Mon enfant a de mauvais résultats scolaires. Est-il paresseux

Mon enfant a de mauvais résultats scolaires. Est-il paresseux?

Le qualificatif de «paresseux» est plus souvent appliqué aux garçons qu’aux filles. Est-ce le bon qualificatif? On peut penser que non, car il relève davantage d’un jugement moral que d’une vérité psychologique. Une personne jugée paresseuse ne l’est plus quand elle est motivée. Elle peut même se révéler passionnée et ardente au travail.
Plutôt que de traiter un enfant ou un adolescent de « paresseux », il vaut mieux se demander d’où vient son manque de motivation. Lui coller une étiquette péjorative peut favoriser son identification à l’image qu’on lui renvoie de lui-même, surtout à cet âge.

Pourquoi un adolescent semble-t-il manquer totalement de motivation pour travailler ? Même si sa désinvolture apparente pourrait le laisser croire, ce n’est jamais un signe de bien-être et d’épanouissement, mais un signe de manque de confiance en soi dont les raisons sont complexes et variables. Elles peuvent aussi bien être liées à la peur de l’adolescent de décevoir, à un manque de confiance dans ses capacités à répondre à ce qu’on lui demande, qu’à sa peur de s’affirmer et de montrer son envie d’occuper la première place, voire d’écraser les autres de sa supériorité.
Car, en réalité, sentiments d’infériorité et de supériorité ne sont que les deux faces de l’envie d’occuper une place unique, d’être au centre de l’attention. Mais si la réussite est aléatoire, dépend de l’opinion des autres et n’est jamais acquise, l’échec, surtout quand on en est soi-même responsable, est toujours sûr et entièrement maîtrisé. C’est-à-dire que l’adolescent peut penser
inconsciemment : «Si je travaille et que je n’ai pas les résultats escomptés, on va penser, et moi le premier, que je ne suis pas aussi capable que je l’espérais. Si je ne travaille pas, il n’y a rien d’étonnant à ce que je ne réussisse pas, et on peut toujours penser que si je travaillais, je réussirais… »
La paresse apparente protège de la déception d’un échec possible, surtout quand l’idéal de réussite est très élevé – peut-être trop -, qu’il paraît donc hors de portée et fait, par contraste, se sentir inférieur. Un sentiment d’infériorité est toujours relatif; il se nourrit d’exigences excessives et de désirs de grandeur. Les idéaux familiaux tiennent une place importante dans la façon dont l’adolescent conçoit sa réussite ; il se positionnera différemment selon celle des autres membres de la famille, d’une façon d’ailleurs souvent imprévisible, car très différente selon les circonstances.
Tel adolescent se sentira soutenu et même tiré vers le haut par la réussite de ses parents et/ou de ses frères et sœurs tandis que tel autre refusera la concurrence et choisira, souvent inconsciemment, de prendre le parti du dilettantisme.

Selon son sexe, la rivalité jouera différemment entre un enfant et ses parents. Un père brillant et une mère en retrait, par exemple, peuvent tout autant servir de modèle que de contre-modèle aux enfants du même sexe. La fille peut vouloir ressembler à son père ou se l’interdire par peur de dépasser sa mère. De même pour un garçon; tous les positionnements sont possibles et peuvent se succéder en fonction des événements et de l’évolution personnelle de chacun. Une des situations types de l’adolescent en échec scolaire est celle du garçon ayant vécu jusqu’alors porté par l’admiration et l’attention soutenue de sa mère. Avec la puberté, l’adolescent se sent obligé de prendre de la distance, gêné par cette proximité affective et physique et désireux de s’affirmer par lui-même. Mais cette distance, la relative solitude qu’elle implique, le fait que personne ne puisse vraiment remplacer cette mère et son regard admiratif, contribuent à déprimer le jeune homme. Seul, il a du mal à travailler et à se concentrer. Il s’évade dans des rêveries, va rechercher des appuis divers : télévision, musique, lectures, amis, ou autres passe-temps moins anodins. La chute de ses résultats scolaires n’arrange rien : il se déçoit et pense décevoir ses parents. Il va chercher la compréhension qu’il pense ne pas trouver chez lui auprès d’amis qui lui ressemblent, ayant le sentiment d’être accepté par eux pour lui-même, quoi qu’il arrive, comme autrefois avec sa mère. Il peut arriver que cette recherche d’un réconfort mutuel dérive progressivement, les adolescents s’entraînant les uns les autres à consommer haschich ou alcool. L’échec de l’adolescent se confirme : ses résultats scolaires lui barrant la route de ses ambitions, autant être grand dans l’échec, à défaut de l’être dans la réussite.

Sa mère ou son père veulent l’aider, le faire travailler, ce qui ne fait qu’empirer la situation, transformer la vie familiale en une série d’incessants conflits. Tout plaisir partagé avec ses parents l’exaspère, comme si ceux-ci n’étaient capables de l’aimer qu’en vertu des satisfactions qu’il peut leur procurer. Avoir une bonne note équivaut pour lui à se soumettre à ses parents, à redevenir l’enfant choyé et adulé d’autrefois qu’il rejette d’autant plus violemment qu’il sait qu’il en garde une nostalgie inguérissable. Il ne se sent lui-même, menant une existence propre, différente de celle de ses parents, que dans ce qui les navre. Plus ceux-ci essaient de cacher leur déception, de se montrer compréhensifs, plus il a envie et besoin de les décevoir et de les provoquer.

Alors que l’on constate souvent que, si les parents acceptent de mettre une distance entre eux et l’adolescent avant que la situation d’échec ne soit définitive, elle est susceptible de s’inverser. Un séjour en pensionnat, par exemple, peut permettre à l’adolescent, encouragé par le rythme de la vie en groupe, de retrouver goût au travail, lui évitant certaines des tentations auxquelles il était difficile de résister. De plus, il ressentira sa réussite, obtenue hors du regard parental, comme lui
appartenant réellement. Rassuré, il pourra alors nouer avec ses parents des liens plus positifs, et d’autant mieux apprécier leur présence qu’il les verra moins souvent.

Le résultat d’un tel éloignement n’est bien entendu jamais acquis d’avance et dépend en grande partie de la qualité des rencontres que peut faire l’adolescent. Néanmoins, une mise à distance, quelle qu’elle soit, paraît susceptible d’avoir des effets positifs. Les plus difficiles à convaincre sont souvent les parents, qui la vivent comme une punition et un abandon. Ce faisant, ils confirment chez l’adolescent le sentiment qu’il est incapable de se prendre lui-même en charge. Aux parents de comprendre que leur plus grande réussite est de faire en sorte que l’adolescent puisse faire la preuve de ses capacités d’autonomie. Même s’il les a construites à partir de ce qu’il a reçu d’eux, ses réussites lui appartiennent en propre, et il doit s’en persuader. C’est alors seulement qu’il peut revenir vers eux suffisamment sûr de lui pour pouvoir s’en rapprocher sans crainte.

La fac lui fait peur. Que faire

La fac lui fait peur. Que faire ?

L’entrée en faculté, que permet l’obtention du baccalauréat, est l’un des derniers «rites» du passage de l’adolescence à l’âge adulte que comporte notre société. De par cette portée symbolique, signe d’une ouverture vers une plus grande autonomie, elle demeure plus importante que sa banalisation ne pourrait le faire penser, surtout si l’on en juge par le nombre de réactions anxieuses et dépressives que ce passage semble engendrer. Autonomie certes toute relative, car la plupart des étudiants demeurent très dépendants de leurs parents. Mais autonomie tout de même, parfois marquée par une séparation physique, un début d’autonomie financière, et surtout le commencement d’une réelle indépendance de la pensée. Car la faculté représente l’accession à des modes d’enseignement, des façons de penser, un esprit critique, des rencontres, qui opèrent une rupture notable avec le lycée. Les classes préparatoires sont beaucoup moins facteurs d’une telle rupture, ce qui d’ailleurs contribue, parfois inconsciemment, au choix qu’en font certains parents et adolescents.

Le principe même du fonctionnement de la faculté fait beaucoup plus appel à l’initiative de l’étudiant, le laissant seul, parfois trop, s’organiser dans la façon dont il gère son travail. Aussi les adolescents les plus vulnérables vont-ils se trouver confrontés aux contradictions propres à leur âge : la crainte d’être livrés à eux-mêmes sans contraintes autres que celles qu’ils se donnent et
sans repères ni exigences pédagogiques tels qu’ils étaient formulés au lycée se doublant de l’irritation, voire du désarroi, que provoque le fait de s’apercevoir des attentes qu’ils ont envers les adultes, attention et soutien qu’ils ont bien du mal à accepter, en particulier de leurs parents.

L’entrée en fac représente ainsi à elle seule la nécessaire rupture avec l’enfance, l’ouverture vers le monde et ses différences, la sortie du cocon familial, mais aussi la pénible confrontation avec les exigences de performance et la crainte de chacun de devoir faire face à ses insuffisances. Désirée et redoutée tout à la fois, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle puisse être source de déstabilisation.
Il est important d’en être conscient pour ne pas laisser l’adolescent s’enfoncer dans la déprime, se décourager et aggraver ses difficultés en créant lui-même les conditions de son échec. Un adolescent en difficulté peut aussi être tenté de chercher à reprendre le contrôle de la situation en abandonnant prématurément des études pour lesquelles il avait pourtant un potentiel au profit d’un travail qui a le mérite de le rassurer sur ses possibilités en lui offrant des résultats immédiats. Il s’agira alors de le rassurer concernant le potentiel en question sans s’opposer à sa décision, mais en lui suggérant que sa décision n’est peut-être pas motivée par de bonnes raisons.

Enfin, si l’entrée en fac peut s’accompagner de difficultés liées à la confrontation de l’adolescent aux réalités extra-familiales, la fin des études représente souvent le deuxième temps de cette confrontation. L’ex-adolescent doit alors assumer la portée de ses choix professionnels et ce qu’ils représentent de confrontation symbolique avec ses parents. Que le jeune adulte réussisse mieux ou moins bien, peu importe : dans les deux cas, il ne peut pas éviter la comparaison avec son père ou sa mère, sans parler de ses frères ou sœurs aînés.

Mon enfant entend des voix. Est-il schizophrène

Mon enfant entend des voix. Est-il schizophrène?

Deux grandes manifestations de troubles psychiatriques sévères, appelés «troubles psychotiques»,
traduisent une importante rupture avec la réalité : les hallucinations, c’est-à-dire le fait d’entendre des voix qui n’existent pas, et le délire. Ces deux troubles peuvent être indépendants ou s’associer. Les hallucinations sont le plus souvent auditives. Ce sont des voix que croit entendre l’adolescent et qu’il ressent soit comme provenant de l’extérieur, soit comme étant situées à l’intérieur de sa tête. Les voix extérieures sont le plus souvent hostiles et critiques à l’égard de l’adolescent, lui lancent des injures ou des commentaires désobligeants. Elles deviennent généralement contraignantes, l’adolescent ayant le sentiment qu’elles lui dictent ses actes et ses pensées, ou qu’elles les commentent.
Comme le délire, les hallucinations nécessitent une consultation psychiatrique immédiate et un traitement adéquat. Outre le fait qu’elles sont le signe d’une maladie, leurs conséquences peuvent être dangereuses : ses hallucinations peuvent pousser un adolescent à commettre des actes parfois très violents, voire meurtriers, envers lui-même ou envers les autres. Il n’est pas toujours facile pour l’entourage de détecter les hallucinations d’un adolescent, car celui-ci en pressent souvent le caractère anormal et n’ose pas en parler par peur d’être considéré comme fou, par manque de confiance dans un environnement qu’il peut ressentir comme hostile s’il associe à ses hallucinations un délire de persécution, ou même parce que les voix le lui interdisent. Un adolescent qui s’isole, a des comportements bizarres, voire des attitudes de repli sur soi peut le faire pour se mettre à l’écoute de ses voix intérieures, et il faut savoir s’en inquiéter. Tout comportement franchement anormal et inexpliqué, car il répond en fait à une logique de la maladie n’ayant plus rien à voir avec la logique du monde réel, doit également alerter. Tous les organes des sens peuvent être le jouet d’hal-
lucinations : aussi les hallucinations peuvent-elles être visuelles, tactiles, gustatives ou olfactives, mais plus rarement qu’auditives, surtout à cet âge. Comme dans le cas du délire, il est difficile pour des parents d’admettre que leur enfant puisse être habité par un autre monde alors même que en surface, le monde ordinaire semble demeurer. Il est important qu’ils sachent que cela est dû à la maladie, que l’adolescent n’y peut rien par lui-même, mais que tout peut redevenir normal ou du moins beaucoup plus tolérable avec un traitement adapté. Le traitement des hallucinations
par des médications psychotropes comme les neuroleptiques est particulièrement performant.

Elle a fugué. Comment faire pour renouer le dialogue avec elle

Elle a fugué. Comment faire pour renouer le dialogue avec elle?

La fugue est la meilleure illustration du besoin qu’ont les adolescents de recourir à l’espace pour prendre une distance nouvelle avec leurs parents. Distance qu’ils n’arrivent pas à créer par leurs propres moyens psychiques. Ce besoin traduit l’enchevêtrement des états affectifs des uns et des autres au sein du cercle familial, et la difficulté pour chacun de déterminer les limites d’un territoire qui lui soit propre.
Toutefois, la fugue reste une façon bien illusoire d’échapper aux tensions familiales. Celles-ci peuvent être dues aux conflits parentaux, à des comportements inadéquats ou violents, à des attitudes sexuelles ambiguës, voire même à des abus ; mais aussi à l’importance des attentes des adolescents à l’égard de l’un ou des deux parents. Attentes qu’ils vivent comme une violence qui leur est faite et comme une véritable intrusion.

Que l’adolescent réponde par la fugue à une pression ou à une carence de communication au sein de sa
famille est un comportement à ne pas prendre à la légère. C’est en effet un indicateur réel de risques liés au suicide : la fugue fait partie des antécédents d’environ 30% des 15-25 ans ayant à leur actif une ou plusieurs tentatives de suicide.

Mais, heureusement, la fugue est le plus souvent sans graves conséquences immédiates. La plupart du temps, les jeunes qui fuguent trouvent refuge chez des proches, et ce pour un temps très limité. En ce qui concerne la réaction des parents, il peut être salutaire pour l’adolescent que ces derniers laissent paraître leurs émotions : inquiétudes, chagrin mais aussi colère. Toutefois, il faut
savoir que la fugue appelle d’abord et avant tout une réponse à ce qu’elle exprime la plupart du temps : une difficulté psychique majeure impossible à contenir par les moyens normaux d’expression. Cette difficulté nécessite toujours une évaluation psychologique et un suivi qui doit impliquer aussi bien les parents que l’adolescent. Ce qui semble ainsi ne pas pouvoir être contenu par le cercle familial et devoir nécessairement en déborder appelle une réponse d’intervenants extérieurs spéciali-
sés. Ceux-ci vont impliquer la famille tout entière dans la suite à donner à la fugue dans la mesure où cet acte traduit une certaine difficulté de l’adolescent à élaborer et à traiter les conflits non seulement dans son espace psychique interne mais également au sein de sa famille.

Il m'a volé de l'argent dans mon porte-monnaie. Faut-il sévir

Il m’a volé de l’argent dans mon porte-monnaie. Faut-il sévir?

Ce type de comportement est plus fréquent chez les garçons que chez les filles. Il survient volontiers juste avant ou au début de l’adolescence, quand le garçon, qui n’a pas encore totalement quitté l’enfance, veut jouer au grand et pouvoir «se payer» ce dont il a envie. C’est en général dans le porte-monnaie maternel qu’il va puiser, peut-être parce qu’il est plus aisément accessible que le portefeuille du père, plus familier aussi. Ce choix est révélateur du fait que l’enfant se différencie mal de sa mère, qu’il se considère en quelque sorte comme une sorte de prolongation du corps mater-
nel. S’il lui manque quelque chose, il lui suffit d’aller se servir dans ce prolongement symbolique de la mère qu’est son porte-monnaie. Ce choix exprime donc combien le préadolescent reste encore dépendant de sa mère. On dirait que le pouvoir et la force qu’il cherche à acquérir demeurent pour lui des attributs maternels qu’il ne pourrait s’approprier sans les dérober. A cet âge, le père apparaît encore trop lointain, plus ou moins inaccessible, et s’en prendre à lui, plus transgressif et plus dangereux. Quand ce type de comportement survient plus tard chez l’adolescent, celui-ci se sert dans le portefeuille paternel, et dérobe des sommes nettement plus conséquentes que dans le porte-monnaie maternel.
Du fait de l’importance du lien de dépendance qui l’unit à ses parents, l’enfant a du mal à concevoir qu’il grandit, prend son autonomie et peut avoir des choses à lui, les demander et en discuter avec ses parents. Dans son esprit, ce qui est aux adultes, notamment l’argent, doit le rester et n’est pas pour lui. Pour le posséder, il ne peut que le voler, le prendre en cachette de ses parents. Il peut également avoir honte de désirer avoir de l’argent à lui et se sentir incapable d’en manifester le désir devant sa mère comme si c’était faire preuve d’une audace best online casino coupable et d’une impudeur qui appelaient un châtiment.

Un vol précoce, éventuellement répétitit, est un vol infantile, c’est-à-dire lié à la persistance d’un lien de dépendance infantile à la mère. Celle-ci peut l’encourager sans s’en rendre compte en maintenant une trop grande proximité physique avec son enfant, ce qui l’infantilise, ou en voulant trop le gâter, notamment en multipliant petits cadeaux et friandises qui donnent à l’enfant le sentiment que sa mère est comme une corne d’abondance, pleine de bonnes choses qu’elle peut
indéfiniment distribuer mais à son gré, comme elle le veut et quand elle le veut. Le père n’est guère consulté et se trouve très marginalisé dans ce type d’échanges. Un parent qui se rend compte que son enfant a volé de l’argent dans son porte-monnaie doit bien sûr ne pas accepter ce comportement et l’interdire, mais, simultanément, il doit aider l’adolescent à acquérir une réelle autonomie. Le rôle du père est alors primordial : c’est de lui que doit venir la double confirmation de l’inter-
dit et du droit de l’adolescent à désormais disposer d’attributs et de territoires qui soient à lui. Pour donner à l’adolescent le sentiment qu’il est assez grand pour commencer à gérer ses affaires et concrétiser ce changement, son père peut lui attribuer de l’argent de poche. Si ce type de comportement semble déjà s’être mué en habitude, il ne disparaîtra pas nécessairement dès la pre-
mière intervention. Il faut pouvoir rattraper les dérapages de l’adolescent, voire les sanctionner, tout en valorisant par ailleurs ce qui peut conforter sa confiance en lui. Il faudra surtout que ses parents s’interrogent sur la façon dont eux-mêmes se comportent dans la vie quotidienne et sur l’existence éventuelle d’une trop grande complicité entre l’adolescent et eux. Une thérapie familiale peut alors apparaître comme l’aide la plus appropriée.

Il n'y a plus que la musique qui l'intéresse. Cela peut-il nuire à ses études

Il n’y a plus que la musique qui l’intéresse. Cela peut-il nuire à ses études?

La musique est certainement l’art qui touche le plus grand nombre de personnes et qui peut avoir sur
elles l’impact le plus grand. La musique peut ne solliciter aucun effort particulier : il n’y a qu’à se laisser pénétrer par elle, et elle suscite immédiatement de puissantes résonances. Elle est une présence extérieure à soi, mais avec laquelle on peut fusionner, qu’elle soit un plaisir solitaire ou partagé par une foule, sans compromettre son identité personnelle, qu’elle peut même au contraire contribuer à exalter. Avec elle, les limites s’effacent : rêve et réalité se mélangent, comme le dedans et le dehors, soi et les autres. Il n’est pas surprenant qu’enfants et adolescents y soient si sensibles. C’est une chance, mais aussi un risque potentiel, notamment pour l’adolescent. Associée au
tabac, à l’alcool ou aux drogues, elle peut concourir à l’enfermer dans un univers irréel où sa présence lancinante et répétitive agit comme un bercement et remplace les relations humaines. La force de son rythme et les effets de groupe qu’elle favorise peuvent également le pousser à commettre des actions plus ou moins violentes.

Ce n’est pas la musique par elle-même qui crée l’enfermement, mais elle peut l’accompagner et le rendre plus tolérable chez les sujets vulnérables. Elle est alors une compensation idéale, toujours à portée de la main et de l’oreille, sans exigences, tellement intense et merveilleuse, échappant à toute limite, qu’elle peut amener l’adolescent à penser qu’il en est de même pour lui et qu’il participe de sa magie.

Mais l’adolescent ne fait pas qu’écouter. Il peut souhaiter devenir lui-même musicien. Le succès de certains jeunes groupes qu’il admire lui sert de modèle. Bien des adolescents oublient le travail intense et continu qui précède tout succès, et le nombre des échecs comparé à celui des réussites.
Le fait que l’adolescent soit «accro» à la musique et qu’il veuille en faire à tout prix n’est pas survenu sans raison. La violence de cette « addiction » est le plus souvent proportionnelle aux déceptions qu’il a subies dans d’autres domaines, le domaine scolaire notamment, et aux difficultés de communication qu’il rencontre dans sa famille. Une fois qu’elle est née, il est difficile de contrer cette passion, et probablement pas nécessaire. Mieux vaut l’accompagner, tâcher d’éviter que l’adolescent n’entre dans la logique du tout ou rien, afin de lui permettre de poursuivre ses études, lui expliquer qu’avoir le plus de choix possibles, c’est avoir plus de liberté. Mais les ado-
lescents ne sont pas toujours prêts à le comprendre ; il est vrai que sans passion et sans un travail intense, il ne faut pas espérer percer dans ce domaine. Il sera alors difficile de faire accepter à l’adolescent d’en rester à un hobby agréable, perfectible, mais qui ne se substitue pas aux exigences de la vie quotidienne et de la scolarité.

Il est confronté à des conflits familiaux. Que faire

Il est confronté à des conflits familiaux. Que faire?

Les conflits familiaux sont inévitables. Il n’est pas souhaitable que les parents entretiennent l’illusion d’un couple parental sans faille et d’un monde sans conflit. Cela ne préparerait guère l’adolescent à la réalité de la vie conjugale et familiale ni à celle de la vie en général. Tout repose sur la façon dont les parents gèrent ces conflits et sur la place qu’ils donnent à l’adolescent. Sont-ils capables de contenir les conflits ou empoisonnent-ils l’ensemble du climat familial ? Se déroulentils dans le respect de chacun ou dans le dénigrement réciproque ? Les enfants sont-ils incités à prendre parti ?
Est-il possible ou non d’en parler calmement après? Autant de réponses qui conditionnent les effets des
conflits sur l’adolescent.

Ce qui frappe le plus, dans les situations conflictuelles importantes, c’est à quel point l’un des parents, ou les deux, a des difficultés à se mettre à la place de l’adolescent et à essayer de comprendre ce qu’il peut ressentir. Trop impliqué dans le conflit, le parent est incapable de prendre le recul nécessaire, de faire l’effort de différencier ses sentiments de ceux de l’adolescent. L’intensité de ses émotions lui sert de justification, d’argument et de bonne conscience et il lui est difficile d’admettre qu’on puisse réagir différemment. C’est cette absence de recul qui est le plus toxique, car elle ne laisse aucune place à l’autre. La différence est immédiatement perçue comme critique et hostile.
Il existe plusieurs situations où l’adolescent risque d’être absorbé par la situation conflictuelle et dépossédé de son libre arbitre, de ses capacités de jugement et de critique :

— L’adolescent spectateur. Il se trouve dans une position passive, voyeuriste, où il assiste au grand déballage de reproches que se font les parents. Le plus traumatisant est leur absence de pudeur, ils «déballent» l’intimité de leur vie privée comme si toute barrière avait disparu, s’injurient, voire se frappent devant l’adolescent. C’est une violence à son encontre dans la mesure où les parents font comme s’il n’était pas là. Ses besoins affectifs de se sentir sécurisé et surtout d’éprouver un
minimum d’estime et d’admiration pour eux sont méconnus. En outre, bien souvent, la présence de l’adolescent excite le parent qui va essayer de rechercher une complicité et de faire de l’adolescent un témoin, voire un allié.
– L’adolescent complice. Il est directement sollicité par le ou les parents pour prendre parti pour l’un contre l’autre ou, plus subtilement, pour devenir le confident de l’un et être amené à compatir à ses souffrances puis à faire alliance avec lui contre l’autre. Cette complicité peut le conduire à devenir le porte-parole d’un des parents, soit en prenant directement son parti, soit en allant mal lui-même. Dans ce dernier cas, il embarrasse et met plus ou moins en échec le parent dominant du
couple, et fait alliance avec le plus souffrant.
– L’adolescent bouc émissaire. Il réunit ses parents, les réconcilie ou, simplement, les rapproche, le plus souvent parce que ses difficultés et sa souffrance sont un moyen de rassembler la famille autour de celui qui va mal. Parfois même, les parents, au-delà de leurs divergences, s’accordent pour considérer que le comportement de l’adolescent est responsable de la souffrance de la famille et des tensions entre eux…
La liste n’est évidemment pas close, mais, au-delà de la diversité des situations, on trouve une conséquence commune : l’adolescent est toujours la victime. Bien sûr, ses réactions diffèrent en fonction des situations, des rencontres qu’il peut faire, des appuis qu’il peut trouver, de la qualité des liens pendant son enfance et de son tempérament. Heureusement, certains puisent dans
ces difficultés une capacité de réagir, une expérience et une prise de conscience qui leur seront utiles. Mais tout cela laisse des traces qui pourront resurgir, notamment dans leur couple futur et dans leur relation avec leurs enfants. Surtout, un certain nombre d’entre eux vont en souffrir d’une façon qui entrave leur développement et les amène à adopter des conduites d’échec, à déprimer ou à se révolter.
En effet, dans toutes ces situations, l’adolescent est parasité par des difficultés qui ne sont pas les siennes mais que ses parents font siennes. Il ne saura plus démêler ce qui, dans ses problèmes, provient de lui ou de ses parents. Sans le savoir, il devient en quelque sorte captif de forces qui l’aliènent au passé, à des rancœurs, des vengeances ou des besoins de réparation, et qui pourront influer sur son propre avenir.

Mais tous les conflits ne sont pas explicites, beaucoup restent de Tordre du non-dit. Des couples coexistent jusqu’à la fin de leur vie tout en se haïssant secrètement et avec des attitudes et des principes éducatifs opposés ou très divergents. Il est illusoire de penser que l’enfant
n’en perçoit rien. Il peut éviter de se poser la question trop clairement, mais il sera porteur de ce conflit latent, ce qui ne facilitera pas son travail d’intégration de ses propres contra-
dictions et contribuera à dramatiser ses identifications, c’est-à-dire le choix de ses modèles de pensées, de valeurs et d’options de vie. Les différences entre le père et la mère ne seront alors plus une chance, un facteur d’ouverture à des combinaisons variées et propres à l’enfant, mais une source de division et de déchirements internes. L’enfant reproduira intérieurement le combat entre ses parents, tout ce qui le rapprocherait de l’un le mettant en conflit avec l’autre.
Les déchirures se manifestent généralement à l’adolescence, quand la nécessité de prendre ses distances et d’affirmer son identité propre se fait sentir. Les divisions de l’adolescent l’empêchent de devenir autonome et lui font sentir sa dépendance à l’égard de ses parents, renforçant ainsi le conflit. La réponse ne se fait pas attendre : les troubles du comportement, les conduites d’échec et d’opposition traduisent l’impossibilité de la séparation comme de la satisfaction. Le prix à payer est toujours trop élevé…

Il se sent coupable. Cela va-t-il passer

Il se sent coupable. Cela va-t-il passer?

L’excès de culpabilité n’est plus le problème le plus couramment rencontré chez les adolescents. On le
trouve encore, cependant, sous sa forme la plus traditionnelle : l’adolescent se reproche fautes et mauvaises pensées, s’accuse et s’autoflagelle sans fin à propos de ce qui a été fait ou, au contraire, n’a pas été fait. Quand elle se présente sous une forme aussi marquée, la culpabilité peut être considérée comme un symptôme de dépression sévère et/ou de personnalité obsessionnelle, les deux pouvant se conjuguer. Il existe bien sûr toutes les variations possibles entre un état «normal» et une personnalité atteinte de troubles qui nécessitent une aide. Pouvoir se sentir coupable quand on a des raisons de l’être est souhaitable. Il est important que la confiance accordée à l’entourage soit suffisante pour que l’adolescent ose en parler, se sentir pardonné et soulagé, même si c’est au prix d’une réparation ou d’une sanction. C’est la fonction de la confession dans la religion chrétienne. L’absence de culpabilité est toujours préoccupante et renvoie à des troubles de la personnalité qui favorisent les conduites antisociales et délinquantes. Mais un effet injustifié est toujours un
symptôme.

La personnalité obsessionnelle se caractérise par le doute permanent d’avoir bien fait, de ne pas avoir commis d’erreur ou de faute et la nécessité de vérifier ce qui a été fait et de tenter d’annuler erreurs et fautes par des manies et des rites conjuratoires : par exemple, répéter un mot un nombre de fois précis ou accomplir un geste rituel (se croiser les doigts ou toucher un objet). Ce sont les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), dont on parle beaucoup actuellement, comme s’il s’agissait d’une découverte récente, alors qu’ils sont recensés et décrits depuis plus de cent ans. Les modalités en sont très diverses mais le principe des TOC est toujours le même : faire en sorte de maîtriser par un biais détourné ce que l’on aurait laissé échapper de mauvais par ailleurs. Derrière ces troubles, il n’est pas difficile de déceler la permanence de la pensée infantile du magique et du sentiment de la toute-puissance, ainsi qu’une forte ambivalence des sentiments liée à la coexistence d’amour et de haine chez des personnes ayant une difficulté à accepter les compromis.
Pour l’enfant, penser, c’est agir. On imagine donc aisément à quel point toutes les «mauvaises pensées» qui peuvent lui traverser l’esprit et habiter ses rêves sont une source potentielle de culpabilité. C’est pour annuler les effets dangereux de ces pensées que les enfants multiplient ce que l’on appelle les «formations réactionnelles», des défenses qui consistent à adopter l’atti-
tude contraire de ce qui est désiré et réprimé : l’obséquiosité opposée à la grossièreté ; la méticulosité au désordre ; la propreté maniaque à la saleté ; la culpabilité à l’agressivité.
L’adolescent souffre de cette situation, mais il n’est pas prêt pour autant à renoncer au sentiment de toutepuissance qui est à la base de ce type de fonctionnement. Se sentir coupable est un sentiment pénible mais qui lui permet de penser que ses désirs ont un pouvoir et des effets notables et qu’il occupe une position importante par rapport à celui ou celle envers lesquels il se sent coupable.

Ce qu’il y a de plus caractéristique chez ces troubles de la personnalité, c’est qu’ils s’entretiennent euxmêmes car le processus d’annulation et de contrôle n’a pas de fin. Toute mesure est suivie d’une contremesure. Celui qui va tenter de contrôler son agressivité par sa gentillesse, ses excuses et sa serviabilité, va voir resurgir son besoin d’opposition et maîtrise sous son
apparente soumission à autrui, qu’il exprimera par exemple en s’opposant passivement par sa lenteur, son retard systématique, l’interposition d’un obstacle quelconque, à ce qu’on attend de lui.
Comme toujours, ces traits de caractère et ces comportements sont exacerbés par la présence des personnes dont l’adolescent est le plus dépendant affectivement. Certes, ils s’atténuent avec les autres, mais ont tendance à resurgir dès que s’établissent des liens plus étroits. La variation de leurs manifestations ne veut pas dire pour autant que ce comportement est volontaire et que l’intéressé le contrôle. Il n’est pas vraiment dépendant de sa volonté, du moins pas de manière durable, mais il demeure influencé par les mutations affectives que vit l’adolescent et par le contexte environnemental. En résumé, cela signifie qu’il ne sert à rien de chercher à surprotéger les adolescents, ni de vouloir les rassurer à tout prix. Il faut les pousser à s’ouvrir à quelqu’un d’extérieur au milieu habituel, tel qu’un psychothérapeute, et savoir poser des limites a leur ten-
dance à ensevelir les autres sous leurs problèmes. Si toutefois le soutien d’une tierce personne ne suffit pas, on peut alors envisager la prise d’un médicament antidépresseur en accord avec le médecin traitant. Un éloignement du milieu habituel, le pensionnat, par exemple, peut également avoir des effets très positifi.