Il ment. Faut-il «passer l'éponge»

Il ment. Faut-il «passer l’éponge»?

Apartir de quand peut-on parler de mensonge ? Il y a en effet une très grande différence entre un ado-
lescent qui arrange un peu la réalité pour obtenir ce qu’il veut ou éviter une réaction parentale qu’il s’exagère d’ailleurs souvent, et un adolescent qui interpose la falsification d’une part plus ou moins importante de la réalité entre tout ou partie de son entourage et lui. Il faut donc bien distinguer le mensonge occasionnel du mensonge comme mode d’existence.

Dès qu’il devient important et régulier, le mensonge est le signe de l’organisation d’une distorsion de la personnalité affectant un adolescent qui se sent obligé de cacher une part plus ou moins étendue de lui-même au regard de ses parents, voire à toute sa famille, aux adultes en général, ou même à ceux de son âge. D’où vient cette obligation ? Elle est nécessairement liée à la croyance que cette part cachée de lui-même est à la fois inacceptable pour le ou les adultes en question et vitale, sinon indispensable, pour l’adolescent, qui ne peut concevoir d’y renoncer, en tout cas pour le moment. Le mensonge, quand il est devenu une façon d’être, c’est-à-dire quand il s’est organisé, de façon durable, comme l’unique modalité de réponse de l’adolescent, témoigne d’une grave perte de confiance : perte de confiance en soi et en sa capacité à affronter ses contradictions et autrui.
Mais également perte de confiance dans les autres, en particulier les parents, remise en question de leur capacité à accueillir et à répondre aux divisions de leur enfant. Un enfant ou un adolescent qui ment n’est pas seulement quelqu’un de débrouillard qui sait se tirer d’affaire, mais quelqu’un qui a peur. Manque de confiance et peur ne sont pas apparus en un jour. Il a fallu que s’installent chez l’enfant un léger décalage puis un véritable écart entre ce que l’on peut montrer et ce qu’il faut cacher, et cette part d’ombre n’a pu s’intégrer au reste de sa personnalité. Dans le malentendu qui s’est créé, il est bien difficile, après coup, de faire la part de ce qui a été favorisé par l’atti-
tude des parents ou par les difficultés propres de l’enfant. Crainte de représailles de la part des parents, mensonge d’un parent et sentiment de l’enfant d’avoir été trahi, conflit entre les parents qui pousse l’un d’eux à cacher délibérément à l’autre des choses importantes en faisant de l’enfant son complice… Les causes possibles en sont nombreuses et souvent enchevêtrées.

Le mensonge adopté par l’adolescent comme seule façon d’être illustre bien l’importance et les difficultés de l’éducation. Elle ne peut se passer de limites et d’interdits, mais ceux-ci, pour être efficaces, doivent pouvoir être intégrés et repris à son compte par l’enfant. Pour que ce soit possible, l’enfant doit en saisir la logique implicite et le bien-fondé. Il faut donc que tout com-
portement réprimé ou interdit par le parent le soit pour le bien de l’enfant, et dès lors que ce comportement soit d’abord dans un premier temps accueilli et reconnu par le parent. Car une répression trop sévère peut laisser l’enfant coupable ou honteux, comme s’il n’avait même
jamais dû avoir de telles pensées. Celles-ci peuvent alors rester enfouies, comme un corps étranger non assimilé et non digéré. De tels désirs resurgiront plus tard, notamment à l’adolescence, effrayants et monstrueux, et pousseront la personnalité de l’adolescent à se diviser en plusieurs, vécues comme inconciliables.
Cela dit, le fait d’être le complice de l’un des parents qui cache à l’autre un comportement ou des pensées qu’il a partagés avec son enfant peut avoir un résultat très semblable. A l’adolescence, un enfant qui a été lié à l’un de ses parents par cette sorte de pacte secret peut chercher à retrouver cette complicité au travers de conduites plus ou moins délictueuses qu’il lui faut cacher aux yeux du monde.
Il est difficile de sortir de ce genre de situations, car, dans les deux cas envisagés, elles sont vécues par l’intéressé sur un mode fusionnel, le reste de sa personnalité n’étant ressenti par l’adolescent que comme une adaptation sans doute nécessaire mais plus superficielle aux exigences du monde environnant.

La solution la plus efficace pour faire évoluer la situation est souvent la thérapie familiale. Elle peut être l’occasion pour l’adolescent de s’apercevoir qu’il a le pouvoir de cacher certaines choses à ses parents et que ces derniers n’ont pas celui de lire en lui comme dans un livre ouvert. Ainsi conçu, le mensonge, quand il ne concerne que de petites choses de la vie courante, rassure l’enfant sur son indépendance : il n’est pas indispensable que ses parents sachent tout de lui. Il n’a pas
bien sûr pour autant à être cautionné par les parents, caution qui lui ferait perdre toute sa valeur d’acte difîerenciateur. Mais la réaction qu’appelle la découverte de petits mensonges peut prendre un caractère presque ludique qui montrera que le parent n’est pas dupe et, en même temps, que ce petit mensonge n’est pas dramatique, d’autant que «faute avouée est à demi pardonnée». On peut espérer que cette intégration progressive d’un droit à cacher et à penser différemment, admis et reconnu par les parents, limitera le besoin de recourir au mensonge comme mode d’existence.

Il est intransigeant. Est-ce grave

Il est intransigeant. Est-ce grave ?

Si la timidité est volontiers perçue comme féminine, l’intransigeance passe pour virile. Et pourtant, elle n’est pas si différente de la timidité, apportant une réponse opposée à une situation de base commune. Comme souvent, l’opposition ou l’excès renvoient à leur contraire. Là où la timide dissimule derrière son effacement son désir d’occuper le devant de la scène, de séduire les hommes et d’écraser ses rivales, l’intransigeant affiche une assurance et une raideur qui cachent sa vulnérabilité et sa peur constante que sa valeur ou même son identité soient menacées. L’intransigeant vit sur la défensive. C’est une façon de se prémunir contre ce qui paraît être une faiblesse aux yeux de l’adolescent : le risque d’être submergé par ses émotions. Le sentiment de désarroi, l’envie de pleu-
rer, la tristesse et la solitude, le besoin d’être soutenu et entouré, l’envie et la crainte se laisser aller, la peur de ne plus se contrôler, la passivité et le féminin sont souvent associés.

Toutes ces envies et ces craintes sont particulièrement sollicitées par le début de la puberté et ce que celle-ci éveille de désirs régressifs et d’envies passives de recevoir et de se remplir. Bien des garçons, mais aussi des filles, ayant des tendances dépressives et abandonniques (c’est-à-dire ayant souffert de sentiments de solitude et d’abandon pendant leur enfance et ayant tendance à se remettre dans des situations où ils provoquent ces attitudes de la part des autres) se rigidifient dès les premiers signes de la puberté et adoptent des attitudes opposées à leurs désirs réels à cause des craintes qu’ils suscitent. Ils se montrent particulièrement intransigeants, durs, insensibles à la pitié, impitoyables et méprisants envers les faibles, qu’ils identifient à cette part d’eux-mêmes
qu’ils rejettent. Liée à une souffrance non élaborée pendant l’enfance, cette part non acceptée d’eux-mêmes les conduit à refuser tout ce qui leur paraît être en relation avec cette période, c’est-à-dire l’infantile, confondu ici avec l’enfantin. Ils partent à la recherche de modèles adultes qui puissent conforter leurs défenses et sont des proies particulièrement vulnérables pour certaines sectes ou idéologies de la force et de l’ordre. Car, paradoxalement, les personnes d’apparence dure se ressentent intérieurement comme des personnes faibles et potentiellement peureuses. Leur besoin de compréhension et de soutien, et ce qui demeure en eux d’infantile, les conduisent à adhérer à leurs modèles, leaders ou idéologies, sans réserve et sans esprit critique, comme un enfant cherche refuge dans les bras protecteurs d’un parent.

Les adolescentes tolèrent souvent mieux les résurgences des besoins de leur enfance. Elles les accueillent de façon plus souple et ne les ressentent pas autant comme menaçantes pour la nouvelle image qu’elles sont en train de construire d’elles-mêmes. Il existe toute une gamme possible de réactions d’intransigeance. Elles peuvent concerner tous les secteurs de la vie (positions idéologiques, religieuses, politiques, goûts alimentaires, habitudes de vie, tenues vestimen-
taires, etc.), ensemble ou à leur tour, et sont le plus souvent passagères. Leur point commun est une brutale crispation sur un choix qui devient indiscutable et dont la rigidité même tient lieu d’explication. L’adolescent a ainsi balisé son territoire, planté son drapeau ; l’on pres-
sent bien que c’est son image de lui, voire son identité, qui se jouent là. Il n’est pas opportun d’attaquer de front ces convictions. On ne ferait, en établissant un rapport de force, qu’accroître l’intransigeance de l’adolescent. Mais on n’est pas obligé non plus d’y adhérer ou de les cautionner, et encore moins de se laisser tyranniser. Il apparaît même souhaitable que les parents, et les adultes en général, sachent garder eux-mêmes leurs convictions. Cela paraîtra plus rassurant à l’adolescent qu’une attitude qui lui confirmerait que rien ne résiste à ses désirs. En outre, l’adolescent intransigeant a besoin de marquer sa différence en s’affirmanc et en s’opposant.
L’absence d’opposition le pousse souvent à la surenchère, jusqu’à ce qu’il se heurte à la limite à partir de laquelle ses parents refusent de le suivre. En fonction de l’âge et de la nature de l’engagement, des limites peuvent et doivent être posées par les parents, mais la meilleure réponse à l’intransigeance d’un adolescent reste de la dédramatiser et d’ouvrir l’adolescent à d’autres centres d’intérêt, tout en le soutenant dans ses réussites et ses points forts. Le plus souvent, ces raideurs demeurent passagères et fluctuantes jusqu’à ce que l’adolescent soit en mesure de choisir plus librement, et avec moins de contraintes intérieures, sa propre voie.

Il est confronté à des conflits familiaux. Que faire

Il est confronté à des conflits familiaux. Que faire?

Les conflits familiaux sont inévitables. Il n’est pas souhaitable que les parents entretiennent l’illusion d’un couple parental sans faille et d’un monde sans conflit. Cela ne préparerait guère l’adolescent à la réalité de la vie conjugale et familiale ni à celle de la vie en général. Tout repose sur la façon dont les parents gèrent ces conflits et sur la place qu’ils donnent à l’adolescent. Sont-ils capables de contenir les conflits ou empoisonnent-ils l’ensemble du climat familial ? Se déroulentils dans le respect de chacun ou dans le dénigrement réciproque ? Les enfants sont-ils incités à prendre parti ?
Est-il possible ou non d’en parler calmement après? Autant de réponses qui conditionnent les effets des
conflits sur l’adolescent.

Ce qui frappe le plus, dans les situations conflictuelles importantes, c’est à quel point l’un des parents, ou les deux, a des difficultés à se mettre à la place de l’adolescent et à essayer de comprendre ce qu’il peut ressentir. Trop impliqué dans le conflit, le parent est incapable de prendre le recul nécessaire, de faire l’effort de différencier ses sentiments de ceux de l’adolescent. L’intensité de ses émotions lui sert de justification, d’argument et de bonne conscience et il lui est difficile d’admettre qu’on puisse réagir différemment. C’est cette absence de recul qui est le plus toxique, car elle ne laisse aucune place à l’autre. La différence est immédiatement perçue comme critique et hostile.
Il existe plusieurs situations où l’adolescent risque d’être absorbé par la situation conflictuelle et dépossédé de son libre arbitre, de ses capacités de jugement et de critique :

— L’adolescent spectateur. Il se trouve dans une position passive, voyeuriste, où il assiste au grand déballage de reproches que se font les parents. Le plus traumatisant est leur absence de pudeur, ils «déballent» l’intimité de leur vie privée comme si toute barrière avait disparu, s’injurient, voire se frappent devant l’adolescent. C’est une violence à son encontre dans la mesure où les parents font comme s’il n’était pas là. Ses besoins affectifs de se sentir sécurisé et surtout d’éprouver un
minimum d’estime et d’admiration pour eux sont méconnus. En outre, bien souvent, la présence de l’adolescent excite le parent qui va essayer de rechercher une complicité et de faire de l’adolescent un témoin, voire un allié.
– L’adolescent complice. Il est directement sollicité par le ou les parents pour prendre parti pour l’un contre l’autre ou, plus subtilement, pour devenir le confident de l’un et être amené à compatir à ses souffrances puis à faire alliance avec lui contre l’autre. Cette complicité peut le conduire à devenir le porte-parole d’un des parents, soit en prenant directement son parti, soit en allant mal lui-même. Dans ce dernier cas, il embarrasse et met plus ou moins en échec le parent dominant du
couple, et fait alliance avec le plus souffrant.
– L’adolescent bouc émissaire. Il réunit ses parents, les réconcilie ou, simplement, les rapproche, le plus souvent parce que ses difficultés et sa souffrance sont un moyen de rassembler la famille autour de celui qui va mal. Parfois même, les parents, au-delà de leurs divergences, s’accordent pour considérer que le comportement de l’adolescent est responsable de la souffrance de la famille et des tensions entre eux…
La liste n’est évidemment pas close, mais, au-delà de la diversité des situations, on trouve une conséquence commune : l’adolescent est toujours la victime. Bien sûr, ses réactions diffèrent en fonction des situations, des rencontres qu’il peut faire, des appuis qu’il peut trouver, de la qualité des liens pendant son enfance et de son tempérament. Heureusement, certains puisent dans
ces difficultés une capacité de réagir, une expérience et une prise de conscience qui leur seront utiles. Mais tout cela laisse des traces qui pourront resurgir, notamment dans leur couple futur et dans leur relation avec leurs enfants. Surtout, un certain nombre d’entre eux vont en souffrir d’une façon qui entrave leur développement et les amène à adopter des conduites d’échec, à déprimer ou à se révolter.
En effet, dans toutes ces situations, l’adolescent est parasité par des difficultés qui ne sont pas les siennes mais que ses parents font siennes. Il ne saura plus démêler ce qui, dans ses problèmes, provient de lui ou de ses parents. Sans le savoir, il devient en quelque sorte captif de forces qui l’aliènent au passé, à des rancœurs, des vengeances ou des besoins de réparation, et qui pourront influer sur son propre avenir.

Mais tous les conflits ne sont pas explicites, beaucoup restent de Tordre du non-dit. Des couples coexistent jusqu’à la fin de leur vie tout en se haïssant secrètement et avec des attitudes et des principes éducatifs opposés ou très divergents. Il est illusoire de penser que l’enfant
n’en perçoit rien. Il peut éviter de se poser la question trop clairement, mais il sera porteur de ce conflit latent, ce qui ne facilitera pas son travail d’intégration de ses propres contra-
dictions et contribuera à dramatiser ses identifications, c’est-à-dire le choix de ses modèles de pensées, de valeurs et d’options de vie. Les différences entre le père et la mère ne seront alors plus une chance, un facteur d’ouverture à des combinaisons variées et propres à l’enfant, mais une source de division et de déchirements internes. L’enfant reproduira intérieurement le combat entre ses parents, tout ce qui le rapprocherait de l’un le mettant en conflit avec l’autre.
Les déchirures se manifestent généralement à l’adolescence, quand la nécessité de prendre ses distances et d’affirmer son identité propre se fait sentir. Les divisions de l’adolescent l’empêchent de devenir autonome et lui font sentir sa dépendance à l’égard de ses parents, renforçant ainsi le conflit. La réponse ne se fait pas attendre : les troubles du comportement, les conduites d’échec et d’opposition traduisent l’impossibilité de la séparation comme de la satisfaction. Le prix à payer est toujours trop élevé…

Faut-il parler de sexualité avec son enfant

Faut-il parler de sexualité avec son enfant?

Qu’ils souhaitent le faire ou non, il est bien difficile pour des parents de ne pas parler de sexualité à leurs enfants, tant elle est omniprésente dans le discours social. Les parents peuvent d’ailleurs profiter de cette omniprésence pour aborder le sujet afin d’éviter de trop le personnaliser, de trop le centrer sur l’adolescent lui-même.

Les discussions les plus fructueuses sont probablement les plus impromptues, inattendues pour les parents comme pour l’adolescent. Par exemple, une conversation peut s’engager au cours ou suite à une émission, une lecture, un événement touchant un camarade de l’adolescent, un cours d’éducation sexuelle ou de prévention du sida… Les occasions ne manquent pas. Comme cela ne le concerne pas directement, l’adolescent est davantage prêt à entendre les commentaires de ses parents et à en tirer des applications pour lui-même que si on l’impliquait personnellement ou qu’on le lui demandait explicitement. Evidemment, un climat familial de confiance réciproque, de liberté d’expression et de respect mutuel facilite grandement l’échange.

Cela n’exclut pas, bien sûr, d’avoir, en privé, des échanges plus convenus et plus formels sur le sujet, échanges qui ont le plus souvent heu entre l’adolescent et le parent du même sexe que lui. Les changements pubertaires, et en particulier, chez l’adolescente, la survenue des règles, en fournissent un prétexte facile. Il ne paraît pas souhaitable de banaliser le discours parental sur la sexualité et de la réduire à une pratique comme une autre, car la sexualité touche ce qu’il y a
de plus intime en chacun de nous, aussi bien physiquement que psychiquement.