Il est surdoué. Faut-il s'en inquiéter

Il est surdoué. Faut-il s’en inquiéter?

C’est une notion à la mode que celle des « enfants surdoués». Mais ce phénomène de mode, comme
c’est habituellement le cas, repose sur un malentendu. «Surdoué» signifie en général que l’adolescent a un quotient intellectuel nettement supérieur à la moyenne de ceux des adolescents de son âge.
Toutefois, ces chiffres sont le résultat de tests qui ont certes fait la preuve de leur validité statistique et peuvent fournir une indication pertinente pour la poursuite d’études futures, mais qui ne rendent pas compte pour autant de l’intelligence d’un individu, étant davantage susceptibles d’en souligner les déficits que les performances. Car la performance est une notion complexe. Obtenir de bons résultats aux tests de Q.I. ne garantit pas l’individu de difficultés, voire même d’une certaine inadaptation, dans la vie courante. Pour affiner leurs résultats, les tests se subdivisent d’ailleurs en deux catégories : les tests verbaux et les tests pratiques, orientés plus spécifiquement sur les aptitudes pratiques et le repérage des formes dans l’espace. Le chiffre global peut alors recouvrir en réalité des résultats aux écarts relativement importants.
Il existe ainsi des enfants dont les résultats sont supérieurs à la moyenne sur l’ensemble des épreuves, que l’on peut qualifier de «surdoués harmonieux», et d’autres qui ont des scores très élevés dans certains domaines mais moins brillants, voire franchement médiocres, dans d’autres, que l’on appellera les «surdoués dysharmoniques ». Ces derniers ont souvent de graves problèmes d’intégration, notamment scolaire.
Certains présentent, depuis la petite enfance, des troubles du développement qui compliquent encore
leur adaptation. C’est le plus souvent le cas des enfants appelés «calculateurs prodiges», qui développent des compétences exceptionnelles dans le calcul mental mais peuvent simultanément être incapables de relations sociales et d’apprentissages adaptés à la réalité.

Ce déséquilibre peut être mal interprété par les parents, avec de lourdes conséquences. Car ils préfèrent ne retenir que les performances extraordinaires et mettre sur le compte de ces compétences hors normes les difficultés d’adaptation de l’enfant. L’école et les programmes scolaires sont jugés responsables de son inadaptation; en réagissant de la sorte, les parents refusent de voir les difficultés, notamment relationnelles, de leur enfant. Ce type de déni peut être fait à propos d’en-
fants agités, affectés de troubles de l’attention, d’une instabilité motrice et de désordres plus ou moins sévères de la personnalité et de l’humeur : on préférera mettre cet ensemble de troubles sur le compte de la supériorité intellectuelle de l’enfant, censé de ce fait s’ennuyer dans une classe normale et se sentir incompris et persécuté par des observations et des sanctions jugées injustes.
Mais le propre d’un enfant surdoué et équilibré est de savoir très vite s’adapter aux situations et de compenser par un travail personnel et des intérêts propres ce que les apprentissages scolaires ne peuvent apporter. Il peut sauter une classe ou développer des compétences spécifiques sans pour autant se sentir à part, s’agiter, faire assumer à d’autres ses difficultés propres. Ces comportements sont en réalité les symptômes de difficultés de la personnalité.
Il convient d’admettre celles-ci pour ce qu’elles sont : non pas une tare, mais une réalité à laquelle il faut apporter une réponse. Cette réponse passe souvent par la valorisation des compétences spécifiques de l’enfant, que ce soit en lui offrant des cours particuliers ou en le
scolarisant dans une institution à petits effectifs, dont les aménagements doivent toutefois favoriser par ailleurs sa socialisation. Le risque est grand dans le cas contraire que l’enfant ne s’enferme dans une mégalomanie qui le conduira inévitablement à rejeter sur les autres les difficultés qu’il ne peut assumer seul.

La très grande majorité des surdoués que nous avons appelés « dysharmoniques » exercent leurs compétences exceptionnelles dans des domaines très limités ou trop originaux, sans lien avec la réalité concrète. Ils sont victimes de graves difficultés relationnelles, en général présentes dès la petite enfance, que la puberté révèle au grand jour. Il est nécessaire d’aider ces adolescents à sur-
monter leurs peurs et leurs difficultés en se servant de leur potentiel, au besoin en ayant recours à des structures adaptées, mais en veillant toujours à ce que forces et faiblesses ne se masquent pas les unes les autres. Etre surdoué est une chance que, toutefois, les difficultés d’insertion de l’adolescent, si elles ne sont pas prises en compte à leur juste valeur, peuvent transformer en poids trop lourd à porter.

Il m'a volé de l'argent dans mon porte-monnaie. Faut-il sévir

Il m’a volé de l’argent dans mon porte-monnaie. Faut-il sévir?

Ce type de comportement est plus fréquent chez les garçons que chez les filles. Il survient volontiers juste avant ou au début de l’adolescence, quand le garçon, qui n’a pas encore totalement quitté l’enfance, veut jouer au grand et pouvoir «se payer» ce dont il a envie. C’est en général dans le porte-monnaie maternel qu’il va puiser, peut-être parce qu’il est plus aisément accessible que le portefeuille du père, plus familier aussi. Ce choix est révélateur du fait que l’enfant se différencie mal de sa mère, qu’il se considère en quelque sorte comme une sorte de prolongation du corps mater-
nel. S’il lui manque quelque chose, il lui suffit d’aller se servir dans ce prolongement symbolique de la mère qu’est son porte-monnaie. Ce choix exprime donc combien le préadolescent reste encore dépendant de sa mère. On dirait que le pouvoir et la force qu’il cherche à acquérir demeurent pour lui des attributs maternels qu’il ne pourrait s’approprier sans les dérober. A cet âge, le père apparaît encore trop lointain, plus ou moins inaccessible, et s’en prendre à lui, plus transgressif et plus dangereux. Quand ce type de comportement survient plus tard chez l’adolescent, celui-ci se sert dans le portefeuille paternel, et dérobe des sommes nettement plus conséquentes que dans le porte-monnaie maternel.
Du fait de l’importance du lien de dépendance qui l’unit à ses parents, l’enfant a du mal à concevoir qu’il grandit, prend son autonomie et peut avoir des choses à lui, les demander et en discuter avec ses parents. Dans son esprit, ce qui est aux adultes, notamment l’argent, doit le rester et n’est pas pour lui. Pour le posséder, il ne peut que le voler, le prendre en cachette de ses parents. Il peut également avoir honte de désirer avoir de l’argent à lui et se sentir incapable d’en manifester le désir devant sa mère comme si c’était faire preuve d’une audace best online casino coupable et d’une impudeur qui appelaient un châtiment.

Un vol précoce, éventuellement répétitit, est un vol infantile, c’est-à-dire lié à la persistance d’un lien de dépendance infantile à la mère. Celle-ci peut l’encourager sans s’en rendre compte en maintenant une trop grande proximité physique avec son enfant, ce qui l’infantilise, ou en voulant trop le gâter, notamment en multipliant petits cadeaux et friandises qui donnent à l’enfant le sentiment que sa mère est comme une corne d’abondance, pleine de bonnes choses qu’elle peut
indéfiniment distribuer mais à son gré, comme elle le veut et quand elle le veut. Le père n’est guère consulté et se trouve très marginalisé dans ce type d’échanges. Un parent qui se rend compte que son enfant a volé de l’argent dans son porte-monnaie doit bien sûr ne pas accepter ce comportement et l’interdire, mais, simultanément, il doit aider l’adolescent à acquérir une réelle autonomie. Le rôle du père est alors primordial : c’est de lui que doit venir la double confirmation de l’inter-
dit et du droit de l’adolescent à désormais disposer d’attributs et de territoires qui soient à lui. Pour donner à l’adolescent le sentiment qu’il est assez grand pour commencer à gérer ses affaires et concrétiser ce changement, son père peut lui attribuer de l’argent de poche. Si ce type de comportement semble déjà s’être mué en habitude, il ne disparaîtra pas nécessairement dès la pre-
mière intervention. Il faut pouvoir rattraper les dérapages de l’adolescent, voire les sanctionner, tout en valorisant par ailleurs ce qui peut conforter sa confiance en lui. Il faudra surtout que ses parents s’interrogent sur la façon dont eux-mêmes se comportent dans la vie quotidienne et sur l’existence éventuelle d’une trop grande complicité entre l’adolescent et eux. Une thérapie familiale peut alors apparaître comme l’aide la plus appropriée.

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux?

Le fait de s’enfermer dans un comportement est toujours dangereux, quel que soit l’âge. Il en est ainsi
des jeux de rôle, d’autant qu’ils correspondent à des tentations par lesquelles l’enfant a été fortement attiré : celle, en particulier, d’imaginer des histoires qui mettent en scène ses désirs cachés, vécus comme interdits. L’imaginaire est, pour l’être humain, une soupape qui lui permet de décharger ses émotions, mais aussi de se donner à lui-même une représentation de ses désirs, qui sans cela pourraient devenir écrasants et dangereux. C’est une manière de se familiariser avec eux, de les
apprivoiser et de les intégrer à notre vie. Toutefois, au lieu d’être un outil d’adaptation, le jeu peut se clore sur lui-même et devenir un autre monde sans liens avec la réalité quotidienne. Plus celle-ci sera insatisfaisante, génératrice de déception et d’angoisse, plus la tentation sera grande de se réfugier dans cet autre monde, celui d’un imaginaire qui ne connaît pas de limites. Il pourra alors être d’autant plus difficile d’y résister pour l’adolescent qu’il sera entraîné dans son repli par des adultes, dont il croit qu’ils le guident, et/ou par des camarades, doubles rassurants de lui-
même. C’est le propre de toute dérive de type sectaire. Certes, les jeux de rôle ne relèvent pas pleinement de cette dernière, mais ils s’en approchent. Leur phraséologie pompeuse, leurs références au passé, le fait qu’ils aient été construits et ordonnés par les adultes qui les ont créés facilitent cette dérive. Enfin, c’est une activité d’initiés et une activité de groupe qui engendre de puissants effets d’entraînement.

Certains adolescents qui s’y sont laissé entraîner ont vu leur comportement évoluer vers un état psychotique, voire même parfois suicidaire. Cette évolution reste cependant l’exception et le fait déjeunes souffrant déjà de difficultés d’ordre psychopathologique. Toutefois, s’adonner à un jeu de rôle a pu contribuer à aggraver ces difficultés, et surtout à donner l’occasion à ces adolescents d’éluder les soins qui leur auraient été nécessaires. Tandis que d’autres adolescents, sans atteindre ces extrêmes, se sont laissé capter, piéger, et ont progressivement perdu tout intérêt pour la vie ordinaire, qu’elle soit familiale, scolaire ou amicale. Un tel comportement doit inquiéter les parents suffisamment tôt, c’est-à-dire avant que l’adolescent ne se soit trop éloigné de ses proches et autres relations habituelles. Mais ils ne doivent pas nécessairement réagir par la brutalité. Au
contraire, ils doivent réintroduire le jeu de rôle dans les échanges quotidiens pour en parler, mieux le connaître peut-être, ne pas l’isoler des autres intérêts possibles de l’adolescent comme s’il s’agissait d’un monde à part, ineffable, que seuls les initiés peuvent comprendre.

Il a des demi-frères et des demi-sœurs...Cela risque-t-il de le déséquilibrer

Il a des demi-frères et des demi-sœurs…Cela risque-t-il de le déséquilibrer?

Cette situation rappelle beaucoup la question précédente et obéit aux mêmes règles. À savoir que c’est surtout le contexte familial global et la qualité des liens avec les parents qui semblent déterminants. L’apparition d’une nouvelle fratrie exacerbe la jalousie et la rivalité, comme si elles étaient multipliées au carré. Non seulement l’adolescent doit se confronter à un nouvel enfant qui pourrait lui être préféré, mais ils n’ont qu’un parent en commun. A priori, le nouveau partenaire de la mère ou du père correspond à un choix préférentiel par rapport au conjoint antérieur, et donc leur enfant commun apparaît facilement comme devant être plus aimé. A cette rivalité affective se surajoutent très vite des éléments de réalité qui seront autant d’occasions de tensions et de conflits et serviront de paratonnerre à une insatisfaction. L’adolescent peut en effet plus difficilement faire des reproches au beau-parent ou aux parents eux-mêmes qu’à d’autres jeunes comme lui. Ces éléments de rivalité vont du partage des chambres à l’héritage futur, en passant par toutes les répartitions de temps, d’attention, de cadeaux, de nourriture, d’argent de poche qui ponctuent la vie quotidienne.

C’est en parlant ouvertement de ces réalités, en reconnaissant le caractère normal des rivalités et jalousies, que celles-ci peuvent être le plus facilement élaborées et, en partie du moins, dépassées. Or ce type d’échange est malheureusement rare, et bien des parents préfèrent croire que tout va bien et laissent leurs enfants se débrouiller…