Faut-il aider un adolescent à faire ses devoirs à la maison

Faut-il aider un adolescent à faire ses devoirs à la maison?

La place du travail scolaire à la maison est sujette à débats. Et c’est très bien ainsi, car il est peu probable qu’il existe une solution idéale. Ce qui est sûr, c’est que les parents occupent déjà une place trop importante dans la vie de l’adolescent, et que les adolescents sont déjà trop en attente à leur égard, pour qu’il soit sain de rajouter la fonction d’enseignants à celle de parents.
En ce qui concerne le travail scolaire, leur rôle se limite – et c’est déjà beaucoup – à veiller au maintien du cadre de travail réclamé par les enseignants et à organiser en conséquence la vie à la maison. Ils peuvent apporter à l’adolescent une aide ponctuelle, participer à un échange d’idées, suggérer l’usage de ressources possibles, mais guère plus. Aider l’adolescent à organiser son temps, veiller à ce que les devoirs soient faits est possible ; aller plus loin, en revanche, c’est prendre des risques excessifs.
Il reste important que les parents s’intéressent aux résultats et aux conditions de travail de leurs enfants, valorisent l’école et les enseignants, mais ils n’ont toutefois pas à jouer les professeurs. Si l’adolescent a besoin d’une aide, elle doit venir d’un tien qualifié et moins directement impliqué affectivement que ses parents. S’il n’arrive pas à travailler seul, on peut envisager de recourir à un professeur particulier ou encore le mettre à l’étude, à condition qu’une telle structure existe dans son école. D’autant que travailler avec d’autres (camarades ou tierces personnes) est à même d’assurer le compromis qui permet à l’adolescent à la fois de se sentir soutenu et d’apprécier ses progrès, voire ses bons résultats scolaires, sans s’en sentir redevable à ses parents.

Alors que faire travailler l’adolescent risque de déclencher un cercle vicieux incontrôlable. En effet, cela ne peut que renforcer le sentiment qu’il a de ne pas posséder les capacités nécessaires, de dépendre, dans tous les domaines de sa vie, de ses parents qui, eux, ont ces capacités, et d’être malgré lui obligé d’affirmer sa différence par une plus ou moins subtile mise en échec
des efforts parentaux (soit en cherchant la confrontation et en se butant, soit, évitant tout conflit apparent, en s’enfonçant doucement dans une « passivité active » qui le fait stagner à un niveau inférieur à ses capacités). Tout le monde finit alors par s’énerver. Si l’on veut que l’enfant développe sa confiance en lui, il faut qu’il exerce lui-même ses compétences et qu’il se perçoive
le plus tôt et le plus complètement possible comme l’auteur de ses œuvres. C’est particulièrement vrai pour le travail de réflexion et le travail de création.

Il peut y avoir des exceptions, surtout si l’adolescent est par ailleurs autonome. Mais si une connivence particulière naît entre un parent et un adolescent sur le plan scolaire, elle se paie souvent d’une difficulté, plus ou moins retardée, sur un autre plan : apparition d’un trouble alimentaire, épisode dépressif, isolement affectif… Comme si cette proximité obligeait à trouver, à
un autre niveau, une manière de mettre à distance ce parent. En revanche, les parents peuvent avoir un rôle important en stimulant la curiosité intellectuelle de leur enfant : par exemple, en discutant avec lui des sujets culturels les plus divers. Ils peuvent pour ce faire s’appuyer sur des émissions de télévision, de radio ou encore sur la lecture de magazines et la visite d’expositions.
Autrement dit, le temps que l’adolescent passe à la maison n’est pas forcé d’être exclusivement partagé entre ses devoirs et ses loisirs, laissés à sa seule discrétion. Prendre le temps de partager le plaisir d’un échange ou d’une émotion esthétique s’inscrit entre les deux.

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