Il est intransigeant. Est-ce grave

Il est intransigeant. Est-ce grave ?

Si la timidité est volontiers perçue comme féminine, l’intransigeance passe pour virile. Et pourtant, elle n’est pas si différente de la timidité, apportant une réponse opposée à une situation de base commune. Comme souvent, l’opposition ou l’excès renvoient à leur contraire. Là où la timide dissimule derrière son effacement son désir d’occuper le devant de la scène, de séduire les hommes et d’écraser ses rivales, l’intransigeant affiche une assurance et une raideur qui cachent sa vulnérabilité et sa peur constante que sa valeur ou même son identité soient menacées. L’intransigeant vit sur la défensive. C’est une façon de se prémunir contre ce qui paraît être une faiblesse aux yeux de l’adolescent : le risque d’être submergé par ses émotions. Le sentiment de désarroi, l’envie de pleu-
rer, la tristesse et la solitude, le besoin d’être soutenu et entouré, l’envie et la crainte se laisser aller, la peur de ne plus se contrôler, la passivité et le féminin sont souvent associés.

Toutes ces envies et ces craintes sont particulièrement sollicitées par le début de la puberté et ce que celle-ci éveille de désirs régressifs et d’envies passives de recevoir et de se remplir. Bien des garçons, mais aussi des filles, ayant des tendances dépressives et abandonniques (c’est-à-dire ayant souffert de sentiments de solitude et d’abandon pendant leur enfance et ayant tendance à se remettre dans des situations où ils provoquent ces attitudes de la part des autres) se rigidifient dès les premiers signes de la puberté et adoptent des attitudes opposées à leurs désirs réels à cause des craintes qu’ils suscitent. Ils se montrent particulièrement intransigeants, durs, insensibles à la pitié, impitoyables et méprisants envers les faibles, qu’ils identifient à cette part d’eux-mêmes
qu’ils rejettent. Liée à une souffrance non élaborée pendant l’enfance, cette part non acceptée d’eux-mêmes les conduit à refuser tout ce qui leur paraît être en relation avec cette période, c’est-à-dire l’infantile, confondu ici avec l’enfantin. Ils partent à la recherche de modèles adultes qui puissent conforter leurs défenses et sont des proies particulièrement vulnérables pour certaines sectes ou idéologies de la force et de l’ordre. Car, paradoxalement, les personnes d’apparence dure se ressentent intérieurement comme des personnes faibles et potentiellement peureuses. Leur besoin de compréhension et de soutien, et ce qui demeure en eux d’infantile, les conduisent à adhérer à leurs modèles, leaders ou idéologies, sans réserve et sans esprit critique, comme un enfant cherche refuge dans les bras protecteurs d’un parent.

Les adolescentes tolèrent souvent mieux les résurgences des besoins de leur enfance. Elles les accueillent de façon plus souple et ne les ressentent pas autant comme menaçantes pour la nouvelle image qu’elles sont en train de construire d’elles-mêmes. Il existe toute une gamme possible de réactions d’intransigeance. Elles peuvent concerner tous les secteurs de la vie (positions idéologiques, religieuses, politiques, goûts alimentaires, habitudes de vie, tenues vestimen-
taires, etc.), ensemble ou à leur tour, et sont le plus souvent passagères. Leur point commun est une brutale crispation sur un choix qui devient indiscutable et dont la rigidité même tient lieu d’explication. L’adolescent a ainsi balisé son territoire, planté son drapeau ; l’on pres-
sent bien que c’est son image de lui, voire son identité, qui se jouent là. Il n’est pas opportun d’attaquer de front ces convictions. On ne ferait, en établissant un rapport de force, qu’accroître l’intransigeance de l’adolescent. Mais on n’est pas obligé non plus d’y adhérer ou de les cautionner, et encore moins de se laisser tyranniser. Il apparaît même souhaitable que les parents, et les adultes en général, sachent garder eux-mêmes leurs convictions. Cela paraîtra plus rassurant à l’adolescent qu’une attitude qui lui confirmerait que rien ne résiste à ses désirs. En outre, l’adolescent intransigeant a besoin de marquer sa différence en s’affirmanc et en s’opposant.
L’absence d’opposition le pousse souvent à la surenchère, jusqu’à ce qu’il se heurte à la limite à partir de laquelle ses parents refusent de le suivre. En fonction de l’âge et de la nature de l’engagement, des limites peuvent et doivent être posées par les parents, mais la meilleure réponse à l’intransigeance d’un adolescent reste de la dédramatiser et d’ouvrir l’adolescent à d’autres centres d’intérêt, tout en le soutenant dans ses réussites et ses points forts. Le plus souvent, ces raideurs demeurent passagères et fluctuantes jusqu’à ce que l’adolescent soit en mesure de choisir plus librement, et avec moins de contraintes intérieures, sa propre voie.

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