Les classes «prépa». Comment faut-il les aborder

Les classes «prépa». Comment faut-il les aborder?

Survalorisées ou diabolisées, les classes préparatoires sont généralement considérées comme une spécificité française. Moyen d’ascension sociale censé permettre à tout élève qui en a les compétences d’accéder aux écoles puis aux postes les plus importants, elles ne laissent indifférents ni les parents, ni les enseignants, ni certains adolescents. Entre idéalisation et dénigrement, il convient probablement de les remettre à leur juste place. Elles témoignent avant tout de la capacité de travail et de concentration de ceux qui y ont été admis, leur offrant les avantages d’une formation à une méthode de travail. Elles ne sont qu’un outil pouvant servir de révélateur à des qualités qui, pour n’être pas forcément apparentes, étaient déjà propres à l’adolescent. De même que l’on surestime leur pouvoir formateur, on dramatise sans doute leurs conséquences négatives sur les élèves, rendus malades de stress par la pression que l’on exercerait sur eux. Il ne faut pas perdre de vue que cette orientation fait l’objet d’un choix, même si, comme tout choix important, il est biaisé par de nombreux facteurs et des pressions de tous ordres. Il n’empêche que ce choix correspond à certains types de personnalités qui y trouvent davantage de raisons de satisfactions ou d’intérêt que le contraire, sauf à s’y être fourvoyées. On ne peut nier que les classes préparatoires peuvent précipiter la survenue de difficultés psychiques ; c’est cependant le cas de toute confrontation à la compétition.
Inutile, donc, de craindre les classes « prépa », mais il faut être’ conscient de ce à quoi l’on s’engage. Parallèlement, il revient à l’entourage d’en dédramatiser les enjeux, sans les dévaloriser, mais en relativisant ce choix, qui n’est qu’un possible parmi d’autres. Si ce n’est pas le choix qui convient, l’adolescent pourra toujours en changer; il ne perdra pas pour autant ce qui a déjà été acquis. Ce n’est pas et ne doit pas être un drame de renoncer ou d’échouer en classe « prépa » : de cela surtout, les parents et les adolescents ont besoin de se convaincre…

Ma fille est timide... Que faire

Ma fille est timide… Que faire?

La timidité n’est pas une maladie. Elle correspond habituellement à une réaction possible de l’adolescent face à une situation nouvelle qu’il a l’impression de ne pas bien contrôler. Envahissante et croissante, la timidité peut cependant révéler de graves difficultés qu’il faut savoir prendre en compte.
La timidité n’est pas propre à l’adolescence. Elle se manifeste plus particulièrement à certaines périodes du développement de l’enfant. La puberté en est un moment privilégié. On s’accorde à considérer comme le premier prototype de la timidité ce que l’on appelle «l’angoisse du 8e mois». C’est-à-dire cette période, située entre 6 mois et 1 an, où le bébé manifeste de la peur devant tout ce qui est étranger aux figures qui peuplent son environnement quotidien. Cela correspond à sa prise de conscience progressive de l’existence propre et distincte de lui des personnes qui lui sont familières,
en particulier de sa mère. Parallèlement, il prend conscience de son existence propre. Mais, en même
temps que cette prise de conscience, survient celle que sa colère et son agressivité s’adressent également à la personne qui lui donne du plaisir, des soins, et qu’il aime. Dans un effort pour protéger la personne aimée, l’enfant projette le mauvais sur l’étranger, l’inconnu. Il est frappant de constater que des bébés qui focalisent le mauvais sur un élément précis — par exemple la nour-
riture, dans le cas de l’anorexie précoce du nourrisson — n’ont pas cette peur de l’étranger et se montrent au contraire particulièrement avenants.

Par la suite, à certains moments clés de son évolution, l’enfant va retrouver des mécanismes semblables en tentant de projeter ce qui l’inquiète sur le non-familier. La timidité en est une manifestation. Ces moments clés correspondent à des périodes qui sollicitent particulièrement l’ambivalence des sentiments de l’enfant, c’est-à-dire la cohabitation de sentiments opposés tels
que l’amour et la haine, le désir de se rapprocher et le désir de repousser projetés sur une même personne, en général une personne à laquelle il est particulièrement attaché et dont il est très dépendant, de préférence la mère. Il est ainsi habituel de voir apparaître des phases de timidité entre 3 et 6 ans, au moment où l’enfant est tiraillé entre son désir de relation privilégiée avec sa
mère et l’envie de plaire et de séduire d’autres personnes, dont son père, mais avec la crainte que ces désirs nouveaux ne lui fassent perdre l’amour maternel, qu’il voudrait exclusif.

La timidité représente un compromis entre ces désirs contradictoires qui le conduisent à faire le contraire de ce dont il aurait envie : se mettre en retrait là où il aimerait être le premier et faire la conquête de ce monde nouveau qui le tente. Ce retrait attire l’attention, mais sur un mode masochiste : l’enfant attend inconsciemment de l’autre qu’il agisse comme il aurait aimé le faire, vienne vers lui et fasse preuve d’une attitude conquérante. Ce mouvement d’inversion du désir en son contraire est bien illustré par le fait que lorsque le timide arrive à dépasser sa timidité (parce qu’il a un peu bu, que l’ambiance s’y prête, qu’il a été mis en confiance ou pour toute autre raison), il est habituel qu’il, ou elle, se montre particulièrement prolixe, expansif, qu’il lui soit
même parfois difficile de trouver les limites, la bonne distance.

Il y a dans cette attente et cette mise en scène masochiste de la timidité quelque chose de plus spécifiquement féminin et désigné comme tel par notre culture : l’effarouchement qui s’accompagne d’une séduction faussement dissimulée. Peut-être est-ce pour cela que la question est venue naturellement sous la forme : « Ma fille est timide », et non pas « Mon fils est timide ». Chez la jeune fille, toute poussée de timidité correspond en général à des moments d’attrait accru pour le
père alors même que cet attrait apparaît contradictoire avec une importante dépendance affective à la mère.
Mais la timidité existe aussi chez le garçon ! Elle est d’ailleurs souvent ressentie comme quelque chose de féminin, sentiment qui ne fait que l’aggraver par ce qu’il implique de position passive d’attente. Ce sentiment s’explique probablement aussi parce que, pour l’adolescent, cette timidité s’adresse aux autres hommes, auxquels il aimerait plaire, pour recevoir d’eux ou leur dérober la force et le pouvoir qu’il leur prête.

L’adolescence est un moment privilégié d’expression de la timidité : la puberté vient exacerber l’ambivalence des sentiments ainsi que les désirs de séduction et de pouvoir. La sexualisation du corps ne fait qu’accroître désirs et craintes. Elle contribue à une implication particulière du corps qui se manifeste sous une forme spécifique à cet âge, même si elle peut perdurer bien au-delà : la rougeur.
Celle-ci est symbolique de la problématique de la timidité. Elle vient révéler au grand jour et aux yeux de tous ce que l’adolescente voulait cacher : qu’elle est affectée par la situation. Alors qu’elle voulait paraître froide et indifférente, la rougeur, mais aussi la gêne et la gaucherie propres à cet âge, viennent signaler à quel point elle se sent en réalité concernée par le regard des
autres. Et si elle se sent concernée, c’est bien parce qu’elle est en attente de ce regard. Mais au lieu d’être triomphale, cette attente se transforme de façon masochiste en désastre. Désastre qu’elle s’exagère, évidemment, mais que cette exagération ne fait qu’accentuer. De se sentir rougir aggrave le rougissement. La honte, autre émotion liée à la timidité et elle aussi spécifique à l’adolescence, est la traduction psychique du malaise physique.
La timidité est l’expression de la conscience par le Moi de sa faillite à maîtriser ses émotions et la révélation de sa faiblesse et de son impuissance à répondre aux exigences de ses idéaux. Ceux-ci se sont construits à partir de l’image idéalisée que l’adolescent a de la personne à laquelle il est le plus attaché et qui lui sert de modèle de référence.

Attention, cependant : il ne faut surtout pas dramatiser la timidité, réaction relativement naturelle qui a ses avantages, puisqu’elle aide l’adolescente à contrôler ses élans. A condition que celle-ci puisse progressivement dépasser sa gêne. Le meilleur moyen est qu’elle prenne confiance en elle et s’autorise à s’affirmer sans craindre pour autant de perdre l’estime, la protection et l’amour
de la ou des personne(s) dont elle redoute le jugement. Ces personnes étant le plus souvent ses parents, le dépassement est plus aisé à l’extérieur de la famille. C’est pourquoi il est utile d’inciter les timides à sortir du cocon familial. La surprotection, qui se veut bienveillante et compréhensive, est toujours néfaste et ne fait qu’aggraver la situation, renforçant la dépendance de l’intéressé(e). La meilleure aide que sa famille puisse apporter à un enfant timide est de savoir parfois, avec tact et mesure, forcer les choses et, en quelque sorte, lui prescrire de sortir pour se donner l’occasion du plaisir et de la valorisation qu’il désire mais qu’il n’ose pas s’accorder de lui-même.

Là où l’adolescent(e) craint inconsciemment l’interdit parental, la prescription du parent vient transformer en obligation ce qui est désiré. Le désir, paradoxalement, en devient plus acceptable.

Faut-il la laisser sortir seule

Faut-il la laisser sortir seule ?

Une fois de plus, la question des limites est au cœur des interrogations parentales. Tout parent sait
intuitivement que l’éducation en implique. Mais la libéralisation des mœurs a conduit à ce qu’il n’y ait plus guère de consensus social sur les limites à fixer. Elles sont devenues l’affaire de chaque famille en particulier et, de ce fait, apparaissent aux adolescents comme l’expression du bon vouloir des parents, ce qui ne peut que renforcer leur sentiment de dépendance. La limite n’est plus la manifestation d’une règle qui s’imposerait à tous. C’est pourquoi l’adolescente ne va pas hésiter à la remettre en question : « Pourquoi ne me laisses-tu pas sortir alors que les parents de mon amie le lui permettent?».
Bien des parents aimeraient éviter d’entrer en conflit avec leur enfant, dont ils voudraient qu’il soit assez raisonnable pour se fixer lui-même des limites. Cela n’est malheureusement pas possible, mais elles peuvent faire l’objet d’un débat au sein de la famille, voire d’échanges de points de vue avec d’autres familles.
C’est faire excès de laxisme que de laisser une adolescente décider seule de ses sorties : c’est la confronter trop tôt à des choix impossibles et à des situations à risques; c’est, enfin, une forme de carence éducative qui équivaut à un abandon affectif. Mais prendre pour référence l’éducation que l’on a soi-même reçue est faire preuve d’une excessive rigueur qui met l’adolescente en porte à faux avec l’éducation de sa propre génération et qui ne la prépare pas à s’assumer elle-même. Les parents qui adoptent cette attitude risquent de favoriser des comportements d’opposition de la part de l’adolescente qui peuvent aller jusqu’à la rupture ou de la pousser à prendre des risques inutiles par provocation.

Il ne faut cependant surtout pas dramatiser la décision que Ton va prendre. Tout le monde a le droit aux essais et aux erreurs. Une décision peut toujours être remise en cause au regard des conséquences qu’elle a sur le comportement de l’adolescente; une limite ne prend tout son sens qu’en fonction de ses effets. Sans se montrer trop sévères, les parents ne doivent pas laisser leur enfant prendre des risques injustifiés, même si en juger paraît difficile. Toutefois, leur anxiété ne doit pas non plus devenir la référence essentielle qu’a l’adolescente dans sa relation au monde.
Par ailleurs, l’âge doit être pris en compte. Mieux vaut apparaître rétrograde et ne pas laisser sortir seule une adolescente trop jeune que de lui donner le sentiment qu’elle est seule à gérer des risques qu’elle a d’autant plus tendance à sous-évaluer qu’elle a été élevée dans un milieu respectueux d’elle et protecteur.
Les risques n’apparaissent souvent pas aussi importants pour un garçon, que l’on imagine moins
confronté, en particulier, à de possibles agressions sexuelles. Cependant, la différence est probablement plus ténue qu’elle ne le fut par le passé, et le besoin de limites est tout aussi important chez les adolescents que chez les adolescentes.

Elle dépense tout son argent de poche en vêtements. Qu'est-ce que cela signifie

Elle dépense tout son argent de poche en vêtements. Qu’est-ce que cela signifie?

Une frénésie d’achats est le signe d’un besoin de compenser par l’apparence extérieure ce qui doit être perçu chez radolescent(e) comme le sentiment d’une insuffisance de valeur et un manque de confiance en soi. Mais il n’est pas toujours facile de déterminer précisément ce qui peut être jugé excessif. Les normes familiales sont très variables et, avant de les établir de façon autoritaire et définitive, il est toujours souhaitable que les parents regardent autour d’eux et les comparent
avec celles des familles des camarades de leurs enfants. Non pas pour abandonner toute référence à ses valeurs personnelles et se conformer à la moyenne, mais pour éviter de camper sur des positions trop rigides et trop absolues. Une réaction trop décalée ne ferait que conforter l’adolescent(e) dans le bien-fondé de ses choix et ôter toute crédibilité aux objections de ses parents. Comme souvent, l’âge est un facteur important. Car quand l’adolescent approche de sa majorité, c’est le moment pour lui d’assumer ses choix. Une des façons de le lui permettre peut consister à lui laisser gérer son
argent de poche, en refusant, quelles que soient ses dépenses, de lui donner plus qu’il n’était convenu.

Dans tous les cas, rien n’empêche d’apprécier que radolescent(e) cherche à se mettre en valeur, mais aussi de l’aider à se convaincre que sa valeur et sa capacité à plaire ne sont pas forcément proportionnelles à l’argent dépensé ni tributaires d’accessoires extérieurs tels que les vêtements. On peut essayer de limiter ses achats sans pour autant culpabiliser sa démarche, ce que l’on ne
manquerait pas de faire si on lui faisait remarquer, par exemple, qu’il vaudrait mieux dépenser son argent autrement ou que c’est le signe d’une frivolité et d’un désir de plaire condamnables. Ce point nous paraît d’autant plus important à souligner que ce genre de comportement est souvent le fait d’une mère qui ne prend pas soin d’elle, comme si elle-même avait renoncé à chercher à plaire. Tout désir de plaire est, dans ce cas, volontiers ressenti comme coupable par l’adolescente, surtout si son père s’y montre sensible. Il est fréquent qu’elle cherche à échapper à cette culpabilité par une
attitude non seulement opposée à celle de sa mère mais outrancière, provoquant inconsciemment la critique.
Celle-ci la confirme alors à la fois dans son sentiment de culpabilité et dans la justification de sa révolte contre ce qu’elle vit comme une injustice. Un cercle vicieux qu’il sera difficile de briser se met ainsi en place.

Il ne nous aime plus. Est-ce vraiment possible

Il ne nous aime plus. Est-ce vraiment possible ?

Cette inquiétude est fréquemment éprouvée et exprimée par des parents qui ne parviennent pas à comprendre que le seul rappel à l’affection ne peut suffire à rendre l’adolescent conforme à leurs souhaits. La difficulté à comprendre la nature des liens affectifs qui unissent les adolescents à leurs parents est le grand malentendu de cet âge. Ce malentendu est la conséquence du caractère contradictoire des liens d’attachement. C’est le paradoxe central du développement : plus on est en insécurité interne, plus on dépend d’autrui pour se rassurer, mais moins on peut recevoir. Ainsi, c’est une dépendance affective excessive à l’égard de leurs parents qui peut conduire certains adolescents à se distancer d’eux en retournant leurs attentes affectives en indifférence ou en
opposition. Ce comportement peut donner l’impression aux parents que l’adolescent ne les aime plus alors qu’il est, en réalité, dans une attente impossible à gérer. Cette référence à la qualité de l’attachement, pour caractériser la relation de l’enfant aux parents et ses effets sur le développement de celui-ci, permet de dépasser les ambiguïtés de la notion d’amour et de mettre en valeur la fonction fondatrice du style de relation au monde, aux autres et à soi-même, des premiers
attachements. Un enfant doit se sentir aimé par ceux qui l’élèvent pour pouvoir s’aimer lui-même et être capable d’aimer les autres à son tour. Mais qu’entendon par aimer? De quelle nature est cet amour dont bien peu de personnes, et de parents en particulier, se diraient dépourvus? Et pourtant, ses manifestations comme ses effets sur ceux qui en sont les destinataires sont loin d’être identiques. Il y a tant de façons différentes d’aimer, y compris chez la même personne.

L’amour d’un être humain pour un autre que lui est le résultat d’une alchimie complexe de sentiments dont la qualité varie selon l’équilibre de ses composants et des attentes et besoins de celui qui le reçoit. Il en est de même de l’amour d’une mère ou d’un père pour son enfant. Cet amour est fait de l’histoire de ce parent, de ce qu’il a reçu de ses propres parents et par rapport à quoi il va réagir pour répéter ce qu’il a vécu, ou, à l’inverse, chercher à s’en démarquer, de ses attentes et de la rencontre de celles-ci avec la réalité de l’enfant. Il est fait de sa capacité d’empathie, d’identification à l’enfant, de prise en compte de ses besoins et de ce qu’il peut ressentir, avec bien sûr le risque d’un écart ou de projections non harmonieuses entre l’adulte et l’enfant.

Aimer, ce peut être, pour certains, chercher dans l’enfant ce qu’on aurait voulu être, lui offrir ce dont on a eu le sentiment de manquer, avec alors le risque de régler ses comptes avec ses propres parents au détriment de la prise en compte et de la satisfaction des besoins réels de l’enfant. Pour d’autres, ce sera avant tout chercher un miroir dans lequel se regarder, ou rendre l’enfant conforme à l’image idéale qu’on s’est forgée de lui. Ce peut être aussi chercher auprès de lui une compensation pour ce qu’on n’a pas par ailleurs, ou qu’on a perdu : l’amour d’un parent, celui d’un conjoint, la perte d’un autre enfant, une déception dans la vie professionnelle, etc.
Ces sentiments, le plus souvent inconscients pour celui qui les vit, imprègnent et orientent fortement les attitudes, les gestes, l’ensemble des interactions entre enfant et adultes. C’est la nature tendre, souple, attentionnée de la relation ou au contraire brusque, tendue, sans égards qui en dépend, comme la qualité de plaisir partagé ou de tension plus ou moins agressive encre l’adulte et l’enfant. Ces sentiments et attitudes peuvent varier à l’infini d’un individu à l’autre, mais aussi chez un même individu selon sa situation, son environnement, son état affectif du moment.

Ces sentiments, largement inconscients et plus facilement perceptibles par les autres que par soi-même, ne sont pas aisément modifiables. En outre, ce que l’enfant, et plus encore le bébé, perçoivent, ce ne sont pas les apparences et ce qui est dit mais l’état de tension ou de détente, d’inquiétude ou de plaisir dans lequel se trouve l’adulte. Tout ceci se traduit bien plus par son tonus musculaire, l’éclat de son regard, la souplesse de ses gestes, ses intonations, que par le contenu de ses paroles. Ainsi, plus sa confiance en lui est assurée, plus un individu entre facilement en contact avec un autre qui ne menace pas son autonomie et dont il peut se nourrir d’autant mieux qu’il ne se perçoit pas comme affamé et qu’il pourra choisir ce qui lui convient, aux doses souhaitées. Cette sécurité que l’individu n’a pas à l’intérieur de lui, il va tenter de la retrouver en figeant tout ce qui pourrait la déstabiliser, en particulier ses émotions et ses liens affectifs. Ce sera particulièrement vrai, spectaculaire, et souvent dramatique dans ses consé-
quences, à l’adolescence. Certains adolescents affirment leur existence et leur différence à la fois par un refus et un rejet catégoriques de ce qui est attendu d’eux, notamment par leurs parents, et par un besoin d’être vus et d’exister pour ceux-ci qui ne peut s’exprimer que par l’inquiétude suscitée. Le plaisir partagé, vécu comme une reddition aux autres, est impossible. L’intensité
même de l’attente déçue interdit toute satisfaction.

Ainsi, ils prennent de la distance par rapport au parent auquel ils souhaiteraient plaire, se prémunissant en même temps d’une déception possible et, souvent, ont le bénéfice de provoquer l’attention désolée et apitoyée du parent. Ils parviennent alors à être proches, mais dans une déception et un regret qui leur permettent de se croire lointains, à distance, dans l’indifférence et surtout pas dans le plaisir partagé. L’adolescent introduit ainsi des mécanismes de distanciation avec les personnes qu’il investit le plus, se privant notamment des relations de tendresse qui faci-
literaient les intériorisations nécessaires pour renforcer son estime de lui-même. Et le moyen d’introduire cette distance, c’est de souffrir et d’inquiéter d’une façon ou d’une autre. L’adolescent n’est alors ni coupable de plaisir excessif avec un des parents au détriment de l’autre,
ni sous la coupe de ce parent. Il n’est cependant pas seul puisqu’il suscite l’inquiétude et que la situation de proximité évitée dans le plaisir va se retrouver dans l’insatisfaction et l’inquiétude.

Il s'adonne à des jeux sexuels. Faut-il les lui interdire

Il s’adonne à des jeux sexuels. Faut-il les lui interdire?

La sexualité de l’adolescent appartient à sa sphère privée. L’éducation a pour objectif de l’aider à intégrer cette donnée et à la gérer sans pour autant qu’il s’enferme dans le non-dit et la solitude. Il est souhaitable que l’adolescent puisse entendre parler de sexualité à la maison, d’une façon générale ou à l’occasion d’événements, de films, de débats. Mais il ne Test pas que ses parents s’occupent de sa sexualité. Une telle intention risquerait de faire plus de dégâts que de bien, du fait de l’importance du lien affectif qui les attache, et réciproquement, à l’adolescent. Ils doivent se montrer accueillants, créer des occasions d’échange, mais ne pas chercher à connaître les pratiques sexuelles
de leur enfant. Il sera bien plus profitable d’évoquer celles-ci, les éventuels problèmes et les nécessaires limites qu’elles posent indirectement, à propos de tierces personnes, par exemple.

Si cependant les pratiques sexuelles de l’adolescent débordent la sphère privée, deviennent manifestes ou semblent concerner des membres de la famille, il convient d’en parler avec lui pour l’aider à les Élire réintégrer la sphère de la vie privée et lui en montrer les limites, en particulier si les parents ont l’impression que des membres de la fratrie en sont complices ou les partagent. Les jeux plus ou moins directement sexualisés sont fréquents dans l’enfance. Il ne faut pas les confondre avec l’abus sexuel, qui suppose l’exercice de la force physique et/ou de la contrainte morale d’un aîné à l’égard d’un plus jeune, et plus généralement d’un plus fort vis-à-vis d’un plus faible. Les jeux sexuels les plus habituels font partie de la façon dont les enfants s’ex-
plorent et se découvrent mutuellement ; ils n’ont rien d’anormal. L’adulte ne doit pas pour autant les cautionner; il doit, au contraire, très tôt expliquer à l’enfant, sans pour autant le gronder, que son corps lui appartient et qu’il doit garder ses zones les plus intimes pour lui jusqu’à ce qu’il soit devenu grand et puisse alors les partager avec la personne qu’il aime.

Ces jeux deviennent néanmoins plus ambigus à l’adolescence, du fait de la maturité physique de l’adolescent et de la conscience qu’il en a. Ils ne sont donc plus acceptables et, si les adultes en ont connaissance, ils ont le devoir de les interdire, en s’appuyant sur cette nécessaire préservation de l’intimité de chacun et sur l’interdit de la sexualité partagée au sein de la famille. La masturbation, en revanche, est une activité normale qui, elle aussi, est du domaine de l’intimité de chacun et qui n’a donc pas à faire l’objet d’un étalage, que ce soit au sein de la fratrie ou ailleurs, ni à être l’objet d’une exhibition verbale (plaisanteries et provocations souvent pénibles auxquelles se croient astreints beaucoup d’adolescents). Ce qui touche l’intime et le privé a toujours avantage à faire l’objet de respect et de délicatesse, même si toute plaisanterie ou grossièreté n’est pas cause de traumatisme. Le respect, toutefois, n’est ni la honte ni la culpabi-
lité. Si l’adolescent aborde directement ou indirectement le sujet, ses parents se doivent de lui répondre avec simplicité, en lui donnant les informations qu’il demande tout en respectant les limites qui s’imposent.

On ne pourra pas pour autant éviter que 1 adolescent ne culpabilise pas ses activités sexuelles. Elles sont en effet liées à des fantasmes, des souvenirs et des images de l’enfance souvent culpabilisés, car vécus comme une effraction dangereuse dans le monde réservé aux adultes. Il serait vain de croire qu’une trop grande liberté sexuelle des parents, même si elle ne se manifeste qu’en paroles, libère les enfants. Au contraire, elle les empêche d’appréhender les adultes, et surtout leurs parents, comme des figures protectrices et rassurantes. C’est ce qui rend toute exhibition de la nudité des parents si troublante et souvent angoissante pour les enfants. Là encore, ce n’est pas toujours traumatique, mais ce n’est jamais bénéfique. Ni la répression ni la gêne ne sont sur ce chapitre une réponse plus appropriée de la part des adultes. Et revenir un demi-siècle en arrière, quand la masturbation était considérée comme un péché et même comme une activité dangereuse, c’est, pour le coup, contribuer à culpabiliser l’adolescent. Aussi est-il souhaitable, dans la mesure du possible, de déculpabiliser tout ce qui a trait à la sexualité. Il ne faut pas cependant chercher à la banaliser et à l’affadir, mais la présenter à son enfant comme une source de plaisir et de richesse partagés, synonyme d’un lien amoureux réciproque, un bien précieux qui, comme tout ce qui touche à ce qui est au cœur de l’individu, impose délicatesse et respect.

Mon fils a la clé de la maison. Il est libre. Est-ce risqué

Mon fils a la clé de la maison. Il est libre. Est-ce risqué?

La description de ces key children, les «enfants à la clé », nous vient des États-Unis. Ils sont la manifestation d’un changement de la société et de la famille qui a vu notamment l’émancipation des mères de famille et leur accès à une vie professionnelle. L’essentiel est que la liberté ne soit pas synonyme de solitude ou, plus encore, d’abandon. Mais, comme toujours dans le domaine de l’éducation, le principe est plus facile à énoncer qu’à réaliser. Et ce d’autant plus qu’il est parfois difficile de percevoir l’enfoncement d’un adolescent dans un sentiment de solitude. L’adolescent peut longtemps ressentir cette liberté comme une chance sans ressentir la montée sournoise d’un sentiment de morosité, d’ennui, de démotivation. Il ne sent pas le droit, ni même l’envie, de se plaindre, car il ne souhaite pas que ses parents viennent s’occuper de ses affaires. Il pense qu’il n’a rien à leur reprocher et qu’il a même la chance qu’ils soient « cools » et le laissent tranquille. En fait, sans en être vraiment conscient, il va progressivement chercher dans l’environnement matériel (téléphone, vidéo, nourriture, toxiques…) et/ou auprès de ses copains le soutien et la présence qui lui font défaut.
Cette liberté, pour être constructive, doit donc s’accompagner de moments de rencontre et d’échanges privilégiés entre l’adolescent et sa famille. La qualité de ces liens pallie alors leur relative faiblesse quantitative…

Quand les parents se sentent coupables...Comment s'en sortir

Quand les parents se sentent coupables…Comment s’en sortir?

Quel parent ne se sent pas coupable quand son enfant va mal ? Bien peu en fait, quoiqu’ils puis-
sent en dire et en penser. L’enfant est le fruit des parents et ses difficultés sont toujours ressenties comme les leurs. Qu’ont-ils fait ou pas fait pour qu’il en soit ainsi ? Il est difficile de ne pas se sentir coupable et encore plus d’y renoncer, ce qui pourrait revenir à reconnaître son impuissance ou à avouer son peu de pouvoir sur l’enfant. Alors les parents oscillent entre une culpabilité plus ou moins aiguë et un sentiment d’impuissance. L’important est de ne pas se laisser enfermer dans ce mouvement dépressif. Trop de culpabilité donnerait l’impression à l’adolescent que tout dépend de ses parents et qu’il n’a que peu de pouvoir sur son évolution. Mettre en avant leur impuissance reviendrait à lui dire qu’ils renoncent à l’influencer et qu’ils refusent le conflit. Or l’important en tant que parents, c’est avant tout d’être concernés par son enfant. C’est-à-dire lui
montrer qu’il est regardé, vu et entendu sans nécessairement chercher à vouloir le changer mais sans renoncer non plus à le confronter à ce qu’il a été, à ce qu’il peut être et aux projets qu’il peut avoir. Les parents sont les témoins et les garants de la continuité de leur enfant, du passé et de l’avenir comme du présent.
Les parents doivent assurer cette continuité quelles que soient leurs erreurs et même leurs « fautes » passées. Celles-ci ne justifient jamais que l’adolescent en pâtisse deux fois, en s’abîmant d’une façon ou d’une autre et en gâchant ses chances. Ils peuvent s’interroger play free retro slots sur ce qu’ils ont fait (leur passé, leur histoire), se remettre en question sans pour autant s’enfermer dans la culpabilité
ni renoncer à leurs convictions, et encore moins à continuer de défendre ce qu’ils pensent être préférable pour leur enfant.

Le meilleur service que des parents peuvent rendre à un adolescent, c’est de survivre, disait le psychanalyste et pédiatre Winnicott. Il soulignait par là l’importance de cette présence continue en arrière-fond qui, pour exister, n’a pas nécessairement besoin de maîtriser le cours des événements. Présence qui subsiste même si elle fait l’objet d’attaques ou d’apparente indifférence. Cette continuité, cette résistance, cette capacité d’accueil sont en miroir, ce qui permet à l’adolescent de se construire et de se sentir lui aussi inscrit dans une continuité, capable de résistance et d’être accueillant envers lui-même et envers ses contradictions. On retrouve dans ces caractéristiques parentales à l’adolescence celles qui dans la première enfance avaient permis au bébé de se percevoir comme une personne inscrite dans la durée et résistant aux coups, ruptures et autres traumatismes de la vie.