Je l'ai giflé. Ai-je eu raison ou tort

Je l’ai giflé. Ai-je eu raison ou tort?

La gifle, comme d’ailleurs l’ensemble des punitions corporelles, ont actuellement mauvaise presse. On
y voit volontiers l’expression d’un sadisme mal contrôlé, une manifestation de brutalité physique
humiliante, voire traumatique, pour celui qui la subit. La révélation de la fréquence et de la violence de la maltraitance infantile, longtemps largement sous-estimée, a joué un rôle dans cette condamnation souvent sans appel de la gifle « traditionnelle » de l’ancienne éducation comme de la fessée pour le petit enfant. Il est vrai qu’on en abusait facilement et qu’aucun châtiment physique n’est en soi nécessaire à une bonne éducation. Il faut bien reconnaître qu’il traduit souvent un énervement mal contrôlé du parent, qui se décharge ainsi d’une tension excessive alors que, comble d’injustice, il n’est pas rare que l’enfant ne soit même pas à l’origine de cette tension. Il peut être la goutte d’eau de trop, et sert de bouc émissaire lors d’un conflit entre les adultes. Telle la mère surchargée de travail, dont le mari préfère s’occuper de son ordinateur, aller à la pêche ou sortir avec des copains, plutôt que de l’aider. .. Dans ce contexte, le moindre écart de l’adolescent risque de se terminer par une gifle qui n’aurait sûrement pas été donnée en temps ordinaire.

Est-ce pour autant si grave, et la gifle doit-elle être proscrite? Comme tout ce qui concerne la relation éducative, la gifle doit être replacée dans le contexte de la vie familiale et de la qualité des relations affectives entre ses membres. C’est ce qui va lui conférer sa véritable signification. Le recours fréquent aux gifles témoigne d’un parent débordé par ses émotions, qui ne trouve pas d’autres moyens de contenir l’adolescent et ses propres sentiments. C’est le reflet d’un échec édu-
catif qui ne peut que braquer l’adolescent et le mettre en porte à faux par rapport à ses amis. En outre, une gifle n’a pas la même signification à 10, 15 ou 18 ans. Plus l’adolescent grandit, plus elle est humiliante. En effet, il se sent infantilisé, mis dans une situation passive et sans moyen pour répondre alors qu’il est souvent plus fort que le parent qui la lui a donnée… C’est le caractère déplacé et inadéquat de la gifle qui pose problème. A la réprimande s’ajoute une blessure d’amour-propre, or celles-ci laissent les traces les plus durables et les rancœurs les plus violentes. Une gifle à l’adolescence peut être ressentie comme une rupture du lien de confiance avec l’adulte. Ce sera d’autant plus vrai que la relation est plus passionnelle entre eux. En revanche, une gifle qui répond du tac au tac à une insolence d’un préadolescent testant les limites de la tolérance parentale ou donnée à un moment de perte de contrôle d’un adolescent, même plus âgé, sous l’effet d’une crise d’excitation ou d’un toxique, peut avoir un effet bénéfique. Elle pose des limites que la seule parole ne suffit pas toujours à marquer. En outre, la dimension physique du coup permet à l’adolescent une rencontre brutale avec une réalité qui résiste. Cette brutalité, dans ce cadre précis, peut avoir un effet apaisant car contenant et protecteur. Elle coupe l’adolescent de
l’emprise de ses seules émotions intérieures et le place devant un obstacle extérieur capable de résister à sa violence. Or celle-ci lui fait d’autant plus peur qu’il ne sait pas toujours pourquoi elle est présente et à quoi elle correspond; il craint par-dessus tout qu’elle le submerge sans qu’il ne puisse la contrôler. La résistance parentale devient alors rassurante comme peut l’être,
pour un enfant qui a une crise de rage, le fait d’être pris dans les bras et serré fortement. Ou, à un niveau plus archaïque, le besoin des animaux qui ont peur, devant un orage par exemple, de se blottir dans un endroit apparemment très inconfortable, mais qui les entoure. A la menace que représente la violence des émois, la force de la contention extérieure vient faire contre-
poids.
Pas d’apologie de la gifle donc, qui ne peut être qu’un recours exceptionnel. Mais pas de dramatisation non plus, car elle peut être préférable, pour rétablir un contact avec un adolescent débordé, aux tergiversations sans fin ou à une résignation qui sont sûrement les pires réponses que puissent faire les parents.

Il est confronté à des conflits familiaux. Que faire

Il est confronté à des conflits familiaux. Que faire?

Les conflits familiaux sont inévitables. Il n’est pas souhaitable que les parents entretiennent l’illusion d’un couple parental sans faille et d’un monde sans conflit. Cela ne préparerait guère l’adolescent à la réalité de la vie conjugale et familiale ni à celle de la vie en général. Tout repose sur la façon dont les parents gèrent ces conflits et sur la place qu’ils donnent à l’adolescent. Sont-ils capables de contenir les conflits ou empoisonnent-ils l’ensemble du climat familial ? Se déroulentils dans le respect de chacun ou dans le dénigrement réciproque ? Les enfants sont-ils incités à prendre parti ?
Est-il possible ou non d’en parler calmement après? Autant de réponses qui conditionnent les effets des
conflits sur l’adolescent.

Ce qui frappe le plus, dans les situations conflictuelles importantes, c’est à quel point l’un des parents, ou les deux, a des difficultés à se mettre à la place de l’adolescent et à essayer de comprendre ce qu’il peut ressentir. Trop impliqué dans le conflit, le parent est incapable de prendre le recul nécessaire, de faire l’effort de différencier ses sentiments de ceux de l’adolescent. L’intensité de ses émotions lui sert de justification, d’argument et de bonne conscience et il lui est difficile d’admettre qu’on puisse réagir différemment. C’est cette absence de recul qui est le plus toxique, car elle ne laisse aucune place à l’autre. La différence est immédiatement perçue comme critique et hostile.
Il existe plusieurs situations où l’adolescent risque d’être absorbé par la situation conflictuelle et dépossédé de son libre arbitre, de ses capacités de jugement et de critique :

— L’adolescent spectateur. Il se trouve dans une position passive, voyeuriste, où il assiste au grand déballage de reproches que se font les parents. Le plus traumatisant est leur absence de pudeur, ils «déballent» l’intimité de leur vie privée comme si toute barrière avait disparu, s’injurient, voire se frappent devant l’adolescent. C’est une violence à son encontre dans la mesure où les parents font comme s’il n’était pas là. Ses besoins affectifs de se sentir sécurisé et surtout d’éprouver un
minimum d’estime et d’admiration pour eux sont méconnus. En outre, bien souvent, la présence de l’adolescent excite le parent qui va essayer de rechercher une complicité et de faire de l’adolescent un témoin, voire un allié.
– L’adolescent complice. Il est directement sollicité par le ou les parents pour prendre parti pour l’un contre l’autre ou, plus subtilement, pour devenir le confident de l’un et être amené à compatir à ses souffrances puis à faire alliance avec lui contre l’autre. Cette complicité peut le conduire à devenir le porte-parole d’un des parents, soit en prenant directement son parti, soit en allant mal lui-même. Dans ce dernier cas, il embarrasse et met plus ou moins en échec le parent dominant du
couple, et fait alliance avec le plus souffrant.
– L’adolescent bouc émissaire. Il réunit ses parents, les réconcilie ou, simplement, les rapproche, le plus souvent parce que ses difficultés et sa souffrance sont un moyen de rassembler la famille autour de celui qui va mal. Parfois même, les parents, au-delà de leurs divergences, s’accordent pour considérer que le comportement de l’adolescent est responsable de la souffrance de la famille et des tensions entre eux…
La liste n’est évidemment pas close, mais, au-delà de la diversité des situations, on trouve une conséquence commune : l’adolescent est toujours la victime. Bien sûr, ses réactions diffèrent en fonction des situations, des rencontres qu’il peut faire, des appuis qu’il peut trouver, de la qualité des liens pendant son enfance et de son tempérament. Heureusement, certains puisent dans
ces difficultés une capacité de réagir, une expérience et une prise de conscience qui leur seront utiles. Mais tout cela laisse des traces qui pourront resurgir, notamment dans leur couple futur et dans leur relation avec leurs enfants. Surtout, un certain nombre d’entre eux vont en souffrir d’une façon qui entrave leur développement et les amène à adopter des conduites d’échec, à déprimer ou à se révolter.
En effet, dans toutes ces situations, l’adolescent est parasité par des difficultés qui ne sont pas les siennes mais que ses parents font siennes. Il ne saura plus démêler ce qui, dans ses problèmes, provient de lui ou de ses parents. Sans le savoir, il devient en quelque sorte captif de forces qui l’aliènent au passé, à des rancœurs, des vengeances ou des besoins de réparation, et qui pourront influer sur son propre avenir.

Mais tous les conflits ne sont pas explicites, beaucoup restent de Tordre du non-dit. Des couples coexistent jusqu’à la fin de leur vie tout en se haïssant secrètement et avec des attitudes et des principes éducatifs opposés ou très divergents. Il est illusoire de penser que l’enfant
n’en perçoit rien. Il peut éviter de se poser la question trop clairement, mais il sera porteur de ce conflit latent, ce qui ne facilitera pas son travail d’intégration de ses propres contra-
dictions et contribuera à dramatiser ses identifications, c’est-à-dire le choix de ses modèles de pensées, de valeurs et d’options de vie. Les différences entre le père et la mère ne seront alors plus une chance, un facteur d’ouverture à des combinaisons variées et propres à l’enfant, mais une source de division et de déchirements internes. L’enfant reproduira intérieurement le combat entre ses parents, tout ce qui le rapprocherait de l’un le mettant en conflit avec l’autre.
Les déchirures se manifestent généralement à l’adolescence, quand la nécessité de prendre ses distances et d’affirmer son identité propre se fait sentir. Les divisions de l’adolescent l’empêchent de devenir autonome et lui font sentir sa dépendance à l’égard de ses parents, renforçant ainsi le conflit. La réponse ne se fait pas attendre : les troubles du comportement, les conduites d’échec et d’opposition traduisent l’impossibilité de la séparation comme de la satisfaction. Le prix à payer est toujours trop élevé…

Quelle est la place du père

Quelle est la place du père ?

La fonction classique du père, énoncée par Freud et la théorie psychanalytique, est de protéger l’enfant de l’inceste en s’interposant entre lui et sa mère et en la lui interdisant. En outre, le père a une fonction de protection par le fait que, moyennant ce renoncement à la mère, l’enfant bénéficie de sa bienveillance, fait alliance avec lui et se sent protégé. Au-delà de cette fonction d’interdit, et probablement de façon tout aussi importante, le père intervient dans la relation de l’enfant à la mère par le fait qu’il vectorise le désir de la mère sur lui, indiquant ainsi à l’enfant une voie qui le sort de la seule confrontation avec sa mère. L’effet tiers d’ouverture de la fonction paternelle n’est ainsi pas seulement lié à l’interdit, mais aussi à la mobilisation d’un désir sur une tierce personne, objet du désir de la mère.

On oublie souvent qu’il n’y a pas de père sans qu’il y ait une mère et que c’est elle, autant que l’enfant, qui fait le père, et vice versa. Au-delà de ce que chacun est, c’est la façon dont l’autre l’investit qui compte. Cet investissement réciproque est aussi important que leur rôle spécifique. Ainsi, quelles que soient ses qualités, si le père est disqualifié par la mère, cela fait des ravages. La disqualification, plus que la critique ou l’opposition, c’est le dénigrement systématique de la valeur et de l’importance de l’autre, voire même le présenter comme une source de danger. Les enfants sont alors placés dans un dilemme infernal qui les oblige à remettre en question la confiance en l’un ou en l’autre.

Cette disqualification va parfois jusqu’à l’accusation d’abus sexuel ou de perversité du père, et peut provoquer une crise de confiance d’autant plus considérable que cela n’est pas toujours vrai.
L’enfant constate que le parent avec lequel il a une relation initiale privilégiée, en général sa mère, est lui-même en relation avec d’autres personnes auprès desquelles il l’introduit pour nouer des relations différentes. Le conjoint tient une place essentielle dans ce dispositif et notamment le père, co-géniteur et porteur d’une différence de sexe, fondement essentiel de l’accès à la différence. L’absence du père ne condamne pas l’enfant à l’indifférenciation, mais elle lui complique la tache dans ses possibilités d’identification pour le garçon et dans ses relations affectives pour la fille. D’autres supports peuvent alors servir de relais.

Lorsqu’il fonctionne dans le respect des différences, le couple parental ouvre l’enfant à des relations affectives différenciées et à des modèles d’identification qui s’appuient sur ces deux socles de la réalité que sont la différence des sexes et celle des générations. Cependant, cette ouverture à la différence est fortement affaiblie quand la différence se réduit à une hiérarchie où l’un des parents se définit essentiellement par son statut d’infériorité ou de supériorité à l’autre.
Enfin, le père intervient au niveau de la constitution des idéaux de l’enfant dans la mesure où il est porteur d’ouverture sur les valeurs sociales dont il est un des relais privilégiés. L’étude de la fonction paternelle a donné lieu à deux types de dérive. La première dérive est celle d’une abs-
traction de plus en plus poussée au point de réduire la fonction paternelle à un jeu de signifiants, notamment autour du Nom du Père, qui serait ou non transmis par la mère. Cette tendance lui confère un rôle de type

transccndanial qui aboutit d’une part à se référer à des entités telle la Loi, dont le père serait le vecteur, et d autre part à s’éloigner d’une réalité qui ne corrobore guère ces spéculations. A l’opposé, la deuxième dérive réside dans le risque de transformer le père en une mère bis, contri-
buant ainsi à la constitution d’un bloc «papa-maman» indifférencié. Cette dérive est d’autant plus pernicieuse qu’elle résulte d’un conflit de pouvoir entre la mère et le père et non d’une entente respectueuse de chacun autour du partage des tâches. Comme toujours avec l’éducation, ce qui est un avantage d’un côté représente un risque possible de l’autre. La plus grande proximité du père avec ses enfants a bien des avantages, mais elle peut avoir un inconvénient : celui d’être parfois envahissante pour eux. Même si la mère est sortie du foyer pour travailler, c’est le père qui traditionnellement symbolise celui qui part affronter le monde et facilite ainsi l’ouverture à l’extérieur. En donnant le sentiment de centrer ses intérêts trop exclusivement sur la famille, il n’offre plus toujours le minimum d’idéalisation de ce qui se passe à l’extérieur, et dont l’eniànt se sent exclu, nécessaire pour permettre à un adolescent d’avoir envie de sortir de sa famille. Empreints comme la mère de sollicitude, les pères transmettent, souvent malgré eux, une vision inquiète du monde. On assiste parfois aujourd’hui à une sorte de «cramponnement » familial généralisé ; comme on est bien, parents et enfants, tous dans le grand lit devant la télévision!

De façon plus pratique, il est intéressant de revenir sur les aspects concrets du développement de l’enfant et notamment sur une des nécessités essentielles de ce développement, la fonction différenciante ou fonction tierce. Celle-ci s’organise de façon privilégiée autour de la place du père, mais elle trouve aussi des supports et des relais au-delà de la place du père et notamment dans
les supports offerts par les médiations culturelles.

La mise en place d’investissements différenciés permet la constitution de limites et sort l’enfant d’une relation exclusive qui s’exprime sur le mode du tout ou rien. Il s’agit d’un processus très progressif, les prémices de cette différenciation apparaissant très tôt, probablement dès les derniers mois de la vie fœtale par le repérage des sons de voix différents. Par la suite, cette perception s’appuiera sur la répartition des rôles et des attitudes. Elle aboutira à l’émergence
de la configuration œdipienne, c’est-à-dire à la perception par l’enfant de la différence des sexes et des générations organisée autour et par le couple parental. Le fait que celui-ci véhicule ces différences fondamentales permet à l’enfant non seulement de se situer dans une généalogie, mais aussi d’insérer ces différences dans une relation de complémentarité. Le lien du couple, s’il est fait de respect mutuel et d’amour, illustre que la différence est porteuse d’une complémentarité positive. Il introduit alors l’enfant à la liberté, à la possibilité de se rêver lui aussi différent
de ses parents tout en restant objet d’amour et d’intérêt.

Dès lors, il ne s’agit plus pour l’enfant d’être comme ses parents, plus ou moins confondus avec eux et indifférencié, ou au contraire différent et rejeté. Il lui est possible de se concevoir comme différent et semblable sans être pour autant le même. Cette fonction tierce sera par la suite relayée par d’autres médiateurs : grandsparents, oncles ou tantes et intervenants du monde social environnant avec, au premier rang, les enseignants et tous ceux qui ont une fonction éducative. A l’opposé, la négation ou le refus de la différence au sein du couple signifie pour l’enfant qu’on ne peut être que semblable, et, à la limite, indifférencié, ou rejeté.
Cette intolérance à la différence est porteuse de menaces pour son développement : grandir, c’est se confondre avec cet objet d’amour totalitaire ou risquer de le détruire ou d’être détruit.

L’enfant se constitue ainsi largement en fonction des attitudes des autres à son égard, et de l’image que ceuxci lui renvoient. Ce jeu d’échanges est une des conditions de l’empathie, de cette capacité à s’identifier à l’autre et à le comprendre de l’intérieur. C’est également une condition essentielle de la possibilité de tendresse pour autrui et une base indispensable de l’accès au système des valeurs et au sentiment moral. C’est parce que l’enfant aura perçu et intégré ces limites successives et identifié les siennes propres, également reconnues et respectées par les autres, qu’il accédera progressivement à la conscience de son appartenance à un groupe de valeurs communes. Ces dernières seront à leur tour comme une médiation supplémentaire entre lui et les autres, et assureront la préservation de ses limites, de son intégrité et de son identité. Cette progressive intégration
de valeurs transcendant le sujet est bien différente de la notion d’une loi qui s’imposerait arbitrairement de l’extérieur et conditionnerait l’accès à un ordre symbolique.

J'ai adopté mon enfant. Va-t-il en souffrir à l'adolescence

J’ai adopté mon enfant. Va-t-il en souffrir à l’adolescence ?

L’adoption est-elle un facteur de risque? C’est l’inquiétude qui habite une grande majorité de parents adoptifs. Ont-ils eu raison de le faire ? Etait-ce un bon choix ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que l’adoption est le résultat d’un double choix volontaire : celui d’avoir un enfant et celui de le choisir, en tout cas de pouvoir le refuser s’il ne convient pas. Le désir des parents, et avec lui leur ambivalence, semble ainsi encore plus engagé que dans le cas d’un enfant naturel. Un enfant voulu et même choisi, mais un enfant né d’un autre couple dont il porte l’héritage génétique. Des inquiétudes profondes, le plus souvent inconscientes, sont susceptibles d’être réactivées: « Avaiton le droit de transgresser « les lois de la nature » et d’avoir un enfant à tout prix alors que la « nature » ne le permettait pas? Ne va-t-on pas être puni pour la réalisation de ce désir? Cet enfant n’est-il pas un enfant volé à un autre couple? Un enfant usurpé? N’est-ce pas une transgression dont il faudra payer le prix en n’ayant que des ennuis avec cet enfant?»

Le désir d’enfant est un désir complexe qui prend ses racines dans la petite enfance. Il se construit en liaison, mais aussi en réaction, avec le contexte familial, en particulier les rivalités dans la fratrie, les naissances successives ou les nostalgies maternelles de ne pas avoir eu d’autres enfants, ou d’avoir perdu un enfant… Bref, ce choix se construit à partir de désirs croisés et souvent intenses. Ce désir peut se maintenir intact chez l’adulte, mais, comme tout désir resté très lié à l’enfance et très vivace à l’âge adulte, il est susceptible d’engendrer de fortes culpabili-
tés, comme si sa réalisation répondait à une transgression des interdits de l’enfance et méritait un châtiment. Un exemple remarquable de la complexité du désir d’enfant et de l’impact de l’adoption est le cas de ces jeunes femmes qui, ne pouvant avoir d’enfant, en adoptent un puis se retrouvent enceintes dans l’année qui suit l’adoption. Cette situation est suffisamment fréquente pour avoir fait l’objet de publications. Il semblerait que le fait de s’être autorisé l’adoption et la présence concrète d’un enfant, avec tout ce que cela mobilise d’émotions, puissent lever les inhibitions des
circuits neuro-hormonaux qui régulent les processus de l’ovulation et de la fécondité.

Autre difficulté qui se pose avec un enfant adopté : comment trouver l’attitude éducative la plus naturelle possible et lui éviter d’être l’objet de projections excessives de la part de ses parents ?
On entend par projection le fait de prêter aux autres des pensées, des sentiments, des intentions qui ne sont que l’expression des croyances de celui qui les attribue aux autres. Ces croyances s’imposent à la personne qui les vit pour des raisons affectives, en général méconnues d’elle-même. Elles s’appuient sur des éléments de la réalité qui sont sélectionnés, amplifiés, voire coupés de leur contexte par la force de conviction de celui qui les projette. De ce fait, elles laissent peu de place à la discussion et cantonnent celui qui en est l’objet dans un rôle qu’il lui est difficile de quitter.
Cette situation est particulièrement aliénante pour un enfant et peut être source de pathologies et troubles divers. En effet, l’enfant la ressent comme une violence de la part de ses parents, qui semblent connaître mieux que lui ses propres intentions. Et à cette violence va immédiatement répondre celle de l’adolescent qui, pour exister, va être contraint de se comporter selon leurs projections.
Ce phénomène de projection à propos de l’enfant s’appuie sur des éléments de la vie quotidienne d’ordre très divers :
– Le poids d’une hérédité inconnue mais souvent considérée a priori comme fautive et négative. Les éléments négatifs comme « les mauvais instincts » peuvent y être d’autant plus facilement projetés.
– Les « traumatismes » possibles pendant la période, parfois longue, précédant l’adoption.
– La question des véritables parents : « Nous ne sommes pas ses vrais parents, il ne peut pas nous aimer comme si on l’était… »

Aujourd’hui, la plupart des parents suivent l’avis des spécialistes qui recommandent tous de dire le plus tôt possible à l’enfant la vérité sur son adoption. Mais cela ne clôt pas pour autant la question. On la voit notamment resurgir à l’adolescence par les interrogations concernant les parents biologiques et le désir de les retrouver, ou au moins de les connaître. Désir légitime mais qui, lui aussi, se sert d’une réalité indéniable pour cacher des interrogations plus fondamentales et plus difficiles à formuler : «Mes parents me considèrent-ils comme leur véritable enfant ?» et « M’auraient-ils choisi et me choisiraient-ils encore s’ils avaient su ce que je suis devenu ? »
Les adultes préfèrent penser que la question essentielle est vraiment celle que les adolescents posent quant à leurs parents biologiques. On oublie que les vrais parents sont ceux qui élèvent l’enfant et dont il est imprégné. Il leur doit une grande partie de ses acquis, c’est-à-dire l’essentiel de la personnalité. C’est avec eux que se sont noués les sentiments forts, les identifications et les conflits. Ils sont les co-auteurs de son histoire. Ce besoin d’évitement et de déplacement des conflits se retrouve, par exemple, dans le besoin qu’ont certains enfants ou adolescents d’imaginer qu’ils ont d’autres parents que les leurs. C’est ce qu’on appelle «le roman
familial», phénomène relativement fréquent vers l’âge de 10 ans, qui disparaît en quelques années.

Quels conseils peut-on donner aux parents adoptirs ? Le premier, qui conditionne les autres, est d’assumer leur choix et de s’affirmer comme les seuls parents, vis-à-vis d’eux-mêmes, de leur entourage et surtout de leur enfant, sans pour autant nier la réalité antérieure. Les parents biologiques ne sont pas plus parents que ne le sont les ancêtres biologiques de chacun… Le deuxième
conseil est d’être très vigilants aux risques de projection sur l’enfant de leurs appréhensions. Les certitudes et les affirmations péremptoircs sur le comportement de l’enfant ou de l’adolescent ne sont qu’une façon d’essayer de cerner cet inconnu qu’est toujours l’autre, y compris l’enfant, adopté ou non. Il faut savoir laisser place à la découverte de l’autre, avec sa complexité et ses
contradictions, plutôt que prétendre tout connaître ou d’imaginer que la rencontre avec la réalité des parents concepteurs dispenserait de ce travail de découverte. Finalement, les enfants adoptés sont-ils plus susceptibles que les autres de présenter des troubles du comportement et des maladies psychiatriques à l’adolescence? Des études récentes, notamment aux Pays-Bas, ont montré que, par rapport à un groupe témoin d’adolescents, ces troubles étaient de 20 à 25 % plus élevés chez les enfants adoptés. Le risque est donc plus important, mais demeure modéré.

Les conditions de vie au cours de la période précédant l’adoption sont un facteur de risque : carences affectives importantes, multiplicité des placements, dépression et surtout abus sexuels. Toutefois, la qualité du cadre de vie après l’adoption peut contrebalancer l’effet de ces conditions antérieures difficiles.

Je fais des confidences à mon enfant. Cela peut-il le perturber

Je fais des confidences à mon enfant. Cela peut-il le perturber ?

La situation d’adolescent confident n’a heureusement pas toujours des effets néfastes, mais on peut dire qu’elle n’est jamais bénéfique. Les parents sont trop importants pour l’enfant et celui-ci naturellement trop dépendant d’eux pour qu’il ne soit extrêmement sensible a ce qu’ils n’empiètent pas trop sur son espace privé et qu’ils lui laissent des bases personnelles suffisantes pour une autonomie toujours difficile à conquérir. Traiter trop rapidement un adolescent comme un adulte, c’est lui imposer un rythme de développement trop rapide, qui ne s’adapte pas à la réalité de ses besoins propres. C’est lui voler son enfance et l’obliger à exclure ses désirs d’enfant du reste de son développement. La résurgence de ces désirs à l’adolescence risque de le désorienter en lui faisant ressentir comme enfantin, donc déplacé et inconvenant, ce qui n’est qu’infantile, c’est-à-dire à ce qui demeure de l’enfant en lui. Il risque aussi de se fermer sur lui-même, secret et isolé derrière les remparts qu’il s’est construits pour se mettre à l’abri des adultes, avec une vie affective en circuit
fermé, coupé des échanges avec les autres.

Le besoin de vérité concerne souvent ce qui fait l’essentiel de la vie des adultes, de leurs passions et de leurs échanges, c’est-à-dire leur vie amoureuse et les conflits familiaux. Vouloir dire toute la vérité, c’est faire de l’enfant le témoin de ce qu’il n’est pas à même d’accueillir avec les moyens de juger et le recul suffisants ; c’est aussi lui demander implicitement, ou souvent
explicitement, de prendre parti, notamment entre ses parents ou entre d’autres membres de la famille. C’est le déchirer dans ses attachements et ses fidélités et l’aliéner à des conflits qui ne devraient pas l’impliquer. C’est, de la part des parents, l’utiliser dans des règlements de comptes entre adultes.
C’est également l’amener à désidéaliser brutalement ses parents. Ceux-ci ne sont plus perçus comme la figure d’autorité qui lui donne confiance, protection et valorisation, et dont l’union, avec certes ses conflits, ses différences et ses oscillations, le rassure quant à ses propres possibilités de contenir ses tensions et ses conflits. Par exemple, le faire participer aux difficultés du couple
revient souvent à le confronter brutalement à un tableau caricatural avec, d’un côté, le bon parent, loyal, fidèle, représentant du devoir, et, de l’autre côté, le mauvais parent, volage, adepte du plaisir et du laisser-aller. C’est en l’adolescent lui-même que ce conflit, auquel nul n’échappe, risque de se rejouer d’une façon violente et destructive, comme si aucun compromis n’était possible.
Mais la vérité ne concerne pas que les conflits familiaux et les secrets de famille. Elle est aussi sollicitée par la question de la maladie et de la mort. Ce peut être celles des parents ou de membres de la famille, mais cela peut toucher l’adolescent lui-même. Le contexte est totalement différent des situations précédentes. Partager la vérité rapproche plus que cela ne divise. Il apparaît inutile de chercher à protéger particulièrement l’adolescent en lui cachant la réalité. Cela l’infantilise et montre que l’on doute de ses capacités à faire face et à gérer sa souffrance et ses inquiétudes. Le faire participer, avec tact et nuances, mais en l’associant à la démarche des adultes, est une forme d’initiation à la vie adulte. Cela lui donne un rôle actif et valorisant, tout en facilitant un échange plus vrai avec les adultes, ce qui lui permet de bénéficier efficacement de leur soutien.

Il ne nous aime plus. Est-ce vraiment possible

Il ne nous aime plus. Est-ce vraiment possible ?

Cette inquiétude est fréquemment éprouvée et exprimée par des parents qui ne parviennent pas à comprendre que le seul rappel à l’affection ne peut suffire à rendre l’adolescent conforme à leurs souhaits. La difficulté à comprendre la nature des liens affectifs qui unissent les adolescents à leurs parents est le grand malentendu de cet âge. Ce malentendu est la conséquence du caractère contradictoire des liens d’attachement. C’est le paradoxe central du développement : plus on est en insécurité interne, plus on dépend d’autrui pour se rassurer, mais moins on peut recevoir. Ainsi, c’est une dépendance affective excessive à l’égard de leurs parents qui peut conduire certains adolescents à se distancer d’eux en retournant leurs attentes affectives en indifférence ou en
opposition. Ce comportement peut donner l’impression aux parents que l’adolescent ne les aime plus alors qu’il est, en réalité, dans une attente impossible à gérer. Cette référence à la qualité de l’attachement, pour caractériser la relation de l’enfant aux parents et ses effets sur le développement de celui-ci, permet de dépasser les ambiguïtés de la notion d’amour et de mettre en valeur la fonction fondatrice du style de relation au monde, aux autres et à soi-même, des premiers
attachements. Un enfant doit se sentir aimé par ceux qui l’élèvent pour pouvoir s’aimer lui-même et être capable d’aimer les autres à son tour. Mais qu’entendon par aimer? De quelle nature est cet amour dont bien peu de personnes, et de parents en particulier, se diraient dépourvus? Et pourtant, ses manifestations comme ses effets sur ceux qui en sont les destinataires sont loin d’être identiques. Il y a tant de façons différentes d’aimer, y compris chez la même personne.

L’amour d’un être humain pour un autre que lui est le résultat d’une alchimie complexe de sentiments dont la qualité varie selon l’équilibre de ses composants et des attentes et besoins de celui qui le reçoit. Il en est de même de l’amour d’une mère ou d’un père pour son enfant. Cet amour est fait de l’histoire de ce parent, de ce qu’il a reçu de ses propres parents et par rapport à quoi il va réagir pour répéter ce qu’il a vécu, ou, à l’inverse, chercher à s’en démarquer, de ses attentes et de la rencontre de celles-ci avec la réalité de l’enfant. Il est fait de sa capacité d’empathie, d’identification à l’enfant, de prise en compte de ses besoins et de ce qu’il peut ressentir, avec bien sûr le risque d’un écart ou de projections non harmonieuses entre l’adulte et l’enfant.

Aimer, ce peut être, pour certains, chercher dans l’enfant ce qu’on aurait voulu être, lui offrir ce dont on a eu le sentiment de manquer, avec alors le risque de régler ses comptes avec ses propres parents au détriment de la prise en compte et de la satisfaction des besoins réels de l’enfant. Pour d’autres, ce sera avant tout chercher un miroir dans lequel se regarder, ou rendre l’enfant conforme à l’image idéale qu’on s’est forgée de lui. Ce peut être aussi chercher auprès de lui une compensation pour ce qu’on n’a pas par ailleurs, ou qu’on a perdu : l’amour d’un parent, celui d’un conjoint, la perte d’un autre enfant, une déception dans la vie professionnelle, etc.
Ces sentiments, le plus souvent inconscients pour celui qui les vit, imprègnent et orientent fortement les attitudes, les gestes, l’ensemble des interactions entre enfant et adultes. C’est la nature tendre, souple, attentionnée de la relation ou au contraire brusque, tendue, sans égards qui en dépend, comme la qualité de plaisir partagé ou de tension plus ou moins agressive encre l’adulte et l’enfant. Ces sentiments et attitudes peuvent varier à l’infini d’un individu à l’autre, mais aussi chez un même individu selon sa situation, son environnement, son état affectif du moment.

Ces sentiments, largement inconscients et plus facilement perceptibles par les autres que par soi-même, ne sont pas aisément modifiables. En outre, ce que l’enfant, et plus encore le bébé, perçoivent, ce ne sont pas les apparences et ce qui est dit mais l’état de tension ou de détente, d’inquiétude ou de plaisir dans lequel se trouve l’adulte. Tout ceci se traduit bien plus par son tonus musculaire, l’éclat de son regard, la souplesse de ses gestes, ses intonations, que par le contenu de ses paroles. Ainsi, plus sa confiance en lui est assurée, plus un individu entre facilement en contact avec un autre qui ne menace pas son autonomie et dont il peut se nourrir d’autant mieux qu’il ne se perçoit pas comme affamé et qu’il pourra choisir ce qui lui convient, aux doses souhaitées. Cette sécurité que l’individu n’a pas à l’intérieur de lui, il va tenter de la retrouver en figeant tout ce qui pourrait la déstabiliser, en particulier ses émotions et ses liens affectifs. Ce sera particulièrement vrai, spectaculaire, et souvent dramatique dans ses consé-
quences, à l’adolescence. Certains adolescents affirment leur existence et leur différence à la fois par un refus et un rejet catégoriques de ce qui est attendu d’eux, notamment par leurs parents, et par un besoin d’être vus et d’exister pour ceux-ci qui ne peut s’exprimer que par l’inquiétude suscitée. Le plaisir partagé, vécu comme une reddition aux autres, est impossible. L’intensité
même de l’attente déçue interdit toute satisfaction.

Ainsi, ils prennent de la distance par rapport au parent auquel ils souhaiteraient plaire, se prémunissant en même temps d’une déception possible et, souvent, ont le bénéfice de provoquer l’attention désolée et apitoyée du parent. Ils parviennent alors à être proches, mais dans une déception et un regret qui leur permettent de se croire lointains, à distance, dans l’indifférence et surtout pas dans le plaisir partagé. L’adolescent introduit ainsi des mécanismes de distanciation avec les personnes qu’il investit le plus, se privant notamment des relations de tendresse qui faci-
literaient les intériorisations nécessaires pour renforcer son estime de lui-même. Et le moyen d’introduire cette distance, c’est de souffrir et d’inquiéter d’une façon ou d’une autre. L’adolescent n’est alors ni coupable de plaisir excessif avec un des parents au détriment de l’autre,
ni sous la coupe de ce parent. Il n’est cependant pas seul puisqu’il suscite l’inquiétude et que la situation de proximité évitée dans le plaisir va se retrouver dans l’insatisfaction et l’inquiétude.

Il ne voit plus beaucoup ses grands-parents. Est-ce mauvais pour son équilibre

Il ne voit plus beaucoup ses grands-parents. Est-ce mauvais pour son équilibre?

Les grands-parents sont une chance pour une famille. Ils représentent en effet un tiers différenciateur idéal entre le bloc «papa-maman» et les enfants. Combien d’adolescents qui traversent une passe difficile avec leurs parents trouvent dans un des grands-parents un interlocuteur au sein de la famille avec lequel ils peuvent rétablir le dialogue. Ils accepteront de lui l’appui, les conseils, plus encore des manifestations d’affection partagée qu’ils ne s’autoriseraient pas avec les parents. La différence de génération crée une distance salutaire. L’attente et la dépendance affective sont moins sollicitées et, de ce fait, la réceptivité de l’adolescent s’en trouve accrue. Mais la qualité des liens avec les grands-parents ne se crée pas en un jour, même si l’adolescence peut conduire à la redécouverte d’un grand-parent quelque peu oublié. Elle est le fruit d’une construction qui s’appuie beaucoup sur la nature des liens entre les parents et leurs propres parents. Enfants et adolescents sont particulièrement réceptifs et attentifs au climat affectif entre les générations précédentes, et sont très vite partie prenante des comptes non réglés. Ceux-ci repré-
sentent en effet des pôles de fixation des intérêts familiaux et des conversations entre adultes qui fascinent les jeunes, même s’ils n’en montrent rien. Les conflits des générations antérieures deviendront de ce fait eux aussi des points d’appel pour les petits-enfants, qui auront une forte propension à rejouer des situations et des conflits similaires avec leurs parents. La similitude
viendra essentiellement du besoin de l’adolescent d’occuper la même place que le grand-parent le plus investi dans l’intérêt du ou des parents. Mais ce peut être par des modes d’expression très différents des conflits vécus entre le ou les parents et le ou les grands-parents.

Par exemple, une adolescente peut dire détester sa grand-mère maternelle pour « le mal » qu’elle aurait fait à sa mère, mais « s’arranger » pour mobiliser intensivement son intérêt en l’inquiétant par une conduite anorexique. Elle reproduit ainsi une relation où elle fait à son tour souffrir sa mère par son comportement, ce qui amène parfois la grand-mère à prendre le parti de sa petite-fille et à critiquer sa fille pour son éducation. Dans ces conditions, un adolescent qui s’éloigne dura-
blement de ses grands-parents perd une potentialité d’ouverture particulièrement intéressante. Une telle attitude peut être la conséquence d’une tentative de captation de la part des grands-parents. Mais, habituellement, elle est le reflet de conflits plus ou moins manifestes entre les deux générations précédentes. Il serait utile pour des parents qui le constatent et le regrettent de s’interroger sur leurs véritables sentiments à l’égard de leurs propres parents et sur leur éventuelle ambiguïté, voire ambivalence.

Le cas des mères seules...Est-ce plus difficile à vivre pour un adolescent

Le cas des mères seules…Est-ce plus difficile à vivre pour un adolescent ?

La situation monoparentale est considérée « à risque » pour l’enfant. Statistiquement ces enfants semblent, en effet, présenter davantage de difficultés de tous ordres et de troubles psychiques. Cependant, plus de risques ne signifie pas risques certains, et il ne faut pas oublier que la majorité des enfants élevés dans ces conditions ne rencontreront aucune difficulté particulière dans leur développement. Il est donc possible de compenser les facteurs de risque que représente, pour un enfant, le fait d’avoir été élevé par une mère seule. Ce n’est pas parce qu’une mère élève seule son enfant que les éventuels troubles de celui-ci sont imputables à la situation de monoparentalité. Bien d’autres facteurs peuvent être incriminés. C’est le cas, par exemple, de la présence de troubles de la personnalité et du comportement chez la mère, d’une situation sociale et économique difficile, d’un isolement ou de rupture avec la famille de la mère. Les mères seules ont souvent des personnalités plus vulnérables, et cette vulnérabilité est en elle-même un facteur de risque pour l’enfant.
Une fois de plus, l’adolescence va être le moment privilégié de révélation de ces difficultés, notamment au travers du tête-à-tête mère/adolescent qui constitue le facteur de risque essentiel de conflit.
L’enfant, pour se développer, a besoin de relations privilégiées tout en s’ouvrant à un tiers et à la différence. Le père représente ce tiers par excellence, puisque présent et nécessaire depuis la conception. Son absence rend l’ouverture vers l’extérieur plus difficile. Elle expose l’enfant à une dépendance affective exagérée et au besoin de se différencier de la mère par la création d’obstacles à la relation et, intérieurement, par la mise en place d’une relation fondée tout à la fois sur l’agrippement à la mère et sur l’insatisfaction. Celle-ci se manifeste par deux modes d’expression essentiels : caprices et conduites d’opposition d’un côté, plaintes et inquiétudes corporelles de l’autre. Plus l’adolescent aura besoin de s’accrocher à la présence maternelle pour trouver une
sécurité et une valorisation qu’il ne trouve pas en lui, plus il tentera d’échapper à cette attraction maternelle, ressentie comme une emprise, par la multiplication d’obstacles à un rapprochement entre elle et lui…
Mais absence ou présence d’un tiers ne se réduisent pas à une simple absence ou présence physiques. La mère, par ses intérêts et ses attachements, désigne à l’enfant le tiers qu’elle investit, celui qui importe pour elle et qui peut devenir pour l’enfant plus que le père réel. Le parent est parent pour l’enfant du fait de sa présence et de son intérêt pour lui, mais aussi par l’attention que
lui porte l’autre parent. L’importance de cet investissement maternel laisse ainsi largement ouverte la possibilité de substituts paternels ou de personnes pouvant servir de support à des identifications autres qu’avec la mère, mais compatibles avec celle-ci.

Ses parents viennent de se séparer...Quels vont en être les retentissements

Ses parents viennent de se séparer…Quels vont en être les retentissements?

La séparation des parents s’est considérablement banalisée depuis quelques décennies, mais n’en reste
pas moins un événement douloureux, voire traumatique pour les enfants. Elle atteint la famille en son cœur et dans ce qui est son essence même : la continuité du lien. Elle confronte chacun à une des angoisses humaines les plus profondes : la crainte de la séparation. Elle déchire les enfants en les obligeant à se demander : « Qui préfères-tu de papa ou de maman ? » Mais aussi : «Pourquoi ne suis-je pas suffisamment important pour que papa et maman choisissent de rester ensemble et préfèrent ne pas se séparer ? Pour qui ?
Qui est plus important que moi, leur enfant?» Les parents le savent bien, et aucune séparation ne se
fait sans culpabilité. Peut-être est-ce pour cela qu’ils s’inquiètent plus pour leurs enfants que les autres et consultent davantage. On a pu en déduire que cela favorisait le dépistage des difficultés et faisait croire, à tort, que ces enfants sont plus souvent perturbés que ceux dont les parents vivent ensemble.

Quoi qu’il en soit, la séparation des parents représente un facteur de risque. Elle confronte en effet les adolescents les plus vulnérables, restés plus dépendants affectivement de leurs parents, à une réalité qui va entrer en résonance avec des conflits intérieurs et les renforcer. Les conditions de séparation et le climat affectif entre les parents sont des paramètres essentiels quant aux conséquences. Mais il ne faut cependant pas croire, parce que tout se passe au mieux, voire qu’il s’agit d’un consensus, que l’événement sera sans conséquences. Si le maintien de relations d’estime et de respect entre les parents est capital, un accord trop manifeste peut inquiéter l’adolescent à plus d’un titre. Il peut lui donner le sentiment d’être le seul à souffrir, que cette souffrance est injustifiée et l’amener à se sentir incompris etabandonné. Il peut également s’interroger sur la nature du lien qui unissait ses parents, sur la réalité de leur amour avec, comme analyse, le sentiment que finalement les liens sont factices, hypocrites et que, s’il en est ainsi entre ses parents, pourquoi ne serait-ce pas la même chose entre eux et lui…

Autrement dit, si les parents doivent veiller à ce que leur rapports restent dignes et respectueux, dans le souci de préserver leur enfant, cela ne suffit pas. Us ne doivent jamais oublier que leur enfant est une personne bien distincte et que, en conséquence, il ne vit pas nécessairement les événements de la même façon qu’eux et n’éprouve pas les mêmes émotions. Ils doivent donc être à l’écoute de leur enfant, accepter ses sentiments et son point de vue. Il est normal que l’adolescent réagisse, qu’il puisse être triste et malheureux, qu’il ne comprenne pas ses parents. Ce n’est pas
pour autant qu’il faille dramatiser ces réactions et, surtout, que les parents se croient obligés de changer leur propre point de vue.

Accueillir l’adolescent, c’est accepter sa différence sans chercher à la gommer, notamment en renonçant à ses propres idées…

Quelle autorité à la maison

Quelle autorité à la maison ?

L’adolescence est une période révélatrice de la nature et de la qualité de l’autorité parentale. Bien qu’actuellement souvent mise à mal, elle continue à s’imposer naturellement chez l’enfant, en raison de son immaturité physique, avec la différence de taille et de force qu’elle implique. Ce n’est pas le cas chez l’adolescent. La précocité de la puberté, l’augmentation moyenne de la taille des adolescents et la libération des mœurs confèrent à la contestation normale de l’adolescence une ampleur inégalée, qui soumet à rude épreuve l’autorité parentale. Et pourtant, pour la très grande majorité des parents et des adolescents, la référence à l’autorité parentale ne pose guère problème, même si elle ne s’exprime
plus de la même façon que par le passé. L’exercice de l’autorité a su s’adapter à l’évolution sociale, ce qui se traduit par un bon indice de satisfaction des adolescents envers leurs parents et réciproquement. Ainsi, selon une récente enquête du Credoc, cinq adolescents sur six se disent satisfaits ou très satisfaits de leurs parents.

Néanmoins, dans l’ensemble, on retrouve toujours 20% d’adolescents dits «à problèmes», pour lesquels se dessine une crise de l’autorité qui se traduira par des manifestations « d’incivilité » et, chez certains, par ce qui semble être une absence totale de référence à une quelconque autorité.

L’autorité est-elle nécessaire? Comment la gérer?
Quelle est sa place dans une société aux mœurs plus libres et dans un monde en pleine évolution ?

Quelques principes peuvent servir de guide. On n’échappe pas à l’autorité, en ce sens qu’il existe une autorité de fait liée à la dépendance physique et psychologique du petit enfant à l’égard de ses parents. Qu’ils le veuillent ou non, ceux-ci ont un pouvoir total sur lui, dont celui de lui donner le langage et les mots qu’il utilisera pour qualifier ses émotions, ses sentiments, ses ressentiments, pour nommer et donc se représenter les liens qu’il noue avec eux. Les parents disent et organisent le permis et l’interdit et servent de modèle à l’enfant. Le besoin de leur amour et de leur attention crée chez l’enfant une dépendance affective inévitable et souhaitable, qui met les parents en position d’autorité. A tout âge, et au moins jusqu’à la fin de l’adolescence, la différence de génération, par ce que fait, dit et montre l’adulte, a des répercussions sur le jeune. La différence d’âge positionne l’adulte dans un rôle éducatif qui contribue à organiser la personnalité en formation de l’enfant et de l’adolescent. Aucun adulte ne peut échapper à cet impact éducatif, cette relation d’autorité s’impose d’elle-même. En ne voulant exercer aucune autorité, l’adulte ne donnera pas plus de liberté à l’enfant. Il lui imposera en fait un choix qui consiste à l’abandonner à lui-même.

Si les adultes ne peuvent échapper à leur rôle éducatif, deux questions s’imposent qui appellent une
réponse : quel est le but de l’éducation ? Quelle place y tient la relation d’autorité ? En premier lieu, l’objectif de l’éducation est de permettre à l’enfant de devenir autonome et de ne plus
dépendre de l’autorité de l’adulte. On a pu penser que cette autonomie s’acquerrait plus facilement en laissant l’enfant très libre et en lui posant le moins de limites possibles. Le résultat est peu concluant. Ne pas exercer d’autorité, c’est abandonner l’enfant à lui-même, à la tyrannie de ses besoins et de ses contradictions, sans références extérieures pour les réguler, les projeter dans
l’avenir et leur donner un sens. L’essentiel de la liberté d’un individu dépend de sa capacité d’attendre. Or l’attente est un apprentissage qui résulte à la fois des capacités propres à l’enfant et de sa prise en compte progressive des limites que les adultes lui imposent pour le protéger, mais aussi l’insérer dans le groupe social. En acceptant ces limites et interdits, l’enfant s’assure en
retour de sa valeur par l’amour et l’estime que les adultes éprouvent à son égard. La capacité d’attendre repose non pas sur le refus de la satisfaction immédiate mais sur la possibilité de la différer en vue d’un plus grand bien : l’approbation des adultes dans un premier temps, puis la prise de conscience progressive de ses ressources propres, de ses moyens de contrôle. L’enfant se perçoit ainsi progressivement comme plus libre, tant par rapport à ses besoins propres que par rapport aux réactions de l’environnement.

Si l’adulte est trop laxiste, l’enfant est prisonnier de ses contradictions internes, sans autre valorisation structurante que la quête répétée de satisfactions passagères auxquelles il risque d’être condamné. Le fait que l’échange entre l’enfant et ses parents fonctionne de façon satisfaisante repose sur une condition essentielle : la confiance. C’est parce que l’enfant fait profondément confiance à l’adulte qu’il accepte les sacrifices immédiats qui lui sont demandés sans trop de frustration et avec un bénéfice secondaire important : celui d’être aimable aux yeux d’une personne, elle-même aimable et valable pour lui, qui lui autorise l’acquisition du sentiment de sa propre valeur. Ce sentiment lui permettra par la suite de s’opposer à l’occasion et de se différencier, sans crainte de perdre l’amour du parent pour autant.

Exercer une autorité ne consiste pas à soumettre l’enfant à la volonté de l’adulte. C’est plutôt savoir poser des limites aux satisfactions immédiates, non pas en fonction des seuls desseins de l’adulte, mais au nom de cette référence tierce que sont les conditions d’un développement optimal de l’enfant. Au contraire de l’autoritarisme, le but de l’autorité n’est pas de contraindre l’enfant mais de l’aider à s’épanouir et à trouver sa place dans les limites transmises par les adultes, dans une relation de confiance qui lui permette de les adopter. Cette confiance permet à l’adolescent de mettre à l’épreuve ces limites sans avoir peur de perdre sa valeur aux yeux de son entourage.
Or la confiance comme l’apprentissage des limites et de la capacité d’attendre ne commencent pas à l’adolescence. C’est en cela que celle-ci est révélatrice de ce qui s’est construit peftdant l’enfance.