Elle dépense tout son argent de poche en vêtements. Qu'est-ce que cela signifie

Elle dépense tout son argent de poche en vêtements. Qu’est-ce que cela signifie?

Une frénésie d’achats est le signe d’un besoin de compenser par l’apparence extérieure ce qui doit être perçu chez radolescent(e) comme le sentiment d’une insuffisance de valeur et un manque de confiance en soi. Mais il n’est pas toujours facile de déterminer précisément ce qui peut être jugé excessif. Les normes familiales sont très variables et, avant de les établir de façon autoritaire et définitive, il est toujours souhaitable que les parents regardent autour d’eux et les comparent
avec celles des familles des camarades de leurs enfants. Non pas pour abandonner toute référence à ses valeurs personnelles et se conformer à la moyenne, mais pour éviter de camper sur des positions trop rigides et trop absolues. Une réaction trop décalée ne ferait que conforter l’adolescent(e) dans le bien-fondé de ses choix et ôter toute crédibilité aux objections de ses parents. Comme souvent, l’âge est un facteur important. Car quand l’adolescent approche de sa majorité, c’est le moment pour lui d’assumer ses choix. Une des façons de le lui permettre peut consister à lui laisser gérer son
argent de poche, en refusant, quelles que soient ses dépenses, de lui donner plus qu’il n’était convenu.

Dans tous les cas, rien n’empêche d’apprécier que radolescent(e) cherche à se mettre en valeur, mais aussi de l’aider à se convaincre que sa valeur et sa capacité à plaire ne sont pas forcément proportionnelles à l’argent dépensé ni tributaires d’accessoires extérieurs tels que les vêtements. On peut essayer de limiter ses achats sans pour autant culpabiliser sa démarche, ce que l’on ne
manquerait pas de faire si on lui faisait remarquer, par exemple, qu’il vaudrait mieux dépenser son argent autrement ou que c’est le signe d’une frivolité et d’un désir de plaire condamnables. Ce point nous paraît d’autant plus important à souligner que ce genre de comportement est souvent le fait d’une mère qui ne prend pas soin d’elle, comme si elle-même avait renoncé à chercher à plaire. Tout désir de plaire est, dans ce cas, volontiers ressenti comme coupable par l’adolescente, surtout si son père s’y montre sensible. Il est fréquent qu’elle cherche à échapper à cette culpabilité par une
attitude non seulement opposée à celle de sa mère mais outrancière, provoquant inconsciemment la critique.
Celle-ci la confirme alors à la fois dans son sentiment de culpabilité et dans la justification de sa révolte contre ce qu’elle vit comme une injustice. Un cercle vicieux qu’il sera difficile de briser se met ainsi en place.

Il n'y a plus que la musique qui l'intéresse. Cela peut-il nuire à ses études

Il n’y a plus que la musique qui l’intéresse. Cela peut-il nuire à ses études?

La musique est certainement l’art qui touche le plus grand nombre de personnes et qui peut avoir sur
elles l’impact le plus grand. La musique peut ne solliciter aucun effort particulier : il n’y a qu’à se laisser pénétrer par elle, et elle suscite immédiatement de puissantes résonances. Elle est une présence extérieure à soi, mais avec laquelle on peut fusionner, qu’elle soit un plaisir solitaire ou partagé par une foule, sans compromettre son identité personnelle, qu’elle peut même au contraire contribuer à exalter. Avec elle, les limites s’effacent : rêve et réalité se mélangent, comme le dedans et le dehors, soi et les autres. Il n’est pas surprenant qu’enfants et adolescents y soient si sensibles. C’est une chance, mais aussi un risque potentiel, notamment pour l’adolescent. Associée au
tabac, à l’alcool ou aux drogues, elle peut concourir à l’enfermer dans un univers irréel où sa présence lancinante et répétitive agit comme un bercement et remplace les relations humaines. La force de son rythme et les effets de groupe qu’elle favorise peuvent également le pousser à commettre des actions plus ou moins violentes.

Ce n’est pas la musique par elle-même qui crée l’enfermement, mais elle peut l’accompagner et le rendre plus tolérable chez les sujets vulnérables. Elle est alors une compensation idéale, toujours à portée de la main et de l’oreille, sans exigences, tellement intense et merveilleuse, échappant à toute limite, qu’elle peut amener l’adolescent à penser qu’il en est de même pour lui et qu’il participe de sa magie.

Mais l’adolescent ne fait pas qu’écouter. Il peut souhaiter devenir lui-même musicien. Le succès de certains jeunes groupes qu’il admire lui sert de modèle. Bien des adolescents oublient le travail intense et continu qui précède tout succès, et le nombre des échecs comparé à celui des réussites.
Le fait que l’adolescent soit «accro» à la musique et qu’il veuille en faire à tout prix n’est pas survenu sans raison. La violence de cette « addiction » est le plus souvent proportionnelle aux déceptions qu’il a subies dans d’autres domaines, le domaine scolaire notamment, et aux difficultés de communication qu’il rencontre dans sa famille. Une fois qu’elle est née, il est difficile de contrer cette passion, et probablement pas nécessaire. Mieux vaut l’accompagner, tâcher d’éviter que l’adolescent n’entre dans la logique du tout ou rien, afin de lui permettre de poursuivre ses études, lui expliquer qu’avoir le plus de choix possibles, c’est avoir plus de liberté. Mais les ado-
lescents ne sont pas toujours prêts à le comprendre ; il est vrai que sans passion et sans un travail intense, il ne faut pas espérer percer dans ce domaine. Il sera alors difficile de faire accepter à l’adolescent d’en rester à un hobby agréable, perfectible, mais qui ne se substitue pas aux exigences de la vie quotidienne et de la scolarité.

Quand l'adolescence commence-t-elle et quand se termine-t-elle

Quand l’adolescence commence-t-elle et quand se termine-t-elle?

Le début de l’adolescence est relativement facile à déterminer : il correspond aux premières manifes-
tations de la puberté, c’est-à-dire aux premières expressions des caractères sexuels dits secondaires.
En revanche, la fin de l’adolescence est beaucoup plus difficile à délimiter. On ne la détermine plus en référence à un phénomène physiologique, la puberté, mais à un phénomène psychologique, individuel et social.
Elle varie donc avec le temps, les modes d’organisation sociale et les cultures. Il faut faire appel à l’histoire pour illustrer la constance de la puberté opposée à la diversité de l’adolescence proprement dite, expression psycho-sociale de la première. On ne peut qu’être frappé par la permanence avec laquelle les sociétés ont pris soin d’encadrer soigneusement ce passage de l’enfance à l’âge adulte, comme si toutes pressentaient ce que cette période de mutation, de flottement, comporte d’ouverture possible et donc de danger potentiel pour la transmission de la culture. Elles
ont cherché à l’organiser en offrant aux adolescents un modèle «initiatique», à la fois balisage du chemin à parcourir et figuration de la transformation qui les affecte. Pendant longtemps, l’entrée dans la vie active et l’engagement conjugal ont scellé la fin de l’adolescence. Jusqu’à ces dernières décennies, un certain nombre d’épreuves et de cérémonies venaient scander les étapes de l’adolescence et avaient valeur de rites initiatiques : la communion solennelle, préfiguration du mariage
– surtout pour les filles -, le service militaire pour les garçons, mais aussi certains examens scolaires, comme le certificat d’études qui, dans la première moitié du XX’ siècle, équivalait, pour une majorité d’élèves, à une entrée immédiate dans la vie professionnelle, rôle du baccalauréat par la suite.

Le contexte social des dernières décennies a beaucoup changé et a contribué à donner aux adolescents
une place de plus en plus importante. Il correspond à l’adolescence des enfants du « baby-boom» de l’après-guerre et à l’émergence d’une « classe des jeunes» : les teen-agers. En effet, cette explosion démographique coïncide avec un allongement du temps de l’adolescence et une dissociation croissante entre adolescence et temps physiologique de la puberté. Si la puberté s’annonce, sinon toujours comme une crise, du moins comme le point de départ d’un indéniable changement, la fin de l’adolescence serait plutôt, à l’opposé, l’affirmation progressive, à l’instar des traits physiques, des traits de caractère et des assises affectives et professionnelles. Cette affirmation, en tant qu’elle est réduction des multiples possibilités qu’offre l’adolescence, sera toujours plus ou moins bien vécue.
L’adolescence aura donc une forte propension à s’étirer dans une postadolescence qui prolonge indûment ce moratoire entre la dépendance de l’enfant et les engagements de l’adulte. On assiste, en effet, à une prolongation de ce que l’on a appelé «les statuts transitoires», qui concernent aussi bien les études, le mariage, le premier enfant que le logement. Ces postadolescents, de plus en
plus nombreux, restent au domicile parental de plus en plus longtemps. Selon l’INED (Institut national des études démographiques), à 18-19 ans, la grande majorité des jeunes vivent toujours au domicile familial. Entre 20 et 24 ans, 50% des filles et 60% des garçons habitent encore chez leurs parents, et 14% des jeunes se réinstallent dans leur famille au cours des cinq années qui suivent le départ de la maison familiale (chiffres pour l’année 2000). L’allongement de la scolarité, l’entrée de plus en plus tardive dans la vie professionnelle et/ou maritale participent également de cette tendance. Mais le facteur le plus déterminant paraît être le moratoire imposé par le flou et l’indétermination du mode de vie futur de l’adolescent. Car c’est la première fois, dans l’histoire de l’humanité, qu’à une si grande échelle, le destin d’une génération n’est pas perçu comme devant être pour l’essentiel une répétition à l’identique du mode de vie de la génération précédente.

L’allongement de l’adolescence conduirait donc à une dissociation de plus en plus marquée entre la
puberté, étape physiologique de la maturation corporelle dont l’importance se relativiserait, et le phénomène essentiellement psychosocial qu’est l’adolescence proprement dite. Simultanément, les rapports parents-enfants changent profondément ; les barrières intergénérationnelles s’effacent. La plus grande liberté des mœurs, la fragilisation des limites et des interdits, la dilution des valeurs
conjuguent leurs effets avec ceux de l’accroissement des exigences de réussite individuelle. Cet ensemble de facteurs expose davantage l’adolescent, confronté à ses seules ressources personnelles, et l’empêche de trouver, dans la soumission aux contraintes ou l’adhésion aux valeurs de la société, une voie toute tracée d’expression de ses besoins de dépendance et de sécurité. Besoins qui vont, de ce fait, s’exprimer au grand jour d’autant plus violemment.

En ce qui concerne la famille, l’évitement des conflits et la perte de la médiation que représentait le consensus social sur les règles de vie favorisent la création d’une ambiance familiale pseudo-consensuelle et l’enchevêtrement des générations. S’y ajoutent les effets du contrôle de la procréation, qui permettent de programmer la naissance et de choisir le nombre d’enfants. Dès lors, l’enfant voulu, presque choisi, peut faire l’objet d’un surinvestissement de la pan de ses parents. Plus qu’autrefois, il est en contact avec leur vie privée, leurs états affectifs, et il n’est pas rare qu’une fois adolescent, il soit associé à leur intimité, voire que ceux-ci, dans un souci de transparence, le mettent au courant des aléas de leur vie privée, abolissant ainsi la différence des générations. Il s’ensuit une certaine « parentification » des enfants, utilisés à des fins de réassurance affective. Les parents peuvent chercher en eux une compensation à leurs difficultés personnelles, qu’elles soient professionnelles, amoureuses ou familiales. Tout ceci contribue à renforcer une situation d’osmose émotionnelle entre l’enfant et ses parents qui accentue la dépendance affective du premier sans qu’aucune limite ne vienne plus s’interposer. Ce phénomène est encore aggravé à l’adolescence par le fait que les parents d’adolescents sont souvent confrontés à leur propre crise, celle du milieu de la vie.
L’adulte essaie de surmonter sa dépression en reportant ses conflits sur ceux de l’adolescent, le considérant comme un prolongement de lui-même ou comme un représentant parental. Cela explique pourquoi les parents refusent de plus en plus d’entrer en conflit avec les adolescents. Ils veulent avant tout trouver en eux un soutien et la confirmation qu’ils sont de bons parents. En agissant ainsi, ils privent l’adolescent de son agressivité, empêchent sa quête, parfois violente, mais nécessaire, d’autonomie et la conquête d’un monde qui soit à lui et non pas confondu avec celui de ses parents. On l’aura compris : dans l’intérêt porté à l’adolescent se cache souvent le regard nostalgique de l’adulte qui essaie de retrouver sa propre jeunesse, voire de vivre ses désirs à travers l’adolescent, pervertissant ainsi sa relation avec lui. On peut donc considérer que l’accroissement numérique de la classe des «jeunes », comme l’évolution libérale de la société, ont mis en cause les règles éducatives qui régissaient jusqu’alors les rapports entre les générations. De nouvelles formes de médiation sont apparues pour gérer à la fois la distance relationnelle et les conflits de générations. Le domaine de la psychologie en représente une des variantes.

Faut-il inviter ses amis à la maison

Faut-il inviter ses amis à la maison?

Oui, bien sûr! Parce que les amis sont une des choses — et une des chances — les plus importantes
de l’adolescence. Comme les enseignants, mais différemment, ils sont une des sources principales d’ouverture sur un univers extra-familial. S’ils sont importants pour l’adolescent, il ne peut être que souhaitable, et bénéfique, que ses parents les connaissent eux aussi. Recevoir des amis est une preuve de confiance réciproque : de l’adolescent à l’égard de ses parents et de ses parents envers lui. Il peut arriver que celui-ci montre une certaine réticence à inviter ses amis chez lui, souvent parce qu’il appréhende les commentaires qu’ils pourraient faire sur ses parents, qu’il est gêné par
ce qu’ils pourraient voir et parfois même parce qu’il a honte de ses parents et de leurs comportements ou réflexions possibles. Il est toujours douloureux pour les parents de dresser ce constat, mais il est préférable, plutôt que lui en garder rancune ou de manifester déception et agressivité, qu’ils l’aident à dépasser ses réticences en parlant de façon ouverte et claire des raisons de celles-ci et en modifiant, si besoin est, certaines de leurs attitudes, tout en lui montrant qu’ils gardent le respect de ce qu’ils sont, qu’ils n’ont pas honte d’eux-mêmes, et qu’il doit en faire autant.

Dans certains cas, ce n’est pas l’adolescent mais ses parents qui ne veulent pas recevoir ses amis chez eux, par peur de leur mauvaise influence. Élever un adolescent dans la méfiance de ses camarades, comme si la jeunesse était une maladie, par peur, soi-disant, du mauvais exemple, est catastrophique. C’est mal le préparer à l’avenir et manquer de confiance dans ses capacités de
jugement. Ce n’est pas en l’isolant du monde qu’il apprendra à discerner ce qui est bien de ce qui est néfaste pour lui et les autres, mais en le laissant s’y confronter. Toutefois, les amis qu’il invite dans sa famille doivent respecter les règles qui la régissent, en particulier en ce qui concerne l’alcool et autres toxiques et les relations sexuelles. Il est toujours bon que ces règles soient d’emblée clairement posées. Le plus gros problème survient lorsque les parents suspectent les amis de l’adolescent d’avoir une mauvaise influence sur lui. Bien sûr, la présomption d’innocence devrait s’appliquer ici comme ailleurs, et nul ne doit porter de jugement sur une personne sans la connaître, ce qui serait, le cas échéant, donner un fort mauvais exemple à l’adolescent. Cependant,
il peut paraître nécessaire, à un moment donné, de poser des limites et de demander à l’adolescent d’éviter de fréquenter certains amis, même si, quand il s’agit de « mauvaise influence», il faut savoir rester prudent : tout individu est responsable de ses actes, et il ne faudrait pas, afin d’éviter de les prendre en compte, rejeter la faute de certains des comportements de l’adolescent sur
d’autres que lui. Sans poser un ultimatum qui ne ferait que le braquer, pour convaincre l’adolescent que certaines de ses amitiés lui sont néfastes, ses parents seront d’autant plus crédibles qu’ils n’auront pas montré trop de préjugés et d’à priori, et qu’ils pourront argumenter leur position sur des faits et des attitudes précis.

Il ne parle pas...Comment dois-je réagir

Il ne parle pas…Comment dois-je réagir?

Nombre de parents s’inquiètent du silence de leurs enfants à l’adolescence. Mais, du point de vue de
beaucoup d’adolescents, à quoi bon parler si Ton ne sait pas bien ce que l’on aurait a dire… Ou encore, à quoi bon parler r « on a tant de choses à expliquer que l’on ne sait pas p*r où commencer… La plupart du temps, qu’ils soient timides ou pas, les adolescents ne prennent pas la parole alors qu’ils rêvent de pouvoir enfin se confier à une personne qui les comprendrait. Une sorte de double, un grand frère ou une grande sœur… Et, à défaut, ils – et plus souvent elles – noircissent les pages
d’un carnet intime, quelquefois avec le secret espoir qu’il soit enfin découvert et lu. Nous sommes donc toujours en présence de la même contradiction : l’attente confuse d’être deviné opposée à la peur d’être transparent, à la merci des autres. Il ou elle ne parle pas, mais ne supporte pas plus qu’on lui parle et, moins encore, que les autres se parlent et qu’il se sente de ce fait d’autant plus exclu. Paradoxalement, rien n’est plus « communicatif » que le mutisme d’un adolescent. Son silence suffit à transformer l’ambiance de toute une famille. Il se crée immédiatement une tension qui fige tout le monde et empêche les parents d’être naturels. Si personne ne parle, l’adolescent se plaint de la morosité ambiante, mais si l’on parle et que l’on plaisante, il ne voit pas ce
que la situation a de drôle et relève le manque total d’intérêt de ce qui est dit. Dans ces conditions, comment trouver la bonne distance? Souvent en ayant recours à un tiers ou à toute autre forme de médiation possible. Patience et humour ont raison en règle générale de ces blocages temporaires.
En revanche, s’ils persistent, ou s’il s’agit d’un changement brutal de comportement chez un adolescent jusqu’alors volubile, il faut considérer ce mutisme comme un symptôme et chercher à le contrer par les ressources propres de la famille ou l’appel à une aide extérieure.

Cette médiation peut se trouver au sein même de la famille. Ainsi, tel adolescent qui ne parle pas en présence de sa mère se confiera plus volontiers à son père, ou à un grand-parent, ou à telle ou telle personne significative de son entourage. L’important reste que la personne avec qui le dialogue est le plus difficile ne le vive pas comme une attaque personnelle et ne réagisse pas, à l’image de
l’adolescent, en s’enfermant à son tour dans le silence. Comprendre le blocage d’un adolescent aide à
prendre de la distance par rapport à ses réactions. Cela permet de ne pas en faire une affaire personnelle et autorise quelqu’un de moins directement impliqué à intervenir plutôt que de se culpabiliser sans fin et de chercher à tout prix à changer pour se conformer au mieux aux attentes supposées de l’adolescent. Cette dernière attitude, d’ailleurs, ne fait bien souvent qu’accroître le besoin d’opposition de l’adolescent qui se renfermera encore davantage sur lui-même pour échapper à l’emprise de ses parents.

Pourquoi l'adolescence débute-t-elle de plus en plus jeune

Pourquoi l’adolescence débute-t-elle de plus en plus jeune?

On constate, en effet, que la puberté commence de plus en plus tôt. Ainsi l’âge moyen d’apparition des premières règles est passé de 17 ans au milieu du XIXe siècle à 15 ans vers 1930; il est actuellement de 12 ans et demi. Beaucoup déjeunes accèdent, du fait de la libération des mœurs, de plus en plus précocement à la sexualité. Ils ont aussi une facilité d’accès inédite à des connaissances qui leur ouvrent le monde et développent leur esprit critique. Mais s’ils sont en avance sur ce plan-là, par rapport à leurs parents au même âge, sur le plan matériel et affectif, ils demeurent très dépendants de leur famille. On voit même se développer des comportements « pseudo-adolescents » chez déjeunes prépubères adoptant des attitudes qui miment celles de leurs aînés. Ces velléités d’imitation semblent favorisées par les images télévisées et les effets d’entraînement de groupe.

Néanmoins, on peut considérer qu’il s’agit plus d’une «pseudo-adolescence» que d’une véritable adolescence. Celle-ci nécessite l’intégration psychologique des effets des changements corporels de la puberté sur l’individu lui-même et sur ses relations avec les autres, notamment avec ses parents. Ce démarquage de comportements adolescents par des préadolescents est souvent passager. Il est habituellement sans conséquences et disparaît avec les premiers effets de la puberté. Cependant, il ne faut pas l’encourager, car un comportement «faux» n’est jamais bénéfique. Il peut parfois avoir des effets négatifs en piégeant l’enfant dans des attitudes de provocation, voire de séduction pseudo-sexuelle. Ces comportements l’empêchent de satisfaire les besoins affectifs correspondant à son âge, bloquent ses apprentissages et le figent dans l’image négative de lui-même que lui ren-
voient les adultes. Un enfant qui commence son adolescence trop précocement et adopte ce type d’attitudes peut être manipulé par un adulte à des fins perverses ou intégré dans une bande dont il deviendra éventuellement la mascotte. Cette situation lui donne un status qui, certes, le valorise sur le moment, mais qui se fait au détriment des acquisitions scolaires, affectives et morales, et qui compromet son avenir.

La dépression de l'un de ses parents peut-elle avoir une influence sur son développement

La dépression de l’un de ses parents peut-elle avoir une influence sur son développement?

On n’est pas coupable d’être déprimé. Cependant, on a le devoir de se soigner et de faire en sorte
que la dépression dure le moins longtemps possible. En effet, cette maladie a toujours des répercussions pénibles sur l’entourage, en particulier sur les enfants et les adolescents. Tout ce qui affaiblit leurs parents est angoissant pour eux. Ils peuvent y voir, inconsciemment, un effet de leurs appétits à grandir et à s’emparer de ce qui fait la force des adultes, comme si le développement de l’un provoquait l’affaiblissement de l’autre… Et ce sera d’autant plus vrai que l’adolescent sera plus dépendant affectivement du parent déprimé. Il n’est d’ailleurs pas rare que ce fantasme entre en résonance avec la réalité. En effet, la dépression d’un parent est fréquemment en lien avec une crise du couple, favorisée par la perspective du départ de l’adolescent. Par ailleurs, la dépression d’un parent renvoie l’enfant à son incapacité à assurer, par sa seule présence, le bonheur de celui-ci. C’est une blessure narcissique qui contribue à relativiser le rôle et l’importance de chacun pour son entourage. Enfin, elle interroge toujours l’adolescent sur le sens de la vie, son intérêt et ce qui motive chacun. Même s’il se refuse à le dire, et parfois même à le
penser, un adolescent perçoit toujours la dépression d’un parent. Pour en limiter les effets, forcément nocifs, le mieux semble être de pouvoir la nommer, en expliquer le sens, les implications et le traitement possible, même si ces explications ne sont pas totales. Au-delà du dialogue, le meilleur moyen de limiter les effets d’une dépression est d’en guérir, histoire de prouver que l’on peut s’en sortir si l’on fait ce qu’il faut. Autrement dit : le premier devoir d’un parent est de
reconnaître sa dépression et de se soigner…

Les grossièretés font partie de son vocabulaire. Faut-il sévir

Les grossièretés font partie de son vocabulaire. Faut-il sévir?

Moyen classique d’affirmer son émancipation et de marquer sa différence et son territoire, les gros
mots se sont tellement banalises dès la petite enfance, du moins dans les cours de récréation, qu’ils ont perdu leur pouvoir de choquer. II n’apparaît donc pas souhaitable de leur redonner de l’importance. Cependant, il peut être bénéfique que les adultes donnent l’exemple et affirment, sans s’énerver, que l’usage des gros mots n’est pas indispensable pour manifester son indépendance d’esprit ou son pouvoir et qu’il relève d’un manque de respect de soi et des autres. Beaucoup pressentent que la dérive actuelle de l’expression verbale chez les jeunes n’est ni un facteur d’épa-
nouissement ni un facteur de plus grande liberté d’expression. Elle conduit plutôt à une surenchère verbale, souvent pauvre et répétitive, qui amènent ces jeunes à l’abandonner pour se mesurer dans la violence physique. Les règles de politesse étaient une médiation qui obligeait les personnes à se contenir et à respecter les limites et la personne d’autrui. L’absence de limites dans l’expression verbale laisse chacun à la merci des attaques de l’autre, la meilleure façon de se prémunir de ces attaques paraissant être d’attaquer plus vite et plus fort. On assiste ainsi, dans les cours de récréation, à de tristes scènes d’échanges de grossièretés chez les enfants de 3 à 10 ans. S’ils ne savent pas ce que signifient les mots qu’ils prononcent ou qu’ils entendent, ils savent qu’ils sont
destinés à blesser et à humilier ceux auxquels ils sont les plus attachés, leurs parents. Ne pas réagir, c’est favoriser une éducation par le mépris de l’autre qui affectera particulièrement les plus vulnérables, c’est-à-dire les enfants n’ayant pas une famille suffisamment structurée pour leur
permettre de relativiser ces propos et de s’en dégager. Certains vont aborder l’adolescence dans l’idée qu’il faut mépriser l’autre pour ne pas être soi-même méprisé. Cette culture du mépris conduit à le focaliser sur les différences, et notamment sur une des différences essentielles : la différence des sexes. Car c’est la plus facile à saisir. Elle présente l’avantage de s’appuyer sur une différence physique, aisément identifiable, très marquée culturellement par des stéréotypes qui per-
mettent de séparer le fort et l’actif, associés au masculin, du faible, du passif, de l’émotif, associés au féminin. Ce sont donc surtout les garçons qui méprisent et injurient les filles, mais aussi tous ceux qui présentent des différences visibles : les garçons qui semblent efféminés, ceux d’une autre race, voire les handicapés. Mais pas n’importe quels garçons. Ceux justement qui se sentent si peu confiants et sûrs d’eux-mêmes qu’il leur faut sans cesse s’assurer qu’ils ont en face d’eux quelqu’un qu’ils jugent inférieur par peur de l’être eux-mêmes. Or ces garçons vulnérables, très marqués par l’insécurité dont ils sont victimes, par leur incapacité d’attendre et de se contrôler, par la dépendance et les carences affectives qu’ils ont subies dans leur enfance, vivent dans la crainte de montrer leurs faiblesses et de laisser parler l’enfant blessé qu’ils ont été et sont encore. C’est tout cet infantile (c’est-à-dire ce qui provient de l’enfance), ressenti par eux comme enfantin et donc incompatible avec l’image qu’ils veulent se donner d’eux-mêmes, qu’ils vont projeter sur l’autre.
En le projetant sur le féminin, ils s’en garantissent à bon compte, puisque eux-mêmes sont des hommes. D’autre part, cette projection les rassure, leur permettant d’établir une relation, éventuellement sexuelle, avec une jeune fille qu’ils puissent garder sous contrôle. La véritable différence homme-femme s’est effacée au profit d’une pseudo-différence où les garçons s’effor-
cent d’échapper au même, c’est-à-dire au féminin en eux, en opposant ce qui serait le supérieur, le masculin, à la féminité jugée inférieure.

Doit-on lui dire la vérité

Doit-on lui dire la vérité?

Anotre époque de quête de transparence et de chasse aux secrets familiaux, considérés comme facteurs
de troubles, la vérité est à la mode. Mais quelle vérité ? Et pour qui ? Il est plus facile de proclamer qu’il faut toujours dire la vérité que de la mettre en pratique. Est-ce la vérité par opposition au mensonge ? Est-ce manquer à la vérité que d’user du non-dit et de l’omission ? Il est préférable de toujours dire la vérité aux enfants. Bien des parents sous-estiment leur capacité de comprendre, en particulier quand ils surprennent des conversations entre adultes. Ils pensent qu’ils peuvent inventer n’importe quelle histoire pour cacher ce que les enfants pourraient avoir entendu, sans réaliser que, au-delà des mots, les enfants, et à plus forte raison les adolescents, sont avant tout sensibles à l’atmosphère de la conversation, aux intonations, aux mimiques. Ils décèlent rapidement s’il s’agit de propos destinés exclusivement aux adultes et, le plus souvent, concernant d’autres adultes. C’est cette irruption dans le monde privé des grands qui est excitante, comme à chaque fois que les enfants pénètrent de façon plus ou moins licite sur le territoire des adultes : chambres des parents, armoires ou secrétaires qui leurs sont réservés, bibliothèques… C’est probablement cela qui est le plus nocif pour les enfants et les adolescents : les cachotteries des adultes, les secrets évoqués à demi-mot mais jamais explicités. Il ne faut pas croire que les jeunes ne comprennent rien aux allusions ou ne se posent pas de questions sur la réalité de la vie de leurs parents. En outre, il n’est pas souhaitable d’exciter leur curiosité sans y mettre un terme. Il est toujours préférable de donner un sens clair à ce qui est montré, voire exhibé, même si sa véritable
signification reste cachée.

Il est bon de faire confiance à l’adolescent en lui expliquant une situation, même difficile, le plus simplement et paisiblement possible, avec des mots justes et compréhensibles, en le traitant comme quelqu’un de responsable, une personne à part entière. Doit-on pour autant toujours dire la vérité et toute la vérité ? Non. Parfois, le cas par cas s’avère plus pertinent. En effet, l’enfant, comme l’adolescent, a besoin d’avoir des espaces d’intimité, des zones privées, et de ne pas se sentir obligé de « tout dire » à ses parents. Il n’a pas davantage besoin que ces derniers lui disent tout
et que leur réalité fasse trop rapidement irruption dans sa vie. Reçue trop tôt et trop brutalement, la réalité des adultes peut détruire son intimité et sa confiance. De plus en plus de parents, sous prétexte de vérité, ou plus simplement parce qu’ils sont dans l’incapacité de contenir et de contrôler leurs états affectifs, déversent sur leurs enfants les récits de leur vie intime, affective et parfois sexuelle. Ils les prennent comme confidents et les traitent en fait davantage comme s’ils étaient leurs propres parents plutôt que leurs enfants. Il n’est pas rare de voir maintenant des adolescents, surtout des filles confidentes de leurs mères, remettre leurs parents à leur place de parents en leur faisant remarquer qu’ils ne veulent pas être pris à témoin et parasités par leur vie personnelle.