Il s'adonne à des jeux sexuels. Faut-il les lui interdire

Il s’adonne à des jeux sexuels. Faut-il les lui interdire?

La sexualité de l’adolescent appartient à sa sphère privée. L’éducation a pour objectif de l’aider à intégrer cette donnée et à la gérer sans pour autant qu’il s’enferme dans le non-dit et la solitude. Il est souhaitable que l’adolescent puisse entendre parler de sexualité à la maison, d’une façon générale ou à l’occasion d’événements, de films, de débats. Mais il ne Test pas que ses parents s’occupent de sa sexualité. Une telle intention risquerait de faire plus de dégâts que de bien, du fait de l’importance du lien affectif qui les attache, et réciproquement, à l’adolescent. Ils doivent se montrer accueillants, créer des occasions d’échange, mais ne pas chercher à connaître les pratiques sexuelles
de leur enfant. Il sera bien plus profitable d’évoquer celles-ci, les éventuels problèmes et les nécessaires limites qu’elles posent indirectement, à propos de tierces personnes, par exemple.

Si cependant les pratiques sexuelles de l’adolescent débordent la sphère privée, deviennent manifestes ou semblent concerner des membres de la famille, il convient d’en parler avec lui pour l’aider à les Élire réintégrer la sphère de la vie privée et lui en montrer les limites, en particulier si les parents ont l’impression que des membres de la fratrie en sont complices ou les partagent. Les jeux plus ou moins directement sexualisés sont fréquents dans l’enfance. Il ne faut pas les confondre avec l’abus sexuel, qui suppose l’exercice de la force physique et/ou de la contrainte morale d’un aîné à l’égard d’un plus jeune, et plus généralement d’un plus fort vis-à-vis d’un plus faible. Les jeux sexuels les plus habituels font partie de la façon dont les enfants s’ex-
plorent et se découvrent mutuellement ; ils n’ont rien d’anormal. L’adulte ne doit pas pour autant les cautionner; il doit, au contraire, très tôt expliquer à l’enfant, sans pour autant le gronder, que son corps lui appartient et qu’il doit garder ses zones les plus intimes pour lui jusqu’à ce qu’il soit devenu grand et puisse alors les partager avec la personne qu’il aime.

Ces jeux deviennent néanmoins plus ambigus à l’adolescence, du fait de la maturité physique de l’adolescent et de la conscience qu’il en a. Ils ne sont donc plus acceptables et, si les adultes en ont connaissance, ils ont le devoir de les interdire, en s’appuyant sur cette nécessaire préservation de l’intimité de chacun et sur l’interdit de la sexualité partagée au sein de la famille. La masturbation, en revanche, est une activité normale qui, elle aussi, est du domaine de l’intimité de chacun et qui n’a donc pas à faire l’objet d’un étalage, que ce soit au sein de la fratrie ou ailleurs, ni à être l’objet d’une exhibition verbale (plaisanteries et provocations souvent pénibles auxquelles se croient astreints beaucoup d’adolescents). Ce qui touche l’intime et le privé a toujours avantage à faire l’objet de respect et de délicatesse, même si toute plaisanterie ou grossièreté n’est pas cause de traumatisme. Le respect, toutefois, n’est ni la honte ni la culpabi-
lité. Si l’adolescent aborde directement ou indirectement le sujet, ses parents se doivent de lui répondre avec simplicité, en lui donnant les informations qu’il demande tout en respectant les limites qui s’imposent.

On ne pourra pas pour autant éviter que 1 adolescent ne culpabilise pas ses activités sexuelles. Elles sont en effet liées à des fantasmes, des souvenirs et des images de l’enfance souvent culpabilisés, car vécus comme une effraction dangereuse dans le monde réservé aux adultes. Il serait vain de croire qu’une trop grande liberté sexuelle des parents, même si elle ne se manifeste qu’en paroles, libère les enfants. Au contraire, elle les empêche d’appréhender les adultes, et surtout leurs parents, comme des figures protectrices et rassurantes. C’est ce qui rend toute exhibition de la nudité des parents si troublante et souvent angoissante pour les enfants. Là encore, ce n’est pas toujours traumatique, mais ce n’est jamais bénéfique. Ni la répression ni la gêne ne sont sur ce chapitre une réponse plus appropriée de la part des adultes. Et revenir un demi-siècle en arrière, quand la masturbation était considérée comme un péché et même comme une activité dangereuse, c’est, pour le coup, contribuer à culpabiliser l’adolescent. Aussi est-il souhaitable, dans la mesure du possible, de déculpabiliser tout ce qui a trait à la sexualité. Il ne faut pas cependant chercher à la banaliser et à l’affadir, mais la présenter à son enfant comme une source de plaisir et de richesse partagés, synonyme d’un lien amoureux réciproque, un bien précieux qui, comme tout ce qui touche à ce qui est au cœur de l’individu, impose délicatesse et respect.

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