Il se sent coupable. Cela va-t-il passer

Il se sent coupable. Cela va-t-il passer?

L’excès de culpabilité n’est plus le problème le plus couramment rencontré chez les adolescents. On le
trouve encore, cependant, sous sa forme la plus traditionnelle : l’adolescent se reproche fautes et mauvaises pensées, s’accuse et s’autoflagelle sans fin à propos de ce qui a été fait ou, au contraire, n’a pas été fait. Quand elle se présente sous une forme aussi marquée, la culpabilité peut être considérée comme un symptôme de dépression sévère et/ou de personnalité obsessionnelle, les deux pouvant se conjuguer. Il existe bien sûr toutes les variations possibles entre un état «normal» et une personnalité atteinte de troubles qui nécessitent une aide. Pouvoir se sentir coupable quand on a des raisons de l’être est souhaitable. Il est important que la confiance accordée à l’entourage soit suffisante pour que l’adolescent ose en parler, se sentir pardonné et soulagé, même si c’est au prix d’une réparation ou d’une sanction. C’est la fonction de la confession dans la religion chrétienne. L’absence de culpabilité est toujours préoccupante et renvoie à des troubles de la personnalité qui favorisent les conduites antisociales et délinquantes. Mais un effet injustifié est toujours un
symptôme.

La personnalité obsessionnelle se caractérise par le doute permanent d’avoir bien fait, de ne pas avoir commis d’erreur ou de faute et la nécessité de vérifier ce qui a été fait et de tenter d’annuler erreurs et fautes par des manies et des rites conjuratoires : par exemple, répéter un mot un nombre de fois précis ou accomplir un geste rituel (se croiser les doigts ou toucher un objet). Ce sont les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), dont on parle beaucoup actuellement, comme s’il s’agissait d’une découverte récente, alors qu’ils sont recensés et décrits depuis plus de cent ans. Les modalités en sont très diverses mais le principe des TOC est toujours le même : faire en sorte de maîtriser par un biais détourné ce que l’on aurait laissé échapper de mauvais par ailleurs. Derrière ces troubles, il n’est pas difficile de déceler la permanence de la pensée infantile du magique et du sentiment de la toute-puissance, ainsi qu’une forte ambivalence des sentiments liée à la coexistence d’amour et de haine chez des personnes ayant une difficulté à accepter les compromis.
Pour l’enfant, penser, c’est agir. On imagine donc aisément à quel point toutes les «mauvaises pensées» qui peuvent lui traverser l’esprit et habiter ses rêves sont une source potentielle de culpabilité. C’est pour annuler les effets dangereux de ces pensées que les enfants multiplient ce que l’on appelle les «formations réactionnelles», des défenses qui consistent à adopter l’atti-
tude contraire de ce qui est désiré et réprimé : l’obséquiosité opposée à la grossièreté ; la méticulosité au désordre ; la propreté maniaque à la saleté ; la culpabilité à l’agressivité.
L’adolescent souffre de cette situation, mais il n’est pas prêt pour autant à renoncer au sentiment de toutepuissance qui est à la base de ce type de fonctionnement. Se sentir coupable est un sentiment pénible mais qui lui permet de penser que ses désirs ont un pouvoir et des effets notables et qu’il occupe une position importante par rapport à celui ou celle envers lesquels il se sent coupable.

Ce qu’il y a de plus caractéristique chez ces troubles de la personnalité, c’est qu’ils s’entretiennent euxmêmes car le processus d’annulation et de contrôle n’a pas de fin. Toute mesure est suivie d’une contremesure. Celui qui va tenter de contrôler son agressivité par sa gentillesse, ses excuses et sa serviabilité, va voir resurgir son besoin d’opposition et maîtrise sous son
apparente soumission à autrui, qu’il exprimera par exemple en s’opposant passivement par sa lenteur, son retard systématique, l’interposition d’un obstacle quelconque, à ce qu’on attend de lui.
Comme toujours, ces traits de caractère et ces comportements sont exacerbés par la présence des personnes dont l’adolescent est le plus dépendant affectivement. Certes, ils s’atténuent avec les autres, mais ont tendance à resurgir dès que s’établissent des liens plus étroits. La variation de leurs manifestations ne veut pas dire pour autant que ce comportement est volontaire et que l’intéressé le contrôle. Il n’est pas vraiment dépendant de sa volonté, du moins pas de manière durable, mais il demeure influencé par les mutations affectives que vit l’adolescent et par le contexte environnemental. En résumé, cela signifie qu’il ne sert à rien de chercher à surprotéger les adolescents, ni de vouloir les rassurer à tout prix. Il faut les pousser à s’ouvrir à quelqu’un d’extérieur au milieu habituel, tel qu’un psychothérapeute, et savoir poser des limites a leur ten-
dance à ensevelir les autres sous leurs problèmes. Si toutefois le soutien d’une tierce personne ne suffit pas, on peut alors envisager la prise d’un médicament antidépresseur en accord avec le médecin traitant. Un éloignement du milieu habituel, le pensionnat, par exemple, peut également avoir des effets très positifi.

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