Il dort encore avec nous. Est-ce normal

Il dort encore avec nous. Est-ce normal?

L’intrusion d’un préadolescent ou même d’un adolescent dans la chambre de ses parents est plus fré-
quente qu’on ne le pense. Les prétextes en sont nombreux, que ce soit une impossible cohabitation
avec les frères et sœurs, des difficultés d’endormissement, des cauchemars à répétition ou des soins qu’il faut prodiguer. La réponse à cette question est pourtant simple : dormir régulièrement dans la chambre de ses parents, à côté, avec eux ou à la place de l’un des parents n’est jamais bénéfique et peut avoir des conséquences négatives. Et ce quel que soit l’âge de l’enfant. Pourquoi ? La dépendance mutuelle de l’enfant et de ses parents est trop importante pour que ceux-ci ne fassent pas extrêmement attention à ce que les conditions d’une séparation minimale soient respectées. Que la chambre des parents et celle des enfants soient séparées est la première de ces conditions. La chambre est par
excellence le lieu du domicile familial qui représente l’intimité de la personne. Dans le cas des parents, cette intimité est aussi celle du couple et de sa vie sexuelle. La présence de l’enfant ou de l’adolescent dans leur chambre ne peut qu’accroître sa curiosité à cet égard et, dans le même temps, l’obliger à la réprimer massivement. Cette promiscuité contribue à atténuer la différence entre les générations et à accentuer les difficultés de différenciation parents/enfants et de leurs
rôles respectifs. L’enfant ou l’adolescent s’installe d’ailleurs souvent à la place de l’un des parents, le plus souvent le père, absent de la maison ou amené à dormir dans une autre pièce.
Or cet enchevêtrement des générations est souvent d’autant plus important que c’est un fait acquis et admis par les parents qui révèle un problème de couple. L’enfant ou l’adolescent sert de compensation à ce malaise ou ce conflit en empêchant toute intimité sexuelle et/ou en protégeant un de ses parents de la solitude. Mais en se rassurant, ce parent place son enfant dans une situation d’insécurité ; il inverse les rôles en le mettant au service de ses besoins et en accroît d’autant plus la dépendance que cette situation commence par faire plaisir à l’enfant avant de le gêner. Ces différents paramètres rendent d’autant plus difficile le travail d’acquisition de son autonomie par l’adolescent.
Il est, en outre, facile d’imaginer que la puberté, et la façon dont elle sexualise le corps et les relations, rend la situation plus difficile encore à gérer pour un adolescent que pour un enfant.

Il s'adonne à des jeux sexuels. Faut-il les lui interdire

Il s’adonne à des jeux sexuels. Faut-il les lui interdire?

La sexualité de l’adolescent appartient à sa sphère privée. L’éducation a pour objectif de l’aider à intégrer cette donnée et à la gérer sans pour autant qu’il s’enferme dans le non-dit et la solitude. Il est souhaitable que l’adolescent puisse entendre parler de sexualité à la maison, d’une façon générale ou à l’occasion d’événements, de films, de débats. Mais il ne Test pas que ses parents s’occupent de sa sexualité. Une telle intention risquerait de faire plus de dégâts que de bien, du fait de l’importance du lien affectif qui les attache, et réciproquement, à l’adolescent. Ils doivent se montrer accueillants, créer des occasions d’échange, mais ne pas chercher à connaître les pratiques sexuelles
de leur enfant. Il sera bien plus profitable d’évoquer celles-ci, les éventuels problèmes et les nécessaires limites qu’elles posent indirectement, à propos de tierces personnes, par exemple.

Si cependant les pratiques sexuelles de l’adolescent débordent la sphère privée, deviennent manifestes ou semblent concerner des membres de la famille, il convient d’en parler avec lui pour l’aider à les Élire réintégrer la sphère de la vie privée et lui en montrer les limites, en particulier si les parents ont l’impression que des membres de la fratrie en sont complices ou les partagent. Les jeux plus ou moins directement sexualisés sont fréquents dans l’enfance. Il ne faut pas les confondre avec l’abus sexuel, qui suppose l’exercice de la force physique et/ou de la contrainte morale d’un aîné à l’égard d’un plus jeune, et plus généralement d’un plus fort vis-à-vis d’un plus faible. Les jeux sexuels les plus habituels font partie de la façon dont les enfants s’ex-
plorent et se découvrent mutuellement ; ils n’ont rien d’anormal. L’adulte ne doit pas pour autant les cautionner; il doit, au contraire, très tôt expliquer à l’enfant, sans pour autant le gronder, que son corps lui appartient et qu’il doit garder ses zones les plus intimes pour lui jusqu’à ce qu’il soit devenu grand et puisse alors les partager avec la personne qu’il aime.

Ces jeux deviennent néanmoins plus ambigus à l’adolescence, du fait de la maturité physique de l’adolescent et de la conscience qu’il en a. Ils ne sont donc plus acceptables et, si les adultes en ont connaissance, ils ont le devoir de les interdire, en s’appuyant sur cette nécessaire préservation de l’intimité de chacun et sur l’interdit de la sexualité partagée au sein de la famille. La masturbation, en revanche, est une activité normale qui, elle aussi, est du domaine de l’intimité de chacun et qui n’a donc pas à faire l’objet d’un étalage, que ce soit au sein de la fratrie ou ailleurs, ni à être l’objet d’une exhibition verbale (plaisanteries et provocations souvent pénibles auxquelles se croient astreints beaucoup d’adolescents). Ce qui touche l’intime et le privé a toujours avantage à faire l’objet de respect et de délicatesse, même si toute plaisanterie ou grossièreté n’est pas cause de traumatisme. Le respect, toutefois, n’est ni la honte ni la culpabi-
lité. Si l’adolescent aborde directement ou indirectement le sujet, ses parents se doivent de lui répondre avec simplicité, en lui donnant les informations qu’il demande tout en respectant les limites qui s’imposent.

On ne pourra pas pour autant éviter que 1 adolescent ne culpabilise pas ses activités sexuelles. Elles sont en effet liées à des fantasmes, des souvenirs et des images de l’enfance souvent culpabilisés, car vécus comme une effraction dangereuse dans le monde réservé aux adultes. Il serait vain de croire qu’une trop grande liberté sexuelle des parents, même si elle ne se manifeste qu’en paroles, libère les enfants. Au contraire, elle les empêche d’appréhender les adultes, et surtout leurs parents, comme des figures protectrices et rassurantes. C’est ce qui rend toute exhibition de la nudité des parents si troublante et souvent angoissante pour les enfants. Là encore, ce n’est pas toujours traumatique, mais ce n’est jamais bénéfique. Ni la répression ni la gêne ne sont sur ce chapitre une réponse plus appropriée de la part des adultes. Et revenir un demi-siècle en arrière, quand la masturbation était considérée comme un péché et même comme une activité dangereuse, c’est, pour le coup, contribuer à culpabiliser l’adolescent. Aussi est-il souhaitable, dans la mesure du possible, de déculpabiliser tout ce qui a trait à la sexualité. Il ne faut pas cependant chercher à la banaliser et à l’affadir, mais la présenter à son enfant comme une source de plaisir et de richesse partagés, synonyme d’un lien amoureux réciproque, un bien précieux qui, comme tout ce qui touche à ce qui est au cœur de l’individu, impose délicatesse et respect.

Il veut avoir sa chambre. Faut-il accepter

Il veut avoir sa chambre. Faut-il accepter?

Le besoin de marquer son autonomie et d’avoir un territoire personnel est un besoin tout aussi naturel
que celui de se sentir entouré et au contact des autres. L’un est le complément de l’autre, comme le sont pour le développement de la personnalité de l’enfant le besoin de la continuité d’un lien affectif stable et celui de la séparation et de l’ouverture à la différence et à tout ce qui n’est pas l’univers familial.

C’est dire combien la revendication d’une chambre à soi est légitime et combien il est souhaitable pour l’enfant qu’il puisse jouir d’un lieu autonome dès qu’il a atteint l’âge de raison. Ce qui n’est encore que souhaitable durant l’enfance devient même préférable avec la puberté. Car il s’agit non seulement d’assurer à l’adolescent une possible intimité physique et psychique, mais aussi de lui permettre de se confronter à la solitude…
Ce n’est donc pas seulement une question de confort. Il est bon, en effet, qu’un adolescent ne soit pas dépendant de la constance d’une présence à ses côtés, notamment pour s’endormir, d’autant que notre civilisation est une civilisation de l’individu, et non plus du groupe, et qu’il est donc important de savoir gérer sa solitude.

Cela dit, préférable ne veut pas dire indispensable. La réalité étant ce qu’elle est, il faut s’y adapter. La situation matérielle de certaines familles peut rendre impossible cette séparation de l’espace en lieux autonomes. Même s’il n’est pas possible de répondre au souhait de l’adolescent, il vaut mieux cependant en reconnaître le bien-fondé et essayer d’aménager la cohabitation de façon à préserver au mieux le droit à l’intimité de chacun.
L’envie d’avoir son autonomie dans l’appartement familial se prolongera plus tard par le désir d’habiter un studio ou un foyer. Mais le départ du domicile familial ne doit pas être trop précoce. Un adolescent n’est pas suffisamment avancé dans ses études, qu’il ne peut poursuivre sans l’appui d’un cadre familial, pour que cela se justifie, et il n’est pas en mesure de gérer sa solitude au quotidien.
A l’inverse, les études, qui sont de plus en plus longues, amènent beaucoup de jeunes à cohabiter très longtemps, parfois trop longtemps, avec leurs parents. Cet état de fait les maintient dans une situation de dépendance qui n’autorise pas une distance relationnelle suffisante avec leurs parents et les déresponsabilise dans la conduite de leur vie quotidienne, ce qui n’est pas la meilleure des préparations à une vie adulte.

Est-il homosexuel

Est-il homosexuel?

Au moment de l’adolescence, la puberté étant souvent une période révélatrice, un certain nombre de
parents s’interrogent sur l’orientation sexuelle de leur enfant ; en outre, les rencontres et les sollicitations peuvent jouer un rôle important à cet âge de la vie. L’orientation sexuelle de l’être humain est un phénomène complexe dans lequel s’entrecroisent des influences en partie hormonales, mais aussi et surtout psychologiques et culturelles. Chaque individu possède des hormones dites masculines et féminines, et l’embryon commence par être féminin avant que l’influence masculine n’apparaisse chez le futur garçon. Tout enfant a des modèles masculins et féminins, à commencer par ses parents, auxquels il va chercher à ressembler et à s’identifier, si bien qu’il va acquérir ainsi des traits de caractère, des attitudes et des comportements à la fois masculins et féminins. A l’adolescence, le choix d’une orientation sexuelle dépend du résultat de toutes ces influences combinées à celles des rencontres, amitiés et admirations du moment. Il semble, par ailleurs, que l’homosexualité masculine puisse parfois être la conséquence d’une profonde identification à une mère déprimée, que l’enfant essaie de consoler, et d’un père lointain ou dévalorisé. Quant à
l’homosexualité féminine, elle pourrait parfois résulter d’une relation trop séductrice avec le père, la mère étant au contraire vécue comme froide et en retrait. Si le choix de l’homosexualité semble s’imposer très tôt à certains enfants au niveau de leurs attirances et de leurs fantasmes et rêveries, pour beaucoup, ce choix demeure longtemps ouvert. Sa détermination finale dépend alors
souvent des influences exercées par l’entourage de l’adolescent, notamment par ses amis. Bien des adolescents ont ainsi une orientation davantage «homophile» qu’homosexuelle. Leur attirance pour les personnes du même sexe s’apparente plus au besoin de renforcer la confiance en soi et d’éviter la solitude qu’à une question de sexualité proprement dite, qui apparaît d’ailleurs secondaire, même
si elle peut être déterminante pour le futur. Cette attirance est également facilitée par la peur de ce qui est différent, le féminin ou le masculin.

Que peuvent faire les parents? Sûrement pas vivre avec la crainte que leur fils ou leur fille devienne homosexuel (le) et essayer de prévenir ce risque par des conseils ou des attitudes forcées. C’est l’équilibre naturel des rôles masculin et féminin dans le couple parental qui aura probablement l’influence la plus importante sur l’enfant et l’adolescent. Or, le couple est ce qu’il est, même s’il peut évoluer en fonction des échanges et des prises de conscience des parents, et il ne sert à rien d’en dissimuler les aléas et les à-coups. Assumer ce que l’on est aide l’adolescent à s’assumer lui-même.
Rappelons-le, l’homosexualité n’est pas une maladie. Les parents peuvent avoir souhaité un autre choix pour leur enfant, notamment parce que l’homosexualité comporte des contraintes psychologiques, en particulier de dépendance affective et de repli sur le même (homo), et qu’elle limite les possibilités de procréation… Mais si l’adolescent est fidèle à ce choix, le rôle des parents sera de l’aider à l’assumer plutôt que de chercher à le réprimer et ne lui laisser d’autre perspective que d’être malheureux et/ou forcé à mener une double vie, les deux s’associant fréquemment.
Mais toute attirance homosexuelle ne veut pas dire que l’on soit homosexuel et, à plus forte raison, qu’on le sera toujours. En effet, le besoin de trouver appui et amour, surtout si l’on doute de soi, si l’on se mésestime, peut conduire à se raccrocher à quelqu’un dont on a le sentiment qu’il est d’autant plus proche de soi qu’il est du même sexe. Il n’est pas rare que l’autre soit lui-même dans une situation identique. Ce n’est toutefois pas parce que ce choix n’est pas définitif qu’il faut
considérer que, à cet âge, pratiques homosexuelles et hétérosexuelles sont équivalentes. Toute pratique sexuelle, comme tout comportement ou tout attachement, a tendance à se renforcer elle-même et à rendre difficile un éventuel changement ultérieur.

D’où la difficulté du rôle des parents, qui doivent éviter de dramatiser la situation et de culpabiliser l’adolescent, mais doivent aussi l’aider à ne pas cristalliser des choix qui pourraient rester ouverts. La situation se complique encore si l’adolescent entretient une relation sexuelle avec un adulte. Celui-ci exerce souvent, volontairement ou non, une emprise morale sur l’ado-
lescent; il n’est pas rare qu’il cherche à devenir son mentor, auquel cas peut naître une lutte d’influence avec les parents. Or l’adolescent aura d’autant plus tendance à se rapprocher de son ami qu’il fuit une dépendance affective à ses parents qu’il ne peut gérer. Il la reporte, à son insu, sur sa nouvelle relation, mais avec un sentiment de liberté et de fibre arbitre que conforte l’opposition aux parents, sans s’apercevoir que ces deux liens, par leur caractère contraignant, se ressemblent
plus qu’il n’y paraît. Dans ce cas, l’adolescent ne supporte pas la solitude, ne peut se passer d’une présence affective, et éprouve constamment le besoin de se sentir indispensable ; il n’arrive pas à prendre le temps de se retrouver un moment seul face à lui-même et de choisir d’établir une relation en fonction de ses véritables désirs et non plus dans l’urgence. Or, justement parce qu’il est respectable, mais lourd de conséquences, ce choix, comme tout choix important, mérite qu’on lui laisse le temps de mûrir, aussi bien en ce qui concerne les garçons qu’en ce qui concerne les filles. Si la question a ici été posée au masculin, c’est parce qu’elle est plus souvent objet d’inquiétudes, chez les parents, pour un garçon. Peut-être parce que «l’homophilie », telle qu’elle a été décrite précédemment, est un phénomène plus facilement accepté chez les adolescentes que chez les adolescents et qu’elle conduit moins fréquemment et moins rapidement à une pratique sexuelle qui contribue à fixer le choix.

Faut-il la laisser sortir seule

Faut-il la laisser sortir seule ?

Une fois de plus, la question des limites est au cœur des interrogations parentales. Tout parent sait
intuitivement que l’éducation en implique. Mais la libéralisation des mœurs a conduit à ce qu’il n’y ait plus guère de consensus social sur les limites à fixer. Elles sont devenues l’affaire de chaque famille en particulier et, de ce fait, apparaissent aux adolescents comme l’expression du bon vouloir des parents, ce qui ne peut que renforcer leur sentiment de dépendance. La limite n’est plus la manifestation d’une règle qui s’imposerait à tous. C’est pourquoi l’adolescente ne va pas hésiter à la remettre en question : « Pourquoi ne me laisses-tu pas sortir alors que les parents de mon amie le lui permettent?».
Bien des parents aimeraient éviter d’entrer en conflit avec leur enfant, dont ils voudraient qu’il soit assez raisonnable pour se fixer lui-même des limites. Cela n’est malheureusement pas possible, mais elles peuvent faire l’objet d’un débat au sein de la famille, voire d’échanges de points de vue avec d’autres familles.
C’est faire excès de laxisme que de laisser une adolescente décider seule de ses sorties : c’est la confronter trop tôt à des choix impossibles et à des situations à risques; c’est, enfin, une forme de carence éducative qui équivaut à un abandon affectif. Mais prendre pour référence l’éducation que l’on a soi-même reçue est faire preuve d’une excessive rigueur qui met l’adolescente en porte à faux avec l’éducation de sa propre génération et qui ne la prépare pas à s’assumer elle-même. Les parents qui adoptent cette attitude risquent de favoriser des comportements d’opposition de la part de l’adolescente qui peuvent aller jusqu’à la rupture ou de la pousser à prendre des risques inutiles par provocation.

Il ne faut cependant surtout pas dramatiser la décision que Ton va prendre. Tout le monde a le droit aux essais et aux erreurs. Une décision peut toujours être remise en cause au regard des conséquences qu’elle a sur le comportement de l’adolescente; une limite ne prend tout son sens qu’en fonction de ses effets. Sans se montrer trop sévères, les parents ne doivent pas laisser leur enfant prendre des risques injustifiés, même si en juger paraît difficile. Toutefois, leur anxiété ne doit pas non plus devenir la référence essentielle qu’a l’adolescente dans sa relation au monde.
Par ailleurs, l’âge doit être pris en compte. Mieux vaut apparaître rétrograde et ne pas laisser sortir seule une adolescente trop jeune que de lui donner le sentiment qu’elle est seule à gérer des risques qu’elle a d’autant plus tendance à sous-évaluer qu’elle a été élevée dans un milieu respectueux d’elle et protecteur.
Les risques n’apparaissent souvent pas aussi importants pour un garçon, que l’on imagine moins
confronté, en particulier, à de possibles agressions sexuelles. Cependant, la différence est probablement plus ténue qu’elle ne le fut par le passé, et le besoin de limites est tout aussi important chez les adolescents que chez les adolescentes.

Il ne vit que par ses amis. Nous a-t-il oubliés

Il ne vit que par ses amis. Nous a-t-il oubliés?

Les amis sont la grande richesse de l’adolescence. Même s’il est important que l’enfant s’ouvre le plus
tôt possible aux enfants de son âge, ceux-ci restent des camarades. Ils ne deviennent vraiment des amis qu’à l’adolescence, au moment où l’adolescent pressent que ses parents ne peuvent plus tenir le même rôle qu’auparavant et qu’il va lui falloir trouver d’autres attachements, avant que les liens amoureux ne prennent le relais.
Un adolescent sans ami est un adolescent malheureux et il faut s’en préoccuper, mais en faisant preuve de discrétion.

Un ami est pour l’adolescent une ouverture à tout ce qui n’est pas l’univers familial, un nouveau repère et un appui pour s’affirmer face à ses parents. Il est un miroir où chercher sa nouvelle image de soi, un double qui rassure et conforte dans sa singularité ; ou, au contraire, un opposé qui manifeste, exprime et parfois réalise ce que l’adolescent ne fait que rêver. Mais il peut aussi être
celui qui remplace avantageusement la famille, car l’adolescent va chercher auprès de ses amis ce qu’il ne lui est plus possible de trouver auprès de ses parents : un partage sans limites, une proximité physique et psychique, la possibilité de se comprendre sans avoir besoin d’explications, une acceptation sans reproches et sans conseils, qui sont le fait des parents.
L’amitié risque alors de ne pas être un lien enrichissant complémentaire du lien familial, mais l’exact substitut de celui-ci. L’ami ou les amis vont prendre la plier drs parents, rt cr rn proportion dr l’intensité de la déception qu’éprouve l’adolescent à l’égard de ses parents, déception et rejet nourrissant la violence de l’attachement aux amis. L’adolescent n’est pas en mesure de s’apercevoir que ce qu’il fuit d’un côté, il le retrouve de l’autre : une dépendance affective et, souvent, une certaine soumission à son groupe d’amis. Ceux-ci peuvent l’aider à se retrouver et n’être qu’une étape vers des attachements plus tempérés et plus ouverts, une fois passé l’orage. Mais ils peuvent aussi avoir des difficultés semblables, auquel cas ils renfermeront et s’enfermeront eux-
mêmes dans le groupe devenu tribu ou secte. Comment, alors, renouer le dialogue avec l’adolescent ? Comment éviter que son besoin de contacts et de liens ne l’asservisse à ce groupe et ne le conduise à se laisser entraîner dans des comportements nuisibles pour lui et éventuellement pour les autres ? La réponse est difficile pour les parents, et leur marge de manoeuvre étroite. Toutefois, ils ne doivent pas sous-esdmer la dépendance et l’attachement que leur enfant a envers eux : ce n’est pas parce qu’il ne les écoute pas qu’ils ont cessé d’avoir de l’importance à ses yeux. Pour ne s’exprimer qu’en négatif, cette importance n’en demeure pas moins là. Aussi est-il essentiel qu’ils persistent à s’affirmer dans leur position de parents.

Comme toujours, les conflits qui opposent les parents, souvent non dits mais exprimés par leurs contradictions, jouent un rôle qui n’est pas négligeable dans l’attitude de l’adolescent; il convient donc de les prendre en compte. Dans le même temps, tant que l’adolescent dépend affectivement, mais aussi matériellement, d’eux, ses parents sont à même d’exiger au moins la possibilité d’un dialogue. Pour cela, on ne pourra qu’apprécier l’aide d’un tiers qui ne soit pas partie prenante dans le conflit et qui n’ait pas d’attachements préalables avec l’adolescent ou sa famille.

Faut-il parler de sexualité avec son enfant

Faut-il parler de sexualité avec son enfant?

Qu’ils souhaitent le faire ou non, il est bien difficile pour des parents de ne pas parler de sexualité à leurs enfants, tant elle est omniprésente dans le discours social. Les parents peuvent d’ailleurs profiter de cette omniprésence pour aborder le sujet afin d’éviter de trop le personnaliser, de trop le centrer sur l’adolescent lui-même.

Les discussions les plus fructueuses sont probablement les plus impromptues, inattendues pour les parents comme pour l’adolescent. Par exemple, une conversation peut s’engager au cours ou suite à une émission, une lecture, un événement touchant un camarade de l’adolescent, un cours d’éducation sexuelle ou de prévention du sida… Les occasions ne manquent pas. Comme cela ne le concerne pas directement, l’adolescent est davantage prêt à entendre les commentaires de ses parents et à en tirer des applications pour lui-même que si on l’impliquait personnellement ou qu’on le lui demandait explicitement. Evidemment, un climat familial de confiance réciproque, de liberté d’expression et de respect mutuel facilite grandement l’échange.

Cela n’exclut pas, bien sûr, d’avoir, en privé, des échanges plus convenus et plus formels sur le sujet, échanges qui ont le plus souvent heu entre l’adolescent et le parent du même sexe que lui. Les changements pubertaires, et en particulier, chez l’adolescente, la survenue des règles, en fournissent un prétexte facile. Il ne paraît pas souhaitable de banaliser le discours parental sur la sexualité et de la réduire à une pratique comme une autre, car la sexualité touche ce qu’il y a
de plus intime en chacun de nous, aussi bien physiquement que psychiquement.

Faut-il inviter ses amis à la maison

Faut-il inviter ses amis à la maison?

Oui, bien sûr! Parce que les amis sont une des choses — et une des chances — les plus importantes
de l’adolescence. Comme les enseignants, mais différemment, ils sont une des sources principales d’ouverture sur un univers extra-familial. S’ils sont importants pour l’adolescent, il ne peut être que souhaitable, et bénéfique, que ses parents les connaissent eux aussi. Recevoir des amis est une preuve de confiance réciproque : de l’adolescent à l’égard de ses parents et de ses parents envers lui. Il peut arriver que celui-ci montre une certaine réticence à inviter ses amis chez lui, souvent parce qu’il appréhende les commentaires qu’ils pourraient faire sur ses parents, qu’il est gêné par
ce qu’ils pourraient voir et parfois même parce qu’il a honte de ses parents et de leurs comportements ou réflexions possibles. Il est toujours douloureux pour les parents de dresser ce constat, mais il est préférable, plutôt que lui en garder rancune ou de manifester déception et agressivité, qu’ils l’aident à dépasser ses réticences en parlant de façon ouverte et claire des raisons de celles-ci et en modifiant, si besoin est, certaines de leurs attitudes, tout en lui montrant qu’ils gardent le respect de ce qu’ils sont, qu’ils n’ont pas honte d’eux-mêmes, et qu’il doit en faire autant.

Dans certains cas, ce n’est pas l’adolescent mais ses parents qui ne veulent pas recevoir ses amis chez eux, par peur de leur mauvaise influence. Élever un adolescent dans la méfiance de ses camarades, comme si la jeunesse était une maladie, par peur, soi-disant, du mauvais exemple, est catastrophique. C’est mal le préparer à l’avenir et manquer de confiance dans ses capacités de
jugement. Ce n’est pas en l’isolant du monde qu’il apprendra à discerner ce qui est bien de ce qui est néfaste pour lui et les autres, mais en le laissant s’y confronter. Toutefois, les amis qu’il invite dans sa famille doivent respecter les règles qui la régissent, en particulier en ce qui concerne l’alcool et autres toxiques et les relations sexuelles. Il est toujours bon que ces règles soient d’emblée clairement posées. Le plus gros problème survient lorsque les parents suspectent les amis de l’adolescent d’avoir une mauvaise influence sur lui. Bien sûr, la présomption d’innocence devrait s’appliquer ici comme ailleurs, et nul ne doit porter de jugement sur une personne sans la connaître, ce qui serait, le cas échéant, donner un fort mauvais exemple à l’adolescent. Cependant,
il peut paraître nécessaire, à un moment donné, de poser des limites et de demander à l’adolescent d’éviter de fréquenter certains amis, même si, quand il s’agit de « mauvaise influence», il faut savoir rester prudent : tout individu est responsable de ses actes, et il ne faudrait pas, afin d’éviter de les prendre en compte, rejeter la faute de certains des comportements de l’adolescent sur
d’autres que lui. Sans poser un ultimatum qui ne ferait que le braquer, pour convaincre l’adolescent que certaines de ses amitiés lui sont néfastes, ses parents seront d’autant plus crédibles qu’ils n’auront pas montré trop de préjugés et d’à priori, et qu’ils pourront argumenter leur position sur des faits et des attitudes précis.

Faut-il accepter les amours à la maison

Faut-il accepter les amours à la maison?

Savoir s’il faut accepter que son fils ou sa fille dorme sous le toit familial avec sa ou son petit(e) ami(e) est typiquement une question nouvelle, liée à révolution des mœurs. Car cela ne fait qu’une ou deux décennies que certains adolescents mènent une vie de couple, régulière ou intermittente, chez leurs parents. Auparavant, cela ne pouvait avoir heu que de manière clandestine.

Que répondre quand son enfant en fait la demande ?
A partir de quel âge peut-on l’accepter? Dans quelles conditions et avec qui ? Autant de questions auxquelles il serait bien hasardeux de vouloir donner une réponse unique. En effet, elle ne peut être donnée qu’au cas par cas, selon la situation familiale de chaque adolescent et les valeurs qui servent de référence à ses parents. Même si une évaluation « objective » et statistique des effets de
cette pratique sur le développement des adolescents ne saurait exister, on peut apporter aux parents, souvent dépassés par les événements et perplexes quant à l’attitude à adopter, quelques repères susceptibles de les aider :
— Vouloir avoir des relations sexuelles au domicile familial est une façon pour l’adolescent de les faire cautionner par ses parents.
— C’est également souvent un moyen inconscient de chercher à exciter leur curiosité, leur jalousie et, inversement, une manière d’exprimer l’intensité de sa propre curiosité à l’égard de leur vie de couple. Qu’ils le veuillent ou non, qu’ib en soient ou non conscients, les parents sont placés en situation de témoins et de ce fait engagés dans leur responsabilité, ce qui représente pour l’adolescent la caution morale dont nous avons parlé plus haut.
— La proximité parentale, justifiée par des raisons de commodité, de contraintes matérielles et financières, peut également être une façon d’imiter les parents. Il n’est cependant pas souhaitable d’aborder la question sous cet angle avec son enfant.
— Ses parents peuvent aider l’adolescent à se montrer prudent et à ne pas adopter trop aisément, comme s’ils étaient naturels et sans incidences, des comportements qui ne le sont pas. Accepter trop rapidement les choix amoureux de son enfant peut amener celui-ci à répondre en multipliant les ruptures, pour provoquer ses parents, ou, au contraire, à s’engager prématurément… Ou encore, accepter immédiatement le nouveau venu peut empêcher l’adolescent de revenir sur son choix. Cela peut aussi susciter sa jalousie, s’il a le sentiment que ses parents l’apprécient plus que lui-même, trouvent en lui le fils ou la fille qu’ils n’ont pas eus.
— Il apparaît donc plus sage de garder ses distances avec ces pratiques, d’éviter qu’elles ne soient trop précoces ou qu’elles ne deviennent normales et routinières. Poser quelques limites acceptables devrait suffire : par exemple, demander à l’adolescent d’attendre un certain âge, d’avoir déjà fait la preuve d’une certaine autonomie et d’une certaine maturité, de faire en sorte que cela n’ait de retentissement ni sur son travail personnel ni sur l’espace privé de chacun, que ce soit le sien, quand il veut se retrouver seul, ou celui de ses parents.

Évidemment, la façon dont les parents de l’autre adolescent vont réagir risque de compliquer la situation en introduisant des comparaisons et donc des rivalités parfois difficiles à gérer. Il pourra dans ce cas être judicieux de maintenir ses propres positions sans pour autant dramatiser, disqualifier ou diaboliser celles des autres parents s’ils adoptent une attitude différente…

Mon enfant a de mauvaises fréquentations. Est-ce grave

Mon enfant a de mauvaises fréquentations. Est-ce grave?

C’est d’autant plus triste que les adolescents les plus influençables sont souvent ceux dont les attentes à l’égard de leurs parents, et des adultes en général, sont particulièrement importantes. Leur vulnérabilité, liée à leur sentiment intrinsèque d’insécurité et à la mauvaise image qu’ils ont d’eux-mêmes, les rend à la fois extrêmement dépendants de l’attitude des autres et complètement intolérants aux conseils et aux attentions de ceux auxquels ils sont le plus attachés, leurs parents. Car l’intensité même de ces attentes les fait réagir à tout rapprochement avec eux comme s’ils n’allaient plus être capables d’exister par eux-mêmes. Laissés libres, ils se sentent abandonnés; sollicités par leurs proches, ils se sentent envahis et même persécutés. Aussi vont-ils chercher hors de leur famille le soutien qu’ils ne peuvent y trouver, soit parce que les réponses y sont inadéquates, soit – et les deux ne sont pas incompatibles – parce que cette dépendance affective leur est intolérable.

Paradoxalement, ces adolescents vont bien souvent retrouver avec leurs amis cette dépendance qu’ils
fuyaient à la maison. Mais cela peut les entraîner à perdre leur libre arbitre, à se laisser influencer par un groupe ou un individu ayant un fort ascendant sur eux. Comment aider son enfant à sortir de ce type de relation? En privilégiant la confiance au sein de la famille. Plus des liens familiaux respectueux de la personnalité de l’adolescent et de sa singularité auront été établis, plus les conflits pourront être atténués et plus les possibilités de trouver une réponse adéquate à ses demandes affectives seront importantes.
Il vaut mieux également essayer de réagir rapidement, mais calmement, sans dramatiser et en faisant confiance à l’adolescent — à toute tentative d’accaparement excessif de ses amis. De quelle façon? D’abord par la discussion, une demande d’informations sur ce qui se passe, l’échange des points de vue et la mobilisation progressive de l’ensemble des membres de la famille. Par la suite, il peut se
révéler bénéfique d’avoir recours à des mesures d’éloignement et/ou de faire appel à la médiation d’un tiers, n’appartenant pas à la famille et de ce fait moins engagé affectivement dans la relation. Si cela ne suffit pas, on peut envisager de demander conseil à un psychologue, d’entreprendre une thérapie familiale, voire de faire intervenir la justice. Dans ce cas, toutefois, les parents doivent
être sûrs que leurs craintes ne sont pas l’expression d’une inquiétude compréhensible mais sans bases concrètes : elles doivent reposer sur des faits et des comportements qui mettent réellement l’adolescent en danger.
Si les mauvaises fréquentations sont une menace qui concerne les deux sexes, les adolescentes se révèlent souvent plus vulnérables. En effet, leurs attentes affectives se traduisent volontiers par une relation passionnelle hétéro- ou homosexuelle qui peut les rendre totalement dépendantes d’une personne parfois nettement plus âgée qu’elles. Cette relation passionnelle externe à la famille peut être la contrepartie, dans la famille, d’une relation très forte avec l’un des parents. La puberté rend ce lien impossible à gérer pour l’adolescente et peut la précipiter dans les bras d’un étranger. Ce qu’elle cherche, sans le voir, dans la relation sexuelle, plus que l’acte sexuel lui-même, c’est un contact presque primaire, de l’ordre d’un agrippement inquiet, qui n’est que l’ersatz d’impossibles retrouvailles avec le parent dont elle demeure si dépendante, trop dépendante.