Ils ne s'entendent pas entre frères et sœurs. Que faire

Ils ne s’entendent pas entre frères et sœurs. Que faire?

Tous les parents souhaiteraient que frères et sœurs s’entendent parfaitement. Ils leur portent le même amour, il n’y a donc aucune raison qu’ils se jalousent et se disputent ! Cette vision idyllique et reposante des relations fraternelles ne correspond guère à la réalité. La rivalité est inévitable et l’envie, comme la jalousie, sont les sentiments les mieux partagés entre les enfants et, même, entre les adultes (les conflits d’héritage en sont un bon révélateur). Mais cela n’empêche pas d’éprouver en même temps amour et affection, et ce de façon d’autant plus saine et vraie qu’envie et jalousie sont reconnues, acceptées et intégrées. Il suffit d’observer les enfants entre eux pour comprendre que leur penchant naturel est de vouloir être les premiers, sinon les seuls, de s’emparer du maximum d’objets possibles comme de capter à leur profit l’attention et l’affection des adultes qui s’occupent d’eux. « C’est à moi » est leur devise préférée et malheur à qui s’y oppose. Seule l’éducation par les parents réussira à limiter cette expansion que les enfants souhaiteraient infinie. L’apaisement viendra de la confiance dans leurs parents et de l’assurance qu’ils ont plus à gagner en composant avec leurs frères et sœurs pour l’amour des parents qu’en se disputant sans cesse. L’attitude des parents détermine en grande partie le climat affectif entre frères et sœurs. Ce rôle essentiel ne tient pas seulement à un juste partage de l’affection entre chacun, mais dépend aussi de leur capacité à limiter les manifestations d’hostilité et à exiger un respect mutuel entre les enfants.
Les conflits entre frères et sœurs peuvent bien sûr être alimentés par une différence marquée d’affection ou d’intérêt de la part d’un ou des deux parents. Mais ils sont également liés, plus subtilement, au véritable traumatisme subi à la naissance d’un puîné par un enfant parfois très ou trop investi et adulé par un parent. L’enfant peut vivre l’événement comme un véritable abandon, un rejet ou, pire, une trahison. Son mouvement de haine à l’égard de celui qui lui a volé sa mère,
ou parfois son père, est souvent étoufle et réprimé sur le moment par peur de perdre l’amour du parent. Il resurgit parfois à l’adolescence et peut s’exprimer par un trouble psychique ou du comportement. Quoi qu’il en soit, quand les conflits deviennent trop bruyants, il revient aux parents d’aider les adolescents à se reprendre en imposant des limites et en exigeant un respect réciproque. La persistance des difficultés ou la souffrance de parents débordés peuvent nécessiter un avis spécialisé et, parfois, une thérapie familiale. Celle-ci facilite l’apaisement et la possibilité pour chacun de retrouver sa place.

Il ne veut pas nous quitter. Faut-il s'en inquiéter

Il ne veut pas nous quitter. Faut-il s’en inquiéter?

Les jeunes vivent de plus en plus longtemps au domicile familial. Selon l’INSEE, 50% des filles et 60% des garçons entre 20 et 24 ans vivent encore chez leurs parents, et 14% des jeunes se réinstallent dans leur famille au cours des cinq années qui suivent leur départ de la maison familiale. Bien sûr, ils ne manquent pas d’arguments pour justifier ce choix : les raisons économiques, l’allongement de la durée des études, la possibilité de vivre une situation quasi maritale dans la famille… Mais, au-delà de ces réalités, on sent bien que l’on se trouve face à un phénomène psychologique qui prend peu à peu une dimension sociologique.
En effet, de plus en plus déjeunes n’ont pas de motivations suffisantes pour quitter leurs parents à un âge où il était d’usage de le faire il y a encore une quinzaine d’années. Qu’est-ce qui les pousse donc à rester?
Les parents sont-ils complices ? N’ont-ils aucun mot à dire?

La majorité des cas ne pose guère problème et la séparation va se faire spontanément de façon tardive mais satisfaisante, ou va nécessiter simplement que les parents posent des limites. Mais un certain nombre de situations vont être difficiles parce que, manifestement, l’adolescent n’arrive pas à partir, s’installe dans une situation régressive de dépendance mutuelle avec ses parents et, surtout, s’enfonce dans des conduites d’échec et d’autodestruction, avec parfois des accès de violence envers ses parents…
La difficulté de parents et d’adolescents à se quitter n’est pas un signe d’amour particulièrement intense, comme aimeraient le croire certains parents. C’est plutôt l’expression d’une relation marquée par l’inquiétude, l’insécurité et le manque de confiance. Il s’agit bien sûr d’un manque de confiance en soi de l’adolescent, mais aussi d’un manque de confiance enven les parents, comme si la séparation appelait la perte et la destruction. Ce qui va finalement se manifester au grand jour quand l’agrippement des uns aux autres perdure exagérément. En effet, la dépendance affective, et l’accrochage compensateur aux parents qu’elle génère, finissent inévitablement par susciter chez l’adolescent un besoin de se différencier et de prendre de la distance en s’opposant et en s’installant dans une relation dominée par l’insatisfaction. Les parents doivent alors poser une limite et introduire un tiers pour faciliter le dialogue entre eux et leur enfant. L’ouverture est impérative pour redonner à l’adolescent une marge de manœuvre personnelle hors du regard parental. La fermeté, voire ce qui peut être vécu comme une violence, s’impose dans rétablissement de limites pour faire contrepoids à la violence autrement destructrice de la perpétuation de ce vase clos mortifère.

soit le signe d’un échec dans leur éducation. Pour être de bons parents, ils sont prêts à tout accepter. Or, si l’adolescent s’enfonce dans l’opposition et le sabotage de ses potentialités, ce n’est pas nécessairement parce qu’ils sont de mauvais parents, mais plutôt parce qu’il est trop dépendant d’eux et n’arrive pas à les quitter. Il ne peut supporter la solitude, mais ne se sent plus lui-même dès qu’ils sont proches. Le compromis qui s’installe alors est de rester près d’eux et d’afficher sa différence et une pseudo-autonomie par son insatisfaction, ses plaintes et son opposition. En réalité, il aurait besoin de tisser des liens nouveaux et de faire ses preuves à distance des parents. Comme il n’arrive pas à le faire seul, les parents doivent l’y aider en profitant du caractère insatisfaisant de la situation pour exiger qu’une solution soit trouvée à distance d’eux. C’est ce qui permettra que, dans un deuxième temps, quand l’adolescent aura pu faire la preuve de ses ressources propres, les relations redeviennent positives.

Le pensionnat peut-il être une solution

Le pensionnat peut-il être une solution?

Le pensionnat ne peut être en lui-même une soluon aux difficultés d’un adolescent. Mais il s’agit indéniablement d’un moyen et d’un outil qui peuvent lui permettre de se dégager de l’impasse dans laquelle il est en train de se fourvoyer. L’intérêt du pensionnat est qu’il offre à l’adolescent la triple possibilité d’être à distance de ses parents, dont il est trop dépendant pour bien les supporter, sans pour autant se retrouver seul, ce qu’il n’est pas encore prêt à assumer, et enfin d’être encadré, limité et stimulé à la fois par des adultes et par des camarades neutres affec-
tivement.
En outre, il permet à l’adolescent de sortir de ce paradoxe de l’attachement qui fait que plus il est en insécurité, plus il a besoin d’être rassuré par la présence de ses parents, et plus il est contraint d’échapper à ce qu’il vit comme une emprise de cet entourage en interposant entre celui-ci et lui l’insatisfaction, les plaintes et le sabotage de ses potentialités.

Le pensionnat n’est donc ni une punition de l’adolescent, ni la manifestation d’une quelconque défiance à l’égard des parents. Il permet juste à l’adolescent de vivre les acquisitions faites hors du regard parental comme étant les siennes et non le produit d’une soumission à leur désir.
Préconisé suffisamment tôt, de préférence avant 16 ans, il permet de limiter les risques du cercle vicieux de l’échec : l’adolescent cherche à échapper à l’influence parentale, du fait même du besoin qu’il en a, en ne faisant pas ce que l’on attend de lui, notamment sur le plan scolaire ; en même temps, l’échec le déprime et déçoit ses parents ; il se déçoit lui-même, se dévalorise, se démotive ; percevant qu’il aurait besoin d’aide, mais ne supportant pas celle de ses parents, il va alors chercher un appui vers des copains auprès desquels il trouve l’ambiance plus ou moins régressive qui lui rappelle son enfance, tandis que prise de drogue et d’alcool l’aide à fuir la réalité… C’est ce cycle infernal qu’il faut à tout prix éviter avant qu’il n’ait eu des effets trop délétères…

Toutefois, le pensionnat ne doit pas s’apparenter à une solution pour rompre avec la famille. Au contraire, se voyant moins, parents et adolescents sortent de leur exaspération réciproque et peuvent profiter les uns des autres lorsqu’ils se retrouvent. Ils sont moins souvent ensemble, mais plus heureux de l’être. C’est le plaisir des retrouvailles et souvent du succès scolaire… Par ailleurs, les contraintes extérieures du pensionnat donnent à beaucoup d’adolescents un sentiment de liberté intérieure retrouvée. Ils n’ont plus à supporter les contraintes de la vie familiale, qui les incitaient à se réfugier dans leur chambre pour regarder des films, écouter de la musique, téléphoner, pianoter sur leur ordinateur, surfer sur le Net, manger, fiimer ou encore rêver sur leur lit… Le seul fait d’évoquer cette séparation suffit parfois à apaiser les conflits et à améliorer les acquisitions de l’adolescent.
Les parents, en revanche, sont souvent plus difficiles à convaincre. Ils redoutent de se couper de leur enfant, craignent que celui-ci vive son départ comme une sanction et le leur reproche, et, plus profondément, appréhendent de se retrouver en couple. Il n’est pas rare également qu’ils se sentent coupables du soulagement que leur procure cette séparation temporaire. Enfin, ils peuvent avoir des réminiscences d’un séjour en pensionnat vécu comme pénible. Mais, outre le fait que le pensionnat a changé depuis leur génération, ils oublient souvent qu’il vaut mieux un mauvais souvenir et quelques reproches à l’égard des parents que de demeurer dans l’échec avec comme seule issue l’insatisfaction
et la dévalorisation de soi…

Nous sommes des parents battus. Que faire

Nous sommes des parents battus. Que faire ?

De plus en plus de parents se plaignent de violences de la part d’adolescents. Violences verbales plus
que physiques, mais les premières finissent par conduire aux secondes si un terme n’y est pas mis rapidement. Il s’agit là d’une situation tragique et dangereuse, tout autant pour l’adolescent que pour ses parents, facilitée par la plus grande liberté éducative actuelle et probablement par le caractère de plus en plus précoce de la puberté et l’accroissement de la taille des adolescents. Il est en effet de plus en plus courant qu’ils aient à 15 ans un corps d’adulte, dépassant de plus d’une dizaine de centimètres celui de leurs parents, alors qu’ils restent psychologiquement des enfants. Ces violences sont plus fréquemment le fait des garçons à l’égard de leurs mères, parfois de leur père, et plus encore d’un beau-père ou d’un concubin de la mère.

Quelques principes simples peuvent aider les parents à se positionner face à ce type de situation :
— Un adolescent violent est toujours un adolescent qui va mal. Ce n’est jamais un jeu, contrairement à ce qu’ils veulent parfois faire croire, ni l’expression d’un excès de vitalité ou de spontanéité.
— La violence correspond à une perte de contrôle interne toujours angoissante pour l’adolescent. Le fait qu’elle concerne un parent est, en outre, un facteur aggravant, car la perte de contrôle interne se double de la chute d’un tabou, celui du respect pour les parents, et confronte au vertige de l’absence de limites.
L’adolescent pressent que, si cet interdit tombe, plus rien ne pourra le retenir et de lui permettre de contrôler ses pulsions.
— La levée de cet interdit « pousse-au-crime », c’est-à-dire à l’escalade de la violence jusqu’à ce qu’une limite soit enfin trouvée. En dévalorisant ses parents, dont il est le fruit, l’adolescent se dévalorise lui-même et perd tout repère interne.
— La violence traduit toujours un trouble des limites, une confusion entre soi et l’autre qui accentue le sentiment de l’adolescent de ne plus s’appartenir.

Il est donc vain et nocif de penser qu’éviter le conflit en laissant l’irrespect et, à plus forte raison, la violence de l’adolescent sans réponse va l’apaiser et faciliter le maintien d’une bonne entente et d’un lien de compréhension avec lui. C’est toujours le contraire qui se passe. Le respect s’acquiert dès la petite enfance et les premières insolences du préadolescent ou de l’adolescent appellent une réponse immédiate des parents. Plus la réponse est tardive, plus elle sera difficile et risque d’engendrer la violence. Les parents ne sont pas faits pour être des copains, mais des adultes capables d’éduquer, c’est-à-dire de transmettre, avec l’affection, des valeurs et des limites. Et ceci implique qu’existe une confiance de l’enfant en l’adulte. Cela signifie que l’enfant ne doit jamais être utilisé par l’adulte pour ses propres satisfactions, sexuelles bien sûr, mais aussi d’amour-propre et d’ambition personnelle. Tout manquement du parent à ce respect de l’enfant comme sujet différent de lui ne peut que disqualifier l’adulte.

Le respect de la différence des générations est un garant de l’autonomie et donc de la liberté future de l’enfant. Insulter et frapper un parent, tout comme d’ailleurs des gestes ou des propos à tonalité sexuelle à son égard, ont une signification particulièrement grave. Cela appelle une réponse immédiate, ferme et sans ambiguïté de la part des parents. Une explication doit s’ensuivre. Si l’adolescent persévère et ne comprend pas l’avertissement, une intervention extérieure s’impose, notamment une consultation psychiatrique. L’impossibilité de se contenir peut signifier le début d’un trouble psychiatrique, notamment psychotique, et montre toujours que l’adolescent n’a plus les moyens de contenir ses impulsions. Il doit être aidé (si nécessaire avec des médicaments).
Les parents ne doivent pas dire «On ne peut pas continuer comme ça », et cependant continuer. Or force est de constater que beaucoup de parents supportent l’intolérable par fatigue, lassitude, ou même dépression et par peur de gestes plus graves. Cela traduit généralement l’existence d’importants conflits familiaux, souvent très anciens.
Parfois, l’un des parents, ou les deux, va mal et a lui-même des conduites violentes qu’il lui est impossible de contrôler. Dans d’autres cas, le conflit parental est plus latent. Un des parents, en général le père, fuit la situation et évite de se positionner face à l’adolescent par crainte de se voir reprocher sa conduite par ce dernier et par sa femme. Sans le vouloir, celle-ci peut être conduite à éviter le conflit direct avec son mari, mais utilise l’enfant comme porte-parole de sa soufance. Il se crée alors une complicité entre l’adolescent et l’un des parents, le plus souvent la mère… L’adolescent, piégé par la situation, se fait l’instrument inconscient d’une vengeance sans comprendre ce qui lui arrive. Dans un premier temps, la mère se montre trop compréhensive à l’égard d’une révolte qu’elle partage au fond d’elle-même, et cherche à excuser son enfant et à le protéger de la colère de son père. Mais, très souvent, dans un deuxième temps, l’adolescent envahi par une
tension intérieure dont il ne comprend pas la cause, et affolé par cette excessive proximité maternelle, retourne son agressivité contre sa mère elle-même.
Un parent ne peut et ne doit pas accepter d’être insulté ou battu par son enfant. Ces situations appellent des soins qui sont possibles et que Ton doit mettre en place. Les refuser n’est pas acceptable. Il faut toutefois savoir qu’il sera difficile d’apporter une solution durable et satisfaisante sans un travail de réflexion sur le fonctionnement familial et la nature des liens entre les membres de la famille.