Pourquoi l'adolescence débute-t-elle de plus en plus jeune

Pourquoi l’adolescence débute-t-elle de plus en plus jeune?

On constate, en effet, que la puberté commence de plus en plus tôt. Ainsi l’âge moyen d’apparition des premières règles est passé de 17 ans au milieu du XIXe siècle à 15 ans vers 1930; il est actuellement de 12 ans et demi. Beaucoup déjeunes accèdent, du fait de la libération des mœurs, de plus en plus précocement à la sexualité. Ils ont aussi une facilité d’accès inédite à des connaissances qui leur ouvrent le monde et développent leur esprit critique. Mais s’ils sont en avance sur ce plan-là, par rapport à leurs parents au même âge, sur le plan matériel et affectif, ils demeurent très dépendants de leur famille. On voit même se développer des comportements « pseudo-adolescents » chez déjeunes prépubères adoptant des attitudes qui miment celles de leurs aînés. Ces velléités d’imitation semblent favorisées par les images télévisées et les effets d’entraînement de groupe.

Néanmoins, on peut considérer qu’il s’agit plus d’une «pseudo-adolescence» que d’une véritable adolescence. Celle-ci nécessite l’intégration psychologique des effets des changements corporels de la puberté sur l’individu lui-même et sur ses relations avec les autres, notamment avec ses parents. Ce démarquage de comportements adolescents par des préadolescents est souvent passager. Il est habituellement sans conséquences et disparaît avec les premiers effets de la puberté. Cependant, il ne faut pas l’encourager, car un comportement «faux» n’est jamais bénéfique. Il peut parfois avoir des effets négatifs en piégeant l’enfant dans des attitudes de provocation, voire de séduction pseudo-sexuelle. Ces comportements l’empêchent de satisfaire les besoins affectifs correspondant à son âge, bloquent ses apprentissages et le figent dans l’image négative de lui-même que lui ren-
voient les adultes. Un enfant qui commence son adolescence trop précocement et adopte ce type d’attitudes peut être manipulé par un adulte à des fins perverses ou intégré dans une bande dont il deviendra éventuellement la mascotte. Cette situation lui donne un status qui, certes, le valorise sur le moment, mais qui se fait au détriment des acquisitions scolaires, affectives et morales, et qui compromet son avenir.

Quelle est la place du père

Quelle est la place du père ?

La fonction classique du père, énoncée par Freud et la théorie psychanalytique, est de protéger l’enfant de l’inceste en s’interposant entre lui et sa mère et en la lui interdisant. En outre, le père a une fonction de protection par le fait que, moyennant ce renoncement à la mère, l’enfant bénéficie de sa bienveillance, fait alliance avec lui et se sent protégé. Au-delà de cette fonction d’interdit, et probablement de façon tout aussi importante, le père intervient dans la relation de l’enfant à la mère par le fait qu’il vectorise le désir de la mère sur lui, indiquant ainsi à l’enfant une voie qui le sort de la seule confrontation avec sa mère. L’effet tiers d’ouverture de la fonction paternelle n’est ainsi pas seulement lié à l’interdit, mais aussi à la mobilisation d’un désir sur une tierce personne, objet du désir de la mère.

On oublie souvent qu’il n’y a pas de père sans qu’il y ait une mère et que c’est elle, autant que l’enfant, qui fait le père, et vice versa. Au-delà de ce que chacun est, c’est la façon dont l’autre l’investit qui compte. Cet investissement réciproque est aussi important que leur rôle spécifique. Ainsi, quelles que soient ses qualités, si le père est disqualifié par la mère, cela fait des ravages. La disqualification, plus que la critique ou l’opposition, c’est le dénigrement systématique de la valeur et de l’importance de l’autre, voire même le présenter comme une source de danger. Les enfants sont alors placés dans un dilemme infernal qui les oblige à remettre en question la confiance en l’un ou en l’autre.

Cette disqualification va parfois jusqu’à l’accusation d’abus sexuel ou de perversité du père, et peut provoquer une crise de confiance d’autant plus considérable que cela n’est pas toujours vrai.
L’enfant constate que le parent avec lequel il a une relation initiale privilégiée, en général sa mère, est lui-même en relation avec d’autres personnes auprès desquelles il l’introduit pour nouer des relations différentes. Le conjoint tient une place essentielle dans ce dispositif et notamment le père, co-géniteur et porteur d’une différence de sexe, fondement essentiel de l’accès à la différence. L’absence du père ne condamne pas l’enfant à l’indifférenciation, mais elle lui complique la tache dans ses possibilités d’identification pour le garçon et dans ses relations affectives pour la fille. D’autres supports peuvent alors servir de relais.

Lorsqu’il fonctionne dans le respect des différences, le couple parental ouvre l’enfant à des relations affectives différenciées et à des modèles d’identification qui s’appuient sur ces deux socles de la réalité que sont la différence des sexes et celle des générations. Cependant, cette ouverture à la différence est fortement affaiblie quand la différence se réduit à une hiérarchie où l’un des parents se définit essentiellement par son statut d’infériorité ou de supériorité à l’autre.
Enfin, le père intervient au niveau de la constitution des idéaux de l’enfant dans la mesure où il est porteur d’ouverture sur les valeurs sociales dont il est un des relais privilégiés. L’étude de la fonction paternelle a donné lieu à deux types de dérive. La première dérive est celle d’une abs-
traction de plus en plus poussée au point de réduire la fonction paternelle à un jeu de signifiants, notamment autour du Nom du Père, qui serait ou non transmis par la mère. Cette tendance lui confère un rôle de type

transccndanial qui aboutit d’une part à se référer à des entités telle la Loi, dont le père serait le vecteur, et d autre part à s’éloigner d’une réalité qui ne corrobore guère ces spéculations. A l’opposé, la deuxième dérive réside dans le risque de transformer le père en une mère bis, contri-
buant ainsi à la constitution d’un bloc «papa-maman» indifférencié. Cette dérive est d’autant plus pernicieuse qu’elle résulte d’un conflit de pouvoir entre la mère et le père et non d’une entente respectueuse de chacun autour du partage des tâches. Comme toujours avec l’éducation, ce qui est un avantage d’un côté représente un risque possible de l’autre. La plus grande proximité du père avec ses enfants a bien des avantages, mais elle peut avoir un inconvénient : celui d’être parfois envahissante pour eux. Même si la mère est sortie du foyer pour travailler, c’est le père qui traditionnellement symbolise celui qui part affronter le monde et facilite ainsi l’ouverture à l’extérieur. En donnant le sentiment de centrer ses intérêts trop exclusivement sur la famille, il n’offre plus toujours le minimum d’idéalisation de ce qui se passe à l’extérieur, et dont l’eniànt se sent exclu, nécessaire pour permettre à un adolescent d’avoir envie de sortir de sa famille. Empreints comme la mère de sollicitude, les pères transmettent, souvent malgré eux, une vision inquiète du monde. On assiste parfois aujourd’hui à une sorte de «cramponnement » familial généralisé ; comme on est bien, parents et enfants, tous dans le grand lit devant la télévision!

De façon plus pratique, il est intéressant de revenir sur les aspects concrets du développement de l’enfant et notamment sur une des nécessités essentielles de ce développement, la fonction différenciante ou fonction tierce. Celle-ci s’organise de façon privilégiée autour de la place du père, mais elle trouve aussi des supports et des relais au-delà de la place du père et notamment dans
les supports offerts par les médiations culturelles.

La mise en place d’investissements différenciés permet la constitution de limites et sort l’enfant d’une relation exclusive qui s’exprime sur le mode du tout ou rien. Il s’agit d’un processus très progressif, les prémices de cette différenciation apparaissant très tôt, probablement dès les derniers mois de la vie fœtale par le repérage des sons de voix différents. Par la suite, cette perception s’appuiera sur la répartition des rôles et des attitudes. Elle aboutira à l’émergence
de la configuration œdipienne, c’est-à-dire à la perception par l’enfant de la différence des sexes et des générations organisée autour et par le couple parental. Le fait que celui-ci véhicule ces différences fondamentales permet à l’enfant non seulement de se situer dans une généalogie, mais aussi d’insérer ces différences dans une relation de complémentarité. Le lien du couple, s’il est fait de respect mutuel et d’amour, illustre que la différence est porteuse d’une complémentarité positive. Il introduit alors l’enfant à la liberté, à la possibilité de se rêver lui aussi différent
de ses parents tout en restant objet d’amour et d’intérêt.

Dès lors, il ne s’agit plus pour l’enfant d’être comme ses parents, plus ou moins confondus avec eux et indifférencié, ou au contraire différent et rejeté. Il lui est possible de se concevoir comme différent et semblable sans être pour autant le même. Cette fonction tierce sera par la suite relayée par d’autres médiateurs : grandsparents, oncles ou tantes et intervenants du monde social environnant avec, au premier rang, les enseignants et tous ceux qui ont une fonction éducative. A l’opposé, la négation ou le refus de la différence au sein du couple signifie pour l’enfant qu’on ne peut être que semblable, et, à la limite, indifférencié, ou rejeté.
Cette intolérance à la différence est porteuse de menaces pour son développement : grandir, c’est se confondre avec cet objet d’amour totalitaire ou risquer de le détruire ou d’être détruit.

L’enfant se constitue ainsi largement en fonction des attitudes des autres à son égard, et de l’image que ceuxci lui renvoient. Ce jeu d’échanges est une des conditions de l’empathie, de cette capacité à s’identifier à l’autre et à le comprendre de l’intérieur. C’est également une condition essentielle de la possibilité de tendresse pour autrui et une base indispensable de l’accès au système des valeurs et au sentiment moral. C’est parce que l’enfant aura perçu et intégré ces limites successives et identifié les siennes propres, également reconnues et respectées par les autres, qu’il accédera progressivement à la conscience de son appartenance à un groupe de valeurs communes. Ces dernières seront à leur tour comme une médiation supplémentaire entre lui et les autres, et assureront la préservation de ses limites, de son intégrité et de son identité. Cette progressive intégration
de valeurs transcendant le sujet est bien différente de la notion d’une loi qui s’imposerait arbitrairement de l’extérieur et conditionnerait l’accès à un ordre symbolique.

Elle veut se faire tatouer ; il veut un piercing. Faut-il accepter

Elle veut se faire tatouer ; il veut un piercing. Faut-il accepter?

Tatouages et piercings ne sont que Tune des nombreuses modalités dont dispose l’adolescent pour
apposer sa propre trace sur son corps, manifester sa différence et se démarquer des adultes. Pour mieux en comprendre le sens, il faut dire quelques mots de la place du corps à l’adolescence. Nous avons vu que ce sont les changements corporels de la puberté qui marquent l’entrée dans l’adolescence. Ces transformations ne sont ni plus décidées, ni plus choisies par l’adolescent qu’il ne choisit son sexe ou son apparence physique. Face à cette métamorphose physique, l’adolescent a l’impression que son corps le trahit au lieu de le protéger et qu’il révèle des émotions qu’il aurait préféré tenir cachées, quand il rougit malgré lui, par exemple. Chez les plus vulnérables d’entre eux, le corps est vécu comme un corps étranger qu’il va falloir se réapproprier.
Si l’on ne choisit pas son corps, on peut par contre choisir la façon dont on Thabille et dont on le présente. Les modes vestimentaires, la tenue, la coiffure et les marques corporelles vont devenir pour l’adolescent les moyens privilégiés d’y imprimer sa marque personnelle. Dans ce rapport au corps, on retrouve les règles qui régissent le comportement adolescent dans son entier : plus l’adolescent est insatisfait de lui-même en général et de son corps en particulier, plus le besoin d’être vu et remarqué sera fort, plus le moyen choisi passe par une violence exercée à l’égard du corps. Les manifestations les plus extrêmes de cette transformation volontaire semblent en effet ne pas rechercher l’embellissement, être plus du côté du rejet du corps que de la tendresse et substituer la provocation à la recherche du regard admiratif des autres.

Sans être les plus violentes de ces manifestations, tatouages et piercings représentent une véritable inscription dans le corps, telle qu’en intégraient beaucoup de rites initiatiques. On y retrouve le besoin de marquer son territoire, d’affirmer son autonomie, affirmation qui ne peut se faire qu’au prix d’une certaine douleur (même toute relative) qui prouvera la capacité du sujet à supporter souffrances et difficultés. L’adolescent a également besoin, par ce « marquage », de s’assurer de ses limites et de conjurer les attentes qu’il a envers les autres (être vu, regardé, touché, pris dans les bras, etc.). Ce contact, trop désiré pour être acceptable, il va se le procurer à lui-même au travers des figures du tatouage et plus encore par le piercing, qui lui rappelle en permanence qu’il dispose d’un contact possible et entièrement contrôlable avec son propre corps. Cela est évidemment plus flagrant en ce qui concerne certaines formes de piercings comme ceux qui se situent sur le bout de la langue.
Quant aux anneaux, ils peuvent évoquer un désir d’être accroché, tenu, voire même attaché. Mais à qui ? Faute de réponse, l’adolescent met en scène ce désir, mais pour lui seul, dans l’évitement d’une possible rencontre avec autrui, ou encore en miroir de quelqu’un portant comme lui des signes identiques de reconnaissance. Dans le même temps, il affirme sa différence avec le monde parental, celui des adultes établis. Besoin et fuite d’un contact trop attendu, et attendu de façon trop ambivalente pour être tolérable, piercings et tatouages sont le signe que l’adolescent demande à
trouver un lien qui soit pour lui plus acceptable avec ceux dont il est le plus proche. Il faut donc y répondre. Ne pas y prêter attention, ou trop les banaliser, c’est ignorer le besoin sous-jacent qui a motivé le geste de l’adolescent et encourager une possible escalade. Cette réponse peut s’inspirer des règles communément appliquées aux réactions qu’induisent ce type d’attitudes adolescentes : se laisser interpeller ; essayer de déplacer le besoin de l’adolescent de s’exprimer en actes par le corps sur un échange verbal plus général portant sur lui, sur l’image qu’il a de lui-même et qu’il pense que les autres ont de lui ; mais aussi poser des limites, voire des exigences qui tiennent compte du style de la famille, de l’âge de l’adolescent et de la nature de ce qu’il demande ; enfin,
comprendre également que cela peut relever simplement d’un effet de mode qui en édulcore la signification.

Pour la très grande majorité des adolescents, tatouages et piercings ne sont qu’un moyen temporaire d’affirmer leur différence et une étape passagère dans leur évolution. A ce titre, ils les aident d’une certaine façon à se trouver eux-mêmes. Ce sera d’autant plus le cas que cela ne représentera pas une provocation trop importante par rapport aux normes de leur milieu, que les formes de tatouages ou de piercings qu’ils auront adoptées resteront modérées et que ces gestes s’inscriront
dans un phénomène de mode et de groupe.
Il n’y a donc pas, la plupart du temps, de quoi dramatiser quand il ou elle réclame un piercing ou un
tatouage ; mais il n’y a pas non plus de raison pour une famille qui n’est pas coutumière de ce type d’expressions de faire semblant de ne pas voir ce qui est fait pour être vu et pour étonner sinon choquer.

Il ne parle pas...Comment dois-je réagir

Il ne parle pas…Comment dois-je réagir?

Nombre de parents s’inquiètent du silence de leurs enfants à l’adolescence. Mais, du point de vue de
beaucoup d’adolescents, à quoi bon parler si Ton ne sait pas bien ce que l’on aurait a dire… Ou encore, à quoi bon parler r « on a tant de choses à expliquer que l’on ne sait pas p*r où commencer… La plupart du temps, qu’ils soient timides ou pas, les adolescents ne prennent pas la parole alors qu’ils rêvent de pouvoir enfin se confier à une personne qui les comprendrait. Une sorte de double, un grand frère ou une grande sœur… Et, à défaut, ils – et plus souvent elles – noircissent les pages
d’un carnet intime, quelquefois avec le secret espoir qu’il soit enfin découvert et lu. Nous sommes donc toujours en présence de la même contradiction : l’attente confuse d’être deviné opposée à la peur d’être transparent, à la merci des autres. Il ou elle ne parle pas, mais ne supporte pas plus qu’on lui parle et, moins encore, que les autres se parlent et qu’il se sente de ce fait d’autant plus exclu. Paradoxalement, rien n’est plus « communicatif » que le mutisme d’un adolescent. Son silence suffit à transformer l’ambiance de toute une famille. Il se crée immédiatement une tension qui fige tout le monde et empêche les parents d’être naturels. Si personne ne parle, l’adolescent se plaint de la morosité ambiante, mais si l’on parle et que l’on plaisante, il ne voit pas ce
que la situation a de drôle et relève le manque total d’intérêt de ce qui est dit. Dans ces conditions, comment trouver la bonne distance? Souvent en ayant recours à un tiers ou à toute autre forme de médiation possible. Patience et humour ont raison en règle générale de ces blocages temporaires.
En revanche, s’ils persistent, ou s’il s’agit d’un changement brutal de comportement chez un adolescent jusqu’alors volubile, il faut considérer ce mutisme comme un symptôme et chercher à le contrer par les ressources propres de la famille ou l’appel à une aide extérieure.

Cette médiation peut se trouver au sein même de la famille. Ainsi, tel adolescent qui ne parle pas en présence de sa mère se confiera plus volontiers à son père, ou à un grand-parent, ou à telle ou telle personne significative de son entourage. L’important reste que la personne avec qui le dialogue est le plus difficile ne le vive pas comme une attaque personnelle et ne réagisse pas, à l’image de
l’adolescent, en s’enfermant à son tour dans le silence. Comprendre le blocage d’un adolescent aide à
prendre de la distance par rapport à ses réactions. Cela permet de ne pas en faire une affaire personnelle et autorise quelqu’un de moins directement impliqué à intervenir plutôt que de se culpabiliser sans fin et de chercher à tout prix à changer pour se conformer au mieux aux attentes supposées de l’adolescent. Cette dernière attitude, d’ailleurs, ne fait bien souvent qu’accroître le besoin d’opposition de l’adolescent qui se renfermera encore davantage sur lui-même pour échapper à l’emprise de ses parents.

Il est instable. Que faire

Il est instable. Que faire ?

L’instabilité concerne plus souvent les garçons que les filles. Elle se traduit par l’impossibilité de tenir en place, par le besoin incessant de s’occuper, par la difficulté à écouter et à se concentrer sur des activités sédentaires. S’y ajoute habituellement le besoin de houspiller l’entourage et de le provoquer. L’adolescent instable ne tolère pas les remarques et les réprimandes, éprouve un sentiment d’injustice, n’accepte pas d’être en faute et en rejette la responsabilité sur les autres, a besoin de se faire remarquer et ne supporte pas la solitude. Bref, on a le sentiment que derrière cette agitation se cachent une grande vulnérabilité, un enfant malheureux et seul, qui
n’arrive pas à trouver une place qui soit bien à lui où il puisse s’installer. L’instabilité associe à une agitation motrice, qui peut être le besoin de parler tout le temps, des caractéristiques psychologiques qui, toutes, dénotent une impossibilité d’attendre, de contenir les tensions et de tolérer les conflits et les émotions à tonalité dépressive qui pourraient mettre en cause l’adolescent lui-même. Cette double dimension de l’instabilité montre qu’à côté de facteurs qui peuvent être liés au tempérament (ayant éventuellement une cause héréditaire), il existe des facteurs psychologiques, peut-être favorisés par les premiers, révélant l’hypersensibilité de ces jeunes à leur environnement et, par là même, leur vulnérabilité : ils ne trouvent pas en eux les moyens de contenir et de gérer les tensions qui les affectent, qu’elles viennent de l’extérieur ou de l’intérieur.

Le soutien que peut apporter l’entourage à ces adolescents est important. Il leur sert d’enveloppe protectrice et les aide à penser et à élaborer leurs tensions. A contrario, si ces adolescents sont instables, c’est aussi parce que leur enfance a été marquée par un manque, notamment dans la capacité de l’entourage à les aider à faire face à des situations données. Il n’est pas rare, d’ailleurs, que l’on retrouve des situations familiales difficiles, des conditions d’éducation chaotiques, des traumatismes sexuels ou autres derrière une adolescence instable. Ou encore, plus simplement mais plus difficilement détectable, il peut s’agir d’une relation de « surstimulation » de l’entourage, qui n’a pas su s’accorder aux besoins de l’enfant pour installer une relation apaisante.
Il est ainsi fréquent que le petit garçon ait fait l’objet d’une attention particulière de sa mère, exprimée davantage sur le mode de l’inquiétude et de la réprimande que de la sollicitude tranquille. En grandissant, l’enfant développe une relation dans laquelle il sollicite sans cesse l’attention de sa mère par son agitation ou par ses bêtises. L’insatisfaction réciproque devient un moyen de gérer une relation trop intime et trop excitante pour être supportable dans le plaisir et la satisfac-
tion partagés.
L’instabilité est toujours un eut à prendre au sérieux car, une fois installée, elle est lourde de conséquences. Elle en vient rapidement à se renforcer elle-même. Elle conduit à l’échec scolaire, est source de réprimandes et de rejet qui ne font que déstabiliser encore davantage l’enfant et le conforter dans son comportement. Aussi, le plus tôt possible, faut-il tenter d’inverser la situation
en élaborant des stratégies d’apaisement et de valorisation de l’enfant.

Les formes majeures d’instabilité peuvent déboucher sur des difficultés d’apprentissage invalidantes pour l’adolescent qui risque, s’il en souffre, d’être renvoyé de partout. Dans ce genre de situation, et après un bilan hospitalier préalable obligatoire, il est possible d’envisager la prescription de Ritaline. Ce médicament peut avoir des effets positifs sur les capacités de concentration et les résultats scolaires, mais, attention, il s’agit d’une amphétamine, c’est-à-dire d’un produit psychotrope qui habituellement a des effets excitants. Paradoxalement, ce médicament calme l’hyperactivité, mais il n’est pas sans risque de dépendance.

Aussi la prise de médicament ne doit-elle pas remplacer une aide psychothérapeutique individuelle ou
familiale, bien souvent indispensable.

Teenage girl being bullied

Mon fils est petit, ma fille est enrobée. Ne vont-ils pas être la risée de leurs camarades?

Les différences d’apparence physique sont à la fois exacerbées par les effets de la puberté et particulièrement mal tolérées par les adolescents. C’est leur image d’eux-mêmes qui est enjeu, à une période de leur vie où ils ont l’impression qu’elle remet en cause leur identité elle-même, et leur identité sexuelle en particulier. Ce n’est donc pas un hasard si les complexes des garçons se focalisent surtout sur leur taille, généralement associée à la virilité, et les complexes des filles sur leur poids. Ces complexes font l’objet des plaintes les plus habituelles, mais ils ne sont pas les seuls qui peuvent affecter les adolescents : toutes les différences physiques sont susceptibles de cristalliser les inquiétudes et les insatisfactions des adolescents.

En effet, les adolescents sont particulièrement sensibles à ces différences ; c’est pourquoi ils s’en emparent immédiatement chez leurs camarades, pour se démarquer d’eux et se rassurer en se moquant de quelqu’un qui semble plus en difficulté qu’eux. On ne peut qu’être frappé par la férocité apparemment croissante dont font preuve les jeunes les uns envers les autres, férocité qui s’exerce surtout sur leur apparence physique. Du moins, ils ne sont peut-être pas plus féroces qu’ils ne l’étaient autrefois, mais ils l’expriment beaucoup plus directement et ouvertement que par le passé. On peut y voir un effet de la dissolution des valeurs traditionnelles, au détriment de la réussite scolaire sur
laquelle semble devoir primer l’allure physique, le «look» étant ce qui valorise un adolescent auprès de son groupe d’âge. Les tenues vestimentaires, sacs, baskets et autres accessoires marquent l’appartenance d’un adolescent à un groupe et participent largement à sa reconnaissance, tous signes qui deviennent particulièrement contraignants du fait de leur formalisme à l’âge même où, paradoxalement, les jeunes se voudraient libérés de toute influence et de toute dépendance.

Quoi qu’il en soit, malheur à celui qui n’est pas conforme aux règles implicites de ce nouvel establishment. Il devient rapidement l’objet de moqueries et de mesures vexatoires : ses « défauts » lui sont clairement énoncés et jetés à la figure sans fard et sans ménagement.

Or la puberté est en elle-même l’instigatrice d’inégalités les plus diverses chez les adolescents. Ses effets se font sentir à un rythme et sous des formes extrêmement variables d’un individu à l’autre, favorisant ainsi des décalages importants. Une puberté un peu tardive ou trop précoce contribue à marginaliser celui ou celle qui en est affecté. Un écart de 5 à 6 années, ce qui est
considérable à cette période de la vie, peut creuser un fossé important entre les adolescents : une puberté qui débute précocement vers l’âge de 10 ou 11 ans peut favoriser l’apparition de troubles divers (dépression, isolement, troubles du comportement alimentaire et/ou sexuels, comme les conduites de provocation qui se rencontrent surtout chez certaines adolescentes), tandis qu’un retard de la puberté fait paraître celui qui le subit comme un enfant aux yeux de ses camarades, alors
même qu’ils sont parfois beaucoup moins matures affectivement et psychologiquement que lui. Un retard dans l’apparition des caractères sexuels secondaires peut être particulièrement mal vécu par les
garçons, et peut les mener à déprimer, à s’isoler ou, au contraire, à chercher à compenser ce qu’ils vivent comme un handicap en s’agitant et en attirant l’attention sur eux par une attitude, des propos ou des gestes provocants censés les valoriser aux yeux de leurs camarades. Chercher à compenser ses complexes physiques en mangeant trop peut également conduire à des difficultés semblables, du fait notamment de la prise de poids qui en résulte. Car l’obésité par exemple, quels qu’en soient les multiples facteurs, prend dès le plus jeune âge une signification dans la relation aux autres. Elle peut être une sorte de rempart ou de carapace qui protège l’adolescente d’une confrontation trop directe à la sexualité et à la séduction ; mais elle peut aussi avoir une valeur masochiste, car elle permet d’attirer le regard (ce que désire l’adolescente) mais sur un mode douloureux, dévalorisant. Les réactions négatives des autres contribuent plus souvent à renforcer ce comportement masochiste qu’à motiver l’adolescente pour qu’elle se donne les moyens de la séduction qu’elle a envie d’exercer. A moins qu’elles ne la poussent à adopter, par défi, la réaction inverse, c’est-à-dire une conduite anorexique.

Les parents doivent être conscients que toute « anomalie» physique, qu’elle soit réelle ou vécue comme telle par l’adolescent, peut être pour lui source de difficultés psychologiques et de souffrance. Mais ce n’est qu’une potentialité, et non une règle sans exceptions ; il ne faudrait donc pas que les parents en soient plus préoccupés que l’adolescent lui-même. Certains parents harcèlent littéralement leurs enfants, par leurs regards désapprobateurs, leurs remarques diverses ou des com-
paraisons vexantes. Ils risquent alors de transformer un léger problème de poids par exemple (rondeurs de la jeune fille ou chétivité du garçon) en l’enjeu d’une lutte de pouvoir entre parents et enfants du même sexe. Ce n’est pas aider leur enfant à avoir confiance en soi et en ses capacités à changer pour obtenir ce qu’il désire. Faire semblant de ne rien voir n’est pas non plus une solution. Entre ces deux attitudes quelque peu extrêmes, il est possible d’attendre patiemment et tranquillement la bonne occasion pour parler du problème physique en question. I! faut le faire en étant à l’écoute de ce que ressent l’adolescent, en l’aidant à relativiser la situation et en lui témoignant la confiance que l’on place dans ses capacités à trouver un jour, en sachant ne pas se précipiter, un équilibre satisfaisant. Il peut au besoin chercher à l’extérieur une aide appropriée,
conseils d’amis, activités sportives ou artistiques, ou encore psychothérapie… ce choix lui appartient.

Il faut par contre éviter de chercher à faire alliance avec l’adolescent(e) contre les autres, les camarades indélicats, car cela ne ferait que contribuer à l’enfermer dans un sentiment de persécution qui, pour être justifié, n’en est pas moins toujours un piège dangereux qui peut l’encourager à s’isoler et à se replier sur sa seule famille. Mieux vaut l’aider à relativiser ces critiques, à s’en jouer si possible avec humour et, surtout, à ne pas dédaigner ses atouts et ses qualités sous prétexte qu’il a peut-être quelques défauts. Bien sûr, cela ne suffira pas à l’apaiser comme par magie, mais les parents doivent pouvoir croire à l’influence bénéfique du temps qui passe sans exiger de leur enfant qu’il adhère lui aussi, avec son peu de recul, à leur vision positive des choses.
Car les parents sont les garants à moyen et à long terme des potentialités de leur enfant et de son épanouissement. Même s’ils sont eux-mêmes blessés dans leur amour-propre par ses difficultés présentes, ils ne doivent surtout pas perdre de vue qu’il leur revient à eux d’abord de croire, de manière réaliste mais inébranlable, dans les ressources de l’adolescent.
La fermeté de leur position est pour l’adolescent le meilleur moyen de se rassurer, même s’il cherchera toujours obstinément à mettre en doute et à tester la conviction de ses parents.