Sa mère est sa meilleure amie. Est-ce bon pour son équilibre

Sa mère est sa meilleure amie. Est-ce bon pour son équilibre?

C’est une phrase que l’on entend souvent, et plus fréquemment dans ce sens qu’entre père et fils. La
relation entre hommes est volontiers plus distante, tant sur le plan de la proximité physique que sur celui des confidences. Il est probable que l’évolution libérale de la société et des relations au sein de la famille, avec une plus grande liberté d’expression, a facilité ce rapprochement mère/fille. Cette situation est-elle souhaitable? On comprendra aisément que la réponse ne soit pas univoque. Derrière lui même phrase peuvent se cacher des réalités bien différentes. Tout dépend de l’intensité de la relation, de son caractère plus ou moins exclusif, c’est-à-dire du degré de
contrainte et d’emprise réciproques d’un tel lien. Il est sûrement bénéfique que le lien parent-adolescent soit libre et empreint d’une confiance partagée. Mais le lien parent-enfant, et plus spécifiquement mère-enfant, est d’une telle nécessité qu’il faut des contrepoids pour que l’enfant puisse s’en dégager. Ces contrepoids, ce sont les limites qu’imposent la mère, les frustrations, le fait qu’elle puisse manquer ou ne pas répondre à tous les besoins de l’enfant. C’est ce qui permet à celui-ci de prendre à son compte, progressivement, les apports maternels, de les faire siens, de
les intérioriser et de s’identifier aux caractéristiques maternelles puis de chercher ailleurs, dans une tierce personne, plus particulièrement le père, ce qu’il ne trouve pas chez la mère.
C’est à ce niveau qu’un trop grand «copinage» entre la mère et l’adolescente trouve ses limites. Il risque, en effet, à la fois de traduire la persistance d’une excessive dépendance affective entre elles, mais aussi d’entretenir et d’aggraver cette relation. Tout accrochage à la présence physique d’un parent peut faire douter de la qualité et de la réalité des acquis intériorisés et assimilés par
l’adolescent. Une trop grande transparence de la vie intime entre parents et adolescent a de bonnes chances de freiner les possibilités d’autonomisation de l’adolescent. Cette relation privilégiée est difficile à quitter car elle offre, sur le moment, beaucoup d’avantages et peu de contraintes. Pourtant, elle va rendre le choix d’un partenaire difficile et ce d’autant plus qu’il aura de son côté des besoins et des demandes bien différents de ceux de la mère, et que la relation idyllique avec celle-ci aura bien mal préparé l’adolescente à supporter une nouvelle relation où elle ne sera pas l’objet d’une telle complaisance dans la complémentarité.

Enfin, si le lien persiste sur ce mode, son caractère de leurre et de relation en fait profondément inégalitaire et déséquilibrée se révélera avec le temps, quand le vieillissement de la mère et sa disparition laisseront la fille seule à devoir gérer cet abandon en ayant été bien mal préparée à vivre d’autres types de liens. Le meilleur lien à la mère est celui qui permet à la fille de vivre sans sa mère, ce qui ne veut pas dire sans relation avec elle, mais en ayant intériorisé l’essentiel
des qualités qu’elle lui aura transmises. Par la suite, la fille pourra en faire profiter à son tour ceux qu’elle aime et aimera, et notamment ses propres enfants, qu’ils soient filles ou garçons.

Ils ne s'entendent pas entre frères et sœurs. Que faire

Ils ne s’entendent pas entre frères et sœurs. Que faire?

Tous les parents souhaiteraient que frères et sœurs s’entendent parfaitement. Ils leur portent le même amour, il n’y a donc aucune raison qu’ils se jalousent et se disputent ! Cette vision idyllique et reposante des relations fraternelles ne correspond guère à la réalité. La rivalité est inévitable et l’envie, comme la jalousie, sont les sentiments les mieux partagés entre les enfants et, même, entre les adultes (les conflits d’héritage en sont un bon révélateur). Mais cela n’empêche pas d’éprouver en même temps amour et affection, et ce de façon d’autant plus saine et vraie qu’envie et jalousie sont reconnues, acceptées et intégrées. Il suffit d’observer les enfants entre eux pour comprendre que leur penchant naturel est de vouloir être les premiers, sinon les seuls, de s’emparer du maximum d’objets possibles comme de capter à leur profit l’attention et l’affection des adultes qui s’occupent d’eux. « C’est à moi » est leur devise préférée et malheur à qui s’y oppose. Seule l’éducation par les parents réussira à limiter cette expansion que les enfants souhaiteraient infinie. L’apaisement viendra de la confiance dans leurs parents et de l’assurance qu’ils ont plus à gagner en composant avec leurs frères et sœurs pour l’amour des parents qu’en se disputant sans cesse. L’attitude des parents détermine en grande partie le climat affectif entre frères et sœurs. Ce rôle essentiel ne tient pas seulement à un juste partage de l’affection entre chacun, mais dépend aussi de leur capacité à limiter les manifestations d’hostilité et à exiger un respect mutuel entre les enfants.
Les conflits entre frères et sœurs peuvent bien sûr être alimentés par une différence marquée d’affection ou d’intérêt de la part d’un ou des deux parents. Mais ils sont également liés, plus subtilement, au véritable traumatisme subi à la naissance d’un puîné par un enfant parfois très ou trop investi et adulé par un parent. L’enfant peut vivre l’événement comme un véritable abandon, un rejet ou, pire, une trahison. Son mouvement de haine à l’égard de celui qui lui a volé sa mère,
ou parfois son père, est souvent étoufle et réprimé sur le moment par peur de perdre l’amour du parent. Il resurgit parfois à l’adolescence et peut s’exprimer par un trouble psychique ou du comportement. Quoi qu’il en soit, quand les conflits deviennent trop bruyants, il revient aux parents d’aider les adolescents à se reprendre en imposant des limites et en exigeant un respect réciproque. La persistance des difficultés ou la souffrance de parents débordés peuvent nécessiter un avis spécialisé et, parfois, une thérapie familiale. Celle-ci facilite l’apaisement et la possibilité pour chacun de retrouver sa place.

Quelle est la place du père

Quelle est la place du père ?

La fonction classique du père, énoncée par Freud et la théorie psychanalytique, est de protéger l’enfant de l’inceste en s’interposant entre lui et sa mère et en la lui interdisant. En outre, le père a une fonction de protection par le fait que, moyennant ce renoncement à la mère, l’enfant bénéficie de sa bienveillance, fait alliance avec lui et se sent protégé. Au-delà de cette fonction d’interdit, et probablement de façon tout aussi importante, le père intervient dans la relation de l’enfant à la mère par le fait qu’il vectorise le désir de la mère sur lui, indiquant ainsi à l’enfant une voie qui le sort de la seule confrontation avec sa mère. L’effet tiers d’ouverture de la fonction paternelle n’est ainsi pas seulement lié à l’interdit, mais aussi à la mobilisation d’un désir sur une tierce personne, objet du désir de la mère.

On oublie souvent qu’il n’y a pas de père sans qu’il y ait une mère et que c’est elle, autant que l’enfant, qui fait le père, et vice versa. Au-delà de ce que chacun est, c’est la façon dont l’autre l’investit qui compte. Cet investissement réciproque est aussi important que leur rôle spécifique. Ainsi, quelles que soient ses qualités, si le père est disqualifié par la mère, cela fait des ravages. La disqualification, plus que la critique ou l’opposition, c’est le dénigrement systématique de la valeur et de l’importance de l’autre, voire même le présenter comme une source de danger. Les enfants sont alors placés dans un dilemme infernal qui les oblige à remettre en question la confiance en l’un ou en l’autre.

Cette disqualification va parfois jusqu’à l’accusation d’abus sexuel ou de perversité du père, et peut provoquer une crise de confiance d’autant plus considérable que cela n’est pas toujours vrai.
L’enfant constate que le parent avec lequel il a une relation initiale privilégiée, en général sa mère, est lui-même en relation avec d’autres personnes auprès desquelles il l’introduit pour nouer des relations différentes. Le conjoint tient une place essentielle dans ce dispositif et notamment le père, co-géniteur et porteur d’une différence de sexe, fondement essentiel de l’accès à la différence. L’absence du père ne condamne pas l’enfant à l’indifférenciation, mais elle lui complique la tache dans ses possibilités d’identification pour le garçon et dans ses relations affectives pour la fille. D’autres supports peuvent alors servir de relais.

Lorsqu’il fonctionne dans le respect des différences, le couple parental ouvre l’enfant à des relations affectives différenciées et à des modèles d’identification qui s’appuient sur ces deux socles de la réalité que sont la différence des sexes et celle des générations. Cependant, cette ouverture à la différence est fortement affaiblie quand la différence se réduit à une hiérarchie où l’un des parents se définit essentiellement par son statut d’infériorité ou de supériorité à l’autre.
Enfin, le père intervient au niveau de la constitution des idéaux de l’enfant dans la mesure où il est porteur d’ouverture sur les valeurs sociales dont il est un des relais privilégiés. L’étude de la fonction paternelle a donné lieu à deux types de dérive. La première dérive est celle d’une abs-
traction de plus en plus poussée au point de réduire la fonction paternelle à un jeu de signifiants, notamment autour du Nom du Père, qui serait ou non transmis par la mère. Cette tendance lui confère un rôle de type

transccndanial qui aboutit d’une part à se référer à des entités telle la Loi, dont le père serait le vecteur, et d autre part à s’éloigner d’une réalité qui ne corrobore guère ces spéculations. A l’opposé, la deuxième dérive réside dans le risque de transformer le père en une mère bis, contri-
buant ainsi à la constitution d’un bloc «papa-maman» indifférencié. Cette dérive est d’autant plus pernicieuse qu’elle résulte d’un conflit de pouvoir entre la mère et le père et non d’une entente respectueuse de chacun autour du partage des tâches. Comme toujours avec l’éducation, ce qui est un avantage d’un côté représente un risque possible de l’autre. La plus grande proximité du père avec ses enfants a bien des avantages, mais elle peut avoir un inconvénient : celui d’être parfois envahissante pour eux. Même si la mère est sortie du foyer pour travailler, c’est le père qui traditionnellement symbolise celui qui part affronter le monde et facilite ainsi l’ouverture à l’extérieur. En donnant le sentiment de centrer ses intérêts trop exclusivement sur la famille, il n’offre plus toujours le minimum d’idéalisation de ce qui se passe à l’extérieur, et dont l’eniànt se sent exclu, nécessaire pour permettre à un adolescent d’avoir envie de sortir de sa famille. Empreints comme la mère de sollicitude, les pères transmettent, souvent malgré eux, une vision inquiète du monde. On assiste parfois aujourd’hui à une sorte de «cramponnement » familial généralisé ; comme on est bien, parents et enfants, tous dans le grand lit devant la télévision!

De façon plus pratique, il est intéressant de revenir sur les aspects concrets du développement de l’enfant et notamment sur une des nécessités essentielles de ce développement, la fonction différenciante ou fonction tierce. Celle-ci s’organise de façon privilégiée autour de la place du père, mais elle trouve aussi des supports et des relais au-delà de la place du père et notamment dans
les supports offerts par les médiations culturelles.

La mise en place d’investissements différenciés permet la constitution de limites et sort l’enfant d’une relation exclusive qui s’exprime sur le mode du tout ou rien. Il s’agit d’un processus très progressif, les prémices de cette différenciation apparaissant très tôt, probablement dès les derniers mois de la vie fœtale par le repérage des sons de voix différents. Par la suite, cette perception s’appuiera sur la répartition des rôles et des attitudes. Elle aboutira à l’émergence
de la configuration œdipienne, c’est-à-dire à la perception par l’enfant de la différence des sexes et des générations organisée autour et par le couple parental. Le fait que celui-ci véhicule ces différences fondamentales permet à l’enfant non seulement de se situer dans une généalogie, mais aussi d’insérer ces différences dans une relation de complémentarité. Le lien du couple, s’il est fait de respect mutuel et d’amour, illustre que la différence est porteuse d’une complémentarité positive. Il introduit alors l’enfant à la liberté, à la possibilité de se rêver lui aussi différent
de ses parents tout en restant objet d’amour et d’intérêt.

Dès lors, il ne s’agit plus pour l’enfant d’être comme ses parents, plus ou moins confondus avec eux et indifférencié, ou au contraire différent et rejeté. Il lui est possible de se concevoir comme différent et semblable sans être pour autant le même. Cette fonction tierce sera par la suite relayée par d’autres médiateurs : grandsparents, oncles ou tantes et intervenants du monde social environnant avec, au premier rang, les enseignants et tous ceux qui ont une fonction éducative. A l’opposé, la négation ou le refus de la différence au sein du couple signifie pour l’enfant qu’on ne peut être que semblable, et, à la limite, indifférencié, ou rejeté.
Cette intolérance à la différence est porteuse de menaces pour son développement : grandir, c’est se confondre avec cet objet d’amour totalitaire ou risquer de le détruire ou d’être détruit.

L’enfant se constitue ainsi largement en fonction des attitudes des autres à son égard, et de l’image que ceuxci lui renvoient. Ce jeu d’échanges est une des conditions de l’empathie, de cette capacité à s’identifier à l’autre et à le comprendre de l’intérieur. C’est également une condition essentielle de la possibilité de tendresse pour autrui et une base indispensable de l’accès au système des valeurs et au sentiment moral. C’est parce que l’enfant aura perçu et intégré ces limites successives et identifié les siennes propres, également reconnues et respectées par les autres, qu’il accédera progressivement à la conscience de son appartenance à un groupe de valeurs communes. Ces dernières seront à leur tour comme une médiation supplémentaire entre lui et les autres, et assureront la préservation de ses limites, de son intégrité et de son identité. Cette progressive intégration
de valeurs transcendant le sujet est bien différente de la notion d’une loi qui s’imposerait arbitrairement de l’extérieur et conditionnerait l’accès à un ordre symbolique.

Il ne veut pas nous quitter. Faut-il s'en inquiéter

Il ne veut pas nous quitter. Faut-il s’en inquiéter?

Les jeunes vivent de plus en plus longtemps au domicile familial. Selon l’INSEE, 50% des filles et 60% des garçons entre 20 et 24 ans vivent encore chez leurs parents, et 14% des jeunes se réinstallent dans leur famille au cours des cinq années qui suivent leur départ de la maison familiale. Bien sûr, ils ne manquent pas d’arguments pour justifier ce choix : les raisons économiques, l’allongement de la durée des études, la possibilité de vivre une situation quasi maritale dans la famille… Mais, au-delà de ces réalités, on sent bien que l’on se trouve face à un phénomène psychologique qui prend peu à peu une dimension sociologique.
En effet, de plus en plus déjeunes n’ont pas de motivations suffisantes pour quitter leurs parents à un âge où il était d’usage de le faire il y a encore une quinzaine d’années. Qu’est-ce qui les pousse donc à rester?
Les parents sont-ils complices ? N’ont-ils aucun mot à dire?

La majorité des cas ne pose guère problème et la séparation va se faire spontanément de façon tardive mais satisfaisante, ou va nécessiter simplement que les parents posent des limites. Mais un certain nombre de situations vont être difficiles parce que, manifestement, l’adolescent n’arrive pas à partir, s’installe dans une situation régressive de dépendance mutuelle avec ses parents et, surtout, s’enfonce dans des conduites d’échec et d’autodestruction, avec parfois des accès de violence envers ses parents…
La difficulté de parents et d’adolescents à se quitter n’est pas un signe d’amour particulièrement intense, comme aimeraient le croire certains parents. C’est plutôt l’expression d’une relation marquée par l’inquiétude, l’insécurité et le manque de confiance. Il s’agit bien sûr d’un manque de confiance en soi de l’adolescent, mais aussi d’un manque de confiance enven les parents, comme si la séparation appelait la perte et la destruction. Ce qui va finalement se manifester au grand jour quand l’agrippement des uns aux autres perdure exagérément. En effet, la dépendance affective, et l’accrochage compensateur aux parents qu’elle génère, finissent inévitablement par susciter chez l’adolescent un besoin de se différencier et de prendre de la distance en s’opposant et en s’installant dans une relation dominée par l’insatisfaction. Les parents doivent alors poser une limite et introduire un tiers pour faciliter le dialogue entre eux et leur enfant. L’ouverture est impérative pour redonner à l’adolescent une marge de manœuvre personnelle hors du regard parental. La fermeté, voire ce qui peut être vécu comme une violence, s’impose dans rétablissement de limites pour faire contrepoids à la violence autrement destructrice de la perpétuation de ce vase clos mortifère.

soit le signe d’un échec dans leur éducation. Pour être de bons parents, ils sont prêts à tout accepter. Or, si l’adolescent s’enfonce dans l’opposition et le sabotage de ses potentialités, ce n’est pas nécessairement parce qu’ils sont de mauvais parents, mais plutôt parce qu’il est trop dépendant d’eux et n’arrive pas à les quitter. Il ne peut supporter la solitude, mais ne se sent plus lui-même dès qu’ils sont proches. Le compromis qui s’installe alors est de rester près d’eux et d’afficher sa différence et une pseudo-autonomie par son insatisfaction, ses plaintes et son opposition. En réalité, il aurait besoin de tisser des liens nouveaux et de faire ses preuves à distance des parents. Comme il n’arrive pas à le faire seul, les parents doivent l’y aider en profitant du caractère insatisfaisant de la situation pour exiger qu’une solution soit trouvée à distance d’eux. C’est ce qui permettra que, dans un deuxième temps, quand l’adolescent aura pu faire la preuve de ses ressources propres, les relations redeviennent positives.

Il est confronté à des conflits familiaux. Que faire

Il est confronté à des conflits familiaux. Que faire?

Les conflits familiaux sont inévitables. Il n’est pas souhaitable que les parents entretiennent l’illusion d’un couple parental sans faille et d’un monde sans conflit. Cela ne préparerait guère l’adolescent à la réalité de la vie conjugale et familiale ni à celle de la vie en général. Tout repose sur la façon dont les parents gèrent ces conflits et sur la place qu’ils donnent à l’adolescent. Sont-ils capables de contenir les conflits ou empoisonnent-ils l’ensemble du climat familial ? Se déroulentils dans le respect de chacun ou dans le dénigrement réciproque ? Les enfants sont-ils incités à prendre parti ?
Est-il possible ou non d’en parler calmement après? Autant de réponses qui conditionnent les effets des
conflits sur l’adolescent.

Ce qui frappe le plus, dans les situations conflictuelles importantes, c’est à quel point l’un des parents, ou les deux, a des difficultés à se mettre à la place de l’adolescent et à essayer de comprendre ce qu’il peut ressentir. Trop impliqué dans le conflit, le parent est incapable de prendre le recul nécessaire, de faire l’effort de différencier ses sentiments de ceux de l’adolescent. L’intensité de ses émotions lui sert de justification, d’argument et de bonne conscience et il lui est difficile d’admettre qu’on puisse réagir différemment. C’est cette absence de recul qui est le plus toxique, car elle ne laisse aucune place à l’autre. La différence est immédiatement perçue comme critique et hostile.
Il existe plusieurs situations où l’adolescent risque d’être absorbé par la situation conflictuelle et dépossédé de son libre arbitre, de ses capacités de jugement et de critique :

— L’adolescent spectateur. Il se trouve dans une position passive, voyeuriste, où il assiste au grand déballage de reproches que se font les parents. Le plus traumatisant est leur absence de pudeur, ils «déballent» l’intimité de leur vie privée comme si toute barrière avait disparu, s’injurient, voire se frappent devant l’adolescent. C’est une violence à son encontre dans la mesure où les parents font comme s’il n’était pas là. Ses besoins affectifs de se sentir sécurisé et surtout d’éprouver un
minimum d’estime et d’admiration pour eux sont méconnus. En outre, bien souvent, la présence de l’adolescent excite le parent qui va essayer de rechercher une complicité et de faire de l’adolescent un témoin, voire un allié.
– L’adolescent complice. Il est directement sollicité par le ou les parents pour prendre parti pour l’un contre l’autre ou, plus subtilement, pour devenir le confident de l’un et être amené à compatir à ses souffrances puis à faire alliance avec lui contre l’autre. Cette complicité peut le conduire à devenir le porte-parole d’un des parents, soit en prenant directement son parti, soit en allant mal lui-même. Dans ce dernier cas, il embarrasse et met plus ou moins en échec le parent dominant du
couple, et fait alliance avec le plus souffrant.
– L’adolescent bouc émissaire. Il réunit ses parents, les réconcilie ou, simplement, les rapproche, le plus souvent parce que ses difficultés et sa souffrance sont un moyen de rassembler la famille autour de celui qui va mal. Parfois même, les parents, au-delà de leurs divergences, s’accordent pour considérer que le comportement de l’adolescent est responsable de la souffrance de la famille et des tensions entre eux…
La liste n’est évidemment pas close, mais, au-delà de la diversité des situations, on trouve une conséquence commune : l’adolescent est toujours la victime. Bien sûr, ses réactions diffèrent en fonction des situations, des rencontres qu’il peut faire, des appuis qu’il peut trouver, de la qualité des liens pendant son enfance et de son tempérament. Heureusement, certains puisent dans
ces difficultés une capacité de réagir, une expérience et une prise de conscience qui leur seront utiles. Mais tout cela laisse des traces qui pourront resurgir, notamment dans leur couple futur et dans leur relation avec leurs enfants. Surtout, un certain nombre d’entre eux vont en souffrir d’une façon qui entrave leur développement et les amène à adopter des conduites d’échec, à déprimer ou à se révolter.
En effet, dans toutes ces situations, l’adolescent est parasité par des difficultés qui ne sont pas les siennes mais que ses parents font siennes. Il ne saura plus démêler ce qui, dans ses problèmes, provient de lui ou de ses parents. Sans le savoir, il devient en quelque sorte captif de forces qui l’aliènent au passé, à des rancœurs, des vengeances ou des besoins de réparation, et qui pourront influer sur son propre avenir.

Mais tous les conflits ne sont pas explicites, beaucoup restent de Tordre du non-dit. Des couples coexistent jusqu’à la fin de leur vie tout en se haïssant secrètement et avec des attitudes et des principes éducatifs opposés ou très divergents. Il est illusoire de penser que l’enfant
n’en perçoit rien. Il peut éviter de se poser la question trop clairement, mais il sera porteur de ce conflit latent, ce qui ne facilitera pas son travail d’intégration de ses propres contra-
dictions et contribuera à dramatiser ses identifications, c’est-à-dire le choix de ses modèles de pensées, de valeurs et d’options de vie. Les différences entre le père et la mère ne seront alors plus une chance, un facteur d’ouverture à des combinaisons variées et propres à l’enfant, mais une source de division et de déchirements internes. L’enfant reproduira intérieurement le combat entre ses parents, tout ce qui le rapprocherait de l’un le mettant en conflit avec l’autre.
Les déchirures se manifestent généralement à l’adolescence, quand la nécessité de prendre ses distances et d’affirmer son identité propre se fait sentir. Les divisions de l’adolescent l’empêchent de devenir autonome et lui font sentir sa dépendance à l’égard de ses parents, renforçant ainsi le conflit. La réponse ne se fait pas attendre : les troubles du comportement, les conduites d’échec et d’opposition traduisent l’impossibilité de la séparation comme de la satisfaction. Le prix à payer est toujours trop élevé…

Les rapports avec les beaux-parents sont-ils plus difficiles à établir

Les rapports avec les beaux-parents sont-ils plus difficiles à établir?

La multiplication des familles recomposées rend cette question de plus en plus actuelle. C’est une source habituelle de plaintes, de revendications et de conflits interminables. Néanmoins, les beaux-parents ne créant pas des liens de dépendance et de contrainte aussi forts que les parents réels, ils suscitent en réalité moins de problèmes et moins de conflits qu’il n’y paraît. D’ailleurs, la plupart des conflits ne prennent d’importance que par rapport aux parents réels. Cela ne signifie pas que le beau-parent d’un adolescent ne peut pas être plus important pour ce dernier que son père ou sa mère, ni ne peut pas jouer un rôle plus déterminant pour son devenir. Ce n’est bien sûr pas exceptionnel. Mais, même dans ce cas, quand cela «marche» avec un beau-parent, cela marche d’autant mieux que ce n’était pas évident a priori. On se dit alors, et l’adolescent le premier, que c’est d’autant plus
remarquable que ce n’était pas gagné d’avance. Tout le monde s’exclame admiratif : « Il compte autant que si c’était son père ou sa mère. » Ou : «Il est encore plus attaché à son beau-père qu’à sa mère. » Or c’est justement parce qu’il n’apparaît pas aussi naturel d’aimer son beau-père ou sa belle-mère que son véritable père ou sa véritable mère que c’est, par bien des côtés, plus facile pour l’adolescent. Plus facile parce que voulu, accepté, voire même choisi en raison des qualités du beau-
parent. On ne choisit pas son père ou sa mère. L’adolescent peut avoir le sentiment sinon de choisir le beau-parent, le plus souvent imposé par le parent avec lequel il vit, du moins de choisir la nature de la relation qu’il va avoir avec lui.

La situation est toutefois différente quand le beau-parent a élevé l’enfant depuis sa naissance, ou très précocement. On se retrouve dans une situation proche de l’adoption, Mais, dans la majo-
rité des cas, le beau-parent est apparu tardivement, et souvent alors que la personne qu’il remplace, le père ou la mère, est toujours vivante et parfois a, elle aussi, reformé un couple. Dans ce cas, la bonne entente comme la mauvaise se perçoivent en fait plus vivement. Le rejet du beau-parent, certes parfois favorisé par une attitude inadéquate, correspond au moins en grande partie à un conflit avec les parents réels. Le beau-parent est souvent ressenti comme un usurpateur ayant volé le parent réel, l’adolescent ayant le sentiment qu’il lui a été préféré. Il se pose alors plus en rival du beau-parent que dans une position filiale et déplace sur ce dernier sa rivalité avec l’autre parent.
C’est donc, en général, davantage aux parents qu’aux beaux-parents de se mobiliser pour résoudre ou
atténuer le conflit. Or, trop souvent, les parents se font le complice involontaire de cette situation sous le prétexte qu’il paraît normal que le beau-parent soit difficilement accepté par l’adolescent. En fait, c’est en annonçant calmement, mais fermement, la réalité de la situation que
le parent aidera réellement l’adolescent à retrouver des rapports paisibles, au prix cependant d’explications et de conflits. Malheureusement, les parents tendent à éviter ces discussions, en partie souvent parce qu’ils se sentent en fait coupables « d’avoir fait ça » à leur enfant.

Ses parents viennent de se séparer...Quels vont en être les retentissements

Ses parents viennent de se séparer…Quels vont en être les retentissements?

La séparation des parents s’est considérablement banalisée depuis quelques décennies, mais n’en reste
pas moins un événement douloureux, voire traumatique pour les enfants. Elle atteint la famille en son cœur et dans ce qui est son essence même : la continuité du lien. Elle confronte chacun à une des angoisses humaines les plus profondes : la crainte de la séparation. Elle déchire les enfants en les obligeant à se demander : « Qui préfères-tu de papa ou de maman ? » Mais aussi : «Pourquoi ne suis-je pas suffisamment important pour que papa et maman choisissent de rester ensemble et préfèrent ne pas se séparer ? Pour qui ?
Qui est plus important que moi, leur enfant?» Les parents le savent bien, et aucune séparation ne se
fait sans culpabilité. Peut-être est-ce pour cela qu’ils s’inquiètent plus pour leurs enfants que les autres et consultent davantage. On a pu en déduire que cela favorisait le dépistage des difficultés et faisait croire, à tort, que ces enfants sont plus souvent perturbés que ceux dont les parents vivent ensemble.

Quoi qu’il en soit, la séparation des parents représente un facteur de risque. Elle confronte en effet les adolescents les plus vulnérables, restés plus dépendants affectivement de leurs parents, à une réalité qui va entrer en résonance avec des conflits intérieurs et les renforcer. Les conditions de séparation et le climat affectif entre les parents sont des paramètres essentiels quant aux conséquences. Mais il ne faut cependant pas croire, parce que tout se passe au mieux, voire qu’il s’agit d’un consensus, que l’événement sera sans conséquences. Si le maintien de relations d’estime et de respect entre les parents est capital, un accord trop manifeste peut inquiéter l’adolescent à plus d’un titre. Il peut lui donner le sentiment d’être le seul à souffrir, que cette souffrance est injustifiée et l’amener à se sentir incompris etabandonné. Il peut également s’interroger sur la nature du lien qui unissait ses parents, sur la réalité de leur amour avec, comme analyse, le sentiment que finalement les liens sont factices, hypocrites et que, s’il en est ainsi entre ses parents, pourquoi ne serait-ce pas la même chose entre eux et lui…

Autrement dit, si les parents doivent veiller à ce que leur rapports restent dignes et respectueux, dans le souci de préserver leur enfant, cela ne suffit pas. Us ne doivent jamais oublier que leur enfant est une personne bien distincte et que, en conséquence, il ne vit pas nécessairement les événements de la même façon qu’eux et n’éprouve pas les mêmes émotions. Ils doivent donc être à l’écoute de leur enfant, accepter ses sentiments et son point de vue. Il est normal que l’adolescent réagisse, qu’il puisse être triste et malheureux, qu’il ne comprenne pas ses parents. Ce n’est pas
pour autant qu’il faille dramatiser ces réactions et, surtout, que les parents se croient obligés de changer leur propre point de vue.

Accueillir l’adolescent, c’est accepter sa différence sans chercher à la gommer, notamment en renonçant à ses propres idées…

Il ne voit plus beaucoup ses grands-parents. Est-ce mauvais pour son équilibre

Il ne voit plus beaucoup ses grands-parents. Est-ce mauvais pour son équilibre?

Les grands-parents sont une chance pour une famille. Ils représentent en effet un tiers différenciateur idéal entre le bloc «papa-maman» et les enfants. Combien d’adolescents qui traversent une passe difficile avec leurs parents trouvent dans un des grands-parents un interlocuteur au sein de la famille avec lequel ils peuvent rétablir le dialogue. Ils accepteront de lui l’appui, les conseils, plus encore des manifestations d’affection partagée qu’ils ne s’autoriseraient pas avec les parents. La différence de génération crée une distance salutaire. L’attente et la dépendance affective sont moins sollicitées et, de ce fait, la réceptivité de l’adolescent s’en trouve accrue. Mais la qualité des liens avec les grands-parents ne se crée pas en un jour, même si l’adolescence peut conduire à la redécouverte d’un grand-parent quelque peu oublié. Elle est le fruit d’une construction qui s’appuie beaucoup sur la nature des liens entre les parents et leurs propres parents. Enfants et adolescents sont particulièrement réceptifs et attentifs au climat affectif entre les générations précédentes, et sont très vite partie prenante des comptes non réglés. Ceux-ci repré-
sentent en effet des pôles de fixation des intérêts familiaux et des conversations entre adultes qui fascinent les jeunes, même s’ils n’en montrent rien. Les conflits des générations antérieures deviendront de ce fait eux aussi des points d’appel pour les petits-enfants, qui auront une forte propension à rejouer des situations et des conflits similaires avec leurs parents. La similitude
viendra essentiellement du besoin de l’adolescent d’occuper la même place que le grand-parent le plus investi dans l’intérêt du ou des parents. Mais ce peut être par des modes d’expression très différents des conflits vécus entre le ou les parents et le ou les grands-parents.

Par exemple, une adolescente peut dire détester sa grand-mère maternelle pour « le mal » qu’elle aurait fait à sa mère, mais « s’arranger » pour mobiliser intensivement son intérêt en l’inquiétant par une conduite anorexique. Elle reproduit ainsi une relation où elle fait à son tour souffrir sa mère par son comportement, ce qui amène parfois la grand-mère à prendre le parti de sa petite-fille et à critiquer sa fille pour son éducation. Dans ces conditions, un adolescent qui s’éloigne dura-
blement de ses grands-parents perd une potentialité d’ouverture particulièrement intéressante. Une telle attitude peut être la conséquence d’une tentative de captation de la part des grands-parents. Mais, habituellement, elle est le reflet de conflits plus ou moins manifestes entre les deux générations précédentes. Il serait utile pour des parents qui le constatent et le regrettent de s’interroger sur leurs véritables sentiments à l’égard de leurs propres parents et sur leur éventuelle ambiguïté, voire ambivalence.

La dépression de l'un de ses parents peut-elle avoir une influence sur son développement

La dépression de l’un de ses parents peut-elle avoir une influence sur son développement?

On n’est pas coupable d’être déprimé. Cependant, on a le devoir de se soigner et de faire en sorte
que la dépression dure le moins longtemps possible. En effet, cette maladie a toujours des répercussions pénibles sur l’entourage, en particulier sur les enfants et les adolescents. Tout ce qui affaiblit leurs parents est angoissant pour eux. Ils peuvent y voir, inconsciemment, un effet de leurs appétits à grandir et à s’emparer de ce qui fait la force des adultes, comme si le développement de l’un provoquait l’affaiblissement de l’autre… Et ce sera d’autant plus vrai que l’adolescent sera plus dépendant affectivement du parent déprimé. Il n’est d’ailleurs pas rare que ce fantasme entre en résonance avec la réalité. En effet, la dépression d’un parent est fréquemment en lien avec une crise du couple, favorisée par la perspective du départ de l’adolescent. Par ailleurs, la dépression d’un parent renvoie l’enfant à son incapacité à assurer, par sa seule présence, le bonheur de celui-ci. C’est une blessure narcissique qui contribue à relativiser le rôle et l’importance de chacun pour son entourage. Enfin, elle interroge toujours l’adolescent sur le sens de la vie, son intérêt et ce qui motive chacun. Même s’il se refuse à le dire, et parfois même à le
penser, un adolescent perçoit toujours la dépression d’un parent. Pour en limiter les effets, forcément nocifs, le mieux semble être de pouvoir la nommer, en expliquer le sens, les implications et le traitement possible, même si ces explications ne sont pas totales. Au-delà du dialogue, le meilleur moyen de limiter les effets d’une dépression est d’en guérir, histoire de prouver que l’on peut s’en sortir si l’on fait ce qu’il faut. Autrement dit : le premier devoir d’un parent est de
reconnaître sa dépression et de se soigner…

Doit-on lui dire la vérité

Doit-on lui dire la vérité?

Anotre époque de quête de transparence et de chasse aux secrets familiaux, considérés comme facteurs
de troubles, la vérité est à la mode. Mais quelle vérité ? Et pour qui ? Il est plus facile de proclamer qu’il faut toujours dire la vérité que de la mettre en pratique. Est-ce la vérité par opposition au mensonge ? Est-ce manquer à la vérité que d’user du non-dit et de l’omission ? Il est préférable de toujours dire la vérité aux enfants. Bien des parents sous-estiment leur capacité de comprendre, en particulier quand ils surprennent des conversations entre adultes. Ils pensent qu’ils peuvent inventer n’importe quelle histoire pour cacher ce que les enfants pourraient avoir entendu, sans réaliser que, au-delà des mots, les enfants, et à plus forte raison les adolescents, sont avant tout sensibles à l’atmosphère de la conversation, aux intonations, aux mimiques. Ils décèlent rapidement s’il s’agit de propos destinés exclusivement aux adultes et, le plus souvent, concernant d’autres adultes. C’est cette irruption dans le monde privé des grands qui est excitante, comme à chaque fois que les enfants pénètrent de façon plus ou moins licite sur le territoire des adultes : chambres des parents, armoires ou secrétaires qui leurs sont réservés, bibliothèques… C’est probablement cela qui est le plus nocif pour les enfants et les adolescents : les cachotteries des adultes, les secrets évoqués à demi-mot mais jamais explicités. Il ne faut pas croire que les jeunes ne comprennent rien aux allusions ou ne se posent pas de questions sur la réalité de la vie de leurs parents. En outre, il n’est pas souhaitable d’exciter leur curiosité sans y mettre un terme. Il est toujours préférable de donner un sens clair à ce qui est montré, voire exhibé, même si sa véritable
signification reste cachée.

Il est bon de faire confiance à l’adolescent en lui expliquant une situation, même difficile, le plus simplement et paisiblement possible, avec des mots justes et compréhensibles, en le traitant comme quelqu’un de responsable, une personne à part entière. Doit-on pour autant toujours dire la vérité et toute la vérité ? Non. Parfois, le cas par cas s’avère plus pertinent. En effet, l’enfant, comme l’adolescent, a besoin d’avoir des espaces d’intimité, des zones privées, et de ne pas se sentir obligé de « tout dire » à ses parents. Il n’a pas davantage besoin que ces derniers lui disent tout
et que leur réalité fasse trop rapidement irruption dans sa vie. Reçue trop tôt et trop brutalement, la réalité des adultes peut détruire son intimité et sa confiance. De plus en plus de parents, sous prétexte de vérité, ou plus simplement parce qu’ils sont dans l’incapacité de contenir et de contrôler leurs états affectifs, déversent sur leurs enfants les récits de leur vie intime, affective et parfois sexuelle. Ils les prennent comme confidents et les traitent en fait davantage comme s’ils étaient leurs propres parents plutôt que leurs enfants. Il n’est pas rare de voir maintenant des adolescents, surtout des filles confidentes de leurs mères, remettre leurs parents à leur place de parents en leur faisant remarquer qu’ils ne veulent pas être pris à témoin et parasités par leur vie personnelle.