Elle veut se faire tatouer ; il veut un piercing. Faut-il accepter

Elle veut se faire tatouer ; il veut un piercing. Faut-il accepter?

Tatouages et piercings ne sont que Tune des nombreuses modalités dont dispose l’adolescent pour
apposer sa propre trace sur son corps, manifester sa différence et se démarquer des adultes. Pour mieux en comprendre le sens, il faut dire quelques mots de la place du corps à l’adolescence. Nous avons vu que ce sont les changements corporels de la puberté qui marquent l’entrée dans l’adolescence. Ces transformations ne sont ni plus décidées, ni plus choisies par l’adolescent qu’il ne choisit son sexe ou son apparence physique. Face à cette métamorphose physique, l’adolescent a l’impression que son corps le trahit au lieu de le protéger et qu’il révèle des émotions qu’il aurait préféré tenir cachées, quand il rougit malgré lui, par exemple. Chez les plus vulnérables d’entre eux, le corps est vécu comme un corps étranger qu’il va falloir se réapproprier.
Si l’on ne choisit pas son corps, on peut par contre choisir la façon dont on Thabille et dont on le présente. Les modes vestimentaires, la tenue, la coiffure et les marques corporelles vont devenir pour l’adolescent les moyens privilégiés d’y imprimer sa marque personnelle. Dans ce rapport au corps, on retrouve les règles qui régissent le comportement adolescent dans son entier : plus l’adolescent est insatisfait de lui-même en général et de son corps en particulier, plus le besoin d’être vu et remarqué sera fort, plus le moyen choisi passe par une violence exercée à l’égard du corps. Les manifestations les plus extrêmes de cette transformation volontaire semblent en effet ne pas rechercher l’embellissement, être plus du côté du rejet du corps que de la tendresse et substituer la provocation à la recherche du regard admiratif des autres.

Sans être les plus violentes de ces manifestations, tatouages et piercings représentent une véritable inscription dans le corps, telle qu’en intégraient beaucoup de rites initiatiques. On y retrouve le besoin de marquer son territoire, d’affirmer son autonomie, affirmation qui ne peut se faire qu’au prix d’une certaine douleur (même toute relative) qui prouvera la capacité du sujet à supporter souffrances et difficultés. L’adolescent a également besoin, par ce « marquage », de s’assurer de ses limites et de conjurer les attentes qu’il a envers les autres (être vu, regardé, touché, pris dans les bras, etc.). Ce contact, trop désiré pour être acceptable, il va se le procurer à lui-même au travers des figures du tatouage et plus encore par le piercing, qui lui rappelle en permanence qu’il dispose d’un contact possible et entièrement contrôlable avec son propre corps. Cela est évidemment plus flagrant en ce qui concerne certaines formes de piercings comme ceux qui se situent sur le bout de la langue.
Quant aux anneaux, ils peuvent évoquer un désir d’être accroché, tenu, voire même attaché. Mais à qui ? Faute de réponse, l’adolescent met en scène ce désir, mais pour lui seul, dans l’évitement d’une possible rencontre avec autrui, ou encore en miroir de quelqu’un portant comme lui des signes identiques de reconnaissance. Dans le même temps, il affirme sa différence avec le monde parental, celui des adultes établis. Besoin et fuite d’un contact trop attendu, et attendu de façon trop ambivalente pour être tolérable, piercings et tatouages sont le signe que l’adolescent demande à
trouver un lien qui soit pour lui plus acceptable avec ceux dont il est le plus proche. Il faut donc y répondre. Ne pas y prêter attention, ou trop les banaliser, c’est ignorer le besoin sous-jacent qui a motivé le geste de l’adolescent et encourager une possible escalade. Cette réponse peut s’inspirer des règles communément appliquées aux réactions qu’induisent ce type d’attitudes adolescentes : se laisser interpeller ; essayer de déplacer le besoin de l’adolescent de s’exprimer en actes par le corps sur un échange verbal plus général portant sur lui, sur l’image qu’il a de lui-même et qu’il pense que les autres ont de lui ; mais aussi poser des limites, voire des exigences qui tiennent compte du style de la famille, de l’âge de l’adolescent et de la nature de ce qu’il demande ; enfin,
comprendre également que cela peut relever simplement d’un effet de mode qui en édulcore la signification.

Pour la très grande majorité des adolescents, tatouages et piercings ne sont qu’un moyen temporaire d’affirmer leur différence et une étape passagère dans leur évolution. A ce titre, ils les aident d’une certaine façon à se trouver eux-mêmes. Ce sera d’autant plus le cas que cela ne représentera pas une provocation trop importante par rapport aux normes de leur milieu, que les formes de tatouages ou de piercings qu’ils auront adoptées resteront modérées et que ces gestes s’inscriront
dans un phénomène de mode et de groupe.
Il n’y a donc pas, la plupart du temps, de quoi dramatiser quand il ou elle réclame un piercing ou un
tatouage ; mais il n’y a pas non plus de raison pour une famille qui n’est pas coutumière de ce type d’expressions de faire semblant de ne pas voir ce qui est fait pour être vu et pour étonner sinon choquer.

Faut-il accepter les amours à la maison

Faut-il accepter les amours à la maison?

Savoir s’il faut accepter que son fils ou sa fille dorme sous le toit familial avec sa ou son petit(e) ami(e) est typiquement une question nouvelle, liée à révolution des mœurs. Car cela ne fait qu’une ou deux décennies que certains adolescents mènent une vie de couple, régulière ou intermittente, chez leurs parents. Auparavant, cela ne pouvait avoir heu que de manière clandestine.

Que répondre quand son enfant en fait la demande ?
A partir de quel âge peut-on l’accepter? Dans quelles conditions et avec qui ? Autant de questions auxquelles il serait bien hasardeux de vouloir donner une réponse unique. En effet, elle ne peut être donnée qu’au cas par cas, selon la situation familiale de chaque adolescent et les valeurs qui servent de référence à ses parents. Même si une évaluation « objective » et statistique des effets de
cette pratique sur le développement des adolescents ne saurait exister, on peut apporter aux parents, souvent dépassés par les événements et perplexes quant à l’attitude à adopter, quelques repères susceptibles de les aider :
— Vouloir avoir des relations sexuelles au domicile familial est une façon pour l’adolescent de les faire cautionner par ses parents.
— C’est également souvent un moyen inconscient de chercher à exciter leur curiosité, leur jalousie et, inversement, une manière d’exprimer l’intensité de sa propre curiosité à l’égard de leur vie de couple. Qu’ils le veuillent ou non, qu’ib en soient ou non conscients, les parents sont placés en situation de témoins et de ce fait engagés dans leur responsabilité, ce qui représente pour l’adolescent la caution morale dont nous avons parlé plus haut.
— La proximité parentale, justifiée par des raisons de commodité, de contraintes matérielles et financières, peut également être une façon d’imiter les parents. Il n’est cependant pas souhaitable d’aborder la question sous cet angle avec son enfant.
— Ses parents peuvent aider l’adolescent à se montrer prudent et à ne pas adopter trop aisément, comme s’ils étaient naturels et sans incidences, des comportements qui ne le sont pas. Accepter trop rapidement les choix amoureux de son enfant peut amener celui-ci à répondre en multipliant les ruptures, pour provoquer ses parents, ou, au contraire, à s’engager prématurément… Ou encore, accepter immédiatement le nouveau venu peut empêcher l’adolescent de revenir sur son choix. Cela peut aussi susciter sa jalousie, s’il a le sentiment que ses parents l’apprécient plus que lui-même, trouvent en lui le fils ou la fille qu’ils n’ont pas eus.
— Il apparaît donc plus sage de garder ses distances avec ces pratiques, d’éviter qu’elles ne soient trop précoces ou qu’elles ne deviennent normales et routinières. Poser quelques limites acceptables devrait suffire : par exemple, demander à l’adolescent d’attendre un certain âge, d’avoir déjà fait la preuve d’une certaine autonomie et d’une certaine maturité, de faire en sorte que cela n’ait de retentissement ni sur son travail personnel ni sur l’espace privé de chacun, que ce soit le sien, quand il veut se retrouver seul, ou celui de ses parents.

Évidemment, la façon dont les parents de l’autre adolescent vont réagir risque de compliquer la situation en introduisant des comparaisons et donc des rivalités parfois difficiles à gérer. Il pourra dans ce cas être judicieux de maintenir ses propres positions sans pour autant dramatiser, disqualifier ou diaboliser celles des autres parents s’ils adoptent une attitude différente…

Il parle en « verlan ». Que faire

Il parle en « verlan ». Que faire?

Le «verlan» est un parfait exemple du «paradoxe adolescent» : l’adolescent cherche à créer un lan-
gage qui lui soit spécifique mais qui n’est que l’envers du langage adulte, et donc une façon de se positionner par rapport à eux. En pratiquant ce langage, il échappe à leur compréhension, mais pas à leurs regards étonnés ou désapprobateurs. Si l’adolescent tient à s’exprimer en « verlan », mieux vaut considérer cela comme un jeu. Mais tout jeu a ses limites. Il est préférable de le faire savoir très vite à l’adolescent. Cela dit, la limite peut varier sensiblement d’une famille à l’autre. Recherche d’originalité et de différence, la pratique du verlan ne doit pas marginaliser l’adolescent, empêcher toute communication avec le monde des adultes, et en particulier avec le monde des parents.

Il ne parle pas...Comment dois-je réagir

Il ne parle pas…Comment dois-je réagir?

Nombre de parents s’inquiètent du silence de leurs enfants à l’adolescence. Mais, du point de vue de
beaucoup d’adolescents, à quoi bon parler si Ton ne sait pas bien ce que l’on aurait a dire… Ou encore, à quoi bon parler r « on a tant de choses à expliquer que l’on ne sait pas p*r où commencer… La plupart du temps, qu’ils soient timides ou pas, les adolescents ne prennent pas la parole alors qu’ils rêvent de pouvoir enfin se confier à une personne qui les comprendrait. Une sorte de double, un grand frère ou une grande sœur… Et, à défaut, ils – et plus souvent elles – noircissent les pages
d’un carnet intime, quelquefois avec le secret espoir qu’il soit enfin découvert et lu. Nous sommes donc toujours en présence de la même contradiction : l’attente confuse d’être deviné opposée à la peur d’être transparent, à la merci des autres. Il ou elle ne parle pas, mais ne supporte pas plus qu’on lui parle et, moins encore, que les autres se parlent et qu’il se sente de ce fait d’autant plus exclu. Paradoxalement, rien n’est plus « communicatif » que le mutisme d’un adolescent. Son silence suffit à transformer l’ambiance de toute une famille. Il se crée immédiatement une tension qui fige tout le monde et empêche les parents d’être naturels. Si personne ne parle, l’adolescent se plaint de la morosité ambiante, mais si l’on parle et que l’on plaisante, il ne voit pas ce
que la situation a de drôle et relève le manque total d’intérêt de ce qui est dit. Dans ces conditions, comment trouver la bonne distance? Souvent en ayant recours à un tiers ou à toute autre forme de médiation possible. Patience et humour ont raison en règle générale de ces blocages temporaires.
En revanche, s’ils persistent, ou s’il s’agit d’un changement brutal de comportement chez un adolescent jusqu’alors volubile, il faut considérer ce mutisme comme un symptôme et chercher à le contrer par les ressources propres de la famille ou l’appel à une aide extérieure.

Cette médiation peut se trouver au sein même de la famille. Ainsi, tel adolescent qui ne parle pas en présence de sa mère se confiera plus volontiers à son père, ou à un grand-parent, ou à telle ou telle personne significative de son entourage. L’important reste que la personne avec qui le dialogue est le plus difficile ne le vive pas comme une attaque personnelle et ne réagisse pas, à l’image de
l’adolescent, en s’enfermant à son tour dans le silence. Comprendre le blocage d’un adolescent aide à
prendre de la distance par rapport à ses réactions. Cela permet de ne pas en faire une affaire personnelle et autorise quelqu’un de moins directement impliqué à intervenir plutôt que de se culpabiliser sans fin et de chercher à tout prix à changer pour se conformer au mieux aux attentes supposées de l’adolescent. Cette dernière attitude, d’ailleurs, ne fait bien souvent qu’accroître le besoin d’opposition de l’adolescent qui se renfermera encore davantage sur lui-même pour échapper à l’emprise de ses parents.

Quelle est la place du père

Quelle est la place du père ?

La fonction classique du père, énoncée par Freud et la théorie psychanalytique, est de protéger l’enfant de l’inceste en s’interposant entre lui et sa mère et en la lui interdisant. En outre, le père a une fonction de protection par le fait que, moyennant ce renoncement à la mère, l’enfant bénéficie de sa bienveillance, fait alliance avec lui et se sent protégé. Au-delà de cette fonction d’interdit, et probablement de façon tout aussi importante, le père intervient dans la relation de l’enfant à la mère par le fait qu’il vectorise le désir de la mère sur lui, indiquant ainsi à l’enfant une voie qui le sort de la seule confrontation avec sa mère. L’effet tiers d’ouverture de la fonction paternelle n’est ainsi pas seulement lié à l’interdit, mais aussi à la mobilisation d’un désir sur une tierce personne, objet du désir de la mère.

On oublie souvent qu’il n’y a pas de père sans qu’il y ait une mère et que c’est elle, autant que l’enfant, qui fait le père, et vice versa. Au-delà de ce que chacun est, c’est la façon dont l’autre l’investit qui compte. Cet investissement réciproque est aussi important que leur rôle spécifique. Ainsi, quelles que soient ses qualités, si le père est disqualifié par la mère, cela fait des ravages. La disqualification, plus que la critique ou l’opposition, c’est le dénigrement systématique de la valeur et de l’importance de l’autre, voire même le présenter comme une source de danger. Les enfants sont alors placés dans un dilemme infernal qui les oblige à remettre en question la confiance en l’un ou en l’autre.

Cette disqualification va parfois jusqu’à l’accusation d’abus sexuel ou de perversité du père, et peut provoquer une crise de confiance d’autant plus considérable que cela n’est pas toujours vrai.
L’enfant constate que le parent avec lequel il a une relation initiale privilégiée, en général sa mère, est lui-même en relation avec d’autres personnes auprès desquelles il l’introduit pour nouer des relations différentes. Le conjoint tient une place essentielle dans ce dispositif et notamment le père, co-géniteur et porteur d’une différence de sexe, fondement essentiel de l’accès à la différence. L’absence du père ne condamne pas l’enfant à l’indifférenciation, mais elle lui complique la tache dans ses possibilités d’identification pour le garçon et dans ses relations affectives pour la fille. D’autres supports peuvent alors servir de relais.

Lorsqu’il fonctionne dans le respect des différences, le couple parental ouvre l’enfant à des relations affectives différenciées et à des modèles d’identification qui s’appuient sur ces deux socles de la réalité que sont la différence des sexes et celle des générations. Cependant, cette ouverture à la différence est fortement affaiblie quand la différence se réduit à une hiérarchie où l’un des parents se définit essentiellement par son statut d’infériorité ou de supériorité à l’autre.
Enfin, le père intervient au niveau de la constitution des idéaux de l’enfant dans la mesure où il est porteur d’ouverture sur les valeurs sociales dont il est un des relais privilégiés. L’étude de la fonction paternelle a donné lieu à deux types de dérive. La première dérive est celle d’une abs-
traction de plus en plus poussée au point de réduire la fonction paternelle à un jeu de signifiants, notamment autour du Nom du Père, qui serait ou non transmis par la mère. Cette tendance lui confère un rôle de type

transccndanial qui aboutit d’une part à se référer à des entités telle la Loi, dont le père serait le vecteur, et d autre part à s’éloigner d’une réalité qui ne corrobore guère ces spéculations. A l’opposé, la deuxième dérive réside dans le risque de transformer le père en une mère bis, contri-
buant ainsi à la constitution d’un bloc «papa-maman» indifférencié. Cette dérive est d’autant plus pernicieuse qu’elle résulte d’un conflit de pouvoir entre la mère et le père et non d’une entente respectueuse de chacun autour du partage des tâches. Comme toujours avec l’éducation, ce qui est un avantage d’un côté représente un risque possible de l’autre. La plus grande proximité du père avec ses enfants a bien des avantages, mais elle peut avoir un inconvénient : celui d’être parfois envahissante pour eux. Même si la mère est sortie du foyer pour travailler, c’est le père qui traditionnellement symbolise celui qui part affronter le monde et facilite ainsi l’ouverture à l’extérieur. En donnant le sentiment de centrer ses intérêts trop exclusivement sur la famille, il n’offre plus toujours le minimum d’idéalisation de ce qui se passe à l’extérieur, et dont l’eniànt se sent exclu, nécessaire pour permettre à un adolescent d’avoir envie de sortir de sa famille. Empreints comme la mère de sollicitude, les pères transmettent, souvent malgré eux, une vision inquiète du monde. On assiste parfois aujourd’hui à une sorte de «cramponnement » familial généralisé ; comme on est bien, parents et enfants, tous dans le grand lit devant la télévision!

De façon plus pratique, il est intéressant de revenir sur les aspects concrets du développement de l’enfant et notamment sur une des nécessités essentielles de ce développement, la fonction différenciante ou fonction tierce. Celle-ci s’organise de façon privilégiée autour de la place du père, mais elle trouve aussi des supports et des relais au-delà de la place du père et notamment dans
les supports offerts par les médiations culturelles.

La mise en place d’investissements différenciés permet la constitution de limites et sort l’enfant d’une relation exclusive qui s’exprime sur le mode du tout ou rien. Il s’agit d’un processus très progressif, les prémices de cette différenciation apparaissant très tôt, probablement dès les derniers mois de la vie fœtale par le repérage des sons de voix différents. Par la suite, cette perception s’appuiera sur la répartition des rôles et des attitudes. Elle aboutira à l’émergence
de la configuration œdipienne, c’est-à-dire à la perception par l’enfant de la différence des sexes et des générations organisée autour et par le couple parental. Le fait que celui-ci véhicule ces différences fondamentales permet à l’enfant non seulement de se situer dans une généalogie, mais aussi d’insérer ces différences dans une relation de complémentarité. Le lien du couple, s’il est fait de respect mutuel et d’amour, illustre que la différence est porteuse d’une complémentarité positive. Il introduit alors l’enfant à la liberté, à la possibilité de se rêver lui aussi différent
de ses parents tout en restant objet d’amour et d’intérêt.

Dès lors, il ne s’agit plus pour l’enfant d’être comme ses parents, plus ou moins confondus avec eux et indifférencié, ou au contraire différent et rejeté. Il lui est possible de se concevoir comme différent et semblable sans être pour autant le même. Cette fonction tierce sera par la suite relayée par d’autres médiateurs : grandsparents, oncles ou tantes et intervenants du monde social environnant avec, au premier rang, les enseignants et tous ceux qui ont une fonction éducative. A l’opposé, la négation ou le refus de la différence au sein du couple signifie pour l’enfant qu’on ne peut être que semblable, et, à la limite, indifférencié, ou rejeté.
Cette intolérance à la différence est porteuse de menaces pour son développement : grandir, c’est se confondre avec cet objet d’amour totalitaire ou risquer de le détruire ou d’être détruit.

L’enfant se constitue ainsi largement en fonction des attitudes des autres à son égard, et de l’image que ceuxci lui renvoient. Ce jeu d’échanges est une des conditions de l’empathie, de cette capacité à s’identifier à l’autre et à le comprendre de l’intérieur. C’est également une condition essentielle de la possibilité de tendresse pour autrui et une base indispensable de l’accès au système des valeurs et au sentiment moral. C’est parce que l’enfant aura perçu et intégré ces limites successives et identifié les siennes propres, également reconnues et respectées par les autres, qu’il accédera progressivement à la conscience de son appartenance à un groupe de valeurs communes. Ces dernières seront à leur tour comme une médiation supplémentaire entre lui et les autres, et assureront la préservation de ses limites, de son intégrité et de son identité. Cette progressive intégration
de valeurs transcendant le sujet est bien différente de la notion d’une loi qui s’imposerait arbitrairement de l’extérieur et conditionnerait l’accès à un ordre symbolique.

Il joue aux jeux vidéo. Est-ce bon pour lui

Il joue aux jeux vidéo. Est-ce bon pour lui?

L’es adolescents se servent pour leurs jeux, comme pour le reste de leurs activités, des moyens d’ex-
pression de leur époque. Aussi utilisent-ils et utiliseront-ils de plus en plus les jeux vidéo ainsi que tous les jeux liés aux nouvelles technologies – et c’est tant mieux ! Tant mieux parce qu’ils vont peu à peu se familiariser avec ces technologies nouvelles et y acquérir une certaine dextérité ainsi qu’une ouverture d’esprit. Ces jeux ne deviennent vraiment préoccupants que lorsqu’ils sont utilisés avec excès. Excès qui vont exacerber certaines de leurs particularités, comme leur
caractère souvent solitaire et virtuel. Or solitude et virtualité risquent de conjuguer leurs effets pour isoler l’adolescent et le couper de la réalité. Certains s’enferment ainsi dans un monde de plus en plus irréel, propice à l’éclosion d’un sentiment de toute-puissance. Ils y fuient les contacts humains, source de frustrations, et vivent par procuration des situations qui ne sont ni purement imaginaires – comme les rêveries inspirées de lectures, par exemple — ni réellement concrètes. Bien
sûr, les adolescents qui y perdent le sens de la réalité avaient, en général, déjà quelques prédispositions. Par contre, d’autres adolescents, présentant souvent des troubles de la petite enfance et de grandes difficultés de contact avec la réalité, vont paradoxalement y trouver un moyen de sortir de leur isolement en apprenant à jouer d’une manière tolérable pour eux, c’est-à-dire à la fois parfaitement maîtrisable et considérablement distanciée des personnes réelles qui leur font peur.

On l’aura compris : c’est à l’entourage de faire de ce moyen d’expression un outil pour apprivoiser progressivement les jeunes et les ouvrir à l’échange, par exemple en discutant avec eux des jeux qu’ils préfèrent ou même en y participant. Ce n’est pas en interdisant les jeux vidéo que l’on
pourra aider les adolescents à ne pas s’y enfermer. C’est bien plutôt en les sortant de leur isolement, c’est-à-dire en partageant leur intérêt pour les ouvrir peu à peu à d’autres formes d’expression, et ce en leur proposant d’autres expériences génératrices de plaisir.

L'adolescence est-elle une période de crise

L’adolescence est-elle une période de crise?

Oui, l’adolescence est nécessairement une période de crise : on ne peut plus être après comme on
était avant. Elle impose un changement physique, mais aussi psychologique, à chacun. Changement important puisque l’enfant dispose désormais d’un corps adulte capable, en particulier, de procréer. Changement rapide également, parfois spectaculaire. Le caractère inéluctable de ce changement et la pression psychologique qui en découle donnent à l’adolescence ce caractère de crise. Il est nécessaire qu’aux changements corporels correspondent des modifications psychiques. L’adolescent doit à la fois intégrer son nouveau corps et modifier ses relations avec ses parents. Si son caractère et son com-
portement étaient les mêmes à la fin de l’adolescence qu’au début, cela représenterait une régression à une situation infantile.

Mais crise ne veut pas dire nécessairement manifestations spectaculaires, bruyantes ou violentes, ni même situation de conflits répétés. Elle n’est pas plus synonyme de souffrance inévitable. Le changement n’est pas nécessairement douloureux. Il s’accompagne même souvent, à cet âge, d’un sentiment de liberté, de délivrance des carcans de l’enfance, d’enthousiasme devant les possibilités et les plaisirs nouveaux qui s’offrent à l’adolescent, notamment en matière d’amitiés et de relations amoureuses.
II faut cependant reconnaître que ce changement forcé vers un état adulte, qui, à notre époque, tarde de plus en plus à venir, comporte trop d’incertitudes sur l’avenir, trop de sentiments contradictoires concernant le présent pour être vécu aussi heureusement que les adultes aimeraient le croire, oublieux de leur propre mal-être à cet âge. Mais les moments de doute, de flottement, de malaise ne sont pas un drame, et encore moins une maladie. Certes, la majorité des adolescents
auront à vivre une crise qui durera quelques années, avec des moments plus critiques que d’autres. Car ils vont subir une mutation physique, psychologique et sociale qui va changer leur façon d’être, leur image d’eux-mêmes et leurs relations à eux-mêmes, aux autres et au monde. Ces mutations, cependant, se dérouleront, pour la plupart d’entre eux, sans «crise» majeure, que ce soit pour eux ou aux yeux des autres. Que se passe-t-il par contre pour les 15 à 20% d’adolescents qui vont vivre une adolescence «difficile»? L’enquête européenne quadriennale, réalisée auprès des jeunes âgés de 11 à 15 ans et conduite en France par le CFES (Centre français des études sociales), a montré la
remarquable constance de leurs opinions et attitudes ces deux dernières décennies. Ils expriment en moyenne une impression de bien-être, se disent à 87 % heureux et ont confiance en eux à 73%. Mais il ne s’agit là que d’une moyenne ; en réalité, l’indice de confiance chute sensiblement — de près de 20% – entre l’âge de 11 ans et celui de 15 ans.

Cette enquête illustre parfaitement ce qu’observent médecins et psychologues : l’effet négatif sur l’image de soi et, en miroir, du monde qu’induit la puberté. L’adolescence réactive plus particulièrement ce qui demeure en nous d’insécurité intérieure et de dépendance affective aux parents. L’enfant arrive en effet à la puberté avec des besoins de dépendance plus ou moins importants selon la nature de son sentiment de sécurité intérieur et de sa confiance en lui. Certes, confiance et sécurité sont toujours relatives : nous avons tous besoin d’un apport extérieur qui vienne soutenir nos ressources intérieures. Mais chez ceux qui vont être massivement tributaires d’une présence extérieure pour assurer leur équilibre interne, cette présence, en particulier celle des parents, devient l’enjeu de nombreux conflits au moment de l’adolescence. Ces conflits nais-
sent parce que cette présence se sexualise et parce que la dépendance affective à l’entourage est contradictoire avec la nécessité de devenir autonome. C’est à ce moment-là que les adolescents vont ressentir le besoin des autres comme une pression et une contrainte d’autant plus insupportables qu’ils vont souvent les percevoir comme venant de l’entourage.
L’expression la plus commune de ce changement concerne les relations d’intimité avec l’entourage
proche. Tout se passe comme si on assistait à une soudaine réduction de la distance entre l’adolescent et ses parents. L’adolescent a l’impression que son espace est brutalement envahi par leur omniprésence. Il a le sentiment d’une invasion et d’une promiscuité permanentes, comme si le seul fait qu’ils soient là impliquait un contact physique, source de réactions de rejet, voire
de dégoût. On dirait que l’adolescent vient juste de remarquer que ses parents sont pourvus d’un corps, dont il se met à percevoir ce qu’il juge être les défauts, et dont la seule pesanteur ou, par exemple, les odeurs qui en émanent sont volontiers source d’irritation, jugées intolérables. Du jour au lendemain, l’adolescent refuse les câlins et les baisers, même de convention, dont il pouvait jadis être si demandeur.
C’est l’époque où le familier est volontiers synonyme de repoussant. Cette mise à distance physique va souvent se traduire, au sein même du territoire familial, par une redistribution de l’espace : évitement de la chambre parentale, fuite des espaces communs, recherche d’un espace privé, enfermement dans la chambre, utilisation d’espaces extra-familiaux (domicile des amis, lieux publics, etc.).

Les proches de l’adolescent sont ainsi l’objet d’un phénomène d’attraction-répulsion d’autant plus marqué que la relation antérieure était plus intense et plus chargée d’attente. Ce phénomène peut concerner directement la personne investie (en général un parent) ou porter sur des attributs de cette personne, métier, valeurs, idéaux… On retrouve au minimum ce type de comportement dans les conduites d’opposition ordinaires. Mais il suffît d’un éloignement, même minime, pour que l’adolescent se laisse aller et exprime au grand jour ce qu’il est obligé de réprimer avec le parent incriminé, comme le prouvent la disparition de toute opposition et la serviabilité dont il fait preuve chez les parents de ses amis, ou encore la spontanéité de l’expression de ses émotions lorsqu’il se trouve avec l’un de ses grands-parents.

Les conduites d’opposition sont, en effet, une des formes privilégiées de ce nouvel aménagement de l’espace familial. Elles occupent toute la gamme des comportements possibles, de la simple bouderie de l’adolescent à l’agression directe de l’un ou des deux parents. Ces conduites d’opposition s’étendent aussi du besoin de se créer un espace préservé plus ou moins secret, du désir de s’enfermer dans sa chambre ou de saisir toutes les occasions pour quitter la maison familiale, à la fugue ou à l’errance dans les cas extrêmes. À côté de ces comportements plus ou moins provisoires, l’adolescence est riche d’attitudes contrastées qui ont donné naissance à des comportements suffisamment stables et durables pour être à l’origine de modèles identitaires de l’adolescent. On connaît les stéréotypes de l’adolescent romantique, rêveur, secret et passionné, de l’ascète, du révolté refusant tout compromis et bien décidé à faire triompher ses idéaux. En fait également
partie celui de l’adolescent qui s’enfonce avec acharnement dans la délinquance, le vandalisme, la drogue, comportements auto- et hétérodestructeurs. Ou encore ceux de 1 adolescent toujours en quête de nouveaux risques, qui ne se sent exister qu’en mettant enjeu ses acquis, sa santé, voire sa vie elle-même ; de l’adolescent qui fuit la confrontation avec la réalité, s’évade dans la mythomanie ou qui ne peut trouver plaisir et intérêt qu’en cachette des autres. Les adolescents se trouvent confrontés au paradoxe qui est au cœur même de cette période de la vie, et qui peut se formuler ainsi: « Ce dont j’ai besoin, cette force que je n’ai pas et que je prête aux adultes, est – justement parce que j’en ai besoin — ce qui menace mon autonomie naissante. » Comme tout paradoxe, il a un effet d’inhibition sur la pensée et peut donner le sentiment de devenir fou. C’est ce que traduisent les adolescents quand ils disent : «J’ai la tête prise ; ma mère me prend la tête; mon prof me prend la tête…» Seulement, ce que l’adolescent ne peut percevoir, c’est que ce personnage est toujours investi et important pour lui, et que «la tête est prise» parce qu’elle est ouverte. C’est-à-dire que l’adolescent est dans une situation d’attente et de demande. C’est un des drames
de l’adolescence : il n’y a pas pire ennemi que soi-même, et le pire ennemi ici, ce sont les attentes inconscientes qu’on a pour l’autre.

Il est difficile pour un adolescent de ne pas ressentir les transformations de la puberté comme une sorte de violence subie, du fait même qu’il ne les choisit pas, alors qu’après la phase de latence — «l’âge de raison» (qui se situe entre 6 ou 7 ans et la puberté) – qui ouvre à la maîtrise des apprentissages, il pouvait penser qu’il avait désormais le contrôle de son développement. Mais la puberté est aux antipodes de la phase de latence : quand celle-ci a permis le développement de la maîtrise (des connaissances mais aussi de la motricité), la puberté vient introduire le trouble, le doute, l’indéfini. Autant de questions liées à l’impuissance de l’adolescent face aux changements corporels qu’il n’a pas choisi, comme il n’a pas choisi son corps, son sexe, ni tout ce dont il hérite et qui le confronte aux lois naturelles. Elle le renvoie à sa soumission infantile aux désirs de ses parents. C’est ce qu’expriment les adolescents quand ils disent : «Je n’ai pas choisi de naître » et dont le contrepoint n’est autre que le «Je peux choisir de mourir» de la tentative de suicide… Une fois de plus, la violence se présente (en l’occurrence celle de l’autodestruction)
comme l’ultime moyen de maîtriser quoi que ce soit face à une situation qui dépasse l’adolescent. Le choix de la vie, du succès, du plaisir est toujours aléatoire et dépend beaucoup de facteurs que l’on ne maîtrise pas, l’opinion et les sentiments des autres, par exemple. De plus, le plaisir a toujours une fin et confronte les anxieux aux angoisses de perte et de séparation, alors qu’ils peuvent toujours être maîtres de leurs échecs, du refus d’utiliser leurs potentialités, de leurs comportements d’autosabotage et d’autodestruction.

Une véritable fascination pour le négatif est donc le danger qui guette nombre d’adolescents peu sûrs d’euxmêmes. Paradoxalement, le renoncement leur confère un pouvoir que la recherche de la réussite ne leur donnerait pas. Le plaisir qu’ils ressentent est lié à l’emprise qu’ils ont sur leurs désirs et non à la satisfaction de ces derniers. C’est le prix à payer par l’adolescent pour se rassurer et se prouver qu’il a les moyens de contrôler et ses désirs et leurs objets, qu’il n’est pas sous leur
dépendance. On comprend alors l’effet de soulagement des comportements autodestructeurs, l’apaisement qui peut accompagner la décision de se suicider ou l’effet anxiolytique que peuvent avoir brûlures et scarifications du corps. Mais il est important de repérer ce que ces comportements révèlent de désir d’affirmation, de déception et de colère. Le plus souvent, ils n’expriment pas tant un désir de mourir qu’un besoin d’autodestruction qui est à la fois rejet catégorique de ce qui est attendu d’eux, notamment par les parents, et besoin, souvent largement méconnu, d’être vus et d’exister pour ceux-ci, ne serait-ce que dans l’inquiétude suscitée. Ces adolescents ne peuvent s’abandonner au plaisir partagé, vécu comme humiliant. En réalité, ils sont fortement tributaires de leur entourage. Cette dépendance les rend particulièrement sensibles à la déception. Plutôt que d’être déçus, il leur semble préférable de ne plus avoir d’intérêt. L’attente se transforme alors en rejet. Et la recherche d’un plaisir partagé fait place à l’attaque contre soi-même, dont l’intensité sera proportionnelle
à celle de l’attente.

C’est le moment où les adolescents abandonnent ce qui les valorisait aux yeux de leurs parents, surtout de celui dont ils ont envie d’être les plus proches. Même s’ils brillent dans la danse, le piano ou la gymnastique, ils décident brutalement que cela ne les intéresse plus. La véritable raison en est que l’enjeu est devenu trop important. Avec ce refus, ils prennent de la distance par rapport au parent auquel ils voulaient plaire, se prémunissent en même temps d’une déception possible et
souvent ont le bénéfice de provoquer l’attention désolée et apitoyée de celui-ci (cf. question 79, p. 201). Le moyen pour l’adolescent d’introduire une distance avec ceux dont il a le plus besoin, c’est donc de souffrir et d’inquiéter d’une façon ou d’une autre. Il n’est alors ni coupable de plaisir excessif avec un des parents au détriment de l’autre, ni sous la coupe de ce parent, sans cependant être seul, puisqu’il suscite l’inquiétude et que la situation de proximité, évitée dans le plaisir, va se retrouver dans l’insatisfaction réciproque.

Il est stressé à cause du bac. Que faire

Il est stressé à cause du bac. Que faire?

Il est normal d’être sujet au stress face à des échéances importantes. C’est la façon de le gérer qui peut poser problème. Le stress n’étant en fin de compte qu’un mécanisme d’adaptation, les parents devraient se rassurer et éviter de surenchérir sur l’anxiété supposée de l’adolescent face à l’examen à venir en s’alarmant à l’avance de ses soi-disant effets ravageurs. Le stress n’est pas une maladie. Il n’appelle donc pas en lui-même de traitement. Poser d’emblée que l’adolescent ne peut qu’en être
perturbé et débordé, c’est mettre en doute ses capacités à y faire face et donc le mettre en situation d’insécurité.
Faire acte de présence, en manifestant sa propre tranquillité, dans la gestion, au quotidien, d’une certaine dose de stress est, au contraire, le meilleur moyen de l’aider. Le stress ne doit inquiéter que du fait de ses conséquences éventuelles : insomnie sévère et prolongée, incapacité à travailler, dépression, etc. Mais elles sont exceptionnelles, et si la seule perspective du bac suffit à les provoquer, il est clair que cet examen n’est en tau que le révélateur de difficultés sous-jacentes.
Le vrai problème des parents est en général qu’ils sont plus stressés que l’adolescent lui-même. En effet, il peut leur être difficile de gérer une situation face à laquelle ils ne sont que spectateurs passifs, sur laquelle ils n’ont aucune maîtrise. L’adolescent, lui, est actif et dispose de moyens
d’agir sur les événements, de la présence de ses amis, qui souvent partagent la même épreuve, de l’aide de ses professeurs. A défaut de pouvoir agir par eux-mêmes, bien des parents cherchent à avoir une certaine prise sur les événements : s’inquiéter pour l’adolescent et vouloir à tout prix lui apporter une aide est alors une réponse à leur propre stress, et non à celui de l’adolescent…

Mon fils a la clé de la maison. Il est libre. Est-ce risqué

Mon fils a la clé de la maison. Il est libre. Est-ce risqué?

La description de ces key children, les «enfants à la clé », nous vient des États-Unis. Ils sont la manifestation d’un changement de la société et de la famille qui a vu notamment l’émancipation des mères de famille et leur accès à une vie professionnelle. L’essentiel est que la liberté ne soit pas synonyme de solitude ou, plus encore, d’abandon. Mais, comme toujours dans le domaine de l’éducation, le principe est plus facile à énoncer qu’à réaliser. Et ce d’autant plus qu’il est parfois difficile de percevoir l’enfoncement d’un adolescent dans un sentiment de solitude. L’adolescent peut longtemps ressentir cette liberté comme une chance sans ressentir la montée sournoise d’un sentiment de morosité, d’ennui, de démotivation. Il ne sent pas le droit, ni même l’envie, de se plaindre, car il ne souhaite pas que ses parents viennent s’occuper de ses affaires. Il pense qu’il n’a rien à leur reprocher et qu’il a même la chance qu’ils soient « cools » et le laissent tranquille. En fait, sans en être vraiment conscient, il va progressivement chercher dans l’environnement matériel (téléphone, vidéo, nourriture, toxiques…) et/ou auprès de ses copains le soutien et la présence qui lui font défaut.
Cette liberté, pour être constructive, doit donc s’accompagner de moments de rencontre et d’échanges privilégiés entre l’adolescent et sa famille. La qualité de ces liens pallie alors leur relative faiblesse quantitative…