Quelle autorité à la maison

Quelle autorité à la maison ?

L’adolescence est une période révélatrice de la nature et de la qualité de l’autorité parentale. Bien qu’actuellement souvent mise à mal, elle continue à s’imposer naturellement chez l’enfant, en raison de son immaturité physique, avec la différence de taille et de force qu’elle implique. Ce n’est pas le cas chez l’adolescent. La précocité de la puberté, l’augmentation moyenne de la taille des adolescents et la libération des mœurs confèrent à la contestation normale de l’adolescence une ampleur inégalée, qui soumet à rude épreuve l’autorité parentale. Et pourtant, pour la très grande majorité des parents et des adolescents, la référence à l’autorité parentale ne pose guère problème, même si elle ne s’exprime
plus de la même façon que par le passé. L’exercice de l’autorité a su s’adapter à l’évolution sociale, ce qui se traduit par un bon indice de satisfaction des adolescents envers leurs parents et réciproquement. Ainsi, selon une récente enquête du Credoc, cinq adolescents sur six se disent satisfaits ou très satisfaits de leurs parents.

Néanmoins, dans l’ensemble, on retrouve toujours 20% d’adolescents dits «à problèmes», pour lesquels se dessine une crise de l’autorité qui se traduira par des manifestations « d’incivilité » et, chez certains, par ce qui semble être une absence totale de référence à une quelconque autorité.

L’autorité est-elle nécessaire? Comment la gérer?
Quelle est sa place dans une société aux mœurs plus libres et dans un monde en pleine évolution ?

Quelques principes peuvent servir de guide. On n’échappe pas à l’autorité, en ce sens qu’il existe une autorité de fait liée à la dépendance physique et psychologique du petit enfant à l’égard de ses parents. Qu’ils le veuillent ou non, ceux-ci ont un pouvoir total sur lui, dont celui de lui donner le langage et les mots qu’il utilisera pour qualifier ses émotions, ses sentiments, ses ressentiments, pour nommer et donc se représenter les liens qu’il noue avec eux. Les parents disent et organisent le permis et l’interdit et servent de modèle à l’enfant. Le besoin de leur amour et de leur attention crée chez l’enfant une dépendance affective inévitable et souhaitable, qui met les parents en position d’autorité. A tout âge, et au moins jusqu’à la fin de l’adolescence, la différence de génération, par ce que fait, dit et montre l’adulte, a des répercussions sur le jeune. La différence d’âge positionne l’adulte dans un rôle éducatif qui contribue à organiser la personnalité en formation de l’enfant et de l’adolescent. Aucun adulte ne peut échapper à cet impact éducatif, cette relation d’autorité s’impose d’elle-même. En ne voulant exercer aucune autorité, l’adulte ne donnera pas plus de liberté à l’enfant. Il lui imposera en fait un choix qui consiste à l’abandonner à lui-même.

Si les adultes ne peuvent échapper à leur rôle éducatif, deux questions s’imposent qui appellent une
réponse : quel est le but de l’éducation ? Quelle place y tient la relation d’autorité ? En premier lieu, l’objectif de l’éducation est de permettre à l’enfant de devenir autonome et de ne plus
dépendre de l’autorité de l’adulte. On a pu penser que cette autonomie s’acquerrait plus facilement en laissant l’enfant très libre et en lui posant le moins de limites possibles. Le résultat est peu concluant. Ne pas exercer d’autorité, c’est abandonner l’enfant à lui-même, à la tyrannie de ses besoins et de ses contradictions, sans références extérieures pour les réguler, les projeter dans
l’avenir et leur donner un sens. L’essentiel de la liberté d’un individu dépend de sa capacité d’attendre. Or l’attente est un apprentissage qui résulte à la fois des capacités propres à l’enfant et de sa prise en compte progressive des limites que les adultes lui imposent pour le protéger, mais aussi l’insérer dans le groupe social. En acceptant ces limites et interdits, l’enfant s’assure en
retour de sa valeur par l’amour et l’estime que les adultes éprouvent à son égard. La capacité d’attendre repose non pas sur le refus de la satisfaction immédiate mais sur la possibilité de la différer en vue d’un plus grand bien : l’approbation des adultes dans un premier temps, puis la prise de conscience progressive de ses ressources propres, de ses moyens de contrôle. L’enfant se perçoit ainsi progressivement comme plus libre, tant par rapport à ses besoins propres que par rapport aux réactions de l’environnement.

Si l’adulte est trop laxiste, l’enfant est prisonnier de ses contradictions internes, sans autre valorisation structurante que la quête répétée de satisfactions passagères auxquelles il risque d’être condamné. Le fait que l’échange entre l’enfant et ses parents fonctionne de façon satisfaisante repose sur une condition essentielle : la confiance. C’est parce que l’enfant fait profondément confiance à l’adulte qu’il accepte les sacrifices immédiats qui lui sont demandés sans trop de frustration et avec un bénéfice secondaire important : celui d’être aimable aux yeux d’une personne, elle-même aimable et valable pour lui, qui lui autorise l’acquisition du sentiment de sa propre valeur. Ce sentiment lui permettra par la suite de s’opposer à l’occasion et de se différencier, sans crainte de perdre l’amour du parent pour autant.

Exercer une autorité ne consiste pas à soumettre l’enfant à la volonté de l’adulte. C’est plutôt savoir poser des limites aux satisfactions immédiates, non pas en fonction des seuls desseins de l’adulte, mais au nom de cette référence tierce que sont les conditions d’un développement optimal de l’enfant. Au contraire de l’autoritarisme, le but de l’autorité n’est pas de contraindre l’enfant mais de l’aider à s’épanouir et à trouver sa place dans les limites transmises par les adultes, dans une relation de confiance qui lui permette de les adopter. Cette confiance permet à l’adolescent de mettre à l’épreuve ces limites sans avoir peur de perdre sa valeur aux yeux de son entourage.
Or la confiance comme l’apprentissage des limites et de la capacité d’attendre ne commencent pas à l’adolescence. C’est en cela que celle-ci est révélatrice de ce qui s’est construit peftdant l’enfance.

Je fais des confidences à mon enfant. Cela peut-il le perturber

Je fais des confidences à mon enfant. Cela peut-il le perturber ?

La situation d’adolescent confident n’a heureusement pas toujours des effets néfastes, mais on peut dire qu’elle n’est jamais bénéfique. Les parents sont trop importants pour l’enfant et celui-ci naturellement trop dépendant d’eux pour qu’il ne soit extrêmement sensible a ce qu’ils n’empiètent pas trop sur son espace privé et qu’ils lui laissent des bases personnelles suffisantes pour une autonomie toujours difficile à conquérir. Traiter trop rapidement un adolescent comme un adulte, c’est lui imposer un rythme de développement trop rapide, qui ne s’adapte pas à la réalité de ses besoins propres. C’est lui voler son enfance et l’obliger à exclure ses désirs d’enfant du reste de son développement. La résurgence de ces désirs à l’adolescence risque de le désorienter en lui faisant ressentir comme enfantin, donc déplacé et inconvenant, ce qui n’est qu’infantile, c’est-à-dire à ce qui demeure de l’enfant en lui. Il risque aussi de se fermer sur lui-même, secret et isolé derrière les remparts qu’il s’est construits pour se mettre à l’abri des adultes, avec une vie affective en circuit
fermé, coupé des échanges avec les autres.

Le besoin de vérité concerne souvent ce qui fait l’essentiel de la vie des adultes, de leurs passions et de leurs échanges, c’est-à-dire leur vie amoureuse et les conflits familiaux. Vouloir dire toute la vérité, c’est faire de l’enfant le témoin de ce qu’il n’est pas à même d’accueillir avec les moyens de juger et le recul suffisants ; c’est aussi lui demander implicitement, ou souvent
explicitement, de prendre parti, notamment entre ses parents ou entre d’autres membres de la famille. C’est le déchirer dans ses attachements et ses fidélités et l’aliéner à des conflits qui ne devraient pas l’impliquer. C’est, de la part des parents, l’utiliser dans des règlements de comptes entre adultes.
C’est également l’amener à désidéaliser brutalement ses parents. Ceux-ci ne sont plus perçus comme la figure d’autorité qui lui donne confiance, protection et valorisation, et dont l’union, avec certes ses conflits, ses différences et ses oscillations, le rassure quant à ses propres possibilités de contenir ses tensions et ses conflits. Par exemple, le faire participer aux difficultés du couple
revient souvent à le confronter brutalement à un tableau caricatural avec, d’un côté, le bon parent, loyal, fidèle, représentant du devoir, et, de l’autre côté, le mauvais parent, volage, adepte du plaisir et du laisser-aller. C’est en l’adolescent lui-même que ce conflit, auquel nul n’échappe, risque de se rejouer d’une façon violente et destructive, comme si aucun compromis n’était possible.
Mais la vérité ne concerne pas que les conflits familiaux et les secrets de famille. Elle est aussi sollicitée par la question de la maladie et de la mort. Ce peut être celles des parents ou de membres de la famille, mais cela peut toucher l’adolescent lui-même. Le contexte est totalement différent des situations précédentes. Partager la vérité rapproche plus que cela ne divise. Il apparaît inutile de chercher à protéger particulièrement l’adolescent en lui cachant la réalité. Cela l’infantilise et montre que l’on doute de ses capacités à faire face et à gérer sa souffrance et ses inquiétudes. Le faire participer, avec tact et nuances, mais en l’associant à la démarche des adultes, est une forme d’initiation à la vie adulte. Cela lui donne un rôle actif et valorisant, tout en facilitant un échange plus vrai avec les adultes, ce qui lui permet de bénéficier efficacement de leur soutien.

Je l'ai giflé. Ai-je eu raison ou tort

Je l’ai giflé. Ai-je eu raison ou tort?

La gifle, comme d’ailleurs l’ensemble des punitions corporelles, ont actuellement mauvaise presse. On
y voit volontiers l’expression d’un sadisme mal contrôlé, une manifestation de brutalité physique
humiliante, voire traumatique, pour celui qui la subit. La révélation de la fréquence et de la violence de la maltraitance infantile, longtemps largement sous-estimée, a joué un rôle dans cette condamnation souvent sans appel de la gifle « traditionnelle » de l’ancienne éducation comme de la fessée pour le petit enfant. Il est vrai qu’on en abusait facilement et qu’aucun châtiment physique n’est en soi nécessaire à une bonne éducation. Il faut bien reconnaître qu’il traduit souvent un énervement mal contrôlé du parent, qui se décharge ainsi d’une tension excessive alors que, comble d’injustice, il n’est pas rare que l’enfant ne soit même pas à l’origine de cette tension. Il peut être la goutte d’eau de trop, et sert de bouc émissaire lors d’un conflit entre les adultes. Telle la mère surchargée de travail, dont le mari préfère s’occuper de son ordinateur, aller à la pêche ou sortir avec des copains, plutôt que de l’aider. .. Dans ce contexte, le moindre écart de l’adolescent risque de se terminer par une gifle qui n’aurait sûrement pas été donnée en temps ordinaire.

Est-ce pour autant si grave, et la gifle doit-elle être proscrite? Comme tout ce qui concerne la relation éducative, la gifle doit être replacée dans le contexte de la vie familiale et de la qualité des relations affectives entre ses membres. C’est ce qui va lui conférer sa véritable signification. Le recours fréquent aux gifles témoigne d’un parent débordé par ses émotions, qui ne trouve pas d’autres moyens de contenir l’adolescent et ses propres sentiments. C’est le reflet d’un échec édu-
catif qui ne peut que braquer l’adolescent et le mettre en porte à faux par rapport à ses amis. En outre, une gifle n’a pas la même signification à 10, 15 ou 18 ans. Plus l’adolescent grandit, plus elle est humiliante. En effet, il se sent infantilisé, mis dans une situation passive et sans moyen pour répondre alors qu’il est souvent plus fort que le parent qui la lui a donnée… C’est le caractère déplacé et inadéquat de la gifle qui pose problème. A la réprimande s’ajoute une blessure d’amour-propre, or celles-ci laissent les traces les plus durables et les rancœurs les plus violentes. Une gifle à l’adolescence peut être ressentie comme une rupture du lien de confiance avec l’adulte. Ce sera d’autant plus vrai que la relation est plus passionnelle entre eux. En revanche, une gifle qui répond du tac au tac à une insolence d’un préadolescent testant les limites de la tolérance parentale ou donnée à un moment de perte de contrôle d’un adolescent, même plus âgé, sous l’effet d’une crise d’excitation ou d’un toxique, peut avoir un effet bénéfique. Elle pose des limites que la seule parole ne suffit pas toujours à marquer. En outre, la dimension physique du coup permet à l’adolescent une rencontre brutale avec une réalité qui résiste. Cette brutalité, dans ce cadre précis, peut avoir un effet apaisant car contenant et protecteur. Elle coupe l’adolescent de
l’emprise de ses seules émotions intérieures et le place devant un obstacle extérieur capable de résister à sa violence. Or celle-ci lui fait d’autant plus peur qu’il ne sait pas toujours pourquoi elle est présente et à quoi elle correspond; il craint par-dessus tout qu’elle le submerge sans qu’il ne puisse la contrôler. La résistance parentale devient alors rassurante comme peut l’être,
pour un enfant qui a une crise de rage, le fait d’être pris dans les bras et serré fortement. Ou, à un niveau plus archaïque, le besoin des animaux qui ont peur, devant un orage par exemple, de se blottir dans un endroit apparemment très inconfortable, mais qui les entoure. A la menace que représente la violence des émois, la force de la contention extérieure vient faire contre-
poids.
Pas d’apologie de la gifle donc, qui ne peut être qu’un recours exceptionnel. Mais pas de dramatisation non plus, car elle peut être préférable, pour rétablir un contact avec un adolescent débordé, aux tergiversations sans fin ou à une résignation qui sont sûrement les pires réponses que puissent faire les parents.

Il nous doit le respect. Est-ce trop lui demander

Il nous doit le respect. Est-ce trop lui demander?

La relation parent-enfant devrait être fondée sur le respect. Un respect certes réciproque, mais asymétrique. Le respect consiste à reconnaître l’autre pour lui-même, c’est-à-dire en tant que personne à part entière, ayant des besoins et des désirs propres qui ne se confondent pas avec les siens. Ce respect, que chaque parent devrait placer à la base de ses relations avec ses enfants, est présent dans divers domaines : respect des besoins de l’enfant et de son autonomie potentielle; respect de son corps, qui ne doit pas servir à assouvir les désirs sexuels et/ou agressifs des adultes ; respect de son esprit, qui doit s’ouvrir à la différence, et donc à la capacité de critique, par la découverte de la langue, les apprentissages, la culture et les contacts hors du milieu familial. Cependant, ce respect est obligatoirement asymétrique dans la mesure où les parents ont le devoir d’éduquer leur enfant alors que l’inverse n’est pas vrai, même si c’est parfois le cas à l’adolescence.

Ce devoir d’éducation implique une asymétrie du respect, qui comporte pour l’enfant comme pour l’ado-
lescent le respect des injonctions et des règles éducatives, c’est-à-dire le devoir d’obéissance. Si le respect passe par l’acceptation des décisions éducatives des parents, cela n’exclut ni la discussion, dont les modalités varient d’une famille à l’autre, ni l’esprit critique. Mais, quelle que soit la critique que puisse en faire l’adolescent, le respect lui impose, au final, l’obéissance
à la décision du parent, quitte à se dire qu’il aura la possibilité, une fois adulte, de faire autrement, y compris dans l’éducation de ses enfants.
Le respect des parents par l’adolescent implique que les règles fondamentales du respect qui lui est dû aient bien été appliquées. Ce sera d’autant plus facile que régnera cette confiance réciproque qui doit être une des clés de voûte de l’éducation. Il est, en effet, indispensable que tout parent soit imprégné de cette conviction que son enfant lui doit le respect et, en retour, qu’il doit tout faire
pour en être digne et acquérir sa confiance. Pour être efficace, le respect doit aller de soi. Il peut être utile de le rappeler à certaines occasions, mais le faire trop souvent lui enlève sa crédibilité et revient à répéter de façon incantatoire une injonction que l’on ne parvient plus à
faire entendre. Mieux vaut alors refaire le point de façon approfondie et consulter une tierce personne, en cas d’échec, plutôt que de répéter une phrase sans effet.

Sa mère est sa meilleure amie. Est-ce bon pour son équilibre

Sa mère est sa meilleure amie. Est-ce bon pour son équilibre?

C’est une phrase que l’on entend souvent, et plus fréquemment dans ce sens qu’entre père et fils. La
relation entre hommes est volontiers plus distante, tant sur le plan de la proximité physique que sur celui des confidences. Il est probable que l’évolution libérale de la société et des relations au sein de la famille, avec une plus grande liberté d’expression, a facilité ce rapprochement mère/fille. Cette situation est-elle souhaitable? On comprendra aisément que la réponse ne soit pas univoque. Derrière lui même phrase peuvent se cacher des réalités bien différentes. Tout dépend de l’intensité de la relation, de son caractère plus ou moins exclusif, c’est-à-dire du degré de
contrainte et d’emprise réciproques d’un tel lien. Il est sûrement bénéfique que le lien parent-adolescent soit libre et empreint d’une confiance partagée. Mais le lien parent-enfant, et plus spécifiquement mère-enfant, est d’une telle nécessité qu’il faut des contrepoids pour que l’enfant puisse s’en dégager. Ces contrepoids, ce sont les limites qu’imposent la mère, les frustrations, le fait qu’elle puisse manquer ou ne pas répondre à tous les besoins de l’enfant. C’est ce qui permet à celui-ci de prendre à son compte, progressivement, les apports maternels, de les faire siens, de
les intérioriser et de s’identifier aux caractéristiques maternelles puis de chercher ailleurs, dans une tierce personne, plus particulièrement le père, ce qu’il ne trouve pas chez la mère.
C’est à ce niveau qu’un trop grand «copinage» entre la mère et l’adolescente trouve ses limites. Il risque, en effet, à la fois de traduire la persistance d’une excessive dépendance affective entre elles, mais aussi d’entretenir et d’aggraver cette relation. Tout accrochage à la présence physique d’un parent peut faire douter de la qualité et de la réalité des acquis intériorisés et assimilés par
l’adolescent. Une trop grande transparence de la vie intime entre parents et adolescent a de bonnes chances de freiner les possibilités d’autonomisation de l’adolescent. Cette relation privilégiée est difficile à quitter car elle offre, sur le moment, beaucoup d’avantages et peu de contraintes. Pourtant, elle va rendre le choix d’un partenaire difficile et ce d’autant plus qu’il aura de son côté des besoins et des demandes bien différents de ceux de la mère, et que la relation idyllique avec celle-ci aura bien mal préparé l’adolescente à supporter une nouvelle relation où elle ne sera pas l’objet d’une telle complaisance dans la complémentarité.

Enfin, si le lien persiste sur ce mode, son caractère de leurre et de relation en fait profondément inégalitaire et déséquilibrée se révélera avec le temps, quand le vieillissement de la mère et sa disparition laisseront la fille seule à devoir gérer cet abandon en ayant été bien mal préparée à vivre d’autres types de liens. Le meilleur lien à la mère est celui qui permet à la fille de vivre sans sa mère, ce qui ne veut pas dire sans relation avec elle, mais en ayant intériorisé l’essentiel
des qualités qu’elle lui aura transmises. Par la suite, la fille pourra en faire profiter à son tour ceux qu’elle aime et aimera, et notamment ses propres enfants, qu’ils soient filles ou garçons.

Ils ne s'entendent pas entre frères et sœurs. Que faire

Ils ne s’entendent pas entre frères et sœurs. Que faire?

Tous les parents souhaiteraient que frères et sœurs s’entendent parfaitement. Ils leur portent le même amour, il n’y a donc aucune raison qu’ils se jalousent et se disputent ! Cette vision idyllique et reposante des relations fraternelles ne correspond guère à la réalité. La rivalité est inévitable et l’envie, comme la jalousie, sont les sentiments les mieux partagés entre les enfants et, même, entre les adultes (les conflits d’héritage en sont un bon révélateur). Mais cela n’empêche pas d’éprouver en même temps amour et affection, et ce de façon d’autant plus saine et vraie qu’envie et jalousie sont reconnues, acceptées et intégrées. Il suffit d’observer les enfants entre eux pour comprendre que leur penchant naturel est de vouloir être les premiers, sinon les seuls, de s’emparer du maximum d’objets possibles comme de capter à leur profit l’attention et l’affection des adultes qui s’occupent d’eux. « C’est à moi » est leur devise préférée et malheur à qui s’y oppose. Seule l’éducation par les parents réussira à limiter cette expansion que les enfants souhaiteraient infinie. L’apaisement viendra de la confiance dans leurs parents et de l’assurance qu’ils ont plus à gagner en composant avec leurs frères et sœurs pour l’amour des parents qu’en se disputant sans cesse. L’attitude des parents détermine en grande partie le climat affectif entre frères et sœurs. Ce rôle essentiel ne tient pas seulement à un juste partage de l’affection entre chacun, mais dépend aussi de leur capacité à limiter les manifestations d’hostilité et à exiger un respect mutuel entre les enfants.
Les conflits entre frères et sœurs peuvent bien sûr être alimentés par une différence marquée d’affection ou d’intérêt de la part d’un ou des deux parents. Mais ils sont également liés, plus subtilement, au véritable traumatisme subi à la naissance d’un puîné par un enfant parfois très ou trop investi et adulé par un parent. L’enfant peut vivre l’événement comme un véritable abandon, un rejet ou, pire, une trahison. Son mouvement de haine à l’égard de celui qui lui a volé sa mère,
ou parfois son père, est souvent étoufle et réprimé sur le moment par peur de perdre l’amour du parent. Il resurgit parfois à l’adolescence et peut s’exprimer par un trouble psychique ou du comportement. Quoi qu’il en soit, quand les conflits deviennent trop bruyants, il revient aux parents d’aider les adolescents à se reprendre en imposant des limites et en exigeant un respect réciproque. La persistance des difficultés ou la souffrance de parents débordés peuvent nécessiter un avis spécialisé et, parfois, une thérapie familiale. Celle-ci facilite l’apaisement et la possibilité pour chacun de retrouver sa place.

Quelle est la place du père

Quelle est la place du père ?

La fonction classique du père, énoncée par Freud et la théorie psychanalytique, est de protéger l’enfant de l’inceste en s’interposant entre lui et sa mère et en la lui interdisant. En outre, le père a une fonction de protection par le fait que, moyennant ce renoncement à la mère, l’enfant bénéficie de sa bienveillance, fait alliance avec lui et se sent protégé. Au-delà de cette fonction d’interdit, et probablement de façon tout aussi importante, le père intervient dans la relation de l’enfant à la mère par le fait qu’il vectorise le désir de la mère sur lui, indiquant ainsi à l’enfant une voie qui le sort de la seule confrontation avec sa mère. L’effet tiers d’ouverture de la fonction paternelle n’est ainsi pas seulement lié à l’interdit, mais aussi à la mobilisation d’un désir sur une tierce personne, objet du désir de la mère.

On oublie souvent qu’il n’y a pas de père sans qu’il y ait une mère et que c’est elle, autant que l’enfant, qui fait le père, et vice versa. Au-delà de ce que chacun est, c’est la façon dont l’autre l’investit qui compte. Cet investissement réciproque est aussi important que leur rôle spécifique. Ainsi, quelles que soient ses qualités, si le père est disqualifié par la mère, cela fait des ravages. La disqualification, plus que la critique ou l’opposition, c’est le dénigrement systématique de la valeur et de l’importance de l’autre, voire même le présenter comme une source de danger. Les enfants sont alors placés dans un dilemme infernal qui les oblige à remettre en question la confiance en l’un ou en l’autre.

Cette disqualification va parfois jusqu’à l’accusation d’abus sexuel ou de perversité du père, et peut provoquer une crise de confiance d’autant plus considérable que cela n’est pas toujours vrai.
L’enfant constate que le parent avec lequel il a une relation initiale privilégiée, en général sa mère, est lui-même en relation avec d’autres personnes auprès desquelles il l’introduit pour nouer des relations différentes. Le conjoint tient une place essentielle dans ce dispositif et notamment le père, co-géniteur et porteur d’une différence de sexe, fondement essentiel de l’accès à la différence. L’absence du père ne condamne pas l’enfant à l’indifférenciation, mais elle lui complique la tache dans ses possibilités d’identification pour le garçon et dans ses relations affectives pour la fille. D’autres supports peuvent alors servir de relais.

Lorsqu’il fonctionne dans le respect des différences, le couple parental ouvre l’enfant à des relations affectives différenciées et à des modèles d’identification qui s’appuient sur ces deux socles de la réalité que sont la différence des sexes et celle des générations. Cependant, cette ouverture à la différence est fortement affaiblie quand la différence se réduit à une hiérarchie où l’un des parents se définit essentiellement par son statut d’infériorité ou de supériorité à l’autre.
Enfin, le père intervient au niveau de la constitution des idéaux de l’enfant dans la mesure où il est porteur d’ouverture sur les valeurs sociales dont il est un des relais privilégiés. L’étude de la fonction paternelle a donné lieu à deux types de dérive. La première dérive est celle d’une abs-
traction de plus en plus poussée au point de réduire la fonction paternelle à un jeu de signifiants, notamment autour du Nom du Père, qui serait ou non transmis par la mère. Cette tendance lui confère un rôle de type

transccndanial qui aboutit d’une part à se référer à des entités telle la Loi, dont le père serait le vecteur, et d autre part à s’éloigner d’une réalité qui ne corrobore guère ces spéculations. A l’opposé, la deuxième dérive réside dans le risque de transformer le père en une mère bis, contri-
buant ainsi à la constitution d’un bloc «papa-maman» indifférencié. Cette dérive est d’autant plus pernicieuse qu’elle résulte d’un conflit de pouvoir entre la mère et le père et non d’une entente respectueuse de chacun autour du partage des tâches. Comme toujours avec l’éducation, ce qui est un avantage d’un côté représente un risque possible de l’autre. La plus grande proximité du père avec ses enfants a bien des avantages, mais elle peut avoir un inconvénient : celui d’être parfois envahissante pour eux. Même si la mère est sortie du foyer pour travailler, c’est le père qui traditionnellement symbolise celui qui part affronter le monde et facilite ainsi l’ouverture à l’extérieur. En donnant le sentiment de centrer ses intérêts trop exclusivement sur la famille, il n’offre plus toujours le minimum d’idéalisation de ce qui se passe à l’extérieur, et dont l’eniànt se sent exclu, nécessaire pour permettre à un adolescent d’avoir envie de sortir de sa famille. Empreints comme la mère de sollicitude, les pères transmettent, souvent malgré eux, une vision inquiète du monde. On assiste parfois aujourd’hui à une sorte de «cramponnement » familial généralisé ; comme on est bien, parents et enfants, tous dans le grand lit devant la télévision!

De façon plus pratique, il est intéressant de revenir sur les aspects concrets du développement de l’enfant et notamment sur une des nécessités essentielles de ce développement, la fonction différenciante ou fonction tierce. Celle-ci s’organise de façon privilégiée autour de la place du père, mais elle trouve aussi des supports et des relais au-delà de la place du père et notamment dans
les supports offerts par les médiations culturelles.

La mise en place d’investissements différenciés permet la constitution de limites et sort l’enfant d’une relation exclusive qui s’exprime sur le mode du tout ou rien. Il s’agit d’un processus très progressif, les prémices de cette différenciation apparaissant très tôt, probablement dès les derniers mois de la vie fœtale par le repérage des sons de voix différents. Par la suite, cette perception s’appuiera sur la répartition des rôles et des attitudes. Elle aboutira à l’émergence
de la configuration œdipienne, c’est-à-dire à la perception par l’enfant de la différence des sexes et des générations organisée autour et par le couple parental. Le fait que celui-ci véhicule ces différences fondamentales permet à l’enfant non seulement de se situer dans une généalogie, mais aussi d’insérer ces différences dans une relation de complémentarité. Le lien du couple, s’il est fait de respect mutuel et d’amour, illustre que la différence est porteuse d’une complémentarité positive. Il introduit alors l’enfant à la liberté, à la possibilité de se rêver lui aussi différent
de ses parents tout en restant objet d’amour et d’intérêt.

Dès lors, il ne s’agit plus pour l’enfant d’être comme ses parents, plus ou moins confondus avec eux et indifférencié, ou au contraire différent et rejeté. Il lui est possible de se concevoir comme différent et semblable sans être pour autant le même. Cette fonction tierce sera par la suite relayée par d’autres médiateurs : grandsparents, oncles ou tantes et intervenants du monde social environnant avec, au premier rang, les enseignants et tous ceux qui ont une fonction éducative. A l’opposé, la négation ou le refus de la différence au sein du couple signifie pour l’enfant qu’on ne peut être que semblable, et, à la limite, indifférencié, ou rejeté.
Cette intolérance à la différence est porteuse de menaces pour son développement : grandir, c’est se confondre avec cet objet d’amour totalitaire ou risquer de le détruire ou d’être détruit.

L’enfant se constitue ainsi largement en fonction des attitudes des autres à son égard, et de l’image que ceuxci lui renvoient. Ce jeu d’échanges est une des conditions de l’empathie, de cette capacité à s’identifier à l’autre et à le comprendre de l’intérieur. C’est également une condition essentielle de la possibilité de tendresse pour autrui et une base indispensable de l’accès au système des valeurs et au sentiment moral. C’est parce que l’enfant aura perçu et intégré ces limites successives et identifié les siennes propres, également reconnues et respectées par les autres, qu’il accédera progressivement à la conscience de son appartenance à un groupe de valeurs communes. Ces dernières seront à leur tour comme une médiation supplémentaire entre lui et les autres, et assureront la préservation de ses limites, de son intégrité et de son identité. Cette progressive intégration
de valeurs transcendant le sujet est bien différente de la notion d’une loi qui s’imposerait arbitrairement de l’extérieur et conditionnerait l’accès à un ordre symbolique.

Il ne veut pas nous quitter. Faut-il s'en inquiéter

Il ne veut pas nous quitter. Faut-il s’en inquiéter?

Les jeunes vivent de plus en plus longtemps au domicile familial. Selon l’INSEE, 50% des filles et 60% des garçons entre 20 et 24 ans vivent encore chez leurs parents, et 14% des jeunes se réinstallent dans leur famille au cours des cinq années qui suivent leur départ de la maison familiale. Bien sûr, ils ne manquent pas d’arguments pour justifier ce choix : les raisons économiques, l’allongement de la durée des études, la possibilité de vivre une situation quasi maritale dans la famille… Mais, au-delà de ces réalités, on sent bien que l’on se trouve face à un phénomène psychologique qui prend peu à peu une dimension sociologique.
En effet, de plus en plus déjeunes n’ont pas de motivations suffisantes pour quitter leurs parents à un âge où il était d’usage de le faire il y a encore une quinzaine d’années. Qu’est-ce qui les pousse donc à rester?
Les parents sont-ils complices ? N’ont-ils aucun mot à dire?

La majorité des cas ne pose guère problème et la séparation va se faire spontanément de façon tardive mais satisfaisante, ou va nécessiter simplement que les parents posent des limites. Mais un certain nombre de situations vont être difficiles parce que, manifestement, l’adolescent n’arrive pas à partir, s’installe dans une situation régressive de dépendance mutuelle avec ses parents et, surtout, s’enfonce dans des conduites d’échec et d’autodestruction, avec parfois des accès de violence envers ses parents…
La difficulté de parents et d’adolescents à se quitter n’est pas un signe d’amour particulièrement intense, comme aimeraient le croire certains parents. C’est plutôt l’expression d’une relation marquée par l’inquiétude, l’insécurité et le manque de confiance. Il s’agit bien sûr d’un manque de confiance en soi de l’adolescent, mais aussi d’un manque de confiance enven les parents, comme si la séparation appelait la perte et la destruction. Ce qui va finalement se manifester au grand jour quand l’agrippement des uns aux autres perdure exagérément. En effet, la dépendance affective, et l’accrochage compensateur aux parents qu’elle génère, finissent inévitablement par susciter chez l’adolescent un besoin de se différencier et de prendre de la distance en s’opposant et en s’installant dans une relation dominée par l’insatisfaction. Les parents doivent alors poser une limite et introduire un tiers pour faciliter le dialogue entre eux et leur enfant. L’ouverture est impérative pour redonner à l’adolescent une marge de manœuvre personnelle hors du regard parental. La fermeté, voire ce qui peut être vécu comme une violence, s’impose dans rétablissement de limites pour faire contrepoids à la violence autrement destructrice de la perpétuation de ce vase clos mortifère.

soit le signe d’un échec dans leur éducation. Pour être de bons parents, ils sont prêts à tout accepter. Or, si l’adolescent s’enfonce dans l’opposition et le sabotage de ses potentialités, ce n’est pas nécessairement parce qu’ils sont de mauvais parents, mais plutôt parce qu’il est trop dépendant d’eux et n’arrive pas à les quitter. Il ne peut supporter la solitude, mais ne se sent plus lui-même dès qu’ils sont proches. Le compromis qui s’installe alors est de rester près d’eux et d’afficher sa différence et une pseudo-autonomie par son insatisfaction, ses plaintes et son opposition. En réalité, il aurait besoin de tisser des liens nouveaux et de faire ses preuves à distance des parents. Comme il n’arrive pas à le faire seul, les parents doivent l’y aider en profitant du caractère insatisfaisant de la situation pour exiger qu’une solution soit trouvée à distance d’eux. C’est ce qui permettra que, dans un deuxième temps, quand l’adolescent aura pu faire la preuve de ses ressources propres, les relations redeviennent positives.

Les rapports avec les beaux-parents sont-ils plus difficiles à établir

Les rapports avec les beaux-parents sont-ils plus difficiles à établir?

La multiplication des familles recomposées rend cette question de plus en plus actuelle. C’est une source habituelle de plaintes, de revendications et de conflits interminables. Néanmoins, les beaux-parents ne créant pas des liens de dépendance et de contrainte aussi forts que les parents réels, ils suscitent en réalité moins de problèmes et moins de conflits qu’il n’y paraît. D’ailleurs, la plupart des conflits ne prennent d’importance que par rapport aux parents réels. Cela ne signifie pas que le beau-parent d’un adolescent ne peut pas être plus important pour ce dernier que son père ou sa mère, ni ne peut pas jouer un rôle plus déterminant pour son devenir. Ce n’est bien sûr pas exceptionnel. Mais, même dans ce cas, quand cela «marche» avec un beau-parent, cela marche d’autant mieux que ce n’était pas évident a priori. On se dit alors, et l’adolescent le premier, que c’est d’autant plus
remarquable que ce n’était pas gagné d’avance. Tout le monde s’exclame admiratif : « Il compte autant que si c’était son père ou sa mère. » Ou : «Il est encore plus attaché à son beau-père qu’à sa mère. » Or c’est justement parce qu’il n’apparaît pas aussi naturel d’aimer son beau-père ou sa belle-mère que son véritable père ou sa véritable mère que c’est, par bien des côtés, plus facile pour l’adolescent. Plus facile parce que voulu, accepté, voire même choisi en raison des qualités du beau-
parent. On ne choisit pas son père ou sa mère. L’adolescent peut avoir le sentiment sinon de choisir le beau-parent, le plus souvent imposé par le parent avec lequel il vit, du moins de choisir la nature de la relation qu’il va avoir avec lui.

La situation est toutefois différente quand le beau-parent a élevé l’enfant depuis sa naissance, ou très précocement. On se retrouve dans une situation proche de l’adoption, Mais, dans la majo-
rité des cas, le beau-parent est apparu tardivement, et souvent alors que la personne qu’il remplace, le père ou la mère, est toujours vivante et parfois a, elle aussi, reformé un couple. Dans ce cas, la bonne entente comme la mauvaise se perçoivent en fait plus vivement. Le rejet du beau-parent, certes parfois favorisé par une attitude inadéquate, correspond au moins en grande partie à un conflit avec les parents réels. Le beau-parent est souvent ressenti comme un usurpateur ayant volé le parent réel, l’adolescent ayant le sentiment qu’il lui a été préféré. Il se pose alors plus en rival du beau-parent que dans une position filiale et déplace sur ce dernier sa rivalité avec l’autre parent.
C’est donc, en général, davantage aux parents qu’aux beaux-parents de se mobiliser pour résoudre ou
atténuer le conflit. Or, trop souvent, les parents se font le complice involontaire de cette situation sous le prétexte qu’il paraît normal que le beau-parent soit difficilement accepté par l’adolescent. En fait, c’est en annonçant calmement, mais fermement, la réalité de la situation que
le parent aidera réellement l’adolescent à retrouver des rapports paisibles, au prix cependant d’explications et de conflits. Malheureusement, les parents tendent à éviter ces discussions, en partie souvent parce qu’ils se sentent en fait coupables « d’avoir fait ça » à leur enfant.

La dépression de l'un de ses parents peut-elle avoir une influence sur son développement

La dépression de l’un de ses parents peut-elle avoir une influence sur son développement?

On n’est pas coupable d’être déprimé. Cependant, on a le devoir de se soigner et de faire en sorte
que la dépression dure le moins longtemps possible. En effet, cette maladie a toujours des répercussions pénibles sur l’entourage, en particulier sur les enfants et les adolescents. Tout ce qui affaiblit leurs parents est angoissant pour eux. Ils peuvent y voir, inconsciemment, un effet de leurs appétits à grandir et à s’emparer de ce qui fait la force des adultes, comme si le développement de l’un provoquait l’affaiblissement de l’autre… Et ce sera d’autant plus vrai que l’adolescent sera plus dépendant affectivement du parent déprimé. Il n’est d’ailleurs pas rare que ce fantasme entre en résonance avec la réalité. En effet, la dépression d’un parent est fréquemment en lien avec une crise du couple, favorisée par la perspective du départ de l’adolescent. Par ailleurs, la dépression d’un parent renvoie l’enfant à son incapacité à assurer, par sa seule présence, le bonheur de celui-ci. C’est une blessure narcissique qui contribue à relativiser le rôle et l’importance de chacun pour son entourage. Enfin, elle interroge toujours l’adolescent sur le sens de la vie, son intérêt et ce qui motive chacun. Même s’il se refuse à le dire, et parfois même à le
penser, un adolescent perçoit toujours la dépression d’un parent. Pour en limiter les effets, forcément nocifs, le mieux semble être de pouvoir la nommer, en expliquer le sens, les implications et le traitement possible, même si ces explications ne sont pas totales. Au-delà du dialogue, le meilleur moyen de limiter les effets d’une dépression est d’en guérir, histoire de prouver que l’on peut s’en sortir si l’on fait ce qu’il faut. Autrement dit : le premier devoir d’un parent est de
reconnaître sa dépression et de se soigner…