C'est un égoïste. Il ne pense qu'à lui...Cela va-t-il passer avec le temps

C’est un égoïste. Il ne pense qu’à lui…Cela va-t-il passer avec le temps ?

L’égoïste est défini, de façon humoristique, comme «celui qui ne pense pas à moi»… Sous la boutade
se cache une certaine vérité. La personne qui reproche à l’adolescent son égoïsme l’exprime souvent d’une façon qui lui laisse à penser qu’il ne tient pas suffisamment compte d’elle. Le reproche risque alors d’installer une relation sadomasochiste de harcèlement réciproque entre l’adolescent et l’un de ses parents, si ce n’est les deux. La fréquence de cette situation fait apparaître l’égoïsme comme une forme de défense par laquelle l’adolescent tente d’échapper à ce qu’il ressent, à tort ou à raison, et souvent un peu les deux, comme une emprise parentale. Il crée une barrière protectrice, un rempart qui le protègent d’une soumission passive aux désirs de l’entourage.

Le traiter d’égoïste, c’est porter un jugement de valeur sur sa personne, en risquant de le dévaloriser et de renforcer son sentiment de persécution. Le plus souvent, la blessure narcissique que cela entraîne affaiblit le sujet et le pousse à se conforter dans son comportement. Mieux vaut tenter de déplacer le lieu du conflit en tâchant de poser des limites aux attitudes qui posent problème, plutôt que déjuger l’individu dans sa globalité. Par exemple, on peut décider en famille que les enfants participeront désormais à telle ou telle tâche, en essayant d’éviter une confrontation qui conduit en général à l’escalade entre l’adolescent et le parent le plus impliqué. Quand le blocage est trop important, faire appel à un tiers est toujours un moyen de dédramatiser
la situation. C’est l’intérêt des thérapies familiales.

Qu'est-ce que la puberté

Qu’est-ce que la puberté ?

La puberté est un phénomène physiologique, inhérent à révolution normale de l’individu. Elle se manifeste par des transformations corporelles, l’apparition des caractères sexuels secondaires, qui accompagnent l’arrivée à maturité des glandes sexuelles et leur production d’hormones, lesquelles sont différentes chez le garçon et la fille. La procréation devient possible. L’apparition des caractères sexuels secondaires marque l’entrée dans la puberté et permet d’en repérer les différentes étapes. Ils sont, pour une part, communs aux deux sexes : c’est le cas de la pilosité pubienne et axillaire, plus étendue chez le garçon (apparition de la barbe). Chez l’adolescent, le larynx se transforme (la pomme d’Adam apparaît), la voix mue, le volume du pénis et des testicules augmente. Chez la jeune fille, les seins se développent, les sécrétions vaginales apparaissent puis les règles surviennent.

Ces signes secondaires traduisent le développement définitif des organes sexuels, qui constituent les signes sexuels primaires, existant à la naissance et se formant au cours de la gestation chez le fœtus, sous l’influence des gènes masculins et féminins. La poussée hormonale s’accompagne, au début de la puberté, d’une forte accélération de la croissance puis de son arrêt total et définitif, en fin de puberté, quand les transformations sexuelles sont terminées et que les cartilages de conjugaison des extrémités osseuses se sont soudés. Ces cartilages de conjugaison sont une partie des extrémités des os longs du corps (fémur, tibia, humérus, radius et cubitus) non ossifiée qui leur permet de continuer à grandir. Ils s’ossifient définitivement sous l’effet d’une imprégnation par les hormones sexuelles, rendant impossible toute croissance ultérieure.
La puberté chez l’homme est relativement tardive par rapport à celle des animaux les plus proches de lui dans l’échelle de l’évolution, notamment celle des singes anthropoïdes. En effet, la maturité physique et sexuelle de ceux-ci se situe vers 4 ou 5 ans. A cet âge, les glandes sexuelles de l’homme cessent de se développer pour ne reprendre leur croissance que dans un deuxième temps : la puberté. On peut penser que cette évolution en deux temps – arrêt de la croissance glandulaire tandis que le
corps continue de croître, puis reprise de la croissance sexuelle – a favorisé le développement des apprentissages ainsi que la dépendance affective de l’enfant à ses parents. A contrario, une pratique sexuelle plus précoce l’aurait davantage poussé vers l’action au détriment de la pensée et de la verbalisation.

Il surfe sur le Net

Il surfe sur le Net.

Internet représente pour le moment le sommet des moyens de communication modernes. Comme le téléphone, les jeux vidéo, la télévision ou les jeux de rôle, il peut tout à la fois faciliter la communication
– ce qui est théoriquement son rôle — ou être un moyen pour l’adolescent de s’enfermer dans un monde virtuel. Car c’est une forme de communication sur laquelle l’adolescent peut exercer un contrôle total. Il y dispose à la fois de potentialités quasiment infinies et du choix d’y mettre fin à tout moment, sans avoir à en référer à quiconque. Il n’a pas davantage à se préoccuper des effets de son discours ou du contenu de sa communication sur les autres. Il est seul maître à bord, sans aucun adulte qui puisse s’interposer.

C’est évidemment cette toute-puissance potentielle qui constitue le facteur de risque essentiel. Il faut donc éviter que l’adolescent n’en arrive à s’enfermer dans cette activité et qu’elle ne se transforme en une pseudocommunication. Donc, pour que le Net puisse garder son extraordinaire pouvoir d’ouverture sur le monde sans nuire à l’adolescent, il est préférable qu’il demeure un moyen d’échange et de communication avec son entourage. Plutôt que d’interdire ou de critiquer son usage, il vaut mieux que les adultes en fassent l’objet d’un intérêt partagé, au minimum en s’intéressant à ce qu’en dit l’adolescent et au plaisir qu’il y trouve, ou, mieux, en demandant à l’adolescent de les initier à cette nouvelle technologie s’ils ne sont pas eux-mêmes très au fait de la façon dont le Net fonctionne.
Ce qui ne doit pas empêcher les parents de veiller à ce que l’usage de cet outil soit régulé en le restreignant en fonction de l’âge et de la maturité de l’adolescent. Il existe maintenant des moyens, certes toujours relatifs mais tout de même efficaces, d’interdire l’accès à certains sites, et les parents ont tout intérêt à s’en informer. Il est intéressant de voir combien le Net peut permettre à certains enfants qui ont de grandes difficultés à communiquer de trouver un nouveau moyen de communication tolérable par eux, parce que justement maîtrisable, sans liens émotionnels et physiques avec l’interlocuteur. Ce peut être un progrès pour eux. Pour ce type d’adolescents, il faut en accepter l’usage, même excessif, en espérant qu’ils puissent y devenir performants, ce qui deviendra peut-être, dans un deuxième temps, un atout qui leur permettra de mieux s’insérer dans la vie adulte.
Ce qui pourrait ne pas paraître souhaitable pour un adolescent qui a les moyens d’établir avec les autres une communication dite normale peut devenir une chance pour ceux qui souffrent sur ce plan d’un handicap. Cela n’exclut pas bien entendu, même dans ce dernier cas, que les adultes doivent faire effort pour s’immiscer progressivement dans un lien trop exclusif avec la machine.

Il délire. Est-il malade

Il délire. Est-il malade?

Le délire est l’expression d’un trouble grave du jugement qui aboutit, chez celui qui en souffre, à des convictions ne tenant plus compte de la réalité et ne pouvant faire l’objet d’un regard critique de sa part. Le délire n’apparaît vraiment qu’à l’adolescence, quand le sujet est suffisamment capable de différencier réalité et imaginaire. Avant cela, il est bien difficile de savoir jusqu’à quel point l’enfant adhère à ses constructions imaginaires. Le délire s’accompagne le plus souvent d’un sentiment
de persécution. L’adolescent qui en est affecté se sent suivi, menacé par une organisation anonyme ou connue, mais aussi par un ou plusieurs membres de son entourage proche, voire de sa famille, vis-à-vis desquels il peut se révéler dangereux. Le délire peut également avoir une tonalité mystique et passionnelle : l’adolescent se sent investi d’une mission, se prend pour un prophète ou tout
autre personnage religieux important. Il peut penser qu’il est le descendant caché d’un personnage célèbre et que sa véritable identité doit être révélée ; ou au contraire qu’il doit se cacher car on pourrait attenter à sa vie.

Si le délire se focalise sur une seule personne, il est potentiellement dangereux, car l’adolescent peut être amené à penser qu’en se débarrassant de cette personne, il va retrouver sa liberté. Celle-ci est toujours une personne importante sur laquelle l’adolescent investit beaucoup de choses. Elle devient pour lui porteuse d’une partie de son monde psychique qu’il n’accepte pas et qu’il projette sur elle. Cette part de lui-même peut être positive et idéalisée, auquel cas l’adolescent pourra développer un attachement passionnel, et parfois même se convaincre que cette personne est amou-
reuse de lui : c’est ce que l’on appelle « l’érotomanie ». Mais il s’agit le plus souvent d’une part négative, auquel cas l’adolescent croira au contraire que la personne sur laquelle il la projette le menace et le persécute. Le corps peut également être l’objet de constructions délirantes : l’adolescent a alors le sentiment qu’il subit des transformations anormales, transformations qui
concernent majoritairement l’identité et les organes sexuels.

Parce qu’il révèle un trouble grave de la relation à la réalité et traduit un trouble psychiatrique nécessitant un traitement spécifique dont font partie des médicaments psychotropes, le délire est toujours inquiétant et nécessite une consultation psychiatrique immédiate. Il existe des délires aigus, le plus souvent passagers, liés à la prise de toxiques, alcool et différentes drogues,
qui peuvent s’accompagner d’une très forte fièvre et se manifester par des propos délirants. Ils ne sont en réalité que le reflet d’une perte de contrôle sur soi-même, une sorte de rêve éveillé bien différent du vrai délire. Dans certaines familles isolées, en difficulté, entretenant de ce fait une méfiance compréhensible à l’égard d’un monde extérieur jugé hostile, si ce n’est dangereux, les parents peuvent être tentés d’adhérer, au moins un temps, aux propos délirants de l’adolescent.
Ce peut être aussi le cas quand se crée une complicité particulière entre l’enfant et l’un de ses parents, qui se met à partager de plus en plus sa méfiance à l’égard des autres. Cette complicité peut les entraîner dans un véritable délire à deux. Il devient alors nécessaire d’avoir recours à une intervention extérieure, parfois contre leur gré.

Ma fille est tout le temps fatiguée. Comment faire pour la motiver

Ma fille est tout le temps fatiguée. Comment faire pour la motiver?

Les adolescents se plaignent très fréquemment d’être fatigués. Comme toutes les plaintes relatives au
corps, celle-ci est plus le fait des filles que des garçons. Avec le début de la puberté, les maux corporels, qui concernaient environ 10% des filles et 10% des garçons, concernent désormais 40% des filles mais toujours seulement 10% des garçons. Les plaintes corporelles, â l’instar des caprices chez
l’enfant et des conduites d’opposition chez l’adolescent, sont l’une des modalités d’expression de l’insatisfaction comme mode de régulation de la distance relationnelle avec les personnes investies, en particulier les parents. Par la plainte, et plus particulièrement l’insatisfaction, l’enfant et l’adolescent expriment d’une part leurs attentes à l’égard des parents – et donc leur dépendance affective -, et d’autre part affirment leur pouvoir d’échapper à l’emprise des parents, puisque la plainte persiste.

Car le propre de ces plaintes est d’être, en général, répétitives et plus ou moins chroniques. C’est d’ailleurs souvent le cas de la fatigue, même si la perspective d’une épreuve, un examen par exemple, peut l’exacerber. Certes, la fatigue n’est pas toujours l’expression d’un malaise ou d’une tension intérieure de l’adolescent(e). Elle peut aussi être provoquée, ou du moins favorisée et entretenue, par une mauvaise hygiène de vie. L’insuffisance de sommeil en est fréquemment la cause, mais elle est elle-même souvent liée à des facteurs psychologiques, causes de stress et d’anxiété. C’est aussi le
cas d’une mauvaise répartition ou mauvaise qualité du sommeil (un coucher trop tardif, des réveils fréquents, des cauchemars à répétition). Des repas déséquilibrés, voire des régimes excessifs ou aberrants, des trajets fatigants et longs, la prise excessive de stimulants tels que le café peuvent également en être des facteurs favorisants. Bien sûr, la fatigue est parfois révélatrice d’une maladie. Mais son apparition est alors brutale, durable, associée à d’autres signes et nécessite au plus vite une consultation médicale. A titre d’exemple, les suites de maladies virales ainsi que certaines maladies endocriniennes s’accompagnent d’une fatigue qui peut s’étendre sur plusieurs mois, voire sur une année.
La fatigue habituelle à l’adolescence est à la fois plus discrète et plus spectaculaire, notamment dans la façon dont les adolescents s’en plaignent — la plupart du temps lors de situations particulières : examens, périodes préet postmenstruelles, etc. L’insatisfaction, les plaintes diverses et la morosité plus ou moins chronique qui l’accompagnent font partie de ce contexte suggestif d’une tension psychique et affective. Celle-ci est davantage le fait de désirs contradictoires de l’adolescente et des paradoxes propres à cet âge que d’une cause précise.

Selon les tempéraments, il n’est pas rare que cette fatigue évolue au cours de la journée. Ainsi, certaines personnalités, anxieuses, hésitantes, très scrupuleuses, ayant tendance à toujours tergiverser et perplexes dès qu’il s’agit de prendre une décision, sont volontiers victimes d’une fatigue matinale qui s’estompe dans la journée mais aussi, paradoxalement, de difficultés à aller se
coucher. Certaines manifestations psychosomatiques comme la spasmophilie peuvent être associées à ce type de comportement…
Comment répondre à cette fatigue ? Sûrement pas en refusant de la prendre en considération. Et encore
moins en la dramatisant. Le meilleur remède consiste à aider discrètement l’adolescent(e) à modifier certaines de ses habitudes de vie, à accorder une attention accrue à ses centres d’intérêt, ses peines ou ses difficultés. Cela n’exclut pas, si les plaintes perdurent, de recourir à un avis médical, voire à l’appoint de quelques médicaments légers. Toutefois, une fois éliminées les affections, notamment corporelles, il serait néfaste de chercher à médicaliser à tout prix ce type de comportements par des consultations répétées. Aussi est-il préférable de déplacer le besoin d’attention dont témoigne l’adolescente) sur des aspects plus positifs et plus verbalisés, qui pourront être développés lors d’une psychothérapie.

Il ment. Faut-il «passer l'éponge»

Il ment. Faut-il «passer l’éponge»?

Apartir de quand peut-on parler de mensonge ? Il y a en effet une très grande différence entre un ado-
lescent qui arrange un peu la réalité pour obtenir ce qu’il veut ou éviter une réaction parentale qu’il s’exagère d’ailleurs souvent, et un adolescent qui interpose la falsification d’une part plus ou moins importante de la réalité entre tout ou partie de son entourage et lui. Il faut donc bien distinguer le mensonge occasionnel du mensonge comme mode d’existence.

Dès qu’il devient important et régulier, le mensonge est le signe de l’organisation d’une distorsion de la personnalité affectant un adolescent qui se sent obligé de cacher une part plus ou moins étendue de lui-même au regard de ses parents, voire à toute sa famille, aux adultes en général, ou même à ceux de son âge. D’où vient cette obligation ? Elle est nécessairement liée à la croyance que cette part cachée de lui-même est à la fois inacceptable pour le ou les adultes en question et vitale, sinon indispensable, pour l’adolescent, qui ne peut concevoir d’y renoncer, en tout cas pour le moment. Le mensonge, quand il est devenu une façon d’être, c’est-à-dire quand il s’est organisé, de façon durable, comme l’unique modalité de réponse de l’adolescent, témoigne d’une grave perte de confiance : perte de confiance en soi et en sa capacité à affronter ses contradictions et autrui.
Mais également perte de confiance dans les autres, en particulier les parents, remise en question de leur capacité à accueillir et à répondre aux divisions de leur enfant. Un enfant ou un adolescent qui ment n’est pas seulement quelqu’un de débrouillard qui sait se tirer d’affaire, mais quelqu’un qui a peur. Manque de confiance et peur ne sont pas apparus en un jour. Il a fallu que s’installent chez l’enfant un léger décalage puis un véritable écart entre ce que l’on peut montrer et ce qu’il faut cacher, et cette part d’ombre n’a pu s’intégrer au reste de sa personnalité. Dans le malentendu qui s’est créé, il est bien difficile, après coup, de faire la part de ce qui a été favorisé par l’atti-
tude des parents ou par les difficultés propres de l’enfant. Crainte de représailles de la part des parents, mensonge d’un parent et sentiment de l’enfant d’avoir été trahi, conflit entre les parents qui pousse l’un d’eux à cacher délibérément à l’autre des choses importantes en faisant de l’enfant son complice… Les causes possibles en sont nombreuses et souvent enchevêtrées.

Le mensonge adopté par l’adolescent comme seule façon d’être illustre bien l’importance et les difficultés de l’éducation. Elle ne peut se passer de limites et d’interdits, mais ceux-ci, pour être efficaces, doivent pouvoir être intégrés et repris à son compte par l’enfant. Pour que ce soit possible, l’enfant doit en saisir la logique implicite et le bien-fondé. Il faut donc que tout com-
portement réprimé ou interdit par le parent le soit pour le bien de l’enfant, et dès lors que ce comportement soit d’abord dans un premier temps accueilli et reconnu par le parent. Car une répression trop sévère peut laisser l’enfant coupable ou honteux, comme s’il n’avait même
jamais dû avoir de telles pensées. Celles-ci peuvent alors rester enfouies, comme un corps étranger non assimilé et non digéré. De tels désirs resurgiront plus tard, notamment à l’adolescence, effrayants et monstrueux, et pousseront la personnalité de l’adolescent à se diviser en plusieurs, vécues comme inconciliables.
Cela dit, le fait d’être le complice de l’un des parents qui cache à l’autre un comportement ou des pensées qu’il a partagés avec son enfant peut avoir un résultat très semblable. A l’adolescence, un enfant qui a été lié à l’un de ses parents par cette sorte de pacte secret peut chercher à retrouver cette complicité au travers de conduites plus ou moins délictueuses qu’il lui faut cacher aux yeux du monde.
Il est difficile de sortir de ce genre de situations, car, dans les deux cas envisagés, elles sont vécues par l’intéressé sur un mode fusionnel, le reste de sa personnalité n’étant ressenti par l’adolescent que comme une adaptation sans doute nécessaire mais plus superficielle aux exigences du monde environnant.

La solution la plus efficace pour faire évoluer la situation est souvent la thérapie familiale. Elle peut être l’occasion pour l’adolescent de s’apercevoir qu’il a le pouvoir de cacher certaines choses à ses parents et que ces derniers n’ont pas celui de lire en lui comme dans un livre ouvert. Ainsi conçu, le mensonge, quand il ne concerne que de petites choses de la vie courante, rassure l’enfant sur son indépendance : il n’est pas indispensable que ses parents sachent tout de lui. Il n’a pas
bien sûr pour autant à être cautionné par les parents, caution qui lui ferait perdre toute sa valeur d’acte difîerenciateur. Mais la réaction qu’appelle la découverte de petits mensonges peut prendre un caractère presque ludique qui montrera que le parent n’est pas dupe et, en même temps, que ce petit mensonge n’est pas dramatique, d’autant que «faute avouée est à demi pardonnée». On peut espérer que cette intégration progressive d’un droit à cacher et à penser différemment, admis et reconnu par les parents, limitera le besoin de recourir au mensonge comme mode d’existence.

Il est confronté à des conflits familiaux. Que faire

Il est confronté à des conflits familiaux. Que faire?

Les conflits familiaux sont inévitables. Il n’est pas souhaitable que les parents entretiennent l’illusion d’un couple parental sans faille et d’un monde sans conflit. Cela ne préparerait guère l’adolescent à la réalité de la vie conjugale et familiale ni à celle de la vie en général. Tout repose sur la façon dont les parents gèrent ces conflits et sur la place qu’ils donnent à l’adolescent. Sont-ils capables de contenir les conflits ou empoisonnent-ils l’ensemble du climat familial ? Se déroulentils dans le respect de chacun ou dans le dénigrement réciproque ? Les enfants sont-ils incités à prendre parti ?
Est-il possible ou non d’en parler calmement après? Autant de réponses qui conditionnent les effets des
conflits sur l’adolescent.

Ce qui frappe le plus, dans les situations conflictuelles importantes, c’est à quel point l’un des parents, ou les deux, a des difficultés à se mettre à la place de l’adolescent et à essayer de comprendre ce qu’il peut ressentir. Trop impliqué dans le conflit, le parent est incapable de prendre le recul nécessaire, de faire l’effort de différencier ses sentiments de ceux de l’adolescent. L’intensité de ses émotions lui sert de justification, d’argument et de bonne conscience et il lui est difficile d’admettre qu’on puisse réagir différemment. C’est cette absence de recul qui est le plus toxique, car elle ne laisse aucune place à l’autre. La différence est immédiatement perçue comme critique et hostile.
Il existe plusieurs situations où l’adolescent risque d’être absorbé par la situation conflictuelle et dépossédé de son libre arbitre, de ses capacités de jugement et de critique :

— L’adolescent spectateur. Il se trouve dans une position passive, voyeuriste, où il assiste au grand déballage de reproches que se font les parents. Le plus traumatisant est leur absence de pudeur, ils «déballent» l’intimité de leur vie privée comme si toute barrière avait disparu, s’injurient, voire se frappent devant l’adolescent. C’est une violence à son encontre dans la mesure où les parents font comme s’il n’était pas là. Ses besoins affectifs de se sentir sécurisé et surtout d’éprouver un
minimum d’estime et d’admiration pour eux sont méconnus. En outre, bien souvent, la présence de l’adolescent excite le parent qui va essayer de rechercher une complicité et de faire de l’adolescent un témoin, voire un allié.
– L’adolescent complice. Il est directement sollicité par le ou les parents pour prendre parti pour l’un contre l’autre ou, plus subtilement, pour devenir le confident de l’un et être amené à compatir à ses souffrances puis à faire alliance avec lui contre l’autre. Cette complicité peut le conduire à devenir le porte-parole d’un des parents, soit en prenant directement son parti, soit en allant mal lui-même. Dans ce dernier cas, il embarrasse et met plus ou moins en échec le parent dominant du
couple, et fait alliance avec le plus souffrant.
– L’adolescent bouc émissaire. Il réunit ses parents, les réconcilie ou, simplement, les rapproche, le plus souvent parce que ses difficultés et sa souffrance sont un moyen de rassembler la famille autour de celui qui va mal. Parfois même, les parents, au-delà de leurs divergences, s’accordent pour considérer que le comportement de l’adolescent est responsable de la souffrance de la famille et des tensions entre eux…
La liste n’est évidemment pas close, mais, au-delà de la diversité des situations, on trouve une conséquence commune : l’adolescent est toujours la victime. Bien sûr, ses réactions diffèrent en fonction des situations, des rencontres qu’il peut faire, des appuis qu’il peut trouver, de la qualité des liens pendant son enfance et de son tempérament. Heureusement, certains puisent dans
ces difficultés une capacité de réagir, une expérience et une prise de conscience qui leur seront utiles. Mais tout cela laisse des traces qui pourront resurgir, notamment dans leur couple futur et dans leur relation avec leurs enfants. Surtout, un certain nombre d’entre eux vont en souffrir d’une façon qui entrave leur développement et les amène à adopter des conduites d’échec, à déprimer ou à se révolter.
En effet, dans toutes ces situations, l’adolescent est parasité par des difficultés qui ne sont pas les siennes mais que ses parents font siennes. Il ne saura plus démêler ce qui, dans ses problèmes, provient de lui ou de ses parents. Sans le savoir, il devient en quelque sorte captif de forces qui l’aliènent au passé, à des rancœurs, des vengeances ou des besoins de réparation, et qui pourront influer sur son propre avenir.

Mais tous les conflits ne sont pas explicites, beaucoup restent de Tordre du non-dit. Des couples coexistent jusqu’à la fin de leur vie tout en se haïssant secrètement et avec des attitudes et des principes éducatifs opposés ou très divergents. Il est illusoire de penser que l’enfant
n’en perçoit rien. Il peut éviter de se poser la question trop clairement, mais il sera porteur de ce conflit latent, ce qui ne facilitera pas son travail d’intégration de ses propres contra-
dictions et contribuera à dramatiser ses identifications, c’est-à-dire le choix de ses modèles de pensées, de valeurs et d’options de vie. Les différences entre le père et la mère ne seront alors plus une chance, un facteur d’ouverture à des combinaisons variées et propres à l’enfant, mais une source de division et de déchirements internes. L’enfant reproduira intérieurement le combat entre ses parents, tout ce qui le rapprocherait de l’un le mettant en conflit avec l’autre.
Les déchirures se manifestent généralement à l’adolescence, quand la nécessité de prendre ses distances et d’affirmer son identité propre se fait sentir. Les divisions de l’adolescent l’empêchent de devenir autonome et lui font sentir sa dépendance à l’égard de ses parents, renforçant ainsi le conflit. La réponse ne se fait pas attendre : les troubles du comportement, les conduites d’échec et d’opposition traduisent l’impossibilité de la séparation comme de la satisfaction. Le prix à payer est toujours trop élevé…