Il se met en colère pour un rien. Comment réagir

Il se met en colère pour un rien. Comment réagir?

Cela n’est pas nécessairement bien grave, et pourtant tout parent pressent vite que cette colère
incontrôlable est le signe d’une souffrance et d’un échec préoccupants. L’impossibilité de se contenir est révélatrice de deux choses : si l’on ne peut pas se maîtriser, c’est que l’on est à bout, et si l’on est en colère, c’est que l’on est malheureux. Deux bonnes raisons pour que les parents s’en
préoccupent et n’abandonnent pas leur enfant à sa solitude. Il n’est bon ni pour l’entourage ni pour l’intéressé de supporter cette situation sans mot dire, sous prétexte que l’adolescent est comme cela, ou que c’est passager, ou encore qu’il souffre déjà suffisamment lui-même sans que l’on vienne en rajouter. Aucune tyrannie n’est bénéfique, ni pour le tyran ni pour ses victimes. L’adolescent est lui-même victime de ce qu’il ne peut contrôler en lui. Il n’est pas acceptable qu’un adolescent soit toujours en colère : s’il ne peut se contrôler, il doit être aidé et accepter d’aller cher-
cher les réponses adaptées à ses difficultés. Derrière la colère se cachent toujours des conflits.
Mais des conflits qui, en général, ne peuvent être formulés clairement; des conflits qui se nourrissent des paradoxes exacerbés par cet âge et des contradictions perçues comme impossibles à résoudre par l’adolescent. C’est aux parents de poser les limites que l’adolescent ne peut trouver lui-même et de chercher avec lui et avec l’aide de tiers appropriés les solutions qui s’impo-
sent : explications familiales, psychothérapie individuelle et/ou familiale, antidépresseurs ou calmants, éloignement de la famille, etc.

Faut-il inviter ses amis à la maison

Faut-il inviter ses amis à la maison?

Oui, bien sûr! Parce que les amis sont une des choses — et une des chances — les plus importantes
de l’adolescence. Comme les enseignants, mais différemment, ils sont une des sources principales d’ouverture sur un univers extra-familial. S’ils sont importants pour l’adolescent, il ne peut être que souhaitable, et bénéfique, que ses parents les connaissent eux aussi. Recevoir des amis est une preuve de confiance réciproque : de l’adolescent à l’égard de ses parents et de ses parents envers lui. Il peut arriver que celui-ci montre une certaine réticence à inviter ses amis chez lui, souvent parce qu’il appréhende les commentaires qu’ils pourraient faire sur ses parents, qu’il est gêné par
ce qu’ils pourraient voir et parfois même parce qu’il a honte de ses parents et de leurs comportements ou réflexions possibles. Il est toujours douloureux pour les parents de dresser ce constat, mais il est préférable, plutôt que lui en garder rancune ou de manifester déception et agressivité, qu’ils l’aident à dépasser ses réticences en parlant de façon ouverte et claire des raisons de celles-ci et en modifiant, si besoin est, certaines de leurs attitudes, tout en lui montrant qu’ils gardent le respect de ce qu’ils sont, qu’ils n’ont pas honte d’eux-mêmes, et qu’il doit en faire autant.

Dans certains cas, ce n’est pas l’adolescent mais ses parents qui ne veulent pas recevoir ses amis chez eux, par peur de leur mauvaise influence. Élever un adolescent dans la méfiance de ses camarades, comme si la jeunesse était une maladie, par peur, soi-disant, du mauvais exemple, est catastrophique. C’est mal le préparer à l’avenir et manquer de confiance dans ses capacités de
jugement. Ce n’est pas en l’isolant du monde qu’il apprendra à discerner ce qui est bien de ce qui est néfaste pour lui et les autres, mais en le laissant s’y confronter. Toutefois, les amis qu’il invite dans sa famille doivent respecter les règles qui la régissent, en particulier en ce qui concerne l’alcool et autres toxiques et les relations sexuelles. Il est toujours bon que ces règles soient d’emblée clairement posées. Le plus gros problème survient lorsque les parents suspectent les amis de l’adolescent d’avoir une mauvaise influence sur lui. Bien sûr, la présomption d’innocence devrait s’appliquer ici comme ailleurs, et nul ne doit porter de jugement sur une personne sans la connaître, ce qui serait, le cas échéant, donner un fort mauvais exemple à l’adolescent. Cependant,
il peut paraître nécessaire, à un moment donné, de poser des limites et de demander à l’adolescent d’éviter de fréquenter certains amis, même si, quand il s’agit de « mauvaise influence», il faut savoir rester prudent : tout individu est responsable de ses actes, et il ne faudrait pas, afin d’éviter de les prendre en compte, rejeter la faute de certains des comportements de l’adolescent sur
d’autres que lui. Sans poser un ultimatum qui ne ferait que le braquer, pour convaincre l’adolescent que certaines de ses amitiés lui sont néfastes, ses parents seront d’autant plus crédibles qu’ils n’auront pas montré trop de préjugés et d’à priori, et qu’ils pourront argumenter leur position sur des faits et des attitudes précis.

Les grossièretés font partie de son vocabulaire. Faut-il sévir

Les grossièretés font partie de son vocabulaire. Faut-il sévir?

Moyen classique d’affirmer son émancipation et de marquer sa différence et son territoire, les gros
mots se sont tellement banalises dès la petite enfance, du moins dans les cours de récréation, qu’ils ont perdu leur pouvoir de choquer. II n’apparaît donc pas souhaitable de leur redonner de l’importance. Cependant, il peut être bénéfique que les adultes donnent l’exemple et affirment, sans s’énerver, que l’usage des gros mots n’est pas indispensable pour manifester son indépendance d’esprit ou son pouvoir et qu’il relève d’un manque de respect de soi et des autres. Beaucoup pressentent que la dérive actuelle de l’expression verbale chez les jeunes n’est ni un facteur d’épa-
nouissement ni un facteur de plus grande liberté d’expression. Elle conduit plutôt à une surenchère verbale, souvent pauvre et répétitive, qui amènent ces jeunes à l’abandonner pour se mesurer dans la violence physique. Les règles de politesse étaient une médiation qui obligeait les personnes à se contenir et à respecter les limites et la personne d’autrui. L’absence de limites dans l’expression verbale laisse chacun à la merci des attaques de l’autre, la meilleure façon de se prémunir de ces attaques paraissant être d’attaquer plus vite et plus fort. On assiste ainsi, dans les cours de récréation, à de tristes scènes d’échanges de grossièretés chez les enfants de 3 à 10 ans. S’ils ne savent pas ce que signifient les mots qu’ils prononcent ou qu’ils entendent, ils savent qu’ils sont
destinés à blesser et à humilier ceux auxquels ils sont les plus attachés, leurs parents. Ne pas réagir, c’est favoriser une éducation par le mépris de l’autre qui affectera particulièrement les plus vulnérables, c’est-à-dire les enfants n’ayant pas une famille suffisamment structurée pour leur
permettre de relativiser ces propos et de s’en dégager. Certains vont aborder l’adolescence dans l’idée qu’il faut mépriser l’autre pour ne pas être soi-même méprisé. Cette culture du mépris conduit à le focaliser sur les différences, et notamment sur une des différences essentielles : la différence des sexes. Car c’est la plus facile à saisir. Elle présente l’avantage de s’appuyer sur une différence physique, aisément identifiable, très marquée culturellement par des stéréotypes qui per-
mettent de séparer le fort et l’actif, associés au masculin, du faible, du passif, de l’émotif, associés au féminin. Ce sont donc surtout les garçons qui méprisent et injurient les filles, mais aussi tous ceux qui présentent des différences visibles : les garçons qui semblent efféminés, ceux d’une autre race, voire les handicapés. Mais pas n’importe quels garçons. Ceux justement qui se sentent si peu confiants et sûrs d’eux-mêmes qu’il leur faut sans cesse s’assurer qu’ils ont en face d’eux quelqu’un qu’ils jugent inférieur par peur de l’être eux-mêmes. Or ces garçons vulnérables, très marqués par l’insécurité dont ils sont victimes, par leur incapacité d’attendre et de se contrôler, par la dépendance et les carences affectives qu’ils ont subies dans leur enfance, vivent dans la crainte de montrer leurs faiblesses et de laisser parler l’enfant blessé qu’ils ont été et sont encore. C’est tout cet infantile (c’est-à-dire ce qui provient de l’enfance), ressenti par eux comme enfantin et donc incompatible avec l’image qu’ils veulent se donner d’eux-mêmes, qu’ils vont projeter sur l’autre.
En le projetant sur le féminin, ils s’en garantissent à bon compte, puisque eux-mêmes sont des hommes. D’autre part, cette projection les rassure, leur permettant d’établir une relation, éventuellement sexuelle, avec une jeune fille qu’ils puissent garder sous contrôle. La véritable différence homme-femme s’est effacée au profit d’une pseudo-différence où les garçons s’effor-
cent d’échapper au même, c’est-à-dire au féminin en eux, en opposant ce qui serait le supérieur, le masculin, à la féminité jugée inférieure.

Elle est boulimique. Que faire

Elle est boulimique. Que faire?

La boulimie est le pendant de l’anorexie. Mais, si l’anorexie se voit, la boulimie passe facilement
inaperçue, car le poids reste le plus souvent aux limites de la normale. Toute anorexique vit dans la hantise de devenir boulimique, tandis que toute boulimique rêve de devenir anorexique : plus d’une adolescente anorexique sur deux devient également boulimique à un moment ou à un autre de l’évolution de sa maladie, mais une adolescente boulimique ne devient qu’exceptionnellement anorexique quand elle ne l’a jamais été. Même si la boulimie, comme l’anorexie, concerne essentiellement les filles, les garçons boulimiques sont trois fois plus nombreux que les garçons anorexiques.

La boulimie commence souvent plus tardivement que l’anorexie, à la fin de l’adolescence et des études secondaires, vers 18-20 ans. On considère qu’elle est deux à trois fois plus fréquente que l’anorexie, mais tout dépend de la définition que l’on en donne : elle se définit généralement par plus de deux crises par semaine sur une durée de plusieurs mois. Quand la fréquence est moindre et que les périodes boulimiques sont brèves et espacées, on parle de «boulimie atypique», forme de boulimie beaucoup plus répandue que la précédente.

Être boulimique ne consiste ni à faire des excès de table comme les gros mangeurs ni à grignoter entre les repas. Cela se caractérise par de véritables accès de goinfrerie. Le comportement boulimique se déroule selon un scénario relativement stéréotypé, même si intensité et fréquence de la boulimie peuvent être très variables. Son déclenchement brutal, son caractère impérieux, son déroulement d’un seul tenant jusqu’au malaise physique ou au vomissement, avec ingurgitation massive,
quasi frénétique, d’une grande quantité de nourriture lui confèrent un caractère de crise. Un accès boulimique s’accomplit en général en cachette, d’une façon totalement indépendante des repas. Il survient souvent en fin de journée, et succède à la tension du travail ; il peut suivre une contrariété de toute nature et répond fréquemment à un sentiment de solitude que la boulimique aggrave en s’isolant pour manger, puis en demeurant isolée après la crise du fait de son dégoût d’elle-même. H n’est pas rare qu’elle s’en ménage la possibilité en achetant la nourriture nécessaire. Un accès boulimique se déroule de façon quasi ritualisée. La personne souffrant de boulimie ingère rapidement et sans aucune discontinuité des quantités massives d’aliments choisis en raison de leur richesse calorique et, surtout, de leur caractère « bourratif », leur quantité primant sur leur qualité, jusqu’à dépasser souvent les 10000 calories. Donnons un exemple concret : un boulimique peut ingérer en une seule fois pêle-mêle et sans s’interrompre deux baguettes de pain, 500 g de beurre, un ou deux paquets de pâtes, dix croissants, une plaquette de chocolat. Un accès de boulimie peut être suivi de vomissements provoqués mais qui, avec le temps, deviennent quasi automatiques, et d’un autre accès s’il reste encore de la nourriture à portée de main. Les boulimiques peuvent prendre plaisir à manger, surtout ceux qui ne se font pas vomir, mais le caractère urgent du besoin d’engloutir prend le pas sur la recherche de goût; les aliments sont avalés plus que mâchés. Un accès de boulimie peut être suivi d’un état de torpeur, de flottement, mais aussi de violentes douleurs physiques (et en particulier de douleurs abdominales). Il cause le plus souvent sentiments de malaise, de honte, dégoût de soi, remords et reproches que l’on s’adresse à soi-même.

Les préoccupations corporelles (peur de grossir et de devenir difforme) reprennent souvent le dessus. Mais, même si une personne boulimique est toujours consciente du caractère anormal de son comportement, cela ne l’empêche en rien de recommencer plus tard ou sur-le-champ quand elle s’est fait vomir. Pour ne pas grossir, elle cherche à contrôler son poids, la plupart du temps en provoquant des vomissements, mais aussi en usant et abusant de laxatifs, de diurétiques, de
« coupe-faim », ce qui n’est pas sans conséquences. Elle peut aussi pratiquer intensivement et frénétiquement diverses activités physiques, surtout s’il s’agit d’une ancienne anorexique.
La fréquence des crises de boulimie peut varier de un ou deux accès par semaine à plus de quinze par jour; elles sont soit régulières, soit intermittentes, survenant par périodes de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Il n’est pas rare que le comportement alimentaire dans son ensemble soit perturbé (grignotages et/ou pratique périodique de jeûnes, de régimes diététiques et de règles alimentaires plus ou moins extravagantes). Les patientes qui ont également été à un moment ou un autre anorexiques expriment fréquemment un intérêt envahissant et plus ou moins obsessionnel pour tout ce qui concerne la nourriture, la cuisine et la diététique. L’apparence physique peut faire fréquemment l’objet
de préoccupations démesurées. En revanche, il n’y a pas, comme dans l’anorexie mentale, de réelle distorsion de la perception de la réalité du corps. Quant au poids, il est le plus souvent proche de la normale, voire même un peu inférieur dans la définition de la boulimie au sens strict. On trouve cependant également des conduites boulimiques chez des obèses ou des patientes avec une surcharge pondérale modérée.

Les troubles associés à la boulimie sont divers (anxiété chronique, intolérance à la solitude qui s’accompagne paradoxalement d’une tendance au repli sur soi, grande susceptibilité, impulsivité exagérée, cleptomanie, tendances suicidaires et addictives, etc.), mais deux y sont presque toujours attachés : on peut considérer qu’il n’est pas réellement de conduites boulimiques sans épisodes
dépressifs et une certaine instabilité de l’humeur. La prolongation de la boulimie a des conséquences souvent importantes sur la vie sociale et affective, qui s’en trouve affectée. Ainsi, quoique les conduites boulimiques ne représentent pas les mêmes risques vitaux que les conduites anorexiques, leurs conséquences physiques et psychologiques n’en sont pas moins graves. Les complications somatiques liées à la boulimie ne sont pas rares, dues le plus souvent aux conséquences des vomissements (détérioration de l’estomac et des reins, ulcérations, voire hémorragies des voies digestives hautes, etc.). Mais, comme pour l’anorexie mentale, les complications les plus fréquentes et les plus préoccupantes à long terme sont l’ostéoporose (atteinte du capital osseux et risque de fractures spontanées). L’évolution des comportements boulimiques apparaît paradoxale : ils peuvent très facilement s’installer dans la durée et réorganiser autour d’eux la vie de la patiente et, souvent, de son entourage, mais ils peuvent également disparaître brutalement à la suite d’un événement (nouvelle rencontre ou grossesse, par exemple). Il ne faut jamais oublier que les troubles du comportement alimentaire ne sont qu’une partie de la maladie : il ne doivent pas cacher les troubles de la personnalité qui y sont liés, et notamment les difficultés des sujets boulimiques à faire face à leurs responsabilités, qui mettent en péril leur avenir. On peut même considérer
qu’elles représentent le seul véritable problème de fond de ces troubles puisque, ne se manifestant pas directement, ce sont elles qui s’expriment indirectement par les troubles alimentaires qu’elles provoquent. Malheureusèment, le trouble du comportement alimentaire peut par lui-même induire des conséquences pathologiques indépendantes des facteurs psychologiques qui en ont favorisé la survenue, qui auront tendance à se renforcer elles-mêmes et à organiser le développement de la personnalité de celui qui en souffre. Ces conséquences sont particulièrement visibles dans l’écart que l’on peut
constater entre l’apparence qu’offrent les victimes ou anciennes victimes de boulimie (bonne insertion professionnelle, mariages et grossesses fréquents) et la réalité de leur vie intime.
Pourquoi une adolescente est-elle victime de boulimie? Pour des raisons très semblables à celles de l’anorexie mentale. Le contexte familial est souvent cependant légèrement différent, moins organisé, faisant moins référence à des idéaux et à des règles morales strictes. Le traitement de la boulimie se heurte à beaucoup de difficultés, comme d’ailleurs tous les troubles du comportement liés à une dépendance ; il faut distinguer le traitement du trouble du comportement lui-même et celui des troubles de la personnalité sous-jacents. En ce qui concerne le trouble du comportement, il est plus facile d’obtenir la fin d’une conduite de privation que celle d’une conduite d’excès. La coopération
des patientes est le plus souvent changeante, de même que leur fidélité à un thérapeute. L’hospitalisation est rarement nécessaire, sauf en cas de grand désarroi du patient ou d’un état dépressif inquiétant ; et, même si elle a une action bénéfique à court terme, elle est inefficace à long terme. Un traitement médicamenteux peut se révéler utile, ne seraitce que dans le traitement de la dépression et des troubles de l’humeur, même si l’appréciation de son efficacité reste à préciser. Une approche nutritionnelle et diététique est par contre presque toujours indispensable.

Entreprendre une psychothérapie est classiquement recommandé, notamment à certaines phases de l’évo-
lution de la boulimie, pour traiter des troubles de la personnalité sous-jacents au trouble du comportement alimentaire. Elle n’est pas exclusive d’autres médiations telles que l’on a pu les présenter en évoquant les autres troubles du comportement de l’adolescent. Les thérapies de groupe, surtout si elles sont gérées par les patientes elles-mêmes, peuvent donner des résultats appréciables. Les thérapies familiales sont surtout intéressantes dans les formes débutantes de la boulimie chez les adolescentes. A cet âge, le travail thérapeutique doit de toute façon nécessairement être effectué conjointement avec les parents.
Ce que devra traiter en priorité une thérapie, c’est la désinsertion sociale progressive qui affecte la plupart des adolescentes boulimiques, et leur propension à abandonner tout intérêt et tout investissement personnels.

Ses professeurs ne le comprennent pas. Que faire

Ses professeurs ne le comprennent pas. Que faire?

C’est parfois vrai, mais le plus souvent exagéré et dramatisé. Le problème, cependant, ne réside pas tant dans la réalité de l’attitude des professeurs que dans ce que signifie pour l’adolescent le fait que ses parents puissent faire endosser aux professeurs la responsabilité de ses difficultés. Un professeur est toujours important : ce qu’il est, ce qu’il dit, ce qu’il fait et l’image qu’il renvoie à l’adolescent de lui-même ont des retentissements sur celui-ci. Surtout quand l’adolescent est particulièrement dépendant du regard des autres sur lui pour conforter son estime de lui-même. A ce titre, l’attitude des professeurs peut jouer un rôle déterminant dans les motivations de l’adolescent, son investissement dans une matière et, en conséquence, sa réussite scolaire. Mais la meilleure attitude de parents qui cherchent à soutenir un adolescent vulnérable n’est pas de l’encourager à incriminer les autres dans ses difficultés, car cela accentue son manque de confiance en lui, lui laissant à penser qu’il n’a pas les ressources nécessaires pour régler son différend avec le professeur en question. Une chose est d’être d’accord avec lui sur le jugement qu’il porte sur l’attitude d’un professeur ; une autre est de chercher à intervenir à sa place ou d’en admettre trop facilement les conséquences négatives sur le comportement et les résultats de l’adolescent. Aussi la réponse la mieux adaptée de la part des parents est de faire comprendre à l’adolescent que, s’ils sont (éventuellement) d’accord sur le fait que l’attitude du professeur en question n’est pas la
plus appropriée et peut même paraître surprenante, c’est l’adolescent qui compte, et non pas le professeur. Son objectif doit être l’apprentissage de la matière : le professeur n’en étant que le médiateur, il ne doit pas venir au premier plan, surtout s’il est mauvais. Il est nécessaire que l’adolescent apprenne qu’il ne rencontrera pas toujours les interlocuteurs qu’il aurait souhaités, qu’il sache composer avec cela et s’en faire une force. Surtout, les parents doivent signifier à l’adolescent qu’ils sont persuadés qu’il a en lui-même les moyens de gérer la situation. Si ce n’est pas le cas, cela veut dire qu’elle entre en résonance avec d’autres problèmes. Une aide extérieure peut alors aider à la clarifier.
Mais si cette situation n’est pas révélatrice d’autres problèmes majeurs, elle doit pouvoir être résolue en insistant sur le fait que l’adolescent ne doit attendre des autres qu’ils le motivent, mais avant tout le faire lui-même. Ne pas être clair dans la transmission de ce message, c’est encourager sa dépendance à l’égard des adultes.
Même si la tache éducative des adultes est d’aider à créer les conditions de cette motivation, l’adolescent doit être l’acteur de son propre destin. Créer ces conditions, ce n’est ni lui éviter les obstacles, ni lui laisser croire qu’il ne peut qu’être une victime impuissante, dépourvue de moyens de réaction face aux défaillances des adultes.

Il s'adonne à des jeux sexuels. Faut-il les lui interdire

Il s’adonne à des jeux sexuels. Faut-il les lui interdire?

La sexualité de l’adolescent appartient à sa sphère privée. L’éducation a pour objectif de l’aider à intégrer cette donnée et à la gérer sans pour autant qu’il s’enferme dans le non-dit et la solitude. Il est souhaitable que l’adolescent puisse entendre parler de sexualité à la maison, d’une façon générale ou à l’occasion d’événements, de films, de débats. Mais il ne Test pas que ses parents s’occupent de sa sexualité. Une telle intention risquerait de faire plus de dégâts que de bien, du fait de l’importance du lien affectif qui les attache, et réciproquement, à l’adolescent. Ils doivent se montrer accueillants, créer des occasions d’échange, mais ne pas chercher à connaître les pratiques sexuelles
de leur enfant. Il sera bien plus profitable d’évoquer celles-ci, les éventuels problèmes et les nécessaires limites qu’elles posent indirectement, à propos de tierces personnes, par exemple.

Si cependant les pratiques sexuelles de l’adolescent débordent la sphère privée, deviennent manifestes ou semblent concerner des membres de la famille, il convient d’en parler avec lui pour l’aider à les Élire réintégrer la sphère de la vie privée et lui en montrer les limites, en particulier si les parents ont l’impression que des membres de la fratrie en sont complices ou les partagent. Les jeux plus ou moins directement sexualisés sont fréquents dans l’enfance. Il ne faut pas les confondre avec l’abus sexuel, qui suppose l’exercice de la force physique et/ou de la contrainte morale d’un aîné à l’égard d’un plus jeune, et plus généralement d’un plus fort vis-à-vis d’un plus faible. Les jeux sexuels les plus habituels font partie de la façon dont les enfants s’ex-
plorent et se découvrent mutuellement ; ils n’ont rien d’anormal. L’adulte ne doit pas pour autant les cautionner; il doit, au contraire, très tôt expliquer à l’enfant, sans pour autant le gronder, que son corps lui appartient et qu’il doit garder ses zones les plus intimes pour lui jusqu’à ce qu’il soit devenu grand et puisse alors les partager avec la personne qu’il aime.

Ces jeux deviennent néanmoins plus ambigus à l’adolescence, du fait de la maturité physique de l’adolescent et de la conscience qu’il en a. Ils ne sont donc plus acceptables et, si les adultes en ont connaissance, ils ont le devoir de les interdire, en s’appuyant sur cette nécessaire préservation de l’intimité de chacun et sur l’interdit de la sexualité partagée au sein de la famille. La masturbation, en revanche, est une activité normale qui, elle aussi, est du domaine de l’intimité de chacun et qui n’a donc pas à faire l’objet d’un étalage, que ce soit au sein de la fratrie ou ailleurs, ni à être l’objet d’une exhibition verbale (plaisanteries et provocations souvent pénibles auxquelles se croient astreints beaucoup d’adolescents). Ce qui touche l’intime et le privé a toujours avantage à faire l’objet de respect et de délicatesse, même si toute plaisanterie ou grossièreté n’est pas cause de traumatisme. Le respect, toutefois, n’est ni la honte ni la culpabi-
lité. Si l’adolescent aborde directement ou indirectement le sujet, ses parents se doivent de lui répondre avec simplicité, en lui donnant les informations qu’il demande tout en respectant les limites qui s’imposent.

On ne pourra pas pour autant éviter que 1 adolescent ne culpabilise pas ses activités sexuelles. Elles sont en effet liées à des fantasmes, des souvenirs et des images de l’enfance souvent culpabilisés, car vécus comme une effraction dangereuse dans le monde réservé aux adultes. Il serait vain de croire qu’une trop grande liberté sexuelle des parents, même si elle ne se manifeste qu’en paroles, libère les enfants. Au contraire, elle les empêche d’appréhender les adultes, et surtout leurs parents, comme des figures protectrices et rassurantes. C’est ce qui rend toute exhibition de la nudité des parents si troublante et souvent angoissante pour les enfants. Là encore, ce n’est pas toujours traumatique, mais ce n’est jamais bénéfique. Ni la répression ni la gêne ne sont sur ce chapitre une réponse plus appropriée de la part des adultes. Et revenir un demi-siècle en arrière, quand la masturbation était considérée comme un péché et même comme une activité dangereuse, c’est, pour le coup, contribuer à culpabiliser l’adolescent. Aussi est-il souhaitable, dans la mesure du possible, de déculpabiliser tout ce qui a trait à la sexualité. Il ne faut pas cependant chercher à la banaliser et à l’affadir, mais la présenter à son enfant comme une source de plaisir et de richesse partagés, synonyme d’un lien amoureux réciproque, un bien précieux qui, comme tout ce qui touche à ce qui est au cœur de l’individu, impose délicatesse et respect.

Il n'y a plus que la musique qui l'intéresse. Cela peut-il nuire à ses études

Il n’y a plus que la musique qui l’intéresse. Cela peut-il nuire à ses études?

La musique est certainement l’art qui touche le plus grand nombre de personnes et qui peut avoir sur
elles l’impact le plus grand. La musique peut ne solliciter aucun effort particulier : il n’y a qu’à se laisser pénétrer par elle, et elle suscite immédiatement de puissantes résonances. Elle est une présence extérieure à soi, mais avec laquelle on peut fusionner, qu’elle soit un plaisir solitaire ou partagé par une foule, sans compromettre son identité personnelle, qu’elle peut même au contraire contribuer à exalter. Avec elle, les limites s’effacent : rêve et réalité se mélangent, comme le dedans et le dehors, soi et les autres. Il n’est pas surprenant qu’enfants et adolescents y soient si sensibles. C’est une chance, mais aussi un risque potentiel, notamment pour l’adolescent. Associée au
tabac, à l’alcool ou aux drogues, elle peut concourir à l’enfermer dans un univers irréel où sa présence lancinante et répétitive agit comme un bercement et remplace les relations humaines. La force de son rythme et les effets de groupe qu’elle favorise peuvent également le pousser à commettre des actions plus ou moins violentes.

Ce n’est pas la musique par elle-même qui crée l’enfermement, mais elle peut l’accompagner et le rendre plus tolérable chez les sujets vulnérables. Elle est alors une compensation idéale, toujours à portée de la main et de l’oreille, sans exigences, tellement intense et merveilleuse, échappant à toute limite, qu’elle peut amener l’adolescent à penser qu’il en est de même pour lui et qu’il participe de sa magie.

Mais l’adolescent ne fait pas qu’écouter. Il peut souhaiter devenir lui-même musicien. Le succès de certains jeunes groupes qu’il admire lui sert de modèle. Bien des adolescents oublient le travail intense et continu qui précède tout succès, et le nombre des échecs comparé à celui des réussites.
Le fait que l’adolescent soit «accro» à la musique et qu’il veuille en faire à tout prix n’est pas survenu sans raison. La violence de cette « addiction » est le plus souvent proportionnelle aux déceptions qu’il a subies dans d’autres domaines, le domaine scolaire notamment, et aux difficultés de communication qu’il rencontre dans sa famille. Une fois qu’elle est née, il est difficile de contrer cette passion, et probablement pas nécessaire. Mieux vaut l’accompagner, tâcher d’éviter que l’adolescent n’entre dans la logique du tout ou rien, afin de lui permettre de poursuivre ses études, lui expliquer qu’avoir le plus de choix possibles, c’est avoir plus de liberté. Mais les ado-
lescents ne sont pas toujours prêts à le comprendre ; il est vrai que sans passion et sans un travail intense, il ne faut pas espérer percer dans ce domaine. Il sera alors difficile de faire accepter à l’adolescent d’en rester à un hobby agréable, perfectible, mais qui ne se substitue pas aux exigences de la vie quotidienne et de la scolarité.