Faut-il la laisser sortir seule

Faut-il la laisser sortir seule ?

Une fois de plus, la question des limites est au cœur des interrogations parentales. Tout parent sait
intuitivement que l’éducation en implique. Mais la libéralisation des mœurs a conduit à ce qu’il n’y ait plus guère de consensus social sur les limites à fixer. Elles sont devenues l’affaire de chaque famille en particulier et, de ce fait, apparaissent aux adolescents comme l’expression du bon vouloir des parents, ce qui ne peut que renforcer leur sentiment de dépendance. La limite n’est plus la manifestation d’une règle qui s’imposerait à tous. C’est pourquoi l’adolescente ne va pas hésiter à la remettre en question : « Pourquoi ne me laisses-tu pas sortir alors que les parents de mon amie le lui permettent?».
Bien des parents aimeraient éviter d’entrer en conflit avec leur enfant, dont ils voudraient qu’il soit assez raisonnable pour se fixer lui-même des limites. Cela n’est malheureusement pas possible, mais elles peuvent faire l’objet d’un débat au sein de la famille, voire d’échanges de points de vue avec d’autres familles.
C’est faire excès de laxisme que de laisser une adolescente décider seule de ses sorties : c’est la confronter trop tôt à des choix impossibles et à des situations à risques; c’est, enfin, une forme de carence éducative qui équivaut à un abandon affectif. Mais prendre pour référence l’éducation que l’on a soi-même reçue est faire preuve d’une excessive rigueur qui met l’adolescente en porte à faux avec l’éducation de sa propre génération et qui ne la prépare pas à s’assumer elle-même. Les parents qui adoptent cette attitude risquent de favoriser des comportements d’opposition de la part de l’adolescente qui peuvent aller jusqu’à la rupture ou de la pousser à prendre des risques inutiles par provocation.

Il ne faut cependant surtout pas dramatiser la décision que Ton va prendre. Tout le monde a le droit aux essais et aux erreurs. Une décision peut toujours être remise en cause au regard des conséquences qu’elle a sur le comportement de l’adolescente; une limite ne prend tout son sens qu’en fonction de ses effets. Sans se montrer trop sévères, les parents ne doivent pas laisser leur enfant prendre des risques injustifiés, même si en juger paraît difficile. Toutefois, leur anxiété ne doit pas non plus devenir la référence essentielle qu’a l’adolescente dans sa relation au monde.
Par ailleurs, l’âge doit être pris en compte. Mieux vaut apparaître rétrograde et ne pas laisser sortir seule une adolescente trop jeune que de lui donner le sentiment qu’elle est seule à gérer des risques qu’elle a d’autant plus tendance à sous-évaluer qu’elle a été élevée dans un milieu respectueux d’elle et protecteur.
Les risques n’apparaissent souvent pas aussi importants pour un garçon, que l’on imagine moins
confronté, en particulier, à de possibles agressions sexuelles. Cependant, la différence est probablement plus ténue qu’elle ne le fut par le passé, et le besoin de limites est tout aussi important chez les adolescents que chez les adolescentes.

Commentaires

Commentaires