Je l'ai giflé. Ai-je eu raison ou tort

Je l’ai giflé. Ai-je eu raison ou tort?

La gifle, comme d’ailleurs l’ensemble des punitions corporelles, ont actuellement mauvaise presse. On
y voit volontiers l’expression d’un sadisme mal contrôlé, une manifestation de brutalité physique
humiliante, voire traumatique, pour celui qui la subit. La révélation de la fréquence et de la violence de la maltraitance infantile, longtemps largement sous-estimée, a joué un rôle dans cette condamnation souvent sans appel de la gifle « traditionnelle » de l’ancienne éducation comme de la fessée pour le petit enfant. Il est vrai qu’on en abusait facilement et qu’aucun châtiment physique n’est en soi nécessaire à une bonne éducation. Il faut bien reconnaître qu’il traduit souvent un énervement mal contrôlé du parent, qui se décharge ainsi d’une tension excessive alors que, comble d’injustice, il n’est pas rare que l’enfant ne soit même pas à l’origine de cette tension. Il peut être la goutte d’eau de trop, et sert de bouc émissaire lors d’un conflit entre les adultes. Telle la mère surchargée de travail, dont le mari préfère s’occuper de son ordinateur, aller à la pêche ou sortir avec des copains, plutôt que de l’aider. .. Dans ce contexte, le moindre écart de l’adolescent risque de se terminer par une gifle qui n’aurait sûrement pas été donnée en temps ordinaire.

Est-ce pour autant si grave, et la gifle doit-elle être proscrite? Comme tout ce qui concerne la relation éducative, la gifle doit être replacée dans le contexte de la vie familiale et de la qualité des relations affectives entre ses membres. C’est ce qui va lui conférer sa véritable signification. Le recours fréquent aux gifles témoigne d’un parent débordé par ses émotions, qui ne trouve pas d’autres moyens de contenir l’adolescent et ses propres sentiments. C’est le reflet d’un échec édu-
catif qui ne peut que braquer l’adolescent et le mettre en porte à faux par rapport à ses amis. En outre, une gifle n’a pas la même signification à 10, 15 ou 18 ans. Plus l’adolescent grandit, plus elle est humiliante. En effet, il se sent infantilisé, mis dans une situation passive et sans moyen pour répondre alors qu’il est souvent plus fort que le parent qui la lui a donnée… C’est le caractère déplacé et inadéquat de la gifle qui pose problème. A la réprimande s’ajoute une blessure d’amour-propre, or celles-ci laissent les traces les plus durables et les rancœurs les plus violentes. Une gifle à l’adolescence peut être ressentie comme une rupture du lien de confiance avec l’adulte. Ce sera d’autant plus vrai que la relation est plus passionnelle entre eux. En revanche, une gifle qui répond du tac au tac à une insolence d’un préadolescent testant les limites de la tolérance parentale ou donnée à un moment de perte de contrôle d’un adolescent, même plus âgé, sous l’effet d’une crise d’excitation ou d’un toxique, peut avoir un effet bénéfique. Elle pose des limites que la seule parole ne suffit pas toujours à marquer. En outre, la dimension physique du coup permet à l’adolescent une rencontre brutale avec une réalité qui résiste. Cette brutalité, dans ce cadre précis, peut avoir un effet apaisant car contenant et protecteur. Elle coupe l’adolescent de
l’emprise de ses seules émotions intérieures et le place devant un obstacle extérieur capable de résister à sa violence. Or celle-ci lui fait d’autant plus peur qu’il ne sait pas toujours pourquoi elle est présente et à quoi elle correspond; il craint par-dessus tout qu’elle le submerge sans qu’il ne puisse la contrôler. La résistance parentale devient alors rassurante comme peut l’être,
pour un enfant qui a une crise de rage, le fait d’être pris dans les bras et serré fortement. Ou, à un niveau plus archaïque, le besoin des animaux qui ont peur, devant un orage par exemple, de se blottir dans un endroit apparemment très inconfortable, mais qui les entoure. A la menace que représente la violence des émois, la force de la contention extérieure vient faire contre-
poids.
Pas d’apologie de la gifle donc, qui ne peut être qu’un recours exceptionnel. Mais pas de dramatisation non plus, car elle peut être préférable, pour rétablir un contact avec un adolescent débordé, aux tergiversations sans fin ou à une résignation qui sont sûrement les pires réponses que puissent faire les parents.

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