plus facilement projetés.
– Les « traumatismes » possibles pendant la période, parfois longue, précédant l’adoption.
– La question des véritables parents : « Nous ne sommes pas ses vrais parents, il ne peut pas nous aimer comme si on l’était… »

Aujourd’hui, la plupart des parents suivent l’avis des spécialistes qui recommandent tous de dire le plus tôt possible à l’enfant la vérité sur son adoption. Mais cela ne clôt pas pour autant la question. On la voit notamment resurgir à l’adolescence par les interrogations concernant les parents biologiques et le désir de les retrouver, ou au moins de les connaître. Désir légitime mais qui, lui aussi, se sert d’une réalité indéniable pour cacher des interrogations plus fondamentales et plus difficiles à formuler : «Mes parents me considèrent-ils comme leur véritable enfant ?» et « M’auraient-ils choisi et me choisiraient-ils encore s’ils avaient su ce que je suis devenu ? »
Les adultes préfèrent penser que la question essentielle est vraiment celle que les adolescents posent quant à leurs parents biologiques. On oublie que les vrais parents sont ceux qui élèvent l’enfant et dont il est imprégné. Il leur doit une grande partie de ses acquis, c’est-à-dire l’essentiel de la personnalité. C’est avec eux que se sont noués les sentiments forts, les identifications et les conflits. Ils sont les co-auteurs de son histoire. Ce besoin d’évitement et de déplacement des conflits se retrouve, par exemple, dans le besoin qu’ont certains enfants ou adolescents d’imaginer qu’ils ont d’autres parents que les leurs. C’est ce qu’on appelle «le roman
familial», phénomène relativement fréquent vers l’âge de 10 ans, qui disparaît en quelques années.

Quels conseils peut-on donner aux parents adoptirs ? Le premier, qui conditionne les autres, est d’assumer leur choix et de s’affirmer comme les seuls parents, vis-à-vis d’eux-mêmes, de leur entourage et surtout de leur enfant, sans pour autant nier la réalité antérieure. Les parents biologiques ne sont pas plus parents que ne le sont les ancêtres biologiques de chacun… Le deuxième
conseil est d’être très vigilants aux risques de projection sur l’enfant de leurs appréhensions. Les certitudes et les affirmations péremptoircs sur le comportement de l’enfant ou de l’adolescent ne sont qu’une façon d’essayer de cerner cet inconnu qu’est toujours l’autre, y compris l’enfant, adopté ou non. Il faut savoir laisser place à la découverte de l’autre, avec sa complexité et ses
contradictions, plutôt que prétendre tout connaître ou d’imaginer que la rencontre avec la réalité des parents concepteurs dispenserait de ce travail de découverte. Finalement, les enfants adoptés sont-ils plus susceptibles que les autres de présenter des troubles du comportement et des maladies psychiatriques à l’adolescence? Des études récentes, notamment aux Pays-Bas, ont montré que, par rapport à un groupe témoin d’adolescents, ces troubles étaient de 20 à 25 % plus élevés chez les enfants adoptés. Le risque est donc plus important, mais demeure modéré.

Les conditions de vie au cours de la période précédant l’adoption sont un facteur de risque : carences affectives importantes, multiplicité des placements, dépression et surtout abus sexuels. Toutefois, la qualité du cadre de vie après l’adoption peut contrebalancer l’effet de ces conditions antérieures difficiles.

Il est intransigeant. Est-ce grave

Il est intransigeant. Est-ce grave ?

Si la timidité est volontiers perçue comme féminine, l’intransigeance passe pour virile. Et pourtant, elle n’est pas si différente de la timidité, apportant une réponse opposée à une situation de base commune. Comme souvent, l’opposition ou l’excès renvoient à leur contraire. Là où la timide dissimule derrière son effacement son désir d’occuper le devant de la scène, de séduire les hommes et d’écraser ses rivales, l’intransigeant affiche une assurance et une raideur qui cachent sa vulnérabilité et sa peur constante que sa valeur ou même son identité soient menacées. L’intransigeant vit sur la défensive. C’est une façon de se prémunir contre ce qui paraît être une faiblesse aux yeux de l’adolescent : le risque d’être submergé par ses émotions. Le sentiment de désarroi, l’envie de pleu-
rer, la tristesse et la solitude, le besoin d’être soutenu et entouré, l’envie et la crainte se laisser aller, la peur de ne plus se contrôler, la passivité et le féminin sont souvent associés.

Toutes ces envies et ces craintes sont particulièrement sollicitées par le début de la puberté et ce que celle-ci éveille de désirs régressifs et d’envies passives de recevoir et de se remplir. Bien des garçons, mais aussi des filles, ayant des tendances dépressives et abandonniques (c’est-à-dire ayant souffert de sentiments de solitude et d’abandon pendant leur enfance et ayant tendance à se remettre dans des situations où ils provoquent ces attitudes de la part des autres) se rigidifient dès les premiers signes de la puberté et adoptent des attitudes opposées à leurs désirs réels à cause des craintes qu’ils suscitent. Ils se montrent particulièrement intransigeants, durs, insensibles à la pitié, impitoyables et méprisants envers les faibles, qu’ils identifient à cette part d’eux-mêmes
qu’ils rejettent. Liée à une souffrance non élaborée pendant l’enfance, cette part non acceptée d’eux-mêmes les conduit à refuser tout ce qui leur paraît être en relation avec cette période, c’est-à-dire l’infantile, confondu ici avec l’enfantin. Ils partent à la recherche de modèles adultes qui puissent conforter leurs défenses et sont des proies particulièrement vulnérables pour certaines sectes ou idéologies de la force et de l’ordre. Car, paradoxalement, les personnes d’apparence dure se ressentent intérieurement comme des personnes faibles et potentiellement peureuses. Leur besoin de compréhension et de soutien, et ce qui demeure en eux d’infantile, les conduisent à adhérer à leurs modèles, leaders ou idéologies, sans réserve et sans esprit critique, comme un enfant cherche refuge dans les bras protecteurs d’un parent.

Les adolescentes tolèrent souvent mieux les résurgences des besoins de leur enfance. Elles les accueillent de façon plus souple et ne les ressentent pas autant comme menaçantes pour la nouvelle image qu’elles sont en train de construire d’elles-mêmes. Il existe toute une gamme possible de réactions d’intransigeance. Elles peuvent concerner tous les secteurs de la vie (positions idéologiques, religieuses, politiques, goûts alimentaires, habitudes de vie, tenues vestimen-
taires, etc.), ensemble ou à leur tour, et sont le plus souvent passagères. Leur point commun est une brutale crispation sur un choix qui devient indiscutable et dont la rigidité même tient lieu d’explication. L’adolescent a ainsi balisé son territoire, planté son drapeau ; l’on pres-
sent bien que c’est son image de lui, voire son identité, qui se jouent là. Il n’est pas opportun d’attaquer de front ces convictions. On ne ferait, en établissant un rapport de force, qu’accroître l’intransigeance de l’adolescent. Mais on n’est pas obligé non plus d’y adhérer ou de les cautionner, et encore moins de se laisser tyranniser. Il apparaît même souhaitable que les parents, et les adultes en général, sachent garder eux-mêmes leurs convictions. Cela paraîtra plus rassurant à l’adolescent qu’une attitude qui lui confirmerait que rien ne résiste à ses désirs. En outre, l’adolescent intransigeant a besoin de marquer sa différence en s’affirmanc et en s’opposant.
L’absence d’opposition le pousse souvent à la surenchère, jusqu’à ce qu’il se heurte à la limite à partir de laquelle ses parents refusent de le suivre. En fonction de l’âge et de la nature de l’engagement, des limites peuvent et doivent être posées par les parents, mais la meilleure réponse à l’intransigeance d’un adolescent reste de la dédramatiser et d’ouvrir l’adolescent à d’autres centres d’intérêt, tout en le soutenant dans ses réussites et ses points forts. Le plus souvent, ces raideurs demeurent passagères et fluctuantes jusqu’à ce que l’adolescent soit en mesure de choisir plus librement, et avec moins de contraintes intérieures, sa propre voie.

Ses professeurs préconisent le redoublement

Ses professeurs préconisent le redoublement.

Le redoublement est un fréquent sujet de conflit entre enseignants et parents. Il est vrai qu’il est difficile à résoudre. La tendance des orientations scolaires actuelles est plutôt d’éviter le redoublement. Mais elle peut conduire à orienter par la suite l’adolescent vers une filière qui ne correspond plus ni à ses projets ni à ceux de sa famille. Inversement, le fait de redoubler, et
la blessure d’amour-propre qu’il entraîne, sont démotivants.
La réponse ne peut donc être que ponctuelle, chaque cas étant différent. Le redoublement doit faire l’objet d’une discussion approfondie entre enseignants, parents et adolescents. La façon dont la décision onlinegamblinglobby.com/casino-online-uk est préparée, les conditions dont elle est assortie, le sens qu’elle prend de ce fait pour l’adolescent tout comme les espérances que peuvent faire naître la promesse de meilleurs résultats contribuent à le projeter dans un avenir qui ne soit pas synonyme d’échec mais de réussite future.

La dépression de l'un de ses parents peut-elle avoir une influence sur son développement

La dépression de l’un de ses parents peut-elle avoir une influence sur son développement?

On n’est pas coupable d’être déprimé. Cependant, on a le devoir de se soigner et de faire en sorte
que la dépression dure le moins longtemps possible. En effet, cette maladie a toujours des répercussions pénibles sur l’entourage, en particulier sur les enfants et les adolescents. Tout ce qui affaiblit leurs parents est angoissant pour eux. Ils peuvent y voir, inconsciemment, un effet de leurs appétits à grandir et à s’emparer de ce qui fait la force des adultes, comme si le développement de l’un provoquait l’affaiblissement de l’autre… Et ce sera d’autant plus vrai que l’adolescent sera plus dépendant affectivement du parent déprimé. Il n’est d’ailleurs pas rare que ce fantasme entre en résonance avec la réalité. En effet, la dépression d’un parent est fréquemment en lien avec une crise du couple, favorisée par la perspective du départ de l’adolescent. Par ailleurs, la dépression d’un parent renvoie l’enfant à son incapacité à assurer, par sa seule présence, le bonheur de celui-ci. C’est une blessure narcissique qui contribue à relativiser le rôle et l’importance de chacun pour son entourage. Enfin, elle interroge toujours l’adolescent sur le sens de la vie, son intérêt et ce qui motive chacun. Même s’il se refuse à le dire, et parfois même à le
penser, un adolescent perçoit toujours la dépression d’un parent. Pour en limiter les effets, forcément nocifs, le mieux semble être de pouvoir la nommer, en expliquer le sens, les implications et le traitement possible, même si ces explications ne sont pas totales. Au-delà du dialogue, le meilleur moyen de limiter les effets d’une dépression est d’en guérir, histoire de prouver que l’on peut s’en sortir si l’on fait ce qu’il faut. Autrement dit : le premier devoir d’un parent est de
reconnaître sa dépression et de se soigner…

Elle veut se faire tatouer ; il veut un piercing. Faut-il accepter

Elle veut se faire tatouer ; il veut un piercing. Faut-il accepter?

Tatouages et piercings ne sont que Tune des nombreuses modalités dont dispose l’adolescent pour
apposer sa propre trace sur son corps, manifester sa différence et se démarquer des adultes. Pour mieux en comprendre le sens, il faut dire quelques mots de la place du corps à l’adolescence. Nous avons vu que ce sont les changements corporels de la puberté qui marquent l’entrée dans l’adolescence. Ces transformations ne sont ni plus décidées, ni plus choisies par l’adolescent qu’il ne choisit son sexe ou son apparence physique. Face à cette métamorphose physique, l’adolescent a l’impression que son corps le trahit au lieu de le protéger et qu’il révèle des émotions qu’il aurait préféré tenir cachées, quand il rougit malgré lui, par exemple. Chez les plus vulnérables d’entre eux, le corps est vécu comme un corps étranger qu’il va falloir se réapproprier.
Si l’on ne choisit pas son corps, on peut par contre choisir la façon dont on Thabille et dont on le présente. Les modes vestimentaires, la tenue, la coiffure et les marques corporelles vont devenir pour l’adolescent les moyens privilégiés d’y imprimer sa marque personnelle. Dans ce rapport au corps, on retrouve les règles qui régissent le comportement adolescent dans son entier : plus l’adolescent est insatisfait de lui-même en général et de son corps en particulier, plus le besoin d’être vu et remarqué sera fort, plus le moyen choisi passe par une violence exercée à l’égard du corps. Les manifestations les plus extrêmes de cette transformation volontaire semblent en effet ne pas rechercher l’embellissement, être plus du côté du rejet du corps que de la tendresse et substituer la provocation à la recherche du regard admiratif des autres.

Sans être les plus violentes de ces manifestations, tatouages et piercings représentent une véritable inscription dans le corps, telle qu’en intégraient beaucoup de rites initiatiques. On y retrouve le besoin de marquer son territoire, d’affirmer son autonomie, affirmation qui ne peut se faire qu’au prix d’une certaine douleur (même toute relative) qui prouvera la capacité du sujet à supporter souffrances et difficultés. L’adolescent a également besoin, par ce « marquage », de s’assurer de ses limites et de conjurer les attentes qu’il a envers les autres (être vu, regardé, touché, pris dans les bras, etc.). Ce contact, trop désiré pour être acceptable, il va se le procurer à lui-même au travers des figures du tatouage et plus encore par le piercing, qui lui rappelle en permanence qu’il dispose d’un contact possible et entièrement contrôlable avec son propre corps. Cela est évidemment plus flagrant en ce qui concerne certaines formes de piercings comme ceux qui se situent sur le bout de la langue.
Quant aux anneaux, ils peuvent évoquer un désir d’être accroché, tenu, voire même attaché. Mais à qui ? Faute de réponse, l’adolescent met en scène ce désir, mais pour lui seul, dans l’évitement d’une possible rencontre avec autrui, ou encore en miroir de quelqu’un portant comme lui des signes identiques de reconnaissance. Dans le même temps, il affirme sa différence avec le monde parental, celui des adultes établis. Besoin et fuite d’un contact trop attendu, et attendu de façon trop ambivalente pour être tolérable, piercings et tatouages sont le signe que l’adolescent demande à
trouver un lien qui soit pour lui plus acceptable avec ceux dont il est le plus proche. Il faut donc y répondre. Ne pas y prêter attention, ou trop les banaliser, c’est ignorer le besoin sous-jacent qui a motivé le geste de l’adolescent et encourager une possible escalade. Cette réponse peut s’inspirer des règles communément appliquées aux réactions qu’induisent ce type d’attitudes adolescentes : se laisser interpeller ; essayer de déplacer le besoin de l’adolescent de s’exprimer en actes par le corps sur un échange verbal plus général portant sur lui, sur l’image qu’il a de lui-même et qu’il pense que les autres ont de lui ; mais aussi poser des limites, voire des exigences qui tiennent compte du style de la famille, de l’âge de l’adolescent et de la nature de ce qu’il demande ; enfin,
comprendre également que cela peut relever simplement d’un effet de mode qui en édulcore la signification.

Pour la très grande majorité des adolescents, tatouages et piercings ne sont qu’un moyen temporaire d’affirmer leur différence et une étape passagère dans leur évolution. A ce titre, ils les aident d’une certaine façon à se trouver eux-mêmes. Ce sera d’autant plus le cas que cela ne représentera pas une provocation trop importante par rapport aux normes de leur milieu, que les formes de tatouages ou de piercings qu’ils auront adoptées resteront modérées et que ces gestes s’inscriront
dans un phénomène de mode et de groupe.
Il n’y a donc pas, la plupart du temps, de quoi dramatiser quand il ou elle réclame un piercing ou un
tatouage ; mais il n’y a pas non plus de raison pour une famille qui n’est pas coutumière de ce type d’expressions de faire semblant de ne pas voir ce qui est fait pour être vu et pour étonner sinon choquer.

Quand l'adolescent devient-il adulte

Quand l’adolescent devient-il adulte?

S’il est aisé de repérer le début de l’adolescence, marqué par les changements physiques de la puberté, sa fin est bien plus délicate à déterminer. Nous n’avons plus les repères des rites d’initiation qui accompagnaient l’entrée dans le monde des adultes. Quand cesset-on d’être adolescent? La difficulté de la réponse conduit à utiliser de plus en plus les termes flous de «jeunes» ou de « postadolescence ».

Cette imprécision actuelle interroge ce qui paraissait antérieurement acquis et constituait la spécificité de la vie adulte. Cette spécificité reposait, au plan sociologique, sur les deux piliers de la vie sociale que constituaient le choix professionnel et le mariage. L’insertion dans la vie sociale par le métier et le mariage inscrivait l’individu dans le monde adulte. Etre adulte se définissait donc essentiellement par cette inscription dans l’échiquier social de façon repérable et stable. C’était poser des choix qui engageaient l’avenir et signifiaient une certaine rupture avec le passé et, avant tout, avec le monde de l’enfance. C’était, bien sûr, s’adapter à la réalité sociale, mais essentiellement pour s’y conformer, ou même s’y soumettre. C’était, au fond, devenir raisonnable et renoncer à rêver sa vie. N’oublions pas que pour beaucoup déjeunes gens, jusqu’à une période récente, l’adolescence se réduisait à bien peu de chose. Ils entraient très tôt dans le monde du travail, à 14, 15 ou 16 ans. Les garçons reprenaient le métier de leur père, sans avoir la possibilité de s’ouvrir sur un monde différent de celui de leur milieu d’origine, quand une guerre ne venait pas les écraser moralement et, bien souvent, physiquement. Quant aux filles, la maternité leur donnait de fait un statut d’adulte, et cela quelle que puisse être leur maturité réelle.

Cela signifiait-il pour autant que le travail d’intégration des changements de la puberté s’était opéré et que le deuil des aspirations et des illusions de l’adolescence et de l’enfance fut effectif? Sûrement pas. Il y avait plus écrasement qu’intégration de l’imaginaire et des désirs anciens. Une part importante des difficultés et des souffrances psychiques des adultes est marquée par les résur-
gences de ce qui a été ainsi brimé. La « crise du milieu de la vie», avec son cortège de dépressions, mais aussi de ruptures et de nouveaux choix amoureux et professionnels, en est l’illustration classique. Mais il ne faut pas méconnaître ce que cette contrainte à l’adaptation pouvait aussi avoir de sécurisant et de porteur, évitant d’avoir à faire des choix qui apparaissent plus comme une promesse de difficultés que de liberté.
Mais les deux piliers traditionnels de la vie adulte sont notablement et durablement déstabilisés. Cela veut-il dire pour autant que les adultes d’aujourd’hui sont moins adultes que ceux d’autrefois ? Il serait bien hasardeux de l’affirmer, et plus encore de généraliser une telle assertion. Force est de reconnaître que les références ont changé et que les critères antérieurs relevaient davantage de l’adaptation, reflets d’une norme sociale, que d’une maturation psychologique de la personnalité.

La relativisation des valeurs et des nonnes sociales libère l’individu de la contrainte de se conformer aux «prêts à penser» idéologiques véhiculés par la société. Mais cette liberté a pour effet de renvoyer davantage chacun à soi-même et de le confronter à ses ressources propres. L’impact sur les adolescents de cette libéralisation des mœurs et de cet assouplissement des contraintes sociales a souvent été souligné. Ils accroissent les possibilités individuelles de choix et d’expression mais sollicitent spécifiquement les possibilités personnelles de chacun, et par là même révèlent davantage les vulnérabilités individuelles que ne le faisait un cadre moral et social plus contraignant. On peut y voir la raison principale de l’accroissement des troubles de la personnalité. L’affaiblissement des limites extérieures fait ressortir le flou des repères internes. Le statut d’adulte y perd en partie sa cohérence classique, ses limites paraissent imprécises. L’adulte nouveau, celui du XXIe siècle, n’est-il pas à chercher du côté des individus capables de s’adapter à un monde changeant, protéiforme ? Mais dans ce tiraillement quasi permanent entre la prise en compte de ses besoins et désirs propres et l’adaptation aux exigences de la réalité, l’unité du sujet risque à tout moment de s’y perdre. Alors, qu’est-ce qu’être adulte? Plus qu’un état, ne vaut-il pas mieux penser que c’est un mode de fonctionnement psychique ? Comme tout fonctionnement, il exige certaines conditions pour se maintenir et peut être sujet à variations selon le contexte interne et externe. Autrement dit, chacun fonctionne de façon plus ou moins adulte selon les circonstances, les moments de la vie. Ce mode de fonctionnement ne se réfère pas tant à un idéal absolu, utopique, et à ce titre
peu adulte, qu’aux potentialités d’un sujet donné dans un environnement donné. Deux critères s’imposent pour qualifier ce «fonctionnement adulte » : une capacité d’autonomie et une activité réflexive, c’est-à-dire une double possibilité de distanciation vis-à-vis des autres et de soi-même. Ces capacités supposent elles-mêmes de savoir différer les réponses et attendre que soit venu le moment propice à la réflexion.

Ces capacités reposent sur un travail d’intégration de ce qui vient de l’enfance, qui n’est ni répression ni nécessairement satisfaction directe, mais bien transformation. Le fonctionnement adulte résiderait ainsi dans cette capacité du sujet à demeurer en contact avec ce qui demeure en chacun d’infantile (qui n’est pas nécessairement enfantin, mais est souvent ressenti ainsi par le sujet qui en a honte et le réprime), tout en s’adaptant à la réalité et avant tout à la présence d’autrui.
Le culte de la répression et de la maîtrise qui auparavant servait volontiers de référence à ce que devrait être un état adulte a fait place à une conception plus dynamique que statique. Un adulte n’est pas nécessairement un sujet rigidifié, crispé sur ses positions, mais une personne capable de se laisser surprendre par les émergences de l’infantile, d’accueillir les élans internes comme les nouveautés venues de l’extérieur sans immédiatement se sentir submergée et menacée de débordement. Être adulte ne signifie pas choisir le besoin de contrôle et de répression des é notions au détriment du plaisir de la satisfaction. Le ris< jue serait grand sinon de voir l'adulte se dessécher et < e couper de ses racines vivantes, nécessairement toujo urs liées à l'enfance. L'adolescence peut être vue comme un processus asymptotique n'ayant pas de fi n. Le problème n'est pas tant de savoir si on a vraiment fait le deuil de son enfance. Il s'agit plutôt de savoir si la peur d'être débordé n'a pas conduit le su et à élaborer des stratégies défensives trop rigides qui le coupent trop vite et trop violemment de ses liens à l'infantile, empêchant tout travail d'investigation ulté rieur. Quand c'est le cas, on a l'impression que ces personnes ont rompu de manière brutale avec une partie de la problématique adolescente. Cela peut s'en ressentir un jour, ou cela peut ne jamais réémerger de coûte une vie. Mais on voit souvent les effets d'une telle rupture au niveau de la deuxième génération. De tels cloisonnements ne sont pas en effet sans conséquences sur les liens que ces adultes établissent avec leurs propres enfants. C'est par exemple le cas de ces parents apparemment solides, qui auraient envie d'un lien chale|ureux avec leur enfant, mais qui ne peuvent qu'introduire distance et raideur. Confrontés à leurs émotions, immédiatement perçues comme infantiles, ils sont pris de panique et se sentent obligés de prendre de la distance. Une adolescence réussie est sans doute une adolescence qui n'a pas coupé les pojits avec ce qui demeure en chacun de besoins li accueillir sans être subm és à l'enfance, et qui peut les ergée par eux.

Faut-il accepter les amours à la maison

Faut-il accepter les amours à la maison?

Savoir s’il faut accepter que son fils ou sa fille dorme sous le toit familial avec sa ou son petit(e) ami(e) est typiquement une question nouvelle, liée à révolution des mœurs. Car cela ne fait qu’une ou deux décennies que certains adolescents mènent une vie de couple, régulière ou intermittente, chez leurs parents. Auparavant, cela ne pouvait avoir heu que de manière clandestine.

Que répondre quand son enfant en fait la demande ?
A partir de quel âge peut-on l’accepter? Dans quelles conditions et avec qui ? Autant de questions auxquelles il serait bien hasardeux de vouloir donner une réponse unique. En effet, elle ne peut être donnée qu’au cas par cas, selon la situation familiale de chaque adolescent et les valeurs qui servent de référence à ses parents. Même si une évaluation « objective » et statistique des effets de
cette pratique sur le développement des adolescents ne saurait exister, on peut apporter aux parents, souvent dépassés par les événements et perplexes quant à l’attitude à adopter, quelques repères susceptibles de les aider :
— Vouloir avoir des relations sexuelles au domicile familial est une façon pour l’adolescent de les faire cautionner par ses parents.
— C’est également souvent un moyen inconscient de chercher à exciter leur curiosité, leur jalousie et, inversement, une manière d’exprimer l’intensité de sa propre curiosité à l’égard de leur vie de couple. Qu’ils le veuillent ou non, qu’ib en soient ou non conscients, les parents sont placés en situation de témoins et de ce fait engagés dans leur responsabilité, ce qui représente pour l’adolescent la caution morale dont nous avons parlé plus haut.
— La proximité parentale, justifiée par des raisons de commodité, de contraintes matérielles et financières, peut également être une façon d’imiter les parents. Il n’est cependant pas souhaitable d’aborder la question sous cet angle avec son enfant.
— Ses parents peuvent aider l’adolescent à se montrer prudent et à ne pas adopter trop aisément, comme s’ils étaient naturels et sans incidences, des comportements qui ne le sont pas. Accepter trop rapidement les choix amoureux de son enfant peut amener celui-ci à répondre en multipliant les ruptures, pour provoquer ses parents, ou, au contraire, à s’engager prématurément… Ou encore, accepter immédiatement le nouveau venu peut empêcher l’adolescent de revenir sur son choix. Cela peut aussi susciter sa jalousie, s’il a le sentiment que ses parents l’apprécient plus que lui-même, trouvent en lui le fils ou la fille qu’ils n’ont pas eus.
— Il apparaît donc plus sage de garder ses distances avec ces pratiques, d’éviter qu’elles ne soient trop précoces ou qu’elles ne deviennent normales et routinières. Poser quelques limites acceptables devrait suffire : par exemple, demander à l’adolescent d’attendre un certain âge, d’avoir déjà fait la preuve d’une certaine autonomie et d’une certaine maturité, de faire en sorte que cela n’ait de retentissement ni sur son travail personnel ni sur l’espace privé de chacun, que ce soit le sien, quand il veut se retrouver seul, ou celui de ses parents.

Évidemment, la façon dont les parents de l’autre adolescent vont réagir risque de compliquer la situation en introduisant des comparaisons et donc des rivalités parfois difficiles à gérer. Il pourra dans ce cas être judicieux de maintenir ses propres positions sans pour autant dramatiser, disqualifier ou diaboliser celles des autres parents s’ils adoptent une attitude différente…

C'est un égoïste. Il ne pense qu'à lui...Cela va-t-il passer avec le temps

C’est un égoïste. Il ne pense qu’à lui…Cela va-t-il passer avec le temps ?

L’égoïste est défini, de façon humoristique, comme «celui qui ne pense pas à moi»… Sous la boutade
se cache une certaine vérité. La personne qui reproche à l’adolescent son égoïsme l’exprime souvent d’une façon qui lui laisse à penser qu’il ne tient pas suffisamment compte d’elle. Le reproche risque alors d’installer une relation sadomasochiste de harcèlement réciproque entre l’adolescent et l’un de ses parents, si ce n’est les deux. La fréquence de cette situation fait apparaître l’égoïsme comme une forme de défense par laquelle l’adolescent tente d’échapper à ce qu’il ressent, à tort ou à raison, et souvent un peu les deux, comme une emprise parentale. Il crée une barrière protectrice, un rempart qui le protègent d’une soumission passive aux désirs de l’entourage.

Le traiter d’égoïste, c’est porter un jugement de valeur sur sa personne, en risquant de le dévaloriser et de renforcer son sentiment de persécution. Le plus souvent, la blessure narcissique que cela entraîne affaiblit le sujet et le pousse à se conforter dans son comportement. Mieux vaut tenter de déplacer le lieu du conflit en tâchant de poser des limites aux attitudes qui posent problème, plutôt que déjuger l’individu dans sa globalité. Par exemple, on peut décider en famille que les enfants participeront désormais à telle ou telle tâche, en essayant d’éviter une confrontation qui conduit en général à l’escalade entre l’adolescent et le parent le plus impliqué. Quand le blocage est trop important, faire appel à un tiers est toujours un moyen de dédramatiser
la situation. C’est l’intérêt des thérapies familiales.

L'adolescence est-elle toujours un cap difficile à passer

L’adolescence est-elle toujours un cap difficile à passer?

L’adolescence n’est jamais aussi simple qu’aiment le croire les adultes. Elle n’est pas faite que d’insouciance et d’irresponsabilité. Même si notre culture ne confronte plus les adolescents à des épreuves initiatiques pouvant mettre en danger jusqu’à leur vie même, l’adolescence demeure toujours,
sinon une épreuve, du moins un travail psychologique d’adaptation à une situation nouvelle. Adaptation d’autant plus nécessaire qu’elle concerne non seulement les relations avec l’environnement, mais aussi les changements physiques et psychologiques qui affectent l’adolescent lui-même. Il est difficile d’être à l’aise face aux adultes ou aux gens de son âge quand on est soi-même déstabilisé par un corps qui mue et une identité qui vacille, quand on est tiraillé entre la nostalgie de l’enfance et l’envie d’être ce que l’on n’est pas encore, à savoir un adulte. C’est pourquoi l’adolescence est bel et bien une crise.

Mais cette crise est beaucoup moins prise en charge par la société qu’elle ne l’était dans le passé. Le propre d’une société libérale, non pas tant sur le plan économique que sur le plan idéologique, est de laisser davantage l’individu face à lui-même en ce qui concerne l’organisation de sa vie et les valeurs auxquelles il choisit de se référer.
Simultanément, on assiste, avec la concentration de la population dans les villes, à un relâchement des liens avec la famille élargie. Tandis que la famille nucléaire (la famille restreinte) est soumise à de fortes tensions qui vont, dans près d’un cas sur deux, jusqu’à son éclatement et son éventuelle recomposition. Conjointement se multiplient les aménagements atypiques de la vie familiale et des modes de « parentalité » et de procréation. Cette implosion des modes traditionnels de la vie familiale s’accompagne, de façon en apparence quelque peu paradoxale, d’un mouvement de repli sur la famille. Mais il s’agit d’une famille reposant essentiellement sur des liens affectifs fortement individualisés qui n’est plus guère organisée par des «prêts à penser» culturels et idéologiques. Moins de famille donc, mais plus de liens familiaux. Avec des avantages : plus de richesse affective
personnalisée; et des inconvénients : plus de dépendance et l’ambivalence des sentiments que génère toute dépendance.

Du fait de ces mutations, aujourd’hui, il n’y a plus guère de consensus social sur les modalités d’éducation des enfants, la discipline, le fonctionnement de la vie familiale, les règles de vie. Il ne s’agit pas de plaider pour un retour en arrière, mais tout changement comporte ses risques. Cette absence de consensus contribue à renforcer la relation de désir, et donc de proximité, qui unit l’enfant et ses parents. Ceux-ci n’ont plus la possibilité de dire : «C’est comme ça parce que c’est
comme ça. C’est comme ça parce que ça a toujours été comme ça. Mes parents faisaient comme ça, les voisins faisaient comme ça…» Ce genre de justification approximative avait pourtant une utilité : celle de venir s’interposer entre le désir de l’enfant et celui des parents comme une limite «objective» ne dépendant du désir personnel ni des uns ni des autres. De nos jours, l’enfant va rapidement contester la position de ses parents et faire référence aux comportements différents des
parents de ses amis : «Justifie-toi. Le père de mon ami ne fait pas comme ça, pourquoi mets-tu des limites ici plutôt que là ? » L’arrière-fond de cette contestation est la croyance implicite que ce choix familial relève de

l’arbitraire et du désir du plus fort. L’enfant est donc impliqué très précocement dans les liens de désir qui existent entre ses parents et lui, avec la richesse que cela représente, mais au ssi avec l’inconvénient que les choix personnels des en fants et des parents sont sollicités directement – peut-être trop. Cela renforce la dépendance affective réciproque et l’enchevêtrement des liens. Ils ne sont plus protégés par l’effet médiateur, peut-être limité, m tais efficace, de la nécessité consensuelle qui venait s’intterposer entre eux.

Il ne faut pas voir dans cette dépendance un état pathologique en lui-même. On peut totit au plus y
reconnaître une sorte de vulnerabilité. Un certain nombre de créateurs et de self-madle men, cependant, ont ce même type de vulnérabilité. ILs tentent de reprendre leur destin en main, de se protéger de leurs besoins affectifs et de la dépendance qu’ils génètent en «s’autocréant» à travers leurs créations. Comme s’ils devenaient leurs propres géniteurs et : se passaient ainsi de leurs parents. C’est à l’adolescenc e que s’opère souvent ce basculement, qui peut donner lieu soit à un remarquable succès, soit à une conduite d’échec. Car à défaut d’être grands dans la réussite, certains adolescents peuvent choisir de le devenir dans l’échec:. Cela dépend pour beaucoup des rencontres, de leur qualité et de la façon dont l’adolescent les accueille. L »échec risque de le conduire à s’enfermer dans le refus, attitude devenue l’ultime défense d’une identité menacée d’effondrement. C’est là un des dangers majeurs qui guettent les laissés-pour-compte de notre société. Leur seul moyen d’exister réside dans cette carapace nihiliste, dans cette capacité de dire non, non plus seulement à leurs parents mais à l’ensemble des adultes. Cette attitude recouvre
des réalités psychiques très différentes, mais qui se dissolvent dans la permanence du refus de l’échange. L’insatisfaction chronique est alors le contrepoint de l’intensité de leur désir déçu.

Je fais des confidences à mon enfant. Cela peut-il le perturber

Je fais des confidences à mon enfant. Cela peut-il le perturber ?

La situation d’adolescent confident n’a heureusement pas toujours des effets néfastes, mais on peut dire qu’elle n’est jamais bénéfique. Les parents sont trop importants pour l’enfant et celui-ci naturellement trop dépendant d’eux pour qu’il ne soit extrêmement sensible a ce qu’ils n’empiètent pas trop sur son espace privé et qu’ils lui laissent des bases personnelles suffisantes pour une autonomie toujours difficile à conquérir. Traiter trop rapidement un adolescent comme un adulte, c’est lui imposer un rythme de développement trop rapide, qui ne s’adapte pas à la réalité de ses besoins propres. C’est lui voler son enfance et l’obliger à exclure ses désirs d’enfant du reste de son développement. La résurgence de ces désirs à l’adolescence risque de le désorienter en lui faisant ressentir comme enfantin, donc déplacé et inconvenant, ce qui n’est qu’infantile, c’est-à-dire à ce qui demeure de l’enfant en lui. Il risque aussi de se fermer sur lui-même, secret et isolé derrière les remparts qu’il s’est construits pour se mettre à l’abri des adultes, avec une vie affective en circuit
fermé, coupé des échanges avec les autres.

Le besoin de vérité concerne souvent ce qui fait l’essentiel de la vie des adultes, de leurs passions et de leurs échanges, c’est-à-dire leur vie amoureuse et les conflits familiaux. Vouloir dire toute la vérité, c’est faire de l’enfant le témoin de ce qu’il n’est pas à même d’accueillir avec les moyens de juger et le recul suffisants ; c’est aussi lui demander implicitement, ou souvent
explicitement, de prendre parti, notamment entre ses parents ou entre d’autres membres de la famille. C’est le déchirer dans ses attachements et ses fidélités et l’aliéner à des conflits qui ne devraient pas l’impliquer. C’est, de la part des parents, l’utiliser dans des règlements de comptes entre adultes.
C’est également l’amener à désidéaliser brutalement ses parents. Ceux-ci ne sont plus perçus comme la figure d’autorité qui lui donne confiance, protection et valorisation, et dont l’union, avec certes ses conflits, ses différences et ses oscillations, le rassure quant à ses propres possibilités de contenir ses tensions et ses conflits. Par exemple, le faire participer aux difficultés du couple
revient souvent à le confronter brutalement à un tableau caricatural avec, d’un côté, le bon parent, loyal, fidèle, représentant du devoir, et, de l’autre côté, le mauvais parent, volage, adepte du plaisir et du laisser-aller. C’est en l’adolescent lui-même que ce conflit, auquel nul n’échappe, risque de se rejouer d’une façon violente et destructive, comme si aucun compromis n’était possible.
Mais la vérité ne concerne pas que les conflits familiaux et les secrets de famille. Elle est aussi sollicitée par la question de la maladie et de la mort. Ce peut être celles des parents ou de membres de la famille, mais cela peut toucher l’adolescent lui-même. Le contexte est totalement différent des situations précédentes. Partager la vérité rapproche plus que cela ne divise. Il apparaît inutile de chercher à protéger particulièrement l’adolescent en lui cachant la réalité. Cela l’infantilise et montre que l’on doute de ses capacités à faire face et à gérer sa souffrance et ses inquiétudes. Le faire participer, avec tact et nuances, mais en l’associant à la démarche des adultes, est une forme d’initiation à la vie adulte. Cela lui donne un rôle actif et valorisant, tout en facilitant un échange plus vrai avec les adultes, ce qui lui permet de bénéficier efficacement de leur soutien.