Mon fils a la clé de la maison. Il est libre. Est-ce risqué

Mon fils a la clé de la maison. Il est libre. Est-ce risqué?

La description de ces key children, les «enfants à la clé », nous vient des États-Unis. Ils sont la manifestation d’un changement de la société et de la famille qui a vu notamment l’émancipation des mères de famille et leur accès à une vie professionnelle. L’essentiel est que la liberté ne soit pas synonyme de solitude ou, plus encore, d’abandon. Mais, comme toujours dans le domaine de l’éducation, le principe est plus facile à énoncer qu’à réaliser. Et ce d’autant plus qu’il est parfois difficile de percevoir l’enfoncement d’un adolescent dans un sentiment de solitude. L’adolescent peut longtemps ressentir cette liberté comme une chance sans ressentir la montée sournoise d’un sentiment de morosité, d’ennui, de démotivation. Il ne sent pas le droit, ni même l’envie, de se plaindre, car il ne souhaite pas que ses parents viennent s’occuper de ses affaires. Il pense qu’il n’a rien à leur reprocher et qu’il a même la chance qu’ils soient « cools » et le laissent tranquille. En fait, sans en être vraiment conscient, il va progressivement chercher dans l’environnement matériel (téléphone, vidéo, nourriture, toxiques…) et/ou auprès de ses copains le soutien et la présence qui lui font défaut.
Cette liberté, pour être constructive, doit donc s’accompagner de moments de rencontre et d’échanges privilégiés entre l’adolescent et sa famille. La qualité de ces liens pallie alors leur relative faiblesse quantitative…

Regarde le mal que tu nous fais.

« Regarde le mal que tu nous fais. »

Cette plainte, qu’elle soit exprimée clairement, ou simplement suggérée, est celle d’un ou de parents
qui souffrent de l’attitude de leur enfant et qui ne comprennent pas comment, malgré leur amour, leur
dévouement et leurs sacrifices, ils en sont arrivés là. Cette attitude est rendue encore plus incompréhensible par la lassitude, le sentiment d’épuisement voire d’accablement, mais aussi d’injustice devant l’évolution de la situation. A contrario, si elle est compréhensible, une telle attitude n’en est pas moins à éviter. L’adolescent a besoin de trouver devant lui des adultes qui l’aident à mettre une limite à ses impulsions et à gérer ses émotions. Chercher à susciter sa compassion, c’est lui reconnaître un pouvoir d’abîmer, voire de détruire l’adulte qui risque de l’affoler et de le pousser au pire. Une fois encore, il y a inversion de l’ordre des générations. C’est
à l’adulte d’éduquer et de se donner les moyens de contenir l’adolescent, au besoin avec l’aide de tiers. Exprimer son émotion et sa pensée devant l’attitude de l’adolescent peut être bénéfique, si cela ne devient pas une habitude insupportable pour lui. Mais le ou les parents doivent le faire après, ou tout en posant les indispensables limites.

Je l'ai giflé. Ai-je eu raison ou tort

Je l’ai giflé. Ai-je eu raison ou tort?

La gifle, comme d’ailleurs l’ensemble des punitions corporelles, ont actuellement mauvaise presse. On
y voit volontiers l’expression d’un sadisme mal contrôlé, une manifestation de brutalité physique
humiliante, voire traumatique, pour celui qui la subit. La révélation de la fréquence et de la violence de la maltraitance infantile, longtemps largement sous-estimée, a joué un rôle dans cette condamnation souvent sans appel de la gifle « traditionnelle » de l’ancienne éducation comme de la fessée pour le petit enfant. Il est vrai qu’on en abusait facilement et qu’aucun châtiment physique n’est en soi nécessaire à une bonne éducation. Il faut bien reconnaître qu’il traduit souvent un énervement mal contrôlé du parent, qui se décharge ainsi d’une tension excessive alors que, comble d’injustice, il n’est pas rare que l’enfant ne soit même pas à l’origine de cette tension. Il peut être la goutte d’eau de trop, et sert de bouc émissaire lors d’un conflit entre les adultes. Telle la mère surchargée de travail, dont le mari préfère s’occuper de son ordinateur, aller à la pêche ou sortir avec des copains, plutôt que de l’aider. .. Dans ce contexte, le moindre écart de l’adolescent risque de se terminer par une gifle qui n’aurait sûrement pas été donnée en temps ordinaire.

Est-ce pour autant si grave, et la gifle doit-elle être proscrite? Comme tout ce qui concerne la relation éducative, la gifle doit être replacée dans le contexte de la vie familiale et de la qualité des relations affectives entre ses membres. C’est ce qui va lui conférer sa véritable signification. Le recours fréquent aux gifles témoigne d’un parent débordé par ses émotions, qui ne trouve pas d’autres moyens de contenir l’adolescent et ses propres sentiments. C’est le reflet d’un échec édu-
catif qui ne peut que braquer l’adolescent et le mettre en porte à faux par rapport à ses amis. En outre, une gifle n’a pas la même signification à 10, 15 ou 18 ans. Plus l’adolescent grandit, plus elle est humiliante. En effet, il se sent infantilisé, mis dans une situation passive et sans moyen pour répondre alors qu’il est souvent plus fort que le parent qui la lui a donnée… C’est le caractère déplacé et inadéquat de la gifle qui pose problème. A la réprimande s’ajoute une blessure d’amour-propre, or celles-ci laissent les traces les plus durables et les rancœurs les plus violentes. Une gifle à l’adolescence peut être ressentie comme une rupture du lien de confiance avec l’adulte. Ce sera d’autant plus vrai que la relation est plus passionnelle entre eux. En revanche, une gifle qui répond du tac au tac à une insolence d’un préadolescent testant les limites de la tolérance parentale ou donnée à un moment de perte de contrôle d’un adolescent, même plus âgé, sous l’effet d’une crise d’excitation ou d’un toxique, peut avoir un effet bénéfique. Elle pose des limites que la seule parole ne suffit pas toujours à marquer. En outre, la dimension physique du coup permet à l’adolescent une rencontre brutale avec une réalité qui résiste. Cette brutalité, dans ce cadre précis, peut avoir un effet apaisant car contenant et protecteur. Elle coupe l’adolescent de
l’emprise de ses seules émotions intérieures et le place devant un obstacle extérieur capable de résister à sa violence. Or celle-ci lui fait d’autant plus peur qu’il ne sait pas toujours pourquoi elle est présente et à quoi elle correspond; il craint par-dessus tout qu’elle le submerge sans qu’il ne puisse la contrôler. La résistance parentale devient alors rassurante comme peut l’être,
pour un enfant qui a une crise de rage, le fait d’être pris dans les bras et serré fortement. Ou, à un niveau plus archaïque, le besoin des animaux qui ont peur, devant un orage par exemple, de se blottir dans un endroit apparemment très inconfortable, mais qui les entoure. A la menace que représente la violence des émois, la force de la contention extérieure vient faire contre-
poids.
Pas d’apologie de la gifle donc, qui ne peut être qu’un recours exceptionnel. Mais pas de dramatisation non plus, car elle peut être préférable, pour rétablir un contact avec un adolescent débordé, aux tergiversations sans fin ou à une résignation qui sont sûrement les pires réponses que puissent faire les parents.

Les rapports avec les beaux-parents sont-ils plus difficiles à établir

Les rapports avec les beaux-parents sont-ils plus difficiles à établir?

La multiplication des familles recomposées rend cette question de plus en plus actuelle. C’est une source habituelle de plaintes, de revendications et de conflits interminables. Néanmoins, les beaux-parents ne créant pas des liens de dépendance et de contrainte aussi forts que les parents réels, ils suscitent en réalité moins de problèmes et moins de conflits qu’il n’y paraît. D’ailleurs, la plupart des conflits ne prennent d’importance que par rapport aux parents réels. Cela ne signifie pas que le beau-parent d’un adolescent ne peut pas être plus important pour ce dernier que son père ou sa mère, ni ne peut pas jouer un rôle plus déterminant pour son devenir. Ce n’est bien sûr pas exceptionnel. Mais, même dans ce cas, quand cela «marche» avec un beau-parent, cela marche d’autant mieux que ce n’était pas évident a priori. On se dit alors, et l’adolescent le premier, que c’est d’autant plus
remarquable que ce n’était pas gagné d’avance. Tout le monde s’exclame admiratif : « Il compte autant que si c’était son père ou sa mère. » Ou : «Il est encore plus attaché à son beau-père qu’à sa mère. » Or c’est justement parce qu’il n’apparaît pas aussi naturel d’aimer son beau-père ou sa belle-mère que son véritable père ou sa véritable mère que c’est, par bien des côtés, plus facile pour l’adolescent. Plus facile parce que voulu, accepté, voire même choisi en raison des qualités du beau-
parent. On ne choisit pas son père ou sa mère. L’adolescent peut avoir le sentiment sinon de choisir le beau-parent, le plus souvent imposé par le parent avec lequel il vit, du moins de choisir la nature de la relation qu’il va avoir avec lui.

La situation est toutefois différente quand le beau-parent a élevé l’enfant depuis sa naissance, ou très précocement. On se retrouve dans une situation proche de l’adoption, Mais, dans la majo-
rité des cas, le beau-parent est apparu tardivement, et souvent alors que la personne qu’il remplace, le père ou la mère, est toujours vivante et parfois a, elle aussi, reformé un couple. Dans ce cas, la bonne entente comme la mauvaise se perçoivent en fait plus vivement. Le rejet du beau-parent, certes parfois favorisé par une attitude inadéquate, correspond au moins en grande partie à un conflit avec les parents réels. Le beau-parent est souvent ressenti comme un usurpateur ayant volé le parent réel, l’adolescent ayant le sentiment qu’il lui a été préféré. Il se pose alors plus en rival du beau-parent que dans une position filiale et déplace sur ce dernier sa rivalité avec l’autre parent.
C’est donc, en général, davantage aux parents qu’aux beaux-parents de se mobiliser pour résoudre ou
atténuer le conflit. Or, trop souvent, les parents se font le complice involontaire de cette situation sous le prétexte qu’il paraît normal que le beau-parent soit difficilement accepté par l’adolescent. En fait, c’est en annonçant calmement, mais fermement, la réalité de la situation que
le parent aidera réellement l’adolescent à retrouver des rapports paisibles, au prix cependant d’explications et de conflits. Malheureusement, les parents tendent à éviter ces discussions, en partie souvent parce qu’ils se sentent en fait coupables « d’avoir fait ça » à leur enfant.

Il est confronté à des conflits familiaux. Que faire

Il est confronté à des conflits familiaux. Que faire?

Les conflits familiaux sont inévitables. Il n’est pas souhaitable que les parents entretiennent l’illusion d’un couple parental sans faille et d’un monde sans conflit. Cela ne préparerait guère l’adolescent à la réalité de la vie conjugale et familiale ni à celle de la vie en général. Tout repose sur la façon dont les parents gèrent ces conflits et sur la place qu’ils donnent à l’adolescent. Sont-ils capables de contenir les conflits ou empoisonnent-ils l’ensemble du climat familial ? Se déroulentils dans le respect de chacun ou dans le dénigrement réciproque ? Les enfants sont-ils incités à prendre parti ?
Est-il possible ou non d’en parler calmement après? Autant de réponses qui conditionnent les effets des
conflits sur l’adolescent.

Ce qui frappe le plus, dans les situations conflictuelles importantes, c’est à quel point l’un des parents, ou les deux, a des difficultés à se mettre à la place de l’adolescent et à essayer de comprendre ce qu’il peut ressentir. Trop impliqué dans le conflit, le parent est incapable de prendre le recul nécessaire, de faire l’effort de différencier ses sentiments de ceux de l’adolescent. L’intensité de ses émotions lui sert de justification, d’argument et de bonne conscience et il lui est difficile d’admettre qu’on puisse réagir différemment. C’est cette absence de recul qui est le plus toxique, car elle ne laisse aucune place à l’autre. La différence est immédiatement perçue comme critique et hostile.
Il existe plusieurs situations où l’adolescent risque d’être absorbé par la situation conflictuelle et dépossédé de son libre arbitre, de ses capacités de jugement et de critique :

— L’adolescent spectateur. Il se trouve dans une position passive, voyeuriste, où il assiste au grand déballage de reproches que se font les parents. Le plus traumatisant est leur absence de pudeur, ils «déballent» l’intimité de leur vie privée comme si toute barrière avait disparu, s’injurient, voire se frappent devant l’adolescent. C’est une violence à son encontre dans la mesure où les parents font comme s’il n’était pas là. Ses besoins affectifs de se sentir sécurisé et surtout d’éprouver un
minimum d’estime et d’admiration pour eux sont méconnus. En outre, bien souvent, la présence de l’adolescent excite le parent qui va essayer de rechercher une complicité et de faire de l’adolescent un témoin, voire un allié.
– L’adolescent complice. Il est directement sollicité par le ou les parents pour prendre parti pour l’un contre l’autre ou, plus subtilement, pour devenir le confident de l’un et être amené à compatir à ses souffrances puis à faire alliance avec lui contre l’autre. Cette complicité peut le conduire à devenir le porte-parole d’un des parents, soit en prenant directement son parti, soit en allant mal lui-même. Dans ce dernier cas, il embarrasse et met plus ou moins en échec le parent dominant du
couple, et fait alliance avec le plus souffrant.
– L’adolescent bouc émissaire. Il réunit ses parents, les réconcilie ou, simplement, les rapproche, le plus souvent parce que ses difficultés et sa souffrance sont un moyen de rassembler la famille autour de celui qui va mal. Parfois même, les parents, au-delà de leurs divergences, s’accordent pour considérer que le comportement de l’adolescent est responsable de la souffrance de la famille et des tensions entre eux…
La liste n’est évidemment pas close, mais, au-delà de la diversité des situations, on trouve une conséquence commune : l’adolescent est toujours la victime. Bien sûr, ses réactions diffèrent en fonction des situations, des rencontres qu’il peut faire, des appuis qu’il peut trouver, de la qualité des liens pendant son enfance et de son tempérament. Heureusement, certains puisent dans
ces difficultés une capacité de réagir, une expérience et une prise de conscience qui leur seront utiles. Mais tout cela laisse des traces qui pourront resurgir, notamment dans leur couple futur et dans leur relation avec leurs enfants. Surtout, un certain nombre d’entre eux vont en souffrir d’une façon qui entrave leur développement et les amène à adopter des conduites d’échec, à déprimer ou à se révolter.
En effet, dans toutes ces situations, l’adolescent est parasité par des difficultés qui ne sont pas les siennes mais que ses parents font siennes. Il ne saura plus démêler ce qui, dans ses problèmes, provient de lui ou de ses parents. Sans le savoir, il devient en quelque sorte captif de forces qui l’aliènent au passé, à des rancœurs, des vengeances ou des besoins de réparation, et qui pourront influer sur son propre avenir.

Mais tous les conflits ne sont pas explicites, beaucoup restent de Tordre du non-dit. Des couples coexistent jusqu’à la fin de leur vie tout en se haïssant secrètement et avec des attitudes et des principes éducatifs opposés ou très divergents. Il est illusoire de penser que l’enfant
n’en perçoit rien. Il peut éviter de se poser la question trop clairement, mais il sera porteur de ce conflit latent, ce qui ne facilitera pas son travail d’intégration de ses propres contra-
dictions et contribuera à dramatiser ses identifications, c’est-à-dire le choix de ses modèles de pensées, de valeurs et d’options de vie. Les différences entre le père et la mère ne seront alors plus une chance, un facteur d’ouverture à des combinaisons variées et propres à l’enfant, mais une source de division et de déchirements internes. L’enfant reproduira intérieurement le combat entre ses parents, tout ce qui le rapprocherait de l’un le mettant en conflit avec l’autre.
Les déchirures se manifestent généralement à l’adolescence, quand la nécessité de prendre ses distances et d’affirmer son identité propre se fait sentir. Les divisions de l’adolescent l’empêchent de devenir autonome et lui font sentir sa dépendance à l’égard de ses parents, renforçant ainsi le conflit. La réponse ne se fait pas attendre : les troubles du comportement, les conduites d’échec et d’opposition traduisent l’impossibilité de la séparation comme de la satisfaction. Le prix à payer est toujours trop élevé…

Il a des demi-frères et des demi-sœurs...Cela risque-t-il de le déséquilibrer

Il a des demi-frères et des demi-sœurs…Cela risque-t-il de le déséquilibrer?

Cette situation rappelle beaucoup la question précédente et obéit aux mêmes règles. À savoir que c’est surtout le contexte familial global et la qualité des liens avec les parents qui semblent déterminants. L’apparition d’une nouvelle fratrie exacerbe la jalousie et la rivalité, comme si elles étaient multipliées au carré. Non seulement l’adolescent doit se confronter à un nouvel enfant qui pourrait lui être préféré, mais ils n’ont qu’un parent en commun. A priori, le nouveau partenaire de la mère ou du père correspond à un choix préférentiel par rapport au conjoint antérieur, et donc leur enfant commun apparaît facilement comme devant être plus aimé. A cette rivalité affective se surajoutent très vite des éléments de réalité qui seront autant d’occasions de tensions et de conflits et serviront de paratonnerre à une insatisfaction. L’adolescent peut en effet plus difficilement faire des reproches au beau-parent ou aux parents eux-mêmes qu’à d’autres jeunes comme lui. Ces éléments de rivalité vont du partage des chambres à l’héritage futur, en passant par toutes les répartitions de temps, d’attention, de cadeaux, de nourriture, d’argent de poche qui ponctuent la vie quotidienne.

C’est en parlant ouvertement de ces réalités, en reconnaissant le caractère normal des rivalités et jalousies, que celles-ci peuvent être le plus facilement élaborées et, en partie du moins, dépassées. Or ce type d’échange est malheureusement rare, et bien des parents préfèrent croire que tout va bien et laissent leurs enfants se débrouiller…

Quand les parents se sentent coupables...Comment s'en sortir

Quand les parents se sentent coupables…Comment s’en sortir?

Quel parent ne se sent pas coupable quand son enfant va mal ? Bien peu en fait, quoiqu’ils puis-
sent en dire et en penser. L’enfant est le fruit des parents et ses difficultés sont toujours ressenties comme les leurs. Qu’ont-ils fait ou pas fait pour qu’il en soit ainsi ? Il est difficile de ne pas se sentir coupable et encore plus d’y renoncer, ce qui pourrait revenir à reconnaître son impuissance ou à avouer son peu de pouvoir sur l’enfant. Alors les parents oscillent entre une culpabilité plus ou moins aiguë et un sentiment d’impuissance. L’important est de ne pas se laisser enfermer dans ce mouvement dépressif. Trop de culpabilité donnerait l’impression à l’adolescent que tout dépend de ses parents et qu’il n’a que peu de pouvoir sur son évolution. Mettre en avant leur impuissance reviendrait à lui dire qu’ils renoncent à l’influencer et qu’ils refusent le conflit. Or l’important en tant que parents, c’est avant tout d’être concernés par son enfant. C’est-à-dire lui
montrer qu’il est regardé, vu et entendu sans nécessairement chercher à vouloir le changer mais sans renoncer non plus à le confronter à ce qu’il a été, à ce qu’il peut être et aux projets qu’il peut avoir. Les parents sont les témoins et les garants de la continuité de leur enfant, du passé et de l’avenir comme du présent.
Les parents doivent assurer cette continuité quelles que soient leurs erreurs et même leurs « fautes » passées. Celles-ci ne justifient jamais que l’adolescent en pâtisse deux fois, en s’abîmant d’une façon ou d’une autre et en gâchant ses chances. Ils peuvent s’interroger play free retro slots sur ce qu’ils ont fait (leur passé, leur histoire), se remettre en question sans pour autant s’enfermer dans la culpabilité
ni renoncer à leurs convictions, et encore moins à continuer de défendre ce qu’ils pensent être préférable pour leur enfant.

Le meilleur service que des parents peuvent rendre à un adolescent, c’est de survivre, disait le psychanalyste et pédiatre Winnicott. Il soulignait par là l’importance de cette présence continue en arrière-fond qui, pour exister, n’a pas nécessairement besoin de maîtriser le cours des événements. Présence qui subsiste même si elle fait l’objet d’attaques ou d’apparente indifférence. Cette continuité, cette résistance, cette capacité d’accueil sont en miroir, ce qui permet à l’adolescent de se construire et de se sentir lui aussi inscrit dans une continuité, capable de résistance et d’être accueillant envers lui-même et envers ses contradictions. On retrouve dans ces caractéristiques parentales à l’adolescence celles qui dans la première enfance avaient permis au bébé de se percevoir comme une personne inscrite dans la durée et résistant aux coups, ruptures et autres traumatismes de la vie.

Quelle est la place du père

Quelle est la place du père ?

La fonction classique du père, énoncée par Freud et la théorie psychanalytique, est de protéger l’enfant de l’inceste en s’interposant entre lui et sa mère et en la lui interdisant. En outre, le père a une fonction de protection par le fait que, moyennant ce renoncement à la mère, l’enfant bénéficie de sa bienveillance, fait alliance avec lui et se sent protégé. Au-delà de cette fonction d’interdit, et probablement de façon tout aussi importante, le père intervient dans la relation de l’enfant à la mère par le fait qu’il vectorise le désir de la mère sur lui, indiquant ainsi à l’enfant une voie qui le sort de la seule confrontation avec sa mère. L’effet tiers d’ouverture de la fonction paternelle n’est ainsi pas seulement lié à l’interdit, mais aussi à la mobilisation d’un désir sur une tierce personne, objet du désir de la mère.

On oublie souvent qu’il n’y a pas de père sans qu’il y ait une mère et que c’est elle, autant que l’enfant, qui fait le père, et vice versa. Au-delà de ce que chacun est, c’est la façon dont l’autre l’investit qui compte. Cet investissement réciproque est aussi important que leur rôle spécifique. Ainsi, quelles que soient ses qualités, si le père est disqualifié par la mère, cela fait des ravages. La disqualification, plus que la critique ou l’opposition, c’est le dénigrement systématique de la valeur et de l’importance de l’autre, voire même le présenter comme une source de danger. Les enfants sont alors placés dans un dilemme infernal qui les oblige à remettre en question la confiance en l’un ou en l’autre.

Cette disqualification va parfois jusqu’à l’accusation d’abus sexuel ou de perversité du père, et peut provoquer une crise de confiance d’autant plus considérable que cela n’est pas toujours vrai.
L’enfant constate que le parent avec lequel il a une relation initiale privilégiée, en général sa mère, est lui-même en relation avec d’autres personnes auprès desquelles il l’introduit pour nouer des relations différentes. Le conjoint tient une place essentielle dans ce dispositif et notamment le père, co-géniteur et porteur d’une différence de sexe, fondement essentiel de l’accès à la différence. L’absence du père ne condamne pas l’enfant à l’indifférenciation, mais elle lui complique la tache dans ses possibilités d’identification pour le garçon et dans ses relations affectives pour la fille. D’autres supports peuvent alors servir de relais.

Lorsqu’il fonctionne dans le respect des différences, le couple parental ouvre l’enfant à des relations affectives différenciées et à des modèles d’identification qui s’appuient sur ces deux socles de la réalité que sont la différence des sexes et celle des générations. Cependant, cette ouverture à la différence est fortement affaiblie quand la différence se réduit à une hiérarchie où l’un des parents se définit essentiellement par son statut d’infériorité ou de supériorité à l’autre.
Enfin, le père intervient au niveau de la constitution des idéaux de l’enfant dans la mesure où il est porteur d’ouverture sur les valeurs sociales dont il est un des relais privilégiés. L’étude de la fonction paternelle a donné lieu à deux types de dérive. La première dérive est celle d’une abs-
traction de plus en plus poussée au point de réduire la fonction paternelle à un jeu de signifiants, notamment autour du Nom du Père, qui serait ou non transmis par la mère. Cette tendance lui confère un rôle de type

transccndanial qui aboutit d’une part à se référer à des entités telle la Loi, dont le père serait le vecteur, et d autre part à s’éloigner d’une réalité qui ne corrobore guère ces spéculations. A l’opposé, la deuxième dérive réside dans le risque de transformer le père en une mère bis, contri-
buant ainsi à la constitution d’un bloc «papa-maman» indifférencié. Cette dérive est d’autant plus pernicieuse qu’elle résulte d’un conflit de pouvoir entre la mère et le père et non d’une entente respectueuse de chacun autour du partage des tâches. Comme toujours avec l’éducation, ce qui est un avantage d’un côté représente un risque possible de l’autre. La plus grande proximité du père avec ses enfants a bien des avantages, mais elle peut avoir un inconvénient : celui d’être parfois envahissante pour eux. Même si la mère est sortie du foyer pour travailler, c’est le père qui traditionnellement symbolise celui qui part affronter le monde et facilite ainsi l’ouverture à l’extérieur. En donnant le sentiment de centrer ses intérêts trop exclusivement sur la famille, il n’offre plus toujours le minimum d’idéalisation de ce qui se passe à l’extérieur, et dont l’eniànt se sent exclu, nécessaire pour permettre à un adolescent d’avoir envie de sortir de sa famille. Empreints comme la mère de sollicitude, les pères transmettent, souvent malgré eux, une vision inquiète du monde. On assiste parfois aujourd’hui à une sorte de «cramponnement » familial généralisé ; comme on est bien, parents et enfants, tous dans le grand lit devant la télévision!

De façon plus pratique, il est intéressant de revenir sur les aspects concrets du développement de l’enfant et notamment sur une des nécessités essentielles de ce développement, la fonction différenciante ou fonction tierce. Celle-ci s’organise de façon privilégiée autour de la place du père, mais elle trouve aussi des supports et des relais au-delà de la place du père et notamment dans
les supports offerts par les médiations culturelles.

La mise en place d’investissements différenciés permet la constitution de limites et sort l’enfant d’une relation exclusive qui s’exprime sur le mode du tout ou rien. Il s’agit d’un processus très progressif, les prémices de cette différenciation apparaissant très tôt, probablement dès les derniers mois de la vie fœtale par le repérage des sons de voix différents. Par la suite, cette perception s’appuiera sur la répartition des rôles et des attitudes. Elle aboutira à l’émergence
de la configuration œdipienne, c’est-à-dire à la perception par l’enfant de la différence des sexes et des générations organisée autour et par le couple parental. Le fait que celui-ci véhicule ces différences fondamentales permet à l’enfant non seulement de se situer dans une généalogie, mais aussi d’insérer ces différences dans une relation de complémentarité. Le lien du couple, s’il est fait de respect mutuel et d’amour, illustre que la différence est porteuse d’une complémentarité positive. Il introduit alors l’enfant à la liberté, à la possibilité de se rêver lui aussi différent
de ses parents tout en restant objet d’amour et d’intérêt.

Dès lors, il ne s’agit plus pour l’enfant d’être comme ses parents, plus ou moins confondus avec eux et indifférencié, ou au contraire différent et rejeté. Il lui est possible de se concevoir comme différent et semblable sans être pour autant le même. Cette fonction tierce sera par la suite relayée par d’autres médiateurs : grandsparents, oncles ou tantes et intervenants du monde social environnant avec, au premier rang, les enseignants et tous ceux qui ont une fonction éducative. A l’opposé, la négation ou le refus de la différence au sein du couple signifie pour l’enfant qu’on ne peut être que semblable, et, à la limite, indifférencié, ou rejeté.
Cette intolérance à la différence est porteuse de menaces pour son développement : grandir, c’est se confondre avec cet objet d’amour totalitaire ou risquer de le détruire ou d’être détruit.

L’enfant se constitue ainsi largement en fonction des attitudes des autres à son égard, et de l’image que ceuxci lui renvoient. Ce jeu d’échanges est une des conditions de l’empathie, de cette capacité à s’identifier à l’autre et à le comprendre de l’intérieur. C’est également une condition essentielle de la possibilité de tendresse pour autrui et une base indispensable de l’accès au système des valeurs et au sentiment moral. C’est parce que l’enfant aura perçu et intégré ces limites successives et identifié les siennes propres, également reconnues et respectées par les autres, qu’il accédera progressivement à la conscience de son appartenance à un groupe de valeurs communes. Ces dernières seront à leur tour comme une médiation supplémentaire entre lui et les autres, et assureront la préservation de ses limites, de son intégrité et de son identité. Cette progressive intégration
de valeurs transcendant le sujet est bien différente de la notion d’une loi qui s’imposerait arbitrairement de l’extérieur et conditionnerait l’accès à un ordre symbolique.

Ses parents viennent de se séparer...Quels vont en être les retentissements

Faut-il punir un adolescent?

Punir un adolescent n’a rien d’absurde. En effet, pourquoi échapperait-il à toute punition? Si on
laisse de côté celles données par des tiers extérieurs à la famille – école ou justice, par exemple —, les punitions au sein de la famille doivent avant tout obéir à des règles de cohérence. Cohérence par rapport aux règles propres à l’adolescence : on ne commence pas à punir un enfant quand il débute son adolescence. Cohérence aussi par rapport à l’âge : une punition n’aura pas le même sens à 13 ans ou à 16 ans, et elle ne pourra pas prendre la même forme. Cohérence, enfin, par rapport au milieu de vie :
l’adolescent pourra la ressentir comme une violence intolérable s’il la perçoit comme humiliante et infantilisante…
La règle d’or en matière d’éducation est de savoir poser des limites, contenir, et parfois sanctionner, sans humilier. En effet, punir ne consiste pas à humilier mais à poser une limite à une attitude ou un comportement, à sanctionner une faute et à demander réparation pour un dommage commis. Il est important qu en miroir l’adolescent puni ait la conviction qu’il en aurait été de même pour un autre que lui.
Dans la punition, le jugement porte sur l’acte et non pas directement sur l’adolescent qui l’a commis. Elle laisse même entendre que celui-ci pourrait et aurait dû agir autrement et donc qu’il a les qualités requises pour le faire. Elle peut irriter sur le moment, voire provoquer un sentiment d’humiliation parce qu’il faut s’y soumettre et qu’elle est de ce fait subie. Mais, en général, elle ne laisse guère de traces… Tout au plus un acte ou un propos fâcheux qu’il aurait mieux valu éviter.
En revanche, tout autre est l’humiliation. Elle prend son origine dans la volonté de celui qui humilie de blesser l’autre. Le jugement ne concerne plus seulement les actes et les paroles, mais la valeur de l’adolescent lui-même, jugé incapable d’agir autrement, indigne de confiance, d’estime ou d’intérêt. La blessure est portée au cœur même du jeune, qui risque d’en garder une trace durable. Et celle-ci alimentera, tant qu’elle persistera, violence et rancune…
Dans le contexte éducatif actuel, la punition au sens strict a moins de place qu’elle n’avait autrefois. De ce fait, elle prend facilement un aspect humiliant, car justement en porte à faux par rapport aux autres jeunes. En fait, la punition est rarement nécessaire quand le lien éducatif, fait d’autorité mais aussi de confiance, existe de manière continue et cohérente depuis l’enfance. Le
rappel des limites, plus ou moins conflictuel et objet de discussions, est alors suffisant. Le recours à la punition traduit le plus souvent un débordement des parents, en général parce qu’eux-mêmes n’ont pas suffisamment confiance en eux pour penser pouvoir imposer leurs limites sans recourir à la punition.

J'ai adopté mon enfant. Va-t-il en souffrir à l'adolescence

J’ai adopté mon enfant. Va-t-il en souffrir à l’adolescence ?

L’adoption est-elle un facteur de risque? C’est l’inquiétude qui habite une grande majorité de parents adoptifs. Ont-ils eu raison de le faire ? Etait-ce un bon choix ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que l’adoption est le résultat d’un double choix volontaire : celui d’avoir un enfant et celui de le choisir, en tout cas de pouvoir le refuser s’il ne convient pas. Le désir des parents, et avec lui leur ambivalence, semble ainsi encore plus engagé que dans le cas d’un enfant naturel. Un enfant voulu et même choisi, mais un enfant né d’un autre couple dont il porte l’héritage génétique. Des inquiétudes profondes, le plus souvent inconscientes, sont susceptibles d’être réactivées: « Avaiton le droit de transgresser « les lois de la nature » et d’avoir un enfant à tout prix alors que la « nature » ne le permettait pas? Ne va-t-on pas être puni pour la réalisation de ce désir? Cet enfant n’est-il pas un enfant volé à un autre couple? Un enfant usurpé? N’est-ce pas une transgression dont il faudra payer le prix en n’ayant que des ennuis avec cet enfant?»

Le désir d’enfant est un désir complexe qui prend ses racines dans la petite enfance. Il se construit en liaison, mais aussi en réaction, avec le contexte familial, en particulier les rivalités dans la fratrie, les naissances successives ou les nostalgies maternelles de ne pas avoir eu d’autres enfants, ou d’avoir perdu un enfant… Bref, ce choix se construit à partir de désirs croisés et souvent intenses. Ce désir peut se maintenir intact chez l’adulte, mais, comme tout désir resté très lié à l’enfance et très vivace à l’âge adulte, il est susceptible d’engendrer de fortes culpabili-
tés, comme si sa réalisation répondait à une transgression des interdits de l’enfance et méritait un châtiment. Un exemple remarquable de la complexité du désir d’enfant et de l’impact de l’adoption est le cas de ces jeunes femmes qui, ne pouvant avoir d’enfant, en adoptent un puis se retrouvent enceintes dans l’année qui suit l’adoption. Cette situation est suffisamment fréquente pour avoir fait l’objet de publications. Il semblerait que le fait de s’être autorisé l’adoption et la présence concrète d’un enfant, avec tout ce que cela mobilise d’émotions, puissent lever les inhibitions des
circuits neuro-hormonaux qui régulent les processus de l’ovulation et de la fécondité.

Autre difficulté qui se pose avec un enfant adopté : comment trouver l’attitude éducative la plus naturelle possible et lui éviter d’être l’objet de projections excessives de la part de ses parents ?
On entend par projection le fait de prêter aux autres des pensées, des sentiments, des intentions qui ne sont que l’expression des croyances de celui qui les attribue aux autres. Ces croyances s’imposent à la personne qui les vit pour des raisons affectives, en général méconnues d’elle-même. Elles s’appuient sur des éléments de la réalité qui sont sélectionnés, amplifiés, voire coupés de leur contexte par la force de conviction de celui qui les projette. De ce fait, elles laissent peu de place à la discussion et cantonnent celui qui en est l’objet dans un rôle qu’il lui est difficile de quitter.
Cette situation est particulièrement aliénante pour un enfant et peut être source de pathologies et troubles divers. En effet, l’enfant la ressent comme une violence de la part de ses parents, qui semblent connaître mieux que lui ses propres intentions. Et à cette violence va immédiatement répondre celle de l’adolescent qui, pour exister, va être contraint de se comporter selon leurs projections.
Ce phénomène de projection à propos de l’enfant s’appuie sur des éléments de la vie quotidienne d’ordre très divers :
– Le poids d’une hérédité inconnue mais souvent considérée a priori comme fautive et négative. Les éléments négatifs comme « les mauvais instincts » peuvent y être d’autant plus facilement projetés.
– Les « traumatismes » possibles pendant la période, parfois longue, précédant l’adoption.
– La question des véritables parents : « Nous ne sommes pas ses vrais parents, il ne peut pas nous aimer comme si on l’était… »

Aujourd’hui, la plupart des parents suivent l’avis des spécialistes qui recommandent tous de dire le plus tôt possible à l’enfant la vérité sur son adoption. Mais cela ne clôt pas pour autant la question. On la voit notamment resurgir à l’adolescence par les interrogations concernant les parents biologiques et le désir de les retrouver, ou au moins de les connaître. Désir légitime mais qui, lui aussi, se sert d’une réalité indéniable pour cacher des interrogations plus fondamentales et plus difficiles à formuler : «Mes parents me considèrent-ils comme leur véritable enfant ?» et « M’auraient-ils choisi et me choisiraient-ils encore s’ils avaient su ce que je suis devenu ? »
Les adultes préfèrent penser que la question essentielle est vraiment celle que les adolescents posent quant à leurs parents biologiques. On oublie que les vrais parents sont ceux qui élèvent l’enfant et dont il est imprégné. Il leur doit une grande partie de ses acquis, c’est-à-dire l’essentiel de la personnalité. C’est avec eux que se sont noués les sentiments forts, les identifications et les conflits. Ils sont les co-auteurs de son histoire. Ce besoin d’évitement et de déplacement des conflits se retrouve, par exemple, dans le besoin qu’ont certains enfants ou adolescents d’imaginer qu’ils ont d’autres parents que les leurs. C’est ce qu’on appelle «le roman
familial», phénomène relativement fréquent vers l’âge de 10 ans, qui disparaît en quelques années.

Quels conseils peut-on donner aux parents adoptirs ? Le premier, qui conditionne les autres, est d’assumer leur choix et de s’affirmer comme les seuls parents, vis-à-vis d’eux-mêmes, de leur entourage et surtout de leur enfant, sans pour autant nier la réalité antérieure. Les parents biologiques ne sont pas plus parents que ne le sont les ancêtres biologiques de chacun… Le deuxième
conseil est d’être très vigilants aux risques de projection sur l’enfant de leurs appréhensions. Les certitudes et les affirmations péremptoircs sur le comportement de l’enfant ou de l’adolescent ne sont qu’une façon d’essayer de cerner cet inconnu qu’est toujours l’autre, y compris l’enfant, adopté ou non. Il faut savoir laisser place à la découverte de l’autre, avec sa complexité et ses
contradictions, plutôt que prétendre tout connaître ou d’imaginer que la rencontre avec la réalité des parents concepteurs dispenserait de ce travail de découverte. Finalement, les enfants adoptés sont-ils plus susceptibles que les autres de présenter des troubles du comportement et des maladies psychiatriques à l’adolescence? Des études récentes, notamment aux Pays-Bas, ont montré que, par rapport à un groupe témoin d’adolescents, ces troubles étaient de 20 à 25 % plus élevés chez les enfants adoptés. Le risque est donc plus important, mais demeure modéré.

Les conditions de vie au cours de la période précédant l’adoption sont un facteur de risque : carences affectives importantes, multiplicité des placements, dépression et surtout abus sexuels. Toutefois, la qualité du cadre de vie après l’adoption peut contrebalancer l’effet de ces conditions antérieures difficiles.