Elle fabule. Est-ce grave

Elle fabule. Est-ce grave?

La fabulation, que la psychologie appelle « mythomanie », s’apparente au mensonge dans sa forme la plus organisée, c’est-à-dire lorsque celui-ci est devenu un mode de fonctionnement stable de la personnalité. Elle représente cependant un degré supplémentaire : il n’y a plus seulement mensonge mais invention de situations fictives. Ce besoin non plus seulement de dérober une partie de son existence au regard parental mais d’inventer témoigne d’un désarroi certain et du peu de valeur que l’adolescente accorde à la réalité de ce qu’elle vit, sent et pense, puisqu’il lui faut sans cesse s’en présenter une version améliorée, voire totalement modifiée, à elle-même.
La fabulation a pour fonction de valoriser l’adolescente à ses propres yeux mais également et surtout aux yeux des autres. Elle peut aussi bien prendre la forme d’un enjolivement de la réalité que d’un enlaidissement.
Il est en effet fréquent qu’une adolescente cherche, par sa mythomanie, à susciter la pitié ; elle inventera alors abandons, maladies mortelles et autres violences subies.

L’histoire familiale est souvent le matériau privilégié de la mythomanie. C’est l’une des variantes, majorée et envahissante, de ce que l’on a appelé le « roman familial» décrit par Freud : l’enfant s’invente une famille imaginaire, généralement d’un niveau social élevé, qui l’aurait abandonné à ses parents actuels, qui ne sont donc pas ses vrais parents.

Il existe tous les intermédiaires entre les rêveries auxquelles l’adolescente ne croit pas vraiment mais qu’elle aime cultiver plus ou moins secrètement et les formes plus envahissantes et donc plus inquiétantes de fabulation. Mais, même dans le cas de ces formes extrêmes, la croyance qui leur est accordée se révèle très variable. Ce n’est pas un délire, l’adolescente sait que ce n’est pas «vraiment vrai», mais elle a besoin de se raconter ces histoires et souvent plus encore de constater qu’elle peut les faire croire à d’autres, c’est-à-dire, en somme, qu’elles sont crédibles. C’est en lui permettant de développer sa confiance en elle que l’on atténuera son besoin de recourir à ces
fabulations qui sont, dans la plupart des cas, une compensation de la crainte qu’elle ressent de ne pas avoir assez d’intérêt. Une thérapie familiale, notamment avec les frères et sœurs par rapport auxquels elle se sent souvent lésée et se vit comme inférieure, peut être un bon moyen de faire évoluer la situation.

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