Mon fils a la clé de la maison. Il est libre. Est-ce risqué

Mon fils a la clé de la maison. Il est libre. Est-ce risqué?

La description de ces key children, les «enfants à la clé », nous vient des États-Unis. Ils sont la manifestation d’un changement de la société et de la famille qui a vu notamment l’émancipation des mères de famille et leur accès à une vie professionnelle. L’essentiel est que la liberté ne soit pas synonyme de solitude ou, plus encore, d’abandon. Mais, comme toujours dans le domaine de l’éducation, le principe est plus facile à énoncer qu’à réaliser. Et ce d’autant plus qu’il est parfois difficile de percevoir l’enfoncement d’un adolescent dans un sentiment de solitude. L’adolescent peut longtemps ressentir cette liberté comme une chance sans ressentir la montée sournoise d’un sentiment de morosité, d’ennui, de démotivation. Il ne sent pas le droit, ni même l’envie, de se plaindre, car il ne souhaite pas que ses parents viennent s’occuper de ses affaires. Il pense qu’il n’a rien à leur reprocher et qu’il a même la chance qu’ils soient « cools » et le laissent tranquille. En fait, sans en être vraiment conscient, il va progressivement chercher dans l’environnement matériel (téléphone, vidéo, nourriture, toxiques…) et/ou auprès de ses copains le soutien et la présence qui lui font défaut.
Cette liberté, pour être constructive, doit donc s’accompagner de moments de rencontre et d’échanges privilégiés entre l’adolescent et sa famille. La qualité de ces liens pallie alors leur relative faiblesse quantitative…

Quand les parents se sentent coupables...Comment s'en sortir

Quand les parents se sentent coupables…Comment s’en sortir?

Quel parent ne se sent pas coupable quand son enfant va mal ? Bien peu en fait, quoiqu’ils puis-
sent en dire et en penser. L’enfant est le fruit des parents et ses difficultés sont toujours ressenties comme les leurs. Qu’ont-ils fait ou pas fait pour qu’il en soit ainsi ? Il est difficile de ne pas se sentir coupable et encore plus d’y renoncer, ce qui pourrait revenir à reconnaître son impuissance ou à avouer son peu de pouvoir sur l’enfant. Alors les parents oscillent entre une culpabilité plus ou moins aiguë et un sentiment d’impuissance. L’important est de ne pas se laisser enfermer dans ce mouvement dépressif. Trop de culpabilité donnerait l’impression à l’adolescent que tout dépend de ses parents et qu’il n’a que peu de pouvoir sur son évolution. Mettre en avant leur impuissance reviendrait à lui dire qu’ils renoncent à l’influencer et qu’ils refusent le conflit. Or l’important en tant que parents, c’est avant tout d’être concernés par son enfant. C’est-à-dire lui
montrer qu’il est regardé, vu et entendu sans nécessairement chercher à vouloir le changer mais sans renoncer non plus à le confronter à ce qu’il a été, à ce qu’il peut être et aux projets qu’il peut avoir. Les parents sont les témoins et les garants de la continuité de leur enfant, du passé et de l’avenir comme du présent.
Les parents doivent assurer cette continuité quelles que soient leurs erreurs et même leurs « fautes » passées. Celles-ci ne justifient jamais que l’adolescent en pâtisse deux fois, en s’abîmant d’une façon ou d’une autre et en gâchant ses chances. Ils peuvent s’interroger play free retro slots sur ce qu’ils ont fait (leur passé, leur histoire), se remettre en question sans pour autant s’enfermer dans la culpabilité
ni renoncer à leurs convictions, et encore moins à continuer de défendre ce qu’ils pensent être préférable pour leur enfant.

Le meilleur service que des parents peuvent rendre à un adolescent, c’est de survivre, disait le psychanalyste et pédiatre Winnicott. Il soulignait par là l’importance de cette présence continue en arrière-fond qui, pour exister, n’a pas nécessairement besoin de maîtriser le cours des événements. Présence qui subsiste même si elle fait l’objet d’attaques ou d’apparente indifférence. Cette continuité, cette résistance, cette capacité d’accueil sont en miroir, ce qui permet à l’adolescent de se construire et de se sentir lui aussi inscrit dans une continuité, capable de résistance et d’être accueillant envers lui-même et envers ses contradictions. On retrouve dans ces caractéristiques parentales à l’adolescence celles qui dans la première enfance avaient permis au bébé de se percevoir comme une personne inscrite dans la durée et résistant aux coups, ruptures et autres traumatismes de la vie.

Regarde le mal que tu nous fais.

« Regarde le mal que tu nous fais. »

Cette plainte, qu’elle soit exprimée clairement, ou simplement suggérée, est celle d’un ou de parents
qui souffrent de l’attitude de leur enfant et qui ne comprennent pas comment, malgré leur amour, leur
dévouement et leurs sacrifices, ils en sont arrivés là. Cette attitude est rendue encore plus incompréhensible par la lassitude, le sentiment d’épuisement voire d’accablement, mais aussi d’injustice devant l’évolution de la situation. A contrario, si elle est compréhensible, une telle attitude n’en est pas moins à éviter. L’adolescent a besoin de trouver devant lui des adultes qui l’aident à mettre une limite à ses impulsions et à gérer ses émotions. Chercher à susciter sa compassion, c’est lui reconnaître un pouvoir d’abîmer, voire de détruire l’adulte qui risque de l’affoler et de le pousser au pire. Une fois encore, il y a inversion de l’ordre des générations. C’est
à l’adulte d’éduquer et de se donner les moyens de contenir l’adolescent, au besoin avec l’aide de tiers. Exprimer son émotion et sa pensée devant l’attitude de l’adolescent peut être bénéfique, si cela ne devient pas une habitude insupportable pour lui. Mais le ou les parents doivent le faire après, ou tout en posant les indispensables limites.

La dépression de l'un de ses parents peut-elle avoir une influence sur son développement

La dépression de l’un de ses parents peut-elle avoir une influence sur son développement?

On n’est pas coupable d’être déprimé. Cependant, on a le devoir de se soigner et de faire en sorte
que la dépression dure le moins longtemps possible. En effet, cette maladie a toujours des répercussions pénibles sur l’entourage, en particulier sur les enfants et les adolescents. Tout ce qui affaiblit leurs parents est angoissant pour eux. Ils peuvent y voir, inconsciemment, un effet de leurs appétits à grandir et à s’emparer de ce qui fait la force des adultes, comme si le développement de l’un provoquait l’affaiblissement de l’autre… Et ce sera d’autant plus vrai que l’adolescent sera plus dépendant affectivement du parent déprimé. Il n’est d’ailleurs pas rare que ce fantasme entre en résonance avec la réalité. En effet, la dépression d’un parent est fréquemment en lien avec une crise du couple, favorisée par la perspective du départ de l’adolescent. Par ailleurs, la dépression d’un parent renvoie l’enfant à son incapacité à assurer, par sa seule présence, le bonheur de celui-ci. C’est une blessure narcissique qui contribue à relativiser le rôle et l’importance de chacun pour son entourage. Enfin, elle interroge toujours l’adolescent sur le sens de la vie, son intérêt et ce qui motive chacun. Même s’il se refuse à le dire, et parfois même à le
penser, un adolescent perçoit toujours la dépression d’un parent. Pour en limiter les effets, forcément nocifs, le mieux semble être de pouvoir la nommer, en expliquer le sens, les implications et le traitement possible, même si ces explications ne sont pas totales. Au-delà du dialogue, le meilleur moyen de limiter les effets d’une dépression est d’en guérir, histoire de prouver que l’on peut s’en sortir si l’on fait ce qu’il faut. Autrement dit : le premier devoir d’un parent est de
reconnaître sa dépression et de se soigner…

Doit-on lui dire la vérité

Doit-on lui dire la vérité?

Anotre époque de quête de transparence et de chasse aux secrets familiaux, considérés comme facteurs
de troubles, la vérité est à la mode. Mais quelle vérité ? Et pour qui ? Il est plus facile de proclamer qu’il faut toujours dire la vérité que de la mettre en pratique. Est-ce la vérité par opposition au mensonge ? Est-ce manquer à la vérité que d’user du non-dit et de l’omission ? Il est préférable de toujours dire la vérité aux enfants. Bien des parents sous-estiment leur capacité de comprendre, en particulier quand ils surprennent des conversations entre adultes. Ils pensent qu’ils peuvent inventer n’importe quelle histoire pour cacher ce que les enfants pourraient avoir entendu, sans réaliser que, au-delà des mots, les enfants, et à plus forte raison les adolescents, sont avant tout sensibles à l’atmosphère de la conversation, aux intonations, aux mimiques. Ils décèlent rapidement s’il s’agit de propos destinés exclusivement aux adultes et, le plus souvent, concernant d’autres adultes. C’est cette irruption dans le monde privé des grands qui est excitante, comme à chaque fois que les enfants pénètrent de façon plus ou moins licite sur le territoire des adultes : chambres des parents, armoires ou secrétaires qui leurs sont réservés, bibliothèques… C’est probablement cela qui est le plus nocif pour les enfants et les adolescents : les cachotteries des adultes, les secrets évoqués à demi-mot mais jamais explicités. Il ne faut pas croire que les jeunes ne comprennent rien aux allusions ou ne se posent pas de questions sur la réalité de la vie de leurs parents. En outre, il n’est pas souhaitable d’exciter leur curiosité sans y mettre un terme. Il est toujours préférable de donner un sens clair à ce qui est montré, voire exhibé, même si sa véritable
signification reste cachée.

Il est bon de faire confiance à l’adolescent en lui expliquant une situation, même difficile, le plus simplement et paisiblement possible, avec des mots justes et compréhensibles, en le traitant comme quelqu’un de responsable, une personne à part entière. Doit-on pour autant toujours dire la vérité et toute la vérité ? Non. Parfois, le cas par cas s’avère plus pertinent. En effet, l’enfant, comme l’adolescent, a besoin d’avoir des espaces d’intimité, des zones privées, et de ne pas se sentir obligé de « tout dire » à ses parents. Il n’a pas davantage besoin que ces derniers lui disent tout
et que leur réalité fasse trop rapidement irruption dans sa vie. Reçue trop tôt et trop brutalement, la réalité des adultes peut détruire son intimité et sa confiance. De plus en plus de parents, sous prétexte de vérité, ou plus simplement parce qu’ils sont dans l’incapacité de contenir et de contrôler leurs états affectifs, déversent sur leurs enfants les récits de leur vie intime, affective et parfois sexuelle. Ils les prennent comme confidents et les traitent en fait davantage comme s’ils étaient leurs propres parents plutôt que leurs enfants. Il n’est pas rare de voir maintenant des adolescents, surtout des filles confidentes de leurs mères, remettre leurs parents à leur place de parents en leur faisant remarquer qu’ils ne veulent pas être pris à témoin et parasités par leur vie personnelle.

Ils ne s'entendent pas entre frères et sœurs. Que faire

Ils ne s’entendent pas entre frères et sœurs. Que faire?

Tous les parents souhaiteraient que frères et sœurs s’entendent parfaitement. Ils leur portent le même amour, il n’y a donc aucune raison qu’ils se jalousent et se disputent ! Cette vision idyllique et reposante des relations fraternelles ne correspond guère à la réalité. La rivalité est inévitable et l’envie, comme la jalousie, sont les sentiments les mieux partagés entre les enfants et, même, entre les adultes (les conflits d’héritage en sont un bon révélateur). Mais cela n’empêche pas d’éprouver en même temps amour et affection, et ce de façon d’autant plus saine et vraie qu’envie et jalousie sont reconnues, acceptées et intégrées. Il suffit d’observer les enfants entre eux pour comprendre que leur penchant naturel est de vouloir être les premiers, sinon les seuls, de s’emparer du maximum d’objets possibles comme de capter à leur profit l’attention et l’affection des adultes qui s’occupent d’eux. « C’est à moi » est leur devise préférée et malheur à qui s’y oppose. Seule l’éducation par les parents réussira à limiter cette expansion que les enfants souhaiteraient infinie. L’apaisement viendra de la confiance dans leurs parents et de l’assurance qu’ils ont plus à gagner en composant avec leurs frères et sœurs pour l’amour des parents qu’en se disputant sans cesse. L’attitude des parents détermine en grande partie le climat affectif entre frères et sœurs. Ce rôle essentiel ne tient pas seulement à un juste partage de l’affection entre chacun, mais dépend aussi de leur capacité à limiter les manifestations d’hostilité et à exiger un respect mutuel entre les enfants.
Les conflits entre frères et sœurs peuvent bien sûr être alimentés par une différence marquée d’affection ou d’intérêt de la part d’un ou des deux parents. Mais ils sont également liés, plus subtilement, au véritable traumatisme subi à la naissance d’un puîné par un enfant parfois très ou trop investi et adulé par un parent. L’enfant peut vivre l’événement comme un véritable abandon, un rejet ou, pire, une trahison. Son mouvement de haine à l’égard de celui qui lui a volé sa mère,
ou parfois son père, est souvent étoufle et réprimé sur le moment par peur de perdre l’amour du parent. Il resurgit parfois à l’adolescence et peut s’exprimer par un trouble psychique ou du comportement. Quoi qu’il en soit, quand les conflits deviennent trop bruyants, il revient aux parents d’aider les adolescents à se reprendre en imposant des limites et en exigeant un respect réciproque. La persistance des difficultés ou la souffrance de parents débordés peuvent nécessiter un avis spécialisé et, parfois, une thérapie familiale. Celle-ci facilite l’apaisement et la possibilité pour chacun de retrouver sa place.

Il a des demi-frères et des demi-sœurs...Cela risque-t-il de le déséquilibrer

Il a des demi-frères et des demi-sœurs…Cela risque-t-il de le déséquilibrer?

Cette situation rappelle beaucoup la question précédente et obéit aux mêmes règles. À savoir que c’est surtout le contexte familial global et la qualité des liens avec les parents qui semblent déterminants. L’apparition d’une nouvelle fratrie exacerbe la jalousie et la rivalité, comme si elles étaient multipliées au carré. Non seulement l’adolescent doit se confronter à un nouvel enfant qui pourrait lui être préféré, mais ils n’ont qu’un parent en commun. A priori, le nouveau partenaire de la mère ou du père correspond à un choix préférentiel par rapport au conjoint antérieur, et donc leur enfant commun apparaît facilement comme devant être plus aimé. A cette rivalité affective se surajoutent très vite des éléments de réalité qui seront autant d’occasions de tensions et de conflits et serviront de paratonnerre à une insatisfaction. L’adolescent peut en effet plus difficilement faire des reproches au beau-parent ou aux parents eux-mêmes qu’à d’autres jeunes comme lui. Ces éléments de rivalité vont du partage des chambres à l’héritage futur, en passant par toutes les répartitions de temps, d’attention, de cadeaux, de nourriture, d’argent de poche qui ponctuent la vie quotidienne.

C’est en parlant ouvertement de ces réalités, en reconnaissant le caractère normal des rivalités et jalousies, que celles-ci peuvent être le plus facilement élaborées et, en partie du moins, dépassées. Or ce type d’échange est malheureusement rare, et bien des parents préfèrent croire que tout va bien et laissent leurs enfants se débrouiller…

Les rapports avec les beaux-parents sont-ils plus difficiles à établir

Les rapports avec les beaux-parents sont-ils plus difficiles à établir?

La multiplication des familles recomposées rend cette question de plus en plus actuelle. C’est une source habituelle de plaintes, de revendications et de conflits interminables. Néanmoins, les beaux-parents ne créant pas des liens de dépendance et de contrainte aussi forts que les parents réels, ils suscitent en réalité moins de problèmes et moins de conflits qu’il n’y paraît. D’ailleurs, la plupart des conflits ne prennent d’importance que par rapport aux parents réels. Cela ne signifie pas que le beau-parent d’un adolescent ne peut pas être plus important pour ce dernier que son père ou sa mère, ni ne peut pas jouer un rôle plus déterminant pour son devenir. Ce n’est bien sûr pas exceptionnel. Mais, même dans ce cas, quand cela «marche» avec un beau-parent, cela marche d’autant mieux que ce n’était pas évident a priori. On se dit alors, et l’adolescent le premier, que c’est d’autant plus
remarquable que ce n’était pas gagné d’avance. Tout le monde s’exclame admiratif : « Il compte autant que si c’était son père ou sa mère. » Ou : «Il est encore plus attaché à son beau-père qu’à sa mère. » Or c’est justement parce qu’il n’apparaît pas aussi naturel d’aimer son beau-père ou sa belle-mère que son véritable père ou sa véritable mère que c’est, par bien des côtés, plus facile pour l’adolescent. Plus facile parce que voulu, accepté, voire même choisi en raison des qualités du beau-
parent. On ne choisit pas son père ou sa mère. L’adolescent peut avoir le sentiment sinon de choisir le beau-parent, le plus souvent imposé par le parent avec lequel il vit, du moins de choisir la nature de la relation qu’il va avoir avec lui.

La situation est toutefois différente quand le beau-parent a élevé l’enfant depuis sa naissance, ou très précocement. On se retrouve dans une situation proche de l’adoption, Mais, dans la majo-
rité des cas, le beau-parent est apparu tardivement, et souvent alors que la personne qu’il remplace, le père ou la mère, est toujours vivante et parfois a, elle aussi, reformé un couple. Dans ce cas, la bonne entente comme la mauvaise se perçoivent en fait plus vivement. Le rejet du beau-parent, certes parfois favorisé par une attitude inadéquate, correspond au moins en grande partie à un conflit avec les parents réels. Le beau-parent est souvent ressenti comme un usurpateur ayant volé le parent réel, l’adolescent ayant le sentiment qu’il lui a été préféré. Il se pose alors plus en rival du beau-parent que dans une position filiale et déplace sur ce dernier sa rivalité avec l’autre parent.
C’est donc, en général, davantage aux parents qu’aux beaux-parents de se mobiliser pour résoudre ou
atténuer le conflit. Or, trop souvent, les parents se font le complice involontaire de cette situation sous le prétexte qu’il paraît normal que le beau-parent soit difficilement accepté par l’adolescent. En fait, c’est en annonçant calmement, mais fermement, la réalité de la situation que
le parent aidera réellement l’adolescent à retrouver des rapports paisibles, au prix cependant d’explications et de conflits. Malheureusement, les parents tendent à éviter ces discussions, en partie souvent parce qu’ils se sentent en fait coupables « d’avoir fait ça » à leur enfant.

Ses parents viennent de se séparer...Quels vont en être les retentissements

Faut-il punir un adolescent?

Punir un adolescent n’a rien d’absurde. En effet, pourquoi échapperait-il à toute punition? Si on
laisse de côté celles données par des tiers extérieurs à la famille – école ou justice, par exemple —, les punitions au sein de la famille doivent avant tout obéir à des règles de cohérence. Cohérence par rapport aux règles propres à l’adolescence : on ne commence pas à punir un enfant quand il débute son adolescence. Cohérence aussi par rapport à l’âge : une punition n’aura pas le même sens à 13 ans ou à 16 ans, et elle ne pourra pas prendre la même forme. Cohérence, enfin, par rapport au milieu de vie :
l’adolescent pourra la ressentir comme une violence intolérable s’il la perçoit comme humiliante et infantilisante…
La règle d’or en matière d’éducation est de savoir poser des limites, contenir, et parfois sanctionner, sans humilier. En effet, punir ne consiste pas à humilier mais à poser une limite à une attitude ou un comportement, à sanctionner une faute et à demander réparation pour un dommage commis. Il est important qu en miroir l’adolescent puni ait la conviction qu’il en aurait été de même pour un autre que lui.
Dans la punition, le jugement porte sur l’acte et non pas directement sur l’adolescent qui l’a commis. Elle laisse même entendre que celui-ci pourrait et aurait dû agir autrement et donc qu’il a les qualités requises pour le faire. Elle peut irriter sur le moment, voire provoquer un sentiment d’humiliation parce qu’il faut s’y soumettre et qu’elle est de ce fait subie. Mais, en général, elle ne laisse guère de traces… Tout au plus un acte ou un propos fâcheux qu’il aurait mieux valu éviter.
En revanche, tout autre est l’humiliation. Elle prend son origine dans la volonté de celui qui humilie de blesser l’autre. Le jugement ne concerne plus seulement les actes et les paroles, mais la valeur de l’adolescent lui-même, jugé incapable d’agir autrement, indigne de confiance, d’estime ou d’intérêt. La blessure est portée au cœur même du jeune, qui risque d’en garder une trace durable. Et celle-ci alimentera, tant qu’elle persistera, violence et rancune…
Dans le contexte éducatif actuel, la punition au sens strict a moins de place qu’elle n’avait autrefois. De ce fait, elle prend facilement un aspect humiliant, car justement en porte à faux par rapport aux autres jeunes. En fait, la punition est rarement nécessaire quand le lien éducatif, fait d’autorité mais aussi de confiance, existe de manière continue et cohérente depuis l’enfance. Le
rappel des limites, plus ou moins conflictuel et objet de discussions, est alors suffisant. Le recours à la punition traduit le plus souvent un débordement des parents, en général parce qu’eux-mêmes n’ont pas suffisamment confiance en eux pour penser pouvoir imposer leurs limites sans recourir à la punition.

Il nous doit le respect. Est-ce trop lui demander

Il nous doit le respect. Est-ce trop lui demander?

La relation parent-enfant devrait être fondée sur le respect. Un respect certes réciproque, mais asymétrique. Le respect consiste à reconnaître l’autre pour lui-même, c’est-à-dire en tant que personne à part entière, ayant des besoins et des désirs propres qui ne se confondent pas avec les siens. Ce respect, que chaque parent devrait placer à la base de ses relations avec ses enfants, est présent dans divers domaines : respect des besoins de l’enfant et de son autonomie potentielle; respect de son corps, qui ne doit pas servir à assouvir les désirs sexuels et/ou agressifs des adultes ; respect de son esprit, qui doit s’ouvrir à la différence, et donc à la capacité de critique, par la découverte de la langue, les apprentissages, la culture et les contacts hors du milieu familial. Cependant, ce respect est obligatoirement asymétrique dans la mesure où les parents ont le devoir d’éduquer leur enfant alors que l’inverse n’est pas vrai, même si c’est parfois le cas à l’adolescence.

Ce devoir d’éducation implique une asymétrie du respect, qui comporte pour l’enfant comme pour l’ado-
lescent le respect des injonctions et des règles éducatives, c’est-à-dire le devoir d’obéissance. Si le respect passe par l’acceptation des décisions éducatives des parents, cela n’exclut ni la discussion, dont les modalités varient d’une famille à l’autre, ni l’esprit critique. Mais, quelle que soit la critique que puisse en faire l’adolescent, le respect lui impose, au final, l’obéissance
à la décision du parent, quitte à se dire qu’il aura la possibilité, une fois adulte, de faire autrement, y compris dans l’éducation de ses enfants.
Le respect des parents par l’adolescent implique que les règles fondamentales du respect qui lui est dû aient bien été appliquées. Ce sera d’autant plus facile que régnera cette confiance réciproque qui doit être une des clés de voûte de l’éducation. Il est, en effet, indispensable que tout parent soit imprégné de cette conviction que son enfant lui doit le respect et, en retour, qu’il doit tout faire
pour en être digne et acquérir sa confiance. Pour être efficace, le respect doit aller de soi. Il peut être utile de le rappeler à certaines occasions, mais le faire trop souvent lui enlève sa crédibilité et revient à répéter de façon incantatoire une injonction que l’on ne parvient plus à
faire entendre. Mieux vaut alors refaire le point de façon approfondie et consulter une tierce personne, en cas d’échec, plutôt que de répéter une phrase sans effet.