Le pensionnat peut-il être une solution

Le pensionnat peut-il être une solution?

Le pensionnat ne peut être en lui-même une soluon aux difficultés d’un adolescent. Mais il s’agit indéniablement d’un moyen et d’un outil qui peuvent lui permettre de se dégager de l’impasse dans laquelle il est en train de se fourvoyer. L’intérêt du pensionnat est qu’il offre à l’adolescent la triple possibilité d’être à distance de ses parents, dont il est trop dépendant pour bien les supporter, sans pour autant se retrouver seul, ce qu’il n’est pas encore prêt à assumer, et enfin d’être encadré, limité et stimulé à la fois par des adultes et par des camarades neutres affec-
tivement.
En outre, il permet à l’adolescent de sortir de ce paradoxe de l’attachement qui fait que plus il est en insécurité, plus il a besoin d’être rassuré par la présence de ses parents, et plus il est contraint d’échapper à ce qu’il vit comme une emprise de cet entourage en interposant entre celui-ci et lui l’insatisfaction, les plaintes et le sabotage de ses potentialités.

Le pensionnat n’est donc ni une punition de l’adolescent, ni la manifestation d’une quelconque défiance à l’égard des parents. Il permet juste à l’adolescent de vivre les acquisitions faites hors du regard parental comme étant les siennes et non le produit d’une soumission à leur désir.
Préconisé suffisamment tôt, de préférence avant 16 ans, il permet de limiter les risques du cercle vicieux de l’échec : l’adolescent cherche à échapper à l’influence parentale, du fait même du besoin qu’il en a, en ne faisant pas ce que l’on attend de lui, notamment sur le plan scolaire ; en même temps, l’échec le déprime et déçoit ses parents ; il se déçoit lui-même, se dévalorise, se démotive ; percevant qu’il aurait besoin d’aide, mais ne supportant pas celle de ses parents, il va alors chercher un appui vers des copains auprès desquels il trouve l’ambiance plus ou moins régressive qui lui rappelle son enfance, tandis que prise de drogue et d’alcool l’aide à fuir la réalité… C’est ce cycle infernal qu’il faut à tout prix éviter avant qu’il n’ait eu des effets trop délétères…

Toutefois, le pensionnat ne doit pas s’apparenter à une solution pour rompre avec la famille. Au contraire, se voyant moins, parents et adolescents sortent de leur exaspération réciproque et peuvent profiter les uns des autres lorsqu’ils se retrouvent. Ils sont moins souvent ensemble, mais plus heureux de l’être. C’est le plaisir des retrouvailles et souvent du succès scolaire… Par ailleurs, les contraintes extérieures du pensionnat donnent à beaucoup d’adolescents un sentiment de liberté intérieure retrouvée. Ils n’ont plus à supporter les contraintes de la vie familiale, qui les incitaient à se réfugier dans leur chambre pour regarder des films, écouter de la musique, téléphoner, pianoter sur leur ordinateur, surfer sur le Net, manger, fiimer ou encore rêver sur leur lit… Le seul fait d’évoquer cette séparation suffit parfois à apaiser les conflits et à améliorer les acquisitions de l’adolescent.
Les parents, en revanche, sont souvent plus difficiles à convaincre. Ils redoutent de se couper de leur enfant, craignent que celui-ci vive son départ comme une sanction et le leur reproche, et, plus profondément, appréhendent de se retrouver en couple. Il n’est pas rare également qu’ils se sentent coupables du soulagement que leur procure cette séparation temporaire. Enfin, ils peuvent avoir des réminiscences d’un séjour en pensionnat vécu comme pénible. Mais, outre le fait que le pensionnat a changé depuis leur génération, ils oublient souvent qu’il vaut mieux un mauvais souvenir et quelques reproches à l’égard des parents que de demeurer dans l’échec avec comme seule issue l’insatisfaction
et la dévalorisation de soi…

Ses parents viennent de se séparer...Quels vont en être les retentissements

Faut-il punir un adolescent?

Punir un adolescent n’a rien d’absurde. En effet, pourquoi échapperait-il à toute punition? Si on
laisse de côté celles données par des tiers extérieurs à la famille – école ou justice, par exemple —, les punitions au sein de la famille doivent avant tout obéir à des règles de cohérence. Cohérence par rapport aux règles propres à l’adolescence : on ne commence pas à punir un enfant quand il débute son adolescence. Cohérence aussi par rapport à l’âge : une punition n’aura pas le même sens à 13 ans ou à 16 ans, et elle ne pourra pas prendre la même forme. Cohérence, enfin, par rapport au milieu de vie :
l’adolescent pourra la ressentir comme une violence intolérable s’il la perçoit comme humiliante et infantilisante…
La règle d’or en matière d’éducation est de savoir poser des limites, contenir, et parfois sanctionner, sans humilier. En effet, punir ne consiste pas à humilier mais à poser une limite à une attitude ou un comportement, à sanctionner une faute et à demander réparation pour un dommage commis. Il est important qu en miroir l’adolescent puni ait la conviction qu’il en aurait été de même pour un autre que lui.
Dans la punition, le jugement porte sur l’acte et non pas directement sur l’adolescent qui l’a commis. Elle laisse même entendre que celui-ci pourrait et aurait dû agir autrement et donc qu’il a les qualités requises pour le faire. Elle peut irriter sur le moment, voire provoquer un sentiment d’humiliation parce qu’il faut s’y soumettre et qu’elle est de ce fait subie. Mais, en général, elle ne laisse guère de traces… Tout au plus un acte ou un propos fâcheux qu’il aurait mieux valu éviter.
En revanche, tout autre est l’humiliation. Elle prend son origine dans la volonté de celui qui humilie de blesser l’autre. Le jugement ne concerne plus seulement les actes et les paroles, mais la valeur de l’adolescent lui-même, jugé incapable d’agir autrement, indigne de confiance, d’estime ou d’intérêt. La blessure est portée au cœur même du jeune, qui risque d’en garder une trace durable. Et celle-ci alimentera, tant qu’elle persistera, violence et rancune…
Dans le contexte éducatif actuel, la punition au sens strict a moins de place qu’elle n’avait autrefois. De ce fait, elle prend facilement un aspect humiliant, car justement en porte à faux par rapport aux autres jeunes. En fait, la punition est rarement nécessaire quand le lien éducatif, fait d’autorité mais aussi de confiance, existe de manière continue et cohérente depuis l’enfance. Le
rappel des limites, plus ou moins conflictuel et objet de discussions, est alors suffisant. Le recours à la punition traduit le plus souvent un débordement des parents, en général parce qu’eux-mêmes n’ont pas suffisamment confiance en eux pour penser pouvoir imposer leurs limites sans recourir à la punition.

Il ne nous aime plus. Est-ce vraiment possible

Il ne nous aime plus. Est-ce vraiment possible ?

Cette inquiétude est fréquemment éprouvée et exprimée par des parents qui ne parviennent pas à comprendre que le seul rappel à l’affection ne peut suffire à rendre l’adolescent conforme à leurs souhaits. La difficulté à comprendre la nature des liens affectifs qui unissent les adolescents à leurs parents est le grand malentendu de cet âge. Ce malentendu est la conséquence du caractère contradictoire des liens d’attachement. C’est le paradoxe central du développement : plus on est en insécurité interne, plus on dépend d’autrui pour se rassurer, mais moins on peut recevoir. Ainsi, c’est une dépendance affective excessive à l’égard de leurs parents qui peut conduire certains adolescents à se distancer d’eux en retournant leurs attentes affectives en indifférence ou en
opposition. Ce comportement peut donner l’impression aux parents que l’adolescent ne les aime plus alors qu’il est, en réalité, dans une attente impossible à gérer. Cette référence à la qualité de l’attachement, pour caractériser la relation de l’enfant aux parents et ses effets sur le développement de celui-ci, permet de dépasser les ambiguïtés de la notion d’amour et de mettre en valeur la fonction fondatrice du style de relation au monde, aux autres et à soi-même, des premiers
attachements. Un enfant doit se sentir aimé par ceux qui l’élèvent pour pouvoir s’aimer lui-même et être capable d’aimer les autres à son tour. Mais qu’entendon par aimer? De quelle nature est cet amour dont bien peu de personnes, et de parents en particulier, se diraient dépourvus? Et pourtant, ses manifestations comme ses effets sur ceux qui en sont les destinataires sont loin d’être identiques. Il y a tant de façons différentes d’aimer, y compris chez la même personne.

L’amour d’un être humain pour un autre que lui est le résultat d’une alchimie complexe de sentiments dont la qualité varie selon l’équilibre de ses composants et des attentes et besoins de celui qui le reçoit. Il en est de même de l’amour d’une mère ou d’un père pour son enfant. Cet amour est fait de l’histoire de ce parent, de ce qu’il a reçu de ses propres parents et par rapport à quoi il va réagir pour répéter ce qu’il a vécu, ou, à l’inverse, chercher à s’en démarquer, de ses attentes et de la rencontre de celles-ci avec la réalité de l’enfant. Il est fait de sa capacité d’empathie, d’identification à l’enfant, de prise en compte de ses besoins et de ce qu’il peut ressentir, avec bien sûr le risque d’un écart ou de projections non harmonieuses entre l’adulte et l’enfant.

Aimer, ce peut être, pour certains, chercher dans l’enfant ce qu’on aurait voulu être, lui offrir ce dont on a eu le sentiment de manquer, avec alors le risque de régler ses comptes avec ses propres parents au détriment de la prise en compte et de la satisfaction des besoins réels de l’enfant. Pour d’autres, ce sera avant tout chercher un miroir dans lequel se regarder, ou rendre l’enfant conforme à l’image idéale qu’on s’est forgée de lui. Ce peut être aussi chercher auprès de lui une compensation pour ce qu’on n’a pas par ailleurs, ou qu’on a perdu : l’amour d’un parent, celui d’un conjoint, la perte d’un autre enfant, une déception dans la vie professionnelle, etc.
Ces sentiments, le plus souvent inconscients pour celui qui les vit, imprègnent et orientent fortement les attitudes, les gestes, l’ensemble des interactions entre enfant et adultes. C’est la nature tendre, souple, attentionnée de la relation ou au contraire brusque, tendue, sans égards qui en dépend, comme la qualité de plaisir partagé ou de tension plus ou moins agressive encre l’adulte et l’enfant. Ces sentiments et attitudes peuvent varier à l’infini d’un individu à l’autre, mais aussi chez un même individu selon sa situation, son environnement, son état affectif du moment.

Ces sentiments, largement inconscients et plus facilement perceptibles par les autres que par soi-même, ne sont pas aisément modifiables. En outre, ce que l’enfant, et plus encore le bébé, perçoivent, ce ne sont pas les apparences et ce qui est dit mais l’état de tension ou de détente, d’inquiétude ou de plaisir dans lequel se trouve l’adulte. Tout ceci se traduit bien plus par son tonus musculaire, l’éclat de son regard, la souplesse de ses gestes, ses intonations, que par le contenu de ses paroles. Ainsi, plus sa confiance en lui est assurée, plus un individu entre facilement en contact avec un autre qui ne menace pas son autonomie et dont il peut se nourrir d’autant mieux qu’il ne se perçoit pas comme affamé et qu’il pourra choisir ce qui lui convient, aux doses souhaitées. Cette sécurité que l’individu n’a pas à l’intérieur de lui, il va tenter de la retrouver en figeant tout ce qui pourrait la déstabiliser, en particulier ses émotions et ses liens affectifs. Ce sera particulièrement vrai, spectaculaire, et souvent dramatique dans ses consé-
quences, à l’adolescence. Certains adolescents affirment leur existence et leur différence à la fois par un refus et un rejet catégoriques de ce qui est attendu d’eux, notamment par leurs parents, et par un besoin d’être vus et d’exister pour ceux-ci qui ne peut s’exprimer que par l’inquiétude suscitée. Le plaisir partagé, vécu comme une reddition aux autres, est impossible. L’intensité
même de l’attente déçue interdit toute satisfaction.

Ainsi, ils prennent de la distance par rapport au parent auquel ils souhaiteraient plaire, se prémunissant en même temps d’une déception possible et, souvent, ont le bénéfice de provoquer l’attention désolée et apitoyée du parent. Ils parviennent alors à être proches, mais dans une déception et un regret qui leur permettent de se croire lointains, à distance, dans l’indifférence et surtout pas dans le plaisir partagé. L’adolescent introduit ainsi des mécanismes de distanciation avec les personnes qu’il investit le plus, se privant notamment des relations de tendresse qui faci-
literaient les intériorisations nécessaires pour renforcer son estime de lui-même. Et le moyen d’introduire cette distance, c’est de souffrir et d’inquiéter d’une façon ou d’une autre. L’adolescent n’est alors ni coupable de plaisir excessif avec un des parents au détriment de l’autre,
ni sous la coupe de ce parent. Il n’est cependant pas seul puisqu’il suscite l’inquiétude et que la situation de proximité évitée dans le plaisir va se retrouver dans l’insatisfaction et l’inquiétude.

Nous sommes des parents battus. Que faire

Nous sommes des parents battus. Que faire ?

De plus en plus de parents se plaignent de violences de la part d’adolescents. Violences verbales plus
que physiques, mais les premières finissent par conduire aux secondes si un terme n’y est pas mis rapidement. Il s’agit là d’une situation tragique et dangereuse, tout autant pour l’adolescent que pour ses parents, facilitée par la plus grande liberté éducative actuelle et probablement par le caractère de plus en plus précoce de la puberté et l’accroissement de la taille des adolescents. Il est en effet de plus en plus courant qu’ils aient à 15 ans un corps d’adulte, dépassant de plus d’une dizaine de centimètres celui de leurs parents, alors qu’ils restent psychologiquement des enfants. Ces violences sont plus fréquemment le fait des garçons à l’égard de leurs mères, parfois de leur père, et plus encore d’un beau-père ou d’un concubin de la mère.

Quelques principes simples peuvent aider les parents à se positionner face à ce type de situation :
— Un adolescent violent est toujours un adolescent qui va mal. Ce n’est jamais un jeu, contrairement à ce qu’ils veulent parfois faire croire, ni l’expression d’un excès de vitalité ou de spontanéité.
— La violence correspond à une perte de contrôle interne toujours angoissante pour l’adolescent. Le fait qu’elle concerne un parent est, en outre, un facteur aggravant, car la perte de contrôle interne se double de la chute d’un tabou, celui du respect pour les parents, et confronte au vertige de l’absence de limites.
L’adolescent pressent que, si cet interdit tombe, plus rien ne pourra le retenir et de lui permettre de contrôler ses pulsions.
— La levée de cet interdit « pousse-au-crime », c’est-à-dire à l’escalade de la violence jusqu’à ce qu’une limite soit enfin trouvée. En dévalorisant ses parents, dont il est le fruit, l’adolescent se dévalorise lui-même et perd tout repère interne.
— La violence traduit toujours un trouble des limites, une confusion entre soi et l’autre qui accentue le sentiment de l’adolescent de ne plus s’appartenir.

Il est donc vain et nocif de penser qu’éviter le conflit en laissant l’irrespect et, à plus forte raison, la violence de l’adolescent sans réponse va l’apaiser et faciliter le maintien d’une bonne entente et d’un lien de compréhension avec lui. C’est toujours le contraire qui se passe. Le respect s’acquiert dès la petite enfance et les premières insolences du préadolescent ou de l’adolescent appellent une réponse immédiate des parents. Plus la réponse est tardive, plus elle sera difficile et risque d’engendrer la violence. Les parents ne sont pas faits pour être des copains, mais des adultes capables d’éduquer, c’est-à-dire de transmettre, avec l’affection, des valeurs et des limites. Et ceci implique qu’existe une confiance de l’enfant en l’adulte. Cela signifie que l’enfant ne doit jamais être utilisé par l’adulte pour ses propres satisfactions, sexuelles bien sûr, mais aussi d’amour-propre et d’ambition personnelle. Tout manquement du parent à ce respect de l’enfant comme sujet différent de lui ne peut que disqualifier l’adulte.

Le respect de la différence des générations est un garant de l’autonomie et donc de la liberté future de l’enfant. Insulter et frapper un parent, tout comme d’ailleurs des gestes ou des propos à tonalité sexuelle à son égard, ont une signification particulièrement grave. Cela appelle une réponse immédiate, ferme et sans ambiguïté de la part des parents. Une explication doit s’ensuivre. Si l’adolescent persévère et ne comprend pas l’avertissement, une intervention extérieure s’impose, notamment une consultation psychiatrique. L’impossibilité de se contenir peut signifier le début d’un trouble psychiatrique, notamment psychotique, et montre toujours que l’adolescent n’a plus les moyens de contenir ses impulsions. Il doit être aidé (si nécessaire avec des médicaments).
Les parents ne doivent pas dire «On ne peut pas continuer comme ça », et cependant continuer. Or force est de constater que beaucoup de parents supportent l’intolérable par fatigue, lassitude, ou même dépression et par peur de gestes plus graves. Cela traduit généralement l’existence d’importants conflits familiaux, souvent très anciens.
Parfois, l’un des parents, ou les deux, va mal et a lui-même des conduites violentes qu’il lui est impossible de contrôler. Dans d’autres cas, le conflit parental est plus latent. Un des parents, en général le père, fuit la situation et évite de se positionner face à l’adolescent par crainte de se voir reprocher sa conduite par ce dernier et par sa femme. Sans le vouloir, celle-ci peut être conduite à éviter le conflit direct avec son mari, mais utilise l’enfant comme porte-parole de sa soufance. Il se crée alors une complicité entre l’adolescent et l’un des parents, le plus souvent la mère… L’adolescent, piégé par la situation, se fait l’instrument inconscient d’une vengeance sans comprendre ce qui lui arrive. Dans un premier temps, la mère se montre trop compréhensive à l’égard d’une révolte qu’elle partage au fond d’elle-même, et cherche à excuser son enfant et à le protéger de la colère de son père. Mais, très souvent, dans un deuxième temps, l’adolescent envahi par une
tension intérieure dont il ne comprend pas la cause, et affolé par cette excessive proximité maternelle, retourne son agressivité contre sa mère elle-même.
Un parent ne peut et ne doit pas accepter d’être insulté ou battu par son enfant. Ces situations appellent des soins qui sont possibles et que Ton doit mettre en place. Les refuser n’est pas acceptable. Il faut toutefois savoir qu’il sera difficile d’apporter une solution durable et satisfaisante sans un travail de réflexion sur le fonctionnement familial et la nature des liens entre les membres de la famille.