J'ai adopté mon enfant. Va-t-il en souffrir à l'adolescence

J’ai adopté mon enfant. Va-t-il en souffrir à l’adolescence ?

L’adoption est-elle un facteur de risque? C’est l’inquiétude qui habite une grande majorité de parents adoptifs. Ont-ils eu raison de le faire ? Etait-ce un bon choix ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que l’adoption est le résultat d’un double choix volontaire : celui d’avoir un enfant et celui de le choisir, en tout cas de pouvoir le refuser s’il ne convient pas. Le désir des parents, et avec lui leur ambivalence, semble ainsi encore plus engagé que dans le cas d’un enfant naturel. Un enfant voulu et même choisi, mais un enfant né d’un autre couple dont il porte l’héritage génétique. Des inquiétudes profondes, le plus souvent inconscientes, sont susceptibles d’être réactivées: « Avaiton le droit de transgresser « les lois de la nature » et d’avoir un enfant à tout prix alors que la « nature » ne le permettait pas? Ne va-t-on pas être puni pour la réalisation de ce désir? Cet enfant n’est-il pas un enfant volé à un autre couple? Un enfant usurpé? N’est-ce pas une transgression dont il faudra payer le prix en n’ayant que des ennuis avec cet enfant?»

Le désir d’enfant est un désir complexe qui prend ses racines dans la petite enfance. Il se construit en liaison, mais aussi en réaction, avec le contexte familial, en particulier les rivalités dans la fratrie, les naissances successives ou les nostalgies maternelles de ne pas avoir eu d’autres enfants, ou d’avoir perdu un enfant… Bref, ce choix se construit à partir de désirs croisés et souvent intenses. Ce désir peut se maintenir intact chez l’adulte, mais, comme tout désir resté très lié à l’enfance et très vivace à l’âge adulte, il est susceptible d’engendrer de fortes culpabili-
tés, comme si sa réalisation répondait à une transgression des interdits de l’enfance et méritait un châtiment. Un exemple remarquable de la complexité du désir d’enfant et de l’impact de l’adoption est le cas de ces jeunes femmes qui, ne pouvant avoir d’enfant, en adoptent un puis se retrouvent enceintes dans l’année qui suit l’adoption. Cette situation est suffisamment fréquente pour avoir fait l’objet de publications. Il semblerait que le fait de s’être autorisé l’adoption et la présence concrète d’un enfant, avec tout ce que cela mobilise d’émotions, puissent lever les inhibitions des
circuits neuro-hormonaux qui régulent les processus de l’ovulation et de la fécondité.

Autre difficulté qui se pose avec un enfant adopté : comment trouver l’attitude éducative la plus naturelle possible et lui éviter d’être l’objet de projections excessives de la part de ses parents ?
On entend par projection le fait de prêter aux autres des pensées, des sentiments, des intentions qui ne sont que l’expression des croyances de celui qui les attribue aux autres. Ces croyances s’imposent à la personne qui les vit pour des raisons affectives, en général méconnues d’elle-même. Elles s’appuient sur des éléments de la réalité qui sont sélectionnés, amplifiés, voire coupés de leur contexte par la force de conviction de celui qui les projette. De ce fait, elles laissent peu de place à la discussion et cantonnent celui qui en est l’objet dans un rôle qu’il lui est difficile de quitter.
Cette situation est particulièrement aliénante pour un enfant et peut être source de pathologies et troubles divers. En effet, l’enfant la ressent comme une violence de la part de ses parents, qui semblent connaître mieux que lui ses propres intentions. Et à cette violence va immédiatement répondre celle de l’adolescent qui, pour exister, va être contraint de se comporter selon leurs projections.
Ce phénomène de projection à propos de l’enfant s’appuie sur des éléments de la vie quotidienne d’ordre très divers :
– Le poids d’une hérédité inconnue mais souvent considérée a priori comme fautive et négative. Les éléments négatifs comme « les mauvais instincts » peuvent y être d’autant plus facilement projetés.
– Les « traumatismes » possibles pendant la période, parfois longue, précédant l’adoption.
– La question des véritables parents : « Nous ne sommes pas ses vrais parents, il ne peut pas nous aimer comme si on l’était… »

Aujourd’hui, la plupart des parents suivent l’avis des spécialistes qui recommandent tous de dire le plus tôt possible à l’enfant la vérité sur son adoption. Mais cela ne clôt pas pour autant la question. On la voit notamment resurgir à l’adolescence par les interrogations concernant les parents biologiques et le désir de les retrouver, ou au moins de les connaître. Désir légitime mais qui, lui aussi, se sert d’une réalité indéniable pour cacher des interrogations plus fondamentales et plus difficiles à formuler : «Mes parents me considèrent-ils comme leur véritable enfant ?» et « M’auraient-ils choisi et me choisiraient-ils encore s’ils avaient su ce que je suis devenu ? »
Les adultes préfèrent penser que la question essentielle est vraiment celle que les adolescents posent quant à leurs parents biologiques. On oublie que les vrais parents sont ceux qui élèvent l’enfant et dont il est imprégné. Il leur doit une grande partie de ses acquis, c’est-à-dire l’essentiel de la personnalité. C’est avec eux que se sont noués les sentiments forts, les identifications et les conflits. Ils sont les co-auteurs de son histoire. Ce besoin d’évitement et de déplacement des conflits se retrouve, par exemple, dans le besoin qu’ont certains enfants ou adolescents d’imaginer qu’ils ont d’autres parents que les leurs. C’est ce qu’on appelle «le roman
familial», phénomène relativement fréquent vers l’âge de 10 ans, qui disparaît en quelques années.

Quels conseils peut-on donner aux parents adoptirs ? Le premier, qui conditionne les autres, est d’assumer leur choix et de s’affirmer comme les seuls parents, vis-à-vis d’eux-mêmes, de leur entourage et surtout de leur enfant, sans pour autant nier la réalité antérieure. Les parents biologiques ne sont pas plus parents que ne le sont les ancêtres biologiques de chacun… Le deuxième
conseil est d’être très vigilants aux risques de projection sur l’enfant de leurs appréhensions. Les certitudes et les affirmations péremptoircs sur le comportement de l’enfant ou de l’adolescent ne sont qu’une façon d’essayer de cerner cet inconnu qu’est toujours l’autre, y compris l’enfant, adopté ou non. Il faut savoir laisser place à la découverte de l’autre, avec sa complexité et ses
contradictions, plutôt que prétendre tout connaître ou d’imaginer que la rencontre avec la réalité des parents concepteurs dispenserait de ce travail de découverte. Finalement, les enfants adoptés sont-ils plus susceptibles que les autres de présenter des troubles du comportement et des maladies psychiatriques à l’adolescence? Des études récentes, notamment aux Pays-Bas, ont montré que, par rapport à un groupe témoin d’adolescents, ces troubles étaient de 20 à 25 % plus élevés chez les enfants adoptés. Le risque est donc plus important, mais demeure modéré.

Les conditions de vie au cours de la période précédant l’adoption sont un facteur de risque : carences affectives importantes, multiplicité des placements, dépression et surtout abus sexuels. Toutefois, la qualité du cadre de vie après l’adoption peut contrebalancer l’effet de ces conditions antérieures difficiles.

Le cas des mères seules...Est-ce plus difficile à vivre pour un adolescent

Le cas des mères seules…Est-ce plus difficile à vivre pour un adolescent ?

La situation monoparentale est considérée « à risque » pour l’enfant. Statistiquement ces enfants semblent, en effet, présenter davantage de difficultés de tous ordres et de troubles psychiques. Cependant, plus de risques ne signifie pas risques certains, et il ne faut pas oublier que la majorité des enfants élevés dans ces conditions ne rencontreront aucune difficulté particulière dans leur développement. Il est donc possible de compenser les facteurs de risque que représente, pour un enfant, le fait d’avoir été élevé par une mère seule. Ce n’est pas parce qu’une mère élève seule son enfant que les éventuels troubles de celui-ci sont imputables à la situation de monoparentalité. Bien d’autres facteurs peuvent être incriminés. C’est le cas, par exemple, de la présence de troubles de la personnalité et du comportement chez la mère, d’une situation sociale et économique difficile, d’un isolement ou de rupture avec la famille de la mère. Les mères seules ont souvent des personnalités plus vulnérables, et cette vulnérabilité est en elle-même un facteur de risque pour l’enfant.
Une fois de plus, l’adolescence va être le moment privilégié de révélation de ces difficultés, notamment au travers du tête-à-tête mère/adolescent qui constitue le facteur de risque essentiel de conflit.
L’enfant, pour se développer, a besoin de relations privilégiées tout en s’ouvrant à un tiers et à la différence. Le père représente ce tiers par excellence, puisque présent et nécessaire depuis la conception. Son absence rend l’ouverture vers l’extérieur plus difficile. Elle expose l’enfant à une dépendance affective exagérée et au besoin de se différencier de la mère par la création d’obstacles à la relation et, intérieurement, par la mise en place d’une relation fondée tout à la fois sur l’agrippement à la mère et sur l’insatisfaction. Celle-ci se manifeste par deux modes d’expression essentiels : caprices et conduites d’opposition d’un côté, plaintes et inquiétudes corporelles de l’autre. Plus l’adolescent aura besoin de s’accrocher à la présence maternelle pour trouver une
sécurité et une valorisation qu’il ne trouve pas en lui, plus il tentera d’échapper à cette attraction maternelle, ressentie comme une emprise, par la multiplication d’obstacles à un rapprochement entre elle et lui…
Mais absence ou présence d’un tiers ne se réduisent pas à une simple absence ou présence physiques. La mère, par ses intérêts et ses attachements, désigne à l’enfant le tiers qu’elle investit, celui qui importe pour elle et qui peut devenir pour l’enfant plus que le père réel. Le parent est parent pour l’enfant du fait de sa présence et de son intérêt pour lui, mais aussi par l’attention que
lui porte l’autre parent. L’importance de cet investissement maternel laisse ainsi largement ouverte la possibilité de substituts paternels ou de personnes pouvant servir de support à des identifications autres qu’avec la mère, mais compatibles avec celle-ci.

Quelle autorité à la maison

Quelle autorité à la maison ?

L’adolescence est une période révélatrice de la nature et de la qualité de l’autorité parentale. Bien qu’actuellement souvent mise à mal, elle continue à s’imposer naturellement chez l’enfant, en raison de son immaturité physique, avec la différence de taille et de force qu’elle implique. Ce n’est pas le cas chez l’adolescent. La précocité de la puberté, l’augmentation moyenne de la taille des adolescents et la libération des mœurs confèrent à la contestation normale de l’adolescence une ampleur inégalée, qui soumet à rude épreuve l’autorité parentale. Et pourtant, pour la très grande majorité des parents et des adolescents, la référence à l’autorité parentale ne pose guère problème, même si elle ne s’exprime
plus de la même façon que par le passé. L’exercice de l’autorité a su s’adapter à l’évolution sociale, ce qui se traduit par un bon indice de satisfaction des adolescents envers leurs parents et réciproquement. Ainsi, selon une récente enquête du Credoc, cinq adolescents sur six se disent satisfaits ou très satisfaits de leurs parents.

Néanmoins, dans l’ensemble, on retrouve toujours 20% d’adolescents dits «à problèmes», pour lesquels se dessine une crise de l’autorité qui se traduira par des manifestations « d’incivilité » et, chez certains, par ce qui semble être une absence totale de référence à une quelconque autorité.

L’autorité est-elle nécessaire? Comment la gérer?
Quelle est sa place dans une société aux mœurs plus libres et dans un monde en pleine évolution ?

Quelques principes peuvent servir de guide. On n’échappe pas à l’autorité, en ce sens qu’il existe une autorité de fait liée à la dépendance physique et psychologique du petit enfant à l’égard de ses parents. Qu’ils le veuillent ou non, ceux-ci ont un pouvoir total sur lui, dont celui de lui donner le langage et les mots qu’il utilisera pour qualifier ses émotions, ses sentiments, ses ressentiments, pour nommer et donc se représenter les liens qu’il noue avec eux. Les parents disent et organisent le permis et l’interdit et servent de modèle à l’enfant. Le besoin de leur amour et de leur attention crée chez l’enfant une dépendance affective inévitable et souhaitable, qui met les parents en position d’autorité. A tout âge, et au moins jusqu’à la fin de l’adolescence, la différence de génération, par ce que fait, dit et montre l’adulte, a des répercussions sur le jeune. La différence d’âge positionne l’adulte dans un rôle éducatif qui contribue à organiser la personnalité en formation de l’enfant et de l’adolescent. Aucun adulte ne peut échapper à cet impact éducatif, cette relation d’autorité s’impose d’elle-même. En ne voulant exercer aucune autorité, l’adulte ne donnera pas plus de liberté à l’enfant. Il lui imposera en fait un choix qui consiste à l’abandonner à lui-même.

Si les adultes ne peuvent échapper à leur rôle éducatif, deux questions s’imposent qui appellent une
réponse : quel est le but de l’éducation ? Quelle place y tient la relation d’autorité ? En premier lieu, l’objectif de l’éducation est de permettre à l’enfant de devenir autonome et de ne plus
dépendre de l’autorité de l’adulte. On a pu penser que cette autonomie s’acquerrait plus facilement en laissant l’enfant très libre et en lui posant le moins de limites possibles. Le résultat est peu concluant. Ne pas exercer d’autorité, c’est abandonner l’enfant à lui-même, à la tyrannie de ses besoins et de ses contradictions, sans références extérieures pour les réguler, les projeter dans
l’avenir et leur donner un sens. L’essentiel de la liberté d’un individu dépend de sa capacité d’attendre. Or l’attente est un apprentissage qui résulte à la fois des capacités propres à l’enfant et de sa prise en compte progressive des limites que les adultes lui imposent pour le protéger, mais aussi l’insérer dans le groupe social. En acceptant ces limites et interdits, l’enfant s’assure en
retour de sa valeur par l’amour et l’estime que les adultes éprouvent à son égard. La capacité d’attendre repose non pas sur le refus de la satisfaction immédiate mais sur la possibilité de la différer en vue d’un plus grand bien : l’approbation des adultes dans un premier temps, puis la prise de conscience progressive de ses ressources propres, de ses moyens de contrôle. L’enfant se perçoit ainsi progressivement comme plus libre, tant par rapport à ses besoins propres que par rapport aux réactions de l’environnement.

Si l’adulte est trop laxiste, l’enfant est prisonnier de ses contradictions internes, sans autre valorisation structurante que la quête répétée de satisfactions passagères auxquelles il risque d’être condamné. Le fait que l’échange entre l’enfant et ses parents fonctionne de façon satisfaisante repose sur une condition essentielle : la confiance. C’est parce que l’enfant fait profondément confiance à l’adulte qu’il accepte les sacrifices immédiats qui lui sont demandés sans trop de frustration et avec un bénéfice secondaire important : celui d’être aimable aux yeux d’une personne, elle-même aimable et valable pour lui, qui lui autorise l’acquisition du sentiment de sa propre valeur. Ce sentiment lui permettra par la suite de s’opposer à l’occasion et de se différencier, sans crainte de perdre l’amour du parent pour autant.

Exercer une autorité ne consiste pas à soumettre l’enfant à la volonté de l’adulte. C’est plutôt savoir poser des limites aux satisfactions immédiates, non pas en fonction des seuls desseins de l’adulte, mais au nom de cette référence tierce que sont les conditions d’un développement optimal de l’enfant. Au contraire de l’autoritarisme, le but de l’autorité n’est pas de contraindre l’enfant mais de l’aider à s’épanouir et à trouver sa place dans les limites transmises par les adultes, dans une relation de confiance qui lui permette de les adopter. Cette confiance permet à l’adolescent de mettre à l’épreuve ces limites sans avoir peur de perdre sa valeur aux yeux de son entourage.
Or la confiance comme l’apprentissage des limites et de la capacité d’attendre ne commencent pas à l’adolescence. C’est en cela que celle-ci est révélatrice de ce qui s’est construit peftdant l’enfance.

Je l'ai giflé. Ai-je eu raison ou tort

Je l’ai giflé. Ai-je eu raison ou tort?

La gifle, comme d’ailleurs l’ensemble des punitions corporelles, ont actuellement mauvaise presse. On
y voit volontiers l’expression d’un sadisme mal contrôlé, une manifestation de brutalité physique
humiliante, voire traumatique, pour celui qui la subit. La révélation de la fréquence et de la violence de la maltraitance infantile, longtemps largement sous-estimée, a joué un rôle dans cette condamnation souvent sans appel de la gifle « traditionnelle » de l’ancienne éducation comme de la fessée pour le petit enfant. Il est vrai qu’on en abusait facilement et qu’aucun châtiment physique n’est en soi nécessaire à une bonne éducation. Il faut bien reconnaître qu’il traduit souvent un énervement mal contrôlé du parent, qui se décharge ainsi d’une tension excessive alors que, comble d’injustice, il n’est pas rare que l’enfant ne soit même pas à l’origine de cette tension. Il peut être la goutte d’eau de trop, et sert de bouc émissaire lors d’un conflit entre les adultes. Telle la mère surchargée de travail, dont le mari préfère s’occuper de son ordinateur, aller à la pêche ou sortir avec des copains, plutôt que de l’aider. .. Dans ce contexte, le moindre écart de l’adolescent risque de se terminer par une gifle qui n’aurait sûrement pas été donnée en temps ordinaire.

Est-ce pour autant si grave, et la gifle doit-elle être proscrite? Comme tout ce qui concerne la relation éducative, la gifle doit être replacée dans le contexte de la vie familiale et de la qualité des relations affectives entre ses membres. C’est ce qui va lui conférer sa véritable signification. Le recours fréquent aux gifles témoigne d’un parent débordé par ses émotions, qui ne trouve pas d’autres moyens de contenir l’adolescent et ses propres sentiments. C’est le reflet d’un échec édu-
catif qui ne peut que braquer l’adolescent et le mettre en porte à faux par rapport à ses amis. En outre, une gifle n’a pas la même signification à 10, 15 ou 18 ans. Plus l’adolescent grandit, plus elle est humiliante. En effet, il se sent infantilisé, mis dans une situation passive et sans moyen pour répondre alors qu’il est souvent plus fort que le parent qui la lui a donnée… C’est le caractère déplacé et inadéquat de la gifle qui pose problème. A la réprimande s’ajoute une blessure d’amour-propre, or celles-ci laissent les traces les plus durables et les rancœurs les plus violentes. Une gifle à l’adolescence peut être ressentie comme une rupture du lien de confiance avec l’adulte. Ce sera d’autant plus vrai que la relation est plus passionnelle entre eux. En revanche, une gifle qui répond du tac au tac à une insolence d’un préadolescent testant les limites de la tolérance parentale ou donnée à un moment de perte de contrôle d’un adolescent, même plus âgé, sous l’effet d’une crise d’excitation ou d’un toxique, peut avoir un effet bénéfique. Elle pose des limites que la seule parole ne suffit pas toujours à marquer. En outre, la dimension physique du coup permet à l’adolescent une rencontre brutale avec une réalité qui résiste. Cette brutalité, dans ce cadre précis, peut avoir un effet apaisant car contenant et protecteur. Elle coupe l’adolescent de
l’emprise de ses seules émotions intérieures et le place devant un obstacle extérieur capable de résister à sa violence. Or celle-ci lui fait d’autant plus peur qu’il ne sait pas toujours pourquoi elle est présente et à quoi elle correspond; il craint par-dessus tout qu’elle le submerge sans qu’il ne puisse la contrôler. La résistance parentale devient alors rassurante comme peut l’être,
pour un enfant qui a une crise de rage, le fait d’être pris dans les bras et serré fortement. Ou, à un niveau plus archaïque, le besoin des animaux qui ont peur, devant un orage par exemple, de se blottir dans un endroit apparemment très inconfortable, mais qui les entoure. A la menace que représente la violence des émois, la force de la contention extérieure vient faire contre-
poids.
Pas d’apologie de la gifle donc, qui ne peut être qu’un recours exceptionnel. Mais pas de dramatisation non plus, car elle peut être préférable, pour rétablir un contact avec un adolescent débordé, aux tergiversations sans fin ou à une résignation qui sont sûrement les pires réponses que puissent faire les parents.

Il nous doit le respect. Est-ce trop lui demander

Il nous doit le respect. Est-ce trop lui demander?

La relation parent-enfant devrait être fondée sur le respect. Un respect certes réciproque, mais asymétrique. Le respect consiste à reconnaître l’autre pour lui-même, c’est-à-dire en tant que personne à part entière, ayant des besoins et des désirs propres qui ne se confondent pas avec les siens. Ce respect, que chaque parent devrait placer à la base de ses relations avec ses enfants, est présent dans divers domaines : respect des besoins de l’enfant et de son autonomie potentielle; respect de son corps, qui ne doit pas servir à assouvir les désirs sexuels et/ou agressifs des adultes ; respect de son esprit, qui doit s’ouvrir à la différence, et donc à la capacité de critique, par la découverte de la langue, les apprentissages, la culture et les contacts hors du milieu familial. Cependant, ce respect est obligatoirement asymétrique dans la mesure où les parents ont le devoir d’éduquer leur enfant alors que l’inverse n’est pas vrai, même si c’est parfois le cas à l’adolescence.

Ce devoir d’éducation implique une asymétrie du respect, qui comporte pour l’enfant comme pour l’ado-
lescent le respect des injonctions et des règles éducatives, c’est-à-dire le devoir d’obéissance. Si le respect passe par l’acceptation des décisions éducatives des parents, cela n’exclut ni la discussion, dont les modalités varient d’une famille à l’autre, ni l’esprit critique. Mais, quelle que soit la critique que puisse en faire l’adolescent, le respect lui impose, au final, l’obéissance
à la décision du parent, quitte à se dire qu’il aura la possibilité, une fois adulte, de faire autrement, y compris dans l’éducation de ses enfants.
Le respect des parents par l’adolescent implique que les règles fondamentales du respect qui lui est dû aient bien été appliquées. Ce sera d’autant plus facile que régnera cette confiance réciproque qui doit être une des clés de voûte de l’éducation. Il est, en effet, indispensable que tout parent soit imprégné de cette conviction que son enfant lui doit le respect et, en retour, qu’il doit tout faire
pour en être digne et acquérir sa confiance. Pour être efficace, le respect doit aller de soi. Il peut être utile de le rappeler à certaines occasions, mais le faire trop souvent lui enlève sa crédibilité et revient à répéter de façon incantatoire une injonction que l’on ne parvient plus à
faire entendre. Mieux vaut alors refaire le point de façon approfondie et consulter une tierce personne, en cas d’échec, plutôt que de répéter une phrase sans effet.

Quand les parents se sentent coupables...Comment s'en sortir

Quand les parents se sentent coupables…Comment s’en sortir?

Quel parent ne se sent pas coupable quand son enfant va mal ? Bien peu en fait, quoiqu’ils puis-
sent en dire et en penser. L’enfant est le fruit des parents et ses difficultés sont toujours ressenties comme les leurs. Qu’ont-ils fait ou pas fait pour qu’il en soit ainsi ? Il est difficile de ne pas se sentir coupable et encore plus d’y renoncer, ce qui pourrait revenir à reconnaître son impuissance ou à avouer son peu de pouvoir sur l’enfant. Alors les parents oscillent entre une culpabilité plus ou moins aiguë et un sentiment d’impuissance. L’important est de ne pas se laisser enfermer dans ce mouvement dépressif. Trop de culpabilité donnerait l’impression à l’adolescent que tout dépend de ses parents et qu’il n’a que peu de pouvoir sur son évolution. Mettre en avant leur impuissance reviendrait à lui dire qu’ils renoncent à l’influencer et qu’ils refusent le conflit. Or l’important en tant que parents, c’est avant tout d’être concernés par son enfant. C’est-à-dire lui
montrer qu’il est regardé, vu et entendu sans nécessairement chercher à vouloir le changer mais sans renoncer non plus à le confronter à ce qu’il a été, à ce qu’il peut être et aux projets qu’il peut avoir. Les parents sont les témoins et les garants de la continuité de leur enfant, du passé et de l’avenir comme du présent.
Les parents doivent assurer cette continuité quelles que soient leurs erreurs et même leurs « fautes » passées. Celles-ci ne justifient jamais que l’adolescent en pâtisse deux fois, en s’abîmant d’une façon ou d’une autre et en gâchant ses chances. Ils peuvent s’interroger play free retro slots sur ce qu’ils ont fait (leur passé, leur histoire), se remettre en question sans pour autant s’enfermer dans la culpabilité
ni renoncer à leurs convictions, et encore moins à continuer de défendre ce qu’ils pensent être préférable pour leur enfant.

Le meilleur service que des parents peuvent rendre à un adolescent, c’est de survivre, disait le psychanalyste et pédiatre Winnicott. Il soulignait par là l’importance de cette présence continue en arrière-fond qui, pour exister, n’a pas nécessairement besoin de maîtriser le cours des événements. Présence qui subsiste même si elle fait l’objet d’attaques ou d’apparente indifférence. Cette continuité, cette résistance, cette capacité d’accueil sont en miroir, ce qui permet à l’adolescent de se construire et de se sentir lui aussi inscrit dans une continuité, capable de résistance et d’être accueillant envers lui-même et envers ses contradictions. On retrouve dans ces caractéristiques parentales à l’adolescence celles qui dans la première enfance avaient permis au bébé de se percevoir comme une personne inscrite dans la durée et résistant aux coups, ruptures et autres traumatismes de la vie.

Sa mère est sa meilleure amie. Est-ce bon pour son équilibre

Sa mère est sa meilleure amie. Est-ce bon pour son équilibre?

C’est une phrase que l’on entend souvent, et plus fréquemment dans ce sens qu’entre père et fils. La
relation entre hommes est volontiers plus distante, tant sur le plan de la proximité physique que sur celui des confidences. Il est probable que l’évolution libérale de la société et des relations au sein de la famille, avec une plus grande liberté d’expression, a facilité ce rapprochement mère/fille. Cette situation est-elle souhaitable? On comprendra aisément que la réponse ne soit pas univoque. Derrière lui même phrase peuvent se cacher des réalités bien différentes. Tout dépend de l’intensité de la relation, de son caractère plus ou moins exclusif, c’est-à-dire du degré de
contrainte et d’emprise réciproques d’un tel lien. Il est sûrement bénéfique que le lien parent-adolescent soit libre et empreint d’une confiance partagée. Mais le lien parent-enfant, et plus spécifiquement mère-enfant, est d’une telle nécessité qu’il faut des contrepoids pour que l’enfant puisse s’en dégager. Ces contrepoids, ce sont les limites qu’imposent la mère, les frustrations, le fait qu’elle puisse manquer ou ne pas répondre à tous les besoins de l’enfant. C’est ce qui permet à celui-ci de prendre à son compte, progressivement, les apports maternels, de les faire siens, de
les intérioriser et de s’identifier aux caractéristiques maternelles puis de chercher ailleurs, dans une tierce personne, plus particulièrement le père, ce qu’il ne trouve pas chez la mère.
C’est à ce niveau qu’un trop grand «copinage» entre la mère et l’adolescente trouve ses limites. Il risque, en effet, à la fois de traduire la persistance d’une excessive dépendance affective entre elles, mais aussi d’entretenir et d’aggraver cette relation. Tout accrochage à la présence physique d’un parent peut faire douter de la qualité et de la réalité des acquis intériorisés et assimilés par
l’adolescent. Une trop grande transparence de la vie intime entre parents et adolescent a de bonnes chances de freiner les possibilités d’autonomisation de l’adolescent. Cette relation privilégiée est difficile à quitter car elle offre, sur le moment, beaucoup d’avantages et peu de contraintes. Pourtant, elle va rendre le choix d’un partenaire difficile et ce d’autant plus qu’il aura de son côté des besoins et des demandes bien différents de ceux de la mère, et que la relation idyllique avec celle-ci aura bien mal préparé l’adolescente à supporter une nouvelle relation où elle ne sera pas l’objet d’une telle complaisance dans la complémentarité.

Enfin, si le lien persiste sur ce mode, son caractère de leurre et de relation en fait profondément inégalitaire et déséquilibrée se révélera avec le temps, quand le vieillissement de la mère et sa disparition laisseront la fille seule à devoir gérer cet abandon en ayant été bien mal préparée à vivre d’autres types de liens. Le meilleur lien à la mère est celui qui permet à la fille de vivre sans sa mère, ce qui ne veut pas dire sans relation avec elle, mais en ayant intériorisé l’essentiel
des qualités qu’elle lui aura transmises. Par la suite, la fille pourra en faire profiter à son tour ceux qu’elle aime et aimera, et notamment ses propres enfants, qu’ils soient filles ou garçons.

Ils ne s'entendent pas entre frères et sœurs. Que faire

Ils ne s’entendent pas entre frères et sœurs. Que faire?

Tous les parents souhaiteraient que frères et sœurs s’entendent parfaitement. Ils leur portent le même amour, il n’y a donc aucune raison qu’ils se jalousent et se disputent ! Cette vision idyllique et reposante des relations fraternelles ne correspond guère à la réalité. La rivalité est inévitable et l’envie, comme la jalousie, sont les sentiments les mieux partagés entre les enfants et, même, entre les adultes (les conflits d’héritage en sont un bon révélateur). Mais cela n’empêche pas d’éprouver en même temps amour et affection, et ce de façon d’autant plus saine et vraie qu’envie et jalousie sont reconnues, acceptées et intégrées. Il suffit d’observer les enfants entre eux pour comprendre que leur penchant naturel est de vouloir être les premiers, sinon les seuls, de s’emparer du maximum d’objets possibles comme de capter à leur profit l’attention et l’affection des adultes qui s’occupent d’eux. « C’est à moi » est leur devise préférée et malheur à qui s’y oppose. Seule l’éducation par les parents réussira à limiter cette expansion que les enfants souhaiteraient infinie. L’apaisement viendra de la confiance dans leurs parents et de l’assurance qu’ils ont plus à gagner en composant avec leurs frères et sœurs pour l’amour des parents qu’en se disputant sans cesse. L’attitude des parents détermine en grande partie le climat affectif entre frères et sœurs. Ce rôle essentiel ne tient pas seulement à un juste partage de l’affection entre chacun, mais dépend aussi de leur capacité à limiter les manifestations d’hostilité et à exiger un respect mutuel entre les enfants.
Les conflits entre frères et sœurs peuvent bien sûr être alimentés par une différence marquée d’affection ou d’intérêt de la part d’un ou des deux parents. Mais ils sont également liés, plus subtilement, au véritable traumatisme subi à la naissance d’un puîné par un enfant parfois très ou trop investi et adulé par un parent. L’enfant peut vivre l’événement comme un véritable abandon, un rejet ou, pire, une trahison. Son mouvement de haine à l’égard de celui qui lui a volé sa mère,
ou parfois son père, est souvent étoufle et réprimé sur le moment par peur de perdre l’amour du parent. Il resurgit parfois à l’adolescence et peut s’exprimer par un trouble psychique ou du comportement. Quoi qu’il en soit, quand les conflits deviennent trop bruyants, il revient aux parents d’aider les adolescents à se reprendre en imposant des limites et en exigeant un respect réciproque. La persistance des difficultés ou la souffrance de parents débordés peuvent nécessiter un avis spécialisé et, parfois, une thérapie familiale. Celle-ci facilite l’apaisement et la possibilité pour chacun de retrouver sa place.

Regarde le mal que tu nous fais.

« Regarde le mal que tu nous fais. »

Cette plainte, qu’elle soit exprimée clairement, ou simplement suggérée, est celle d’un ou de parents
qui souffrent de l’attitude de leur enfant et qui ne comprennent pas comment, malgré leur amour, leur
dévouement et leurs sacrifices, ils en sont arrivés là. Cette attitude est rendue encore plus incompréhensible par la lassitude, le sentiment d’épuisement voire d’accablement, mais aussi d’injustice devant l’évolution de la situation. A contrario, si elle est compréhensible, une telle attitude n’en est pas moins à éviter. L’adolescent a besoin de trouver devant lui des adultes qui l’aident à mettre une limite à ses impulsions et à gérer ses émotions. Chercher à susciter sa compassion, c’est lui reconnaître un pouvoir d’abîmer, voire de détruire l’adulte qui risque de l’affoler et de le pousser au pire. Une fois encore, il y a inversion de l’ordre des générations. C’est
à l’adulte d’éduquer et de se donner les moyens de contenir l’adolescent, au besoin avec l’aide de tiers. Exprimer son émotion et sa pensée devant l’attitude de l’adolescent peut être bénéfique, si cela ne devient pas une habitude insupportable pour lui. Mais le ou les parents doivent le faire après, ou tout en posant les indispensables limites.

Quelle est la place du père

Quelle est la place du père ?

La fonction classique du père, énoncée par Freud et la théorie psychanalytique, est de protéger l’enfant de l’inceste en s’interposant entre lui et sa mère et en la lui interdisant. En outre, le père a une fonction de protection par le fait que, moyennant ce renoncement à la mère, l’enfant bénéficie de sa bienveillance, fait alliance avec lui et se sent protégé. Au-delà de cette fonction d’interdit, et probablement de façon tout aussi importante, le père intervient dans la relation de l’enfant à la mère par le fait qu’il vectorise le désir de la mère sur lui, indiquant ainsi à l’enfant une voie qui le sort de la seule confrontation avec sa mère. L’effet tiers d’ouverture de la fonction paternelle n’est ainsi pas seulement lié à l’interdit, mais aussi à la mobilisation d’un désir sur une tierce personne, objet du désir de la mère.

On oublie souvent qu’il n’y a pas de père sans qu’il y ait une mère et que c’est elle, autant que l’enfant, qui fait le père, et vice versa. Au-delà de ce que chacun est, c’est la façon dont l’autre l’investit qui compte. Cet investissement réciproque est aussi important que leur rôle spécifique. Ainsi, quelles que soient ses qualités, si le père est disqualifié par la mère, cela fait des ravages. La disqualification, plus que la critique ou l’opposition, c’est le dénigrement systématique de la valeur et de l’importance de l’autre, voire même le présenter comme une source de danger. Les enfants sont alors placés dans un dilemme infernal qui les oblige à remettre en question la confiance en l’un ou en l’autre.

Cette disqualification va parfois jusqu’à l’accusation d’abus sexuel ou de perversité du père, et peut provoquer une crise de confiance d’autant plus considérable que cela n’est pas toujours vrai.
L’enfant constate que le parent avec lequel il a une relation initiale privilégiée, en général sa mère, est lui-même en relation avec d’autres personnes auprès desquelles il l’introduit pour nouer des relations différentes. Le conjoint tient une place essentielle dans ce dispositif et notamment le père, co-géniteur et porteur d’une différence de sexe, fondement essentiel de l’accès à la différence. L’absence du père ne condamne pas l’enfant à l’indifférenciation, mais elle lui complique la tache dans ses possibilités d’identification pour le garçon et dans ses relations affectives pour la fille. D’autres supports peuvent alors servir de relais.

Lorsqu’il fonctionne dans le respect des différences, le couple parental ouvre l’enfant à des relations affectives différenciées et à des modèles d’identification qui s’appuient sur ces deux socles de la réalité que sont la différence des sexes et celle des générations. Cependant, cette ouverture à la différence est fortement affaiblie quand la différence se réduit à une hiérarchie où l’un des parents se définit essentiellement par son statut d’infériorité ou de supériorité à l’autre.
Enfin, le père intervient au niveau de la constitution des idéaux de l’enfant dans la mesure où il est porteur d’ouverture sur les valeurs sociales dont il est un des relais privilégiés. L’étude de la fonction paternelle a donné lieu à deux types de dérive. La première dérive est celle d’une abs-
traction de plus en plus poussée au point de réduire la fonction paternelle à un jeu de signifiants, notamment autour du Nom du Père, qui serait ou non transmis par la mère. Cette tendance lui confère un rôle de type

transccndanial qui aboutit d’une part à se référer à des entités telle la Loi, dont le père serait le vecteur, et d autre part à s’éloigner d’une réalité qui ne corrobore guère ces spéculations. A l’opposé, la deuxième dérive réside dans le risque de transformer le père en une mère bis, contri-
buant ainsi à la constitution d’un bloc «papa-maman» indifférencié. Cette dérive est d’autant plus pernicieuse qu’elle résulte d’un conflit de pouvoir entre la mère et le père et non d’une entente respectueuse de chacun autour du partage des tâches. Comme toujours avec l’éducation, ce qui est un avantage d’un côté représente un risque possible de l’autre. La plus grande proximité du père avec ses enfants a bien des avantages, mais elle peut avoir un inconvénient : celui d’être parfois envahissante pour eux. Même si la mère est sortie du foyer pour travailler, c’est le père qui traditionnellement symbolise celui qui part affronter le monde et facilite ainsi l’ouverture à l’extérieur. En donnant le sentiment de centrer ses intérêts trop exclusivement sur la famille, il n’offre plus toujours le minimum d’idéalisation de ce qui se passe à l’extérieur, et dont l’eniànt se sent exclu, nécessaire pour permettre à un adolescent d’avoir envie de sortir de sa famille. Empreints comme la mère de sollicitude, les pères transmettent, souvent malgré eux, une vision inquiète du monde. On assiste parfois aujourd’hui à une sorte de «cramponnement » familial généralisé ; comme on est bien, parents et enfants, tous dans le grand lit devant la télévision!

De façon plus pratique, il est intéressant de revenir sur les aspects concrets du développement de l’enfant et notamment sur une des nécessités essentielles de ce développement, la fonction différenciante ou fonction tierce. Celle-ci s’organise de façon privilégiée autour de la place du père, mais elle trouve aussi des supports et des relais au-delà de la place du père et notamment dans
les supports offerts par les médiations culturelles.

La mise en place d’investissements différenciés permet la constitution de limites et sort l’enfant d’une relation exclusive qui s’exprime sur le mode du tout ou rien. Il s’agit d’un processus très progressif, les prémices de cette différenciation apparaissant très tôt, probablement dès les derniers mois de la vie fœtale par le repérage des sons de voix différents. Par la suite, cette perception s’appuiera sur la répartition des rôles et des attitudes. Elle aboutira à l’émergence
de la configuration œdipienne, c’est-à-dire à la perception par l’enfant de la différence des sexes et des générations organisée autour et par le couple parental. Le fait que celui-ci véhicule ces différences fondamentales permet à l’enfant non seulement de se situer dans une généalogie, mais aussi d’insérer ces différences dans une relation de complémentarité. Le lien du couple, s’il est fait de respect mutuel et d’amour, illustre que la différence est porteuse d’une complémentarité positive. Il introduit alors l’enfant à la liberté, à la possibilité de se rêver lui aussi différent
de ses parents tout en restant objet d’amour et d’intérêt.

Dès lors, il ne s’agit plus pour l’enfant d’être comme ses parents, plus ou moins confondus avec eux et indifférencié, ou au contraire différent et rejeté. Il lui est possible de se concevoir comme différent et semblable sans être pour autant le même. Cette fonction tierce sera par la suite relayée par d’autres médiateurs : grandsparents, oncles ou tantes et intervenants du monde social environnant avec, au premier rang, les enseignants et tous ceux qui ont une fonction éducative. A l’opposé, la négation ou le refus de la différence au sein du couple signifie pour l’enfant qu’on ne peut être que semblable, et, à la limite, indifférencié, ou rejeté.
Cette intolérance à la différence est porteuse de menaces pour son développement : grandir, c’est se confondre avec cet objet d’amour totalitaire ou risquer de le détruire ou d’être détruit.

L’enfant se constitue ainsi largement en fonction des attitudes des autres à son égard, et de l’image que ceuxci lui renvoient. Ce jeu d’échanges est une des conditions de l’empathie, de cette capacité à s’identifier à l’autre et à le comprendre de l’intérieur. C’est également une condition essentielle de la possibilité de tendresse pour autrui et une base indispensable de l’accès au système des valeurs et au sentiment moral. C’est parce que l’enfant aura perçu et intégré ces limites successives et identifié les siennes propres, également reconnues et respectées par les autres, qu’il accédera progressivement à la conscience de son appartenance à un groupe de valeurs communes. Ces dernières seront à leur tour comme une médiation supplémentaire entre lui et les autres, et assureront la préservation de ses limites, de son intégrité et de son identité. Cette progressive intégration
de valeurs transcendant le sujet est bien différente de la notion d’une loi qui s’imposerait arbitrairement de l’extérieur et conditionnerait l’accès à un ordre symbolique.