Les classes «prépa». Comment faut-il les aborder

Les classes «prépa». Comment faut-il les aborder?

Survalorisées ou diabolisées, les classes préparatoires sont généralement considérées comme une spécificité française. Moyen d’ascension sociale censé permettre à tout élève qui en a les compétences d’accéder aux écoles puis aux postes les plus importants, elles ne laissent indifférents ni les parents, ni les enseignants, ni certains adolescents. Entre idéalisation et dénigrement, il convient probablement de les remettre à leur juste place. Elles témoignent avant tout de la capacité de travail et de concentration de ceux qui y ont été admis, leur offrant les avantages d’une formation à une méthode de travail. Elles ne sont qu’un outil pouvant servir de révélateur à des qualités qui, pour n’être pas forcément apparentes, étaient déjà propres à l’adolescent. De même que l’on surestime leur pouvoir formateur, on dramatise sans doute leurs conséquences négatives sur les élèves, rendus malades de stress par la pression que l’on exercerait sur eux. Il ne faut pas perdre de vue que cette orientation fait l’objet d’un choix, même si, comme tout choix important, il est biaisé par de nombreux facteurs et des pressions de tous ordres. Il n’empêche que ce choix correspond à certains types de personnalités qui y trouvent davantage de raisons de satisfactions ou d’intérêt que le contraire, sauf à s’y être fourvoyées. On ne peut nier que les classes préparatoires peuvent précipiter la survenue de difficultés psychiques ; c’est cependant le cas de toute confrontation à la compétition.
Inutile, donc, de craindre les classes « prépa », mais il faut être’ conscient de ce à quoi l’on s’engage. Parallèlement, il revient à l’entourage d’en dédramatiser les enjeux, sans les dévaloriser, mais en relativisant ce choix, qui n’est qu’un possible parmi d’autres. Si ce n’est pas le choix qui convient, l’adolescent pourra toujours en changer; il ne perdra pas pour autant ce qui a déjà été acquis. Ce n’est pas et ne doit pas être un drame de renoncer ou d’échouer en classe « prépa » : de cela surtout, les parents et les adolescents ont besoin de se convaincre…

Ma fille est timide... Que faire

Ma fille est timide… Que faire?

La timidité n’est pas une maladie. Elle correspond habituellement à une réaction possible de l’adolescent face à une situation nouvelle qu’il a l’impression de ne pas bien contrôler. Envahissante et croissante, la timidité peut cependant révéler de graves difficultés qu’il faut savoir prendre en compte.
La timidité n’est pas propre à l’adolescence. Elle se manifeste plus particulièrement à certaines périodes du développement de l’enfant. La puberté en est un moment privilégié. On s’accorde à considérer comme le premier prototype de la timidité ce que l’on appelle «l’angoisse du 8e mois». C’est-à-dire cette période, située entre 6 mois et 1 an, où le bébé manifeste de la peur devant tout ce qui est étranger aux figures qui peuplent son environnement quotidien. Cela correspond à sa prise de conscience progressive de l’existence propre et distincte de lui des personnes qui lui sont familières,
en particulier de sa mère. Parallèlement, il prend conscience de son existence propre. Mais, en même
temps que cette prise de conscience, survient celle que sa colère et son agressivité s’adressent également à la personne qui lui donne du plaisir, des soins, et qu’il aime. Dans un effort pour protéger la personne aimée, l’enfant projette le mauvais sur l’étranger, l’inconnu. Il est frappant de constater que des bébés qui focalisent le mauvais sur un élément précis — par exemple la nour-
riture, dans le cas de l’anorexie précoce du nourrisson — n’ont pas cette peur de l’étranger et se montrent au contraire particulièrement avenants.

Par la suite, à certains moments clés de son évolution, l’enfant va retrouver des mécanismes semblables en tentant de projeter ce qui l’inquiète sur le non-familier. La timidité en est une manifestation. Ces moments clés correspondent à des périodes qui sollicitent particulièrement l’ambivalence des sentiments de l’enfant, c’est-à-dire la cohabitation de sentiments opposés tels
que l’amour et la haine, le désir de se rapprocher et le désir de repousser projetés sur une même personne, en général une personne à laquelle il est particulièrement attaché et dont il est très dépendant, de préférence la mère. Il est ainsi habituel de voir apparaître des phases de timidité entre 3 et 6 ans, au moment où l’enfant est tiraillé entre son désir de relation privilégiée avec sa
mère et l’envie de plaire et de séduire d’autres personnes, dont son père, mais avec la crainte que ces désirs nouveaux ne lui fassent perdre l’amour maternel, qu’il voudrait exclusif.

La timidité représente un compromis entre ces désirs contradictoires qui le conduisent à faire le contraire de ce dont il aurait envie : se mettre en retrait là où il aimerait être le premier et faire la conquête de ce monde nouveau qui le tente. Ce retrait attire l’attention, mais sur un mode masochiste : l’enfant attend inconsciemment de l’autre qu’il agisse comme il aurait aimé le faire, vienne vers lui et fasse preuve d’une attitude conquérante. Ce mouvement d’inversion du désir en son contraire est bien illustré par le fait que lorsque le timide arrive à dépasser sa timidité (parce qu’il a un peu bu, que l’ambiance s’y prête, qu’il a été mis en confiance ou pour toute autre raison), il est habituel qu’il, ou elle, se montre particulièrement prolixe, expansif, qu’il lui soit
même parfois difficile de trouver les limites, la bonne distance.

Il y a dans cette attente et cette mise en scène masochiste de la timidité quelque chose de plus spécifiquement féminin et désigné comme tel par notre culture : l’effarouchement qui s’accompagne d’une séduction faussement dissimulée. Peut-être est-ce pour cela que la question est venue naturellement sous la forme : « Ma fille est timide », et non pas « Mon fils est timide ». Chez la jeune fille, toute poussée de timidité correspond en général à des moments d’attrait accru pour le
père alors même que cet attrait apparaît contradictoire avec une importante dépendance affective à la mère.
Mais la timidité existe aussi chez le garçon ! Elle est d’ailleurs souvent ressentie comme quelque chose de féminin, sentiment qui ne fait que l’aggraver par ce qu’il implique de position passive d’attente. Ce sentiment s’explique probablement aussi parce que, pour l’adolescent, cette timidité s’adresse aux autres hommes, auxquels il aimerait plaire, pour recevoir d’eux ou leur dérober la force et le pouvoir qu’il leur prête.

L’adolescence est un moment privilégié d’expression de la timidité : la puberté vient exacerber l’ambivalence des sentiments ainsi que les désirs de séduction et de pouvoir. La sexualisation du corps ne fait qu’accroître désirs et craintes. Elle contribue à une implication particulière du corps qui se manifeste sous une forme spécifique à cet âge, même si elle peut perdurer bien au-delà : la rougeur.
Celle-ci est symbolique de la problématique de la timidité. Elle vient révéler au grand jour et aux yeux de tous ce que l’adolescente voulait cacher : qu’elle est affectée par la situation. Alors qu’elle voulait paraître froide et indifférente, la rougeur, mais aussi la gêne et la gaucherie propres à cet âge, viennent signaler à quel point elle se sent en réalité concernée par le regard des
autres. Et si elle se sent concernée, c’est bien parce qu’elle est en attente de ce regard. Mais au lieu d’être triomphale, cette attente se transforme de façon masochiste en désastre. Désastre qu’elle s’exagère, évidemment, mais que cette exagération ne fait qu’accentuer. De se sentir rougir aggrave le rougissement. La honte, autre émotion liée à la timidité et elle aussi spécifique à l’adolescence, est la traduction psychique du malaise physique.
La timidité est l’expression de la conscience par le Moi de sa faillite à maîtriser ses émotions et la révélation de sa faiblesse et de son impuissance à répondre aux exigences de ses idéaux. Ceux-ci se sont construits à partir de l’image idéalisée que l’adolescent a de la personne à laquelle il est le plus attaché et qui lui sert de modèle de référence.

Attention, cependant : il ne faut surtout pas dramatiser la timidité, réaction relativement naturelle qui a ses avantages, puisqu’elle aide l’adolescente à contrôler ses élans. A condition que celle-ci puisse progressivement dépasser sa gêne. Le meilleur moyen est qu’elle prenne confiance en elle et s’autorise à s’affirmer sans craindre pour autant de perdre l’estime, la protection et l’amour
de la ou des personne(s) dont elle redoute le jugement. Ces personnes étant le plus souvent ses parents, le dépassement est plus aisé à l’extérieur de la famille. C’est pourquoi il est utile d’inciter les timides à sortir du cocon familial. La surprotection, qui se veut bienveillante et compréhensive, est toujours néfaste et ne fait qu’aggraver la situation, renforçant la dépendance de l’intéressé(e). La meilleure aide que sa famille puisse apporter à un enfant timide est de savoir parfois, avec tact et mesure, forcer les choses et, en quelque sorte, lui prescrire de sortir pour se donner l’occasion du plaisir et de la valorisation qu’il désire mais qu’il n’ose pas s’accorder de lui-même.

Là où l’adolescent(e) craint inconsciemment l’interdit parental, la prescription du parent vient transformer en obligation ce qui est désiré. Le désir, paradoxalement, en devient plus acceptable.

Elle dépense tout son argent de poche en vêtements. Qu'est-ce que cela signifie

Elle dépense tout son argent de poche en vêtements. Qu’est-ce que cela signifie?

Une frénésie d’achats est le signe d’un besoin de compenser par l’apparence extérieure ce qui doit être perçu chez radolescent(e) comme le sentiment d’une insuffisance de valeur et un manque de confiance en soi. Mais il n’est pas toujours facile de déterminer précisément ce qui peut être jugé excessif. Les normes familiales sont très variables et, avant de les établir de façon autoritaire et définitive, il est toujours souhaitable que les parents regardent autour d’eux et les comparent
avec celles des familles des camarades de leurs enfants. Non pas pour abandonner toute référence à ses valeurs personnelles et se conformer à la moyenne, mais pour éviter de camper sur des positions trop rigides et trop absolues. Une réaction trop décalée ne ferait que conforter l’adolescent(e) dans le bien-fondé de ses choix et ôter toute crédibilité aux objections de ses parents. Comme souvent, l’âge est un facteur important. Car quand l’adolescent approche de sa majorité, c’est le moment pour lui d’assumer ses choix. Une des façons de le lui permettre peut consister à lui laisser gérer son
argent de poche, en refusant, quelles que soient ses dépenses, de lui donner plus qu’il n’était convenu.

Dans tous les cas, rien n’empêche d’apprécier que radolescent(e) cherche à se mettre en valeur, mais aussi de l’aider à se convaincre que sa valeur et sa capacité à plaire ne sont pas forcément proportionnelles à l’argent dépensé ni tributaires d’accessoires extérieurs tels que les vêtements. On peut essayer de limiter ses achats sans pour autant culpabiliser sa démarche, ce que l’on ne
manquerait pas de faire si on lui faisait remarquer, par exemple, qu’il vaudrait mieux dépenser son argent autrement ou que c’est le signe d’une frivolité et d’un désir de plaire condamnables. Ce point nous paraît d’autant plus important à souligner que ce genre de comportement est souvent le fait d’une mère qui ne prend pas soin d’elle, comme si elle-même avait renoncé à chercher à plaire. Tout désir de plaire est, dans ce cas, volontiers ressenti comme coupable par l’adolescente, surtout si son père s’y montre sensible. Il est fréquent qu’elle cherche à échapper à cette culpabilité par une
attitude non seulement opposée à celle de sa mère mais outrancière, provoquant inconsciemment la critique.
Celle-ci la confirme alors à la fois dans son sentiment de culpabilité et dans la justification de sa révolte contre ce qu’elle vit comme une injustice. Un cercle vicieux qu’il sera difficile de briser se met ainsi en place.

Quand les parents se sentent coupables...Comment s'en sortir

Quand les parents se sentent coupables…Comment s’en sortir?

Quel parent ne se sent pas coupable quand son enfant va mal ? Bien peu en fait, quoiqu’ils puis-
sent en dire et en penser. L’enfant est le fruit des parents et ses difficultés sont toujours ressenties comme les leurs. Qu’ont-ils fait ou pas fait pour qu’il en soit ainsi ? Il est difficile de ne pas se sentir coupable et encore plus d’y renoncer, ce qui pourrait revenir à reconnaître son impuissance ou à avouer son peu de pouvoir sur l’enfant. Alors les parents oscillent entre une culpabilité plus ou moins aiguë et un sentiment d’impuissance. L’important est de ne pas se laisser enfermer dans ce mouvement dépressif. Trop de culpabilité donnerait l’impression à l’adolescent que tout dépend de ses parents et qu’il n’a que peu de pouvoir sur son évolution. Mettre en avant leur impuissance reviendrait à lui dire qu’ils renoncent à l’influencer et qu’ils refusent le conflit. Or l’important en tant que parents, c’est avant tout d’être concernés par son enfant. C’est-à-dire lui
montrer qu’il est regardé, vu et entendu sans nécessairement chercher à vouloir le changer mais sans renoncer non plus à le confronter à ce qu’il a été, à ce qu’il peut être et aux projets qu’il peut avoir. Les parents sont les témoins et les garants de la continuité de leur enfant, du passé et de l’avenir comme du présent.
Les parents doivent assurer cette continuité quelles que soient leurs erreurs et même leurs « fautes » passées. Celles-ci ne justifient jamais que l’adolescent en pâtisse deux fois, en s’abîmant d’une façon ou d’une autre et en gâchant ses chances. Ils peuvent s’interroger play free retro slots sur ce qu’ils ont fait (leur passé, leur histoire), se remettre en question sans pour autant s’enfermer dans la culpabilité
ni renoncer à leurs convictions, et encore moins à continuer de défendre ce qu’ils pensent être préférable pour leur enfant.

Le meilleur service que des parents peuvent rendre à un adolescent, c’est de survivre, disait le psychanalyste et pédiatre Winnicott. Il soulignait par là l’importance de cette présence continue en arrière-fond qui, pour exister, n’a pas nécessairement besoin de maîtriser le cours des événements. Présence qui subsiste même si elle fait l’objet d’attaques ou d’apparente indifférence. Cette continuité, cette résistance, cette capacité d’accueil sont en miroir, ce qui permet à l’adolescent de se construire et de se sentir lui aussi inscrit dans une continuité, capable de résistance et d’être accueillant envers lui-même et envers ses contradictions. On retrouve dans ces caractéristiques parentales à l’adolescence celles qui dans la première enfance avaient permis au bébé de se percevoir comme une personne inscrite dans la durée et résistant aux coups, ruptures et autres traumatismes de la vie.