Est-il homosexuel

Est-il homosexuel?

Au moment de l’adolescence, la puberté étant souvent une période révélatrice, un certain nombre de
parents s’interrogent sur l’orientation sexuelle de leur enfant ; en outre, les rencontres et les sollicitations peuvent jouer un rôle important à cet âge de la vie. L’orientation sexuelle de l’être humain est un phénomène complexe dans lequel s’entrecroisent des influences en partie hormonales, mais aussi et surtout psychologiques et culturelles. Chaque individu possède des hormones dites masculines et féminines, et l’embryon commence par être féminin avant que l’influence masculine n’apparaisse chez le futur garçon. Tout enfant a des modèles masculins et féminins, à commencer par ses parents, auxquels il va chercher à ressembler et à s’identifier, si bien qu’il va acquérir ainsi des traits de caractère, des attitudes et des comportements à la fois masculins et féminins. A l’adolescence, le choix d’une orientation sexuelle dépend du résultat de toutes ces influences combinées à celles des rencontres, amitiés et admirations du moment. Il semble, par ailleurs, que l’homosexualité masculine puisse parfois être la conséquence d’une profonde identification à une mère déprimée, que l’enfant essaie de consoler, et d’un père lointain ou dévalorisé. Quant à
l’homosexualité féminine, elle pourrait parfois résulter d’une relation trop séductrice avec le père, la mère étant au contraire vécue comme froide et en retrait. Si le choix de l’homosexualité semble s’imposer très tôt à certains enfants au niveau de leurs attirances et de leurs fantasmes et rêveries, pour beaucoup, ce choix demeure longtemps ouvert. Sa détermination finale dépend alors
souvent des influences exercées par l’entourage de l’adolescent, notamment par ses amis. Bien des adolescents ont ainsi une orientation davantage «homophile» qu’homosexuelle. Leur attirance pour les personnes du même sexe s’apparente plus au besoin de renforcer la confiance en soi et d’éviter la solitude qu’à une question de sexualité proprement dite, qui apparaît d’ailleurs secondaire, même
si elle peut être déterminante pour le futur. Cette attirance est également facilitée par la peur de ce qui est différent, le féminin ou le masculin.

Que peuvent faire les parents? Sûrement pas vivre avec la crainte que leur fils ou leur fille devienne homosexuel (le) et essayer de prévenir ce risque par des conseils ou des attitudes forcées. C’est l’équilibre naturel des rôles masculin et féminin dans le couple parental qui aura probablement l’influence la plus importante sur l’enfant et l’adolescent. Or, le couple est ce qu’il est, même s’il peut évoluer en fonction des échanges et des prises de conscience des parents, et il ne sert à rien d’en dissimuler les aléas et les à-coups. Assumer ce que l’on est aide l’adolescent à s’assumer lui-même.
Rappelons-le, l’homosexualité n’est pas une maladie. Les parents peuvent avoir souhaité un autre choix pour leur enfant, notamment parce que l’homosexualité comporte des contraintes psychologiques, en particulier de dépendance affective et de repli sur le même (homo), et qu’elle limite les possibilités de procréation… Mais si l’adolescent est fidèle à ce choix, le rôle des parents sera de l’aider à l’assumer plutôt que de chercher à le réprimer et ne lui laisser d’autre perspective que d’être malheureux et/ou forcé à mener une double vie, les deux s’associant fréquemment.
Mais toute attirance homosexuelle ne veut pas dire que l’on soit homosexuel et, à plus forte raison, qu’on le sera toujours. En effet, le besoin de trouver appui et amour, surtout si l’on doute de soi, si l’on se mésestime, peut conduire à se raccrocher à quelqu’un dont on a le sentiment qu’il est d’autant plus proche de soi qu’il est du même sexe. Il n’est pas rare que l’autre soit lui-même dans une situation identique. Ce n’est toutefois pas parce que ce choix n’est pas définitif qu’il faut
considérer que, à cet âge, pratiques homosexuelles et hétérosexuelles sont équivalentes. Toute pratique sexuelle, comme tout comportement ou tout attachement, a tendance à se renforcer elle-même et à rendre difficile un éventuel changement ultérieur.

D’où la difficulté du rôle des parents, qui doivent éviter de dramatiser la situation et de culpabiliser l’adolescent, mais doivent aussi l’aider à ne pas cristalliser des choix qui pourraient rester ouverts. La situation se complique encore si l’adolescent entretient une relation sexuelle avec un adulte. Celui-ci exerce souvent, volontairement ou non, une emprise morale sur l’ado-
lescent; il n’est pas rare qu’il cherche à devenir son mentor, auquel cas peut naître une lutte d’influence avec les parents. Or l’adolescent aura d’autant plus tendance à se rapprocher de son ami qu’il fuit une dépendance affective à ses parents qu’il ne peut gérer. Il la reporte, à son insu, sur sa nouvelle relation, mais avec un sentiment de liberté et de fibre arbitre que conforte l’opposition aux parents, sans s’apercevoir que ces deux liens, par leur caractère contraignant, se ressemblent
plus qu’il n’y paraît. Dans ce cas, l’adolescent ne supporte pas la solitude, ne peut se passer d’une présence affective, et éprouve constamment le besoin de se sentir indispensable ; il n’arrive pas à prendre le temps de se retrouver un moment seul face à lui-même et de choisir d’établir une relation en fonction de ses véritables désirs et non plus dans l’urgence. Or, justement parce qu’il est respectable, mais lourd de conséquences, ce choix, comme tout choix important, mérite qu’on lui laisse le temps de mûrir, aussi bien en ce qui concerne les garçons qu’en ce qui concerne les filles. Si la question a ici été posée au masculin, c’est parce qu’elle est plus souvent objet d’inquiétudes, chez les parents, pour un garçon. Peut-être parce que «l’homophilie », telle qu’elle a été décrite précédemment, est un phénomène plus facilement accepté chez les adolescentes que chez les adolescents et qu’elle conduit moins fréquemment et moins rapidement à une pratique sexuelle qui contribue à fixer le choix.

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