Mon enfant entend des voix. Est-il schizophrène

Mon enfant entend des voix. Est-il schizophrène?

Deux grandes manifestations de troubles psychiatriques sévères, appelés «troubles psychotiques»,
traduisent une importante rupture avec la réalité : les hallucinations, c’est-à-dire le fait d’entendre des voix qui n’existent pas, et le délire. Ces deux troubles peuvent être indépendants ou s’associer. Les hallucinations sont le plus souvent auditives. Ce sont des voix que croit entendre l’adolescent et qu’il ressent soit comme provenant de l’extérieur, soit comme étant situées à l’intérieur de sa tête. Les voix extérieures sont le plus souvent hostiles et critiques à l’égard de l’adolescent, lui lancent des injures ou des commentaires désobligeants. Elles deviennent généralement contraignantes, l’adolescent ayant le sentiment qu’elles lui dictent ses actes et ses pensées, ou qu’elles les commentent.
Comme le délire, les hallucinations nécessitent une consultation psychiatrique immédiate et un traitement adéquat. Outre le fait qu’elles sont le signe d’une maladie, leurs conséquences peuvent être dangereuses : ses hallucinations peuvent pousser un adolescent à commettre des actes parfois très violents, voire meurtriers, envers lui-même ou envers les autres. Il n’est pas toujours facile pour l’entourage de détecter les hallucinations d’un adolescent, car celui-ci en pressent souvent le caractère anormal et n’ose pas en parler par peur d’être considéré comme fou, par manque de confiance dans un environnement qu’il peut ressentir comme hostile s’il associe à ses hallucinations un délire de persécution, ou même parce que les voix le lui interdisent. Un adolescent qui s’isole, a des comportements bizarres, voire des attitudes de repli sur soi peut le faire pour se mettre à l’écoute de ses voix intérieures, et il faut savoir s’en inquiéter. Tout comportement franchement anormal et inexpliqué, car il répond en fait à une logique de la maladie n’ayant plus rien à voir avec la logique du monde réel, doit également alerter. Tous les organes des sens peuvent être le jouet d’hal-
lucinations : aussi les hallucinations peuvent-elles être visuelles, tactiles, gustatives ou olfactives, mais plus rarement qu’auditives, surtout à cet âge. Comme dans le cas du délire, il est difficile pour des parents d’admettre que leur enfant puisse être habité par un autre monde alors même que en surface, le monde ordinaire semble demeurer. Il est important qu’ils sachent que cela est dû à la maladie, que l’adolescent n’y peut rien par lui-même, mais que tout peut redevenir normal ou du moins beaucoup plus tolérable avec un traitement adapté. Le traitement des hallucinations
par des médications psychotropes comme les neuroleptiques est particulièrement performant.

Elle vole dans les magasins. Comment en parler avec elle

Elle vole dans les magasins. Comment en parler avec elle?

Le vol est plus fréquent qu’on ne le croit, bien qu’il passe souvent inaperçu. Qu’il soit ou non découvert, il peut devenir envahissant et correspondre à une véritable contrainte compulsive chez certains adolescents : c’est ce qu’on appelle la «cleptomanie». Ce trouble du comportement peut s’accompagner d’autres troubles qui témoignent de sa sévérité, en particulier la boulimie, mais aussi la prise de toxiques, la mythomanie, les conduites suicidaires. Qu’une adolescente ait pris l’habitude de voler peut parfois être le résultat d’une éducation laxiste, sans compter qu’elle a pu se laisser entraîner par des camarades. Les grands magasins sollicitent l’envie, d’autant que les biens qui y sont proposés ne semblent plus lies à une personne privée, particulière, comme c’est le cas chez les commerçants, mais à une entité générale et impersonnelle. Pour des parents qui apprennent que leur fille vole ou qui la surprennent à voler, la question est de savoir si cela ne constitue qu’un comportement occasionnel et circonstanciel (auquel cas ils peuvent provoquer une explication et poser un interdit, le plus souvent avec succès) ou s’il s’agit réellement de cleptomanie, c’est-à-dire
d’une conduite à la fois plus organisée et plus difficile à contrôler. La cleptomanie se rencontre plus fréquemment chez les filles, alors que le vol, quand il devient une habitude chez le garçon, est davantage associé à un comportement impulsif, délinquant et plus ou moins violent. Comme tout comportement déviant, le vol appelle une réponse immédiate des parents qui doivent à la fois
rappeler l’importance des limites et aider l’adolescent à mieux évaluer les enjeux de ses actes. Dès qu’il se révèle être un comportement répétitif de l’adolescent(e), que ce soit sous une forme cleptomaniaque ou sous une forme délinquante, il devient nécessaire de faire intervenir un psychiatre, voire, par la suite, un éducateur.

Elle a des idées suicidaires. Comment renouer le dialogue avec elle

Elle a des idées suicidaires. Comment renouer le dialogue avec elle?

Pas plus que la dépression, les idées suicidaires ne sont propres à l’adolescence ni l’un de ses passages obligés. Seule une vision romantique faussée de cet âge peut faire croire que tout adolescent a, un jour ou l’autre, pensé au suicide. Pour autant, avoir des idées suicidaires n’est pas en soi une pathologie mais reflète une vulnérabilité à la dépression et une insatisfaction de soi, et des autres, qu’il ne faut pas négliger. L’évocation d’idées suicidaires n’appelle pas nécessairement la consultation immédiate d’un psychiatre ou d’un psychologue. Ce ne serait le cas que si elles per-
sistaient et s’accompagnaient de manifestations dépressives franches : repli sur soi, indifférence ou angoisse, absence de désirs et de projets, troubles du sommeil et de l’alimentation… En revanche, les parents doivent répondre à toute expression d’une idée dépressive en établissant, pour le moins, un échange approfondi et un dialogue vrai, sans faux-fuyant et sans tabou. Il leur faut d’abord écouter ce qui ne va pas et aider l’adolescent à trouver les mots pour l’exprimer avant de lui donner
leur point de vue, de chercher à présenter la situation sous un angle plus positif et à lui redonner espoir.
Dans certains cas, l’idée du suicide peut s’ancrer et devenir chez l’adolescent une façon régulière de se plaindre, ce qui n’est pas sain et réclame un avis qualifié extérieur. Ce n’est pas nécessairement le signe que le risque d’une tentative de suicide est important, ni que la dépression est profonde. Il ne faut cependant ni le banaliser sous prétexte qu’en parler suffit à ne pas passer
à l’acte, ce qui est faux, ni dramatiser la situation de sorte que l’adolescent va favoriser l’utilisation de la menace de suicide comme moyen d’entrer en relation avec son entourage. Car, à cet âge, la plainte peut facilement devenir pour l’adolescent un moyen de réguler la distance relationnelle et affective qui le sépare de ses parents. Réguler cette distance
en menaçant constamment de se suicider finirait par faire des adultes et de l’adolescent les otages les uns des autres. Il faut faire en sorte que la communication se déplace sur un autre registre, ce qui nécessite généralement d’entreprendre une thérapie familiale et/ou individuelle.

Ma fille a des phobies...Comment en parler avec elle

Ma fille a des phobies…Comment en parler avec elle?

On appelle « phobie » la peur irraisonnée de situations, d’objets, de personnes ou d’animaux parti-
culiers. Les phobies peuvent être très localisées – la peur des araignées, par exemple – ou beaucoup plus larges – la peur de la foule, la peur des contacts avec des personnes nouvelles. Les phobies sont très fréquentes, peu de personnes n’en ont pas souffert à un moment ou à un autre de leur vie. Elles font partie du développement normal de l’enfant et disparaissent souvent par la suite, mais elles peuvent réapparaître et prendre des formes nouvelles et plus importantes à l’adolescence.
Contrairement aux TOC (troubles obsessionnels compulsifs), les phobies affectent davantage les filles que les garçons.
Plus les phobies sont localisées, moins elles sont gênantes, car elles ont peu de répercussions sur la vie sociale. C’est le cas des phobies les plus courantes (celles qui concernent les petits animaux, par exemple). D’autres phobies également fréquentes, telle la phobie des espaces clos (appelée « claustrophobie ») ou son contraire, la phobie des espaces vides (appelée « agoraphobie ») sont déjà plus gênantes. Les phobies les plus contraignantes sont les phobies étendues, comme la peur du noir, de la foule, du téléphone, des contacts même temps, il a toujours peur de faire du mal à ceux qu’il aime, comme s’il pressentait ce que son désir de se dégager de l’emprise de l’anxiété parentale peut avoir d’agressif. C’est pourquoi il est non seulement nécessaire d’avoir recours à une aide extérieure pour soigner un adolescent qui souffre de TOC mais que ses parents eux-mêmes ont souvent également besoin de l’accompagner dans cette démarche.

Mon fils a des troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Que faire

Mon fils a des troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Que faire?

Les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) se caractérisent par des idées obsédantes qui obligent à
accomplir de façon répétée et compulsive des gestes destinés à conjurer les angoisses que créent ces idées obsédantes. Ces angoisses ont en général pour objet les dangers qui pourraient s’abattre sur des personnes proches de la famille. L’adolescent a conscience que ces dangers sont peu réalistes, de même que les ntu^K qu’il accomplit pour calmer son angoisse. Mais ne suffit jamais à le rassurer.
Les idées obsédantes qui angoissent l’adolescent tournent autour de la mort, du péché, de la peur de faire du mal aux personnes aimées, de la contamination microbienne et de la saleté, de la crainte que la seule évocation de mauvaises pensées puisse entraîner leur réalisation. Ce type de croyance en une pensée magique qu’ont les petits enfants imprègne aussi les gens superstitieux, qui ont du mal à accepter la différence entre la pensée et l’acte. Les rituels mis en place par l’adolescent souffrant de TOC le sont pour conjurer le danger. Ils consistent surtout à éliminer le mauvais, le sale :
par exemple, rituels de lavage, rituels qui consistent à vérifier tout ce que l’on fait et à recommencer un nombre de fois déterminé, récitation compulsive de mots destinés à annuler les mauvaises pensées, etc. La liste est longue mais le rituel, quel qu’il soit, a toujours
le même objectif: contrecarrer les pensées dangereuses et protéger ceux que l’on aime du danger. Un adolescent atteint de TOC pense que le fait de ne pas accomplir ce rituel pourrait mettre en péril les personnes qu’il aime. Par exemple, s’il négligeait de se nettoyer les mains, c’est-à-dire s’il ne les lavait pas dix fois de suite, il craindrait de laisser traîner un microbe sur la poignée
de la porte qui, forcément, contaminerait sa mère, son frère ou sa sœur, entraînant leur mort éventuelle. Outre la peur de la mort, c’est parfois la sexualité qui est au cœur de ces craintes.
L’adolescent qui souffre de TOC, à la différence d’un adolescent atteint de délire, reconnaît le caractère absurde de ces idées, mais… il ne peut s’empêcher d’en craindre les effets négatifs et la réalisation magique s’il ne se force pas à accomplir la corvée des rituels. Non seulement il ne peut s’en empêcher, mais cela ne suffit pas et le doute s’insinue : le rituel n’a pas été bien fait,
il faut le répéter encore et encore, et ainsi de suite. Cela peut prendre de telles proportions, le rituel se répétant pendant des heures entières, que l’adolescent en question vit un véritable enfer, s’interdisant par son comportement toute vie normale.
Les TOC peuvent apparaître dès l’enfance mais prennent toute leur ampleur à l’adolescence. Ils s’accompagnent de manifestations anxieuses et dépressives et surviennent chez des enfants et des adolescents soucieux de bien faire, hyper consciencieux et perfectionnistes, inquiets des conséquences possibles de leurs actes, préoccupés par la mort et les questions religieuses.
Obéissants, respectueux, toujours prêts à s’excuser, ils peuvent néanmoins parfois se montrer grossiers et agressifs, notamment si quelqu’un essaie de limiter leurs rituels.

Les médicaments antidépresseurs peuvent les soulager, mais il est important de les aider psychologiquement par le biais d’une psychothérapie à la fois individuelle et familiale, car existent souvent chez l’un des deux parents des manifestations obsessionnelles plus ou moins discrètes, ce qui laisse à penser qu’il n’est pas impossible que des facteurs génétiques soient en cause. Le fait que, au sein de la famille, l’un ou l’autre des parents manifeste des préoccupations anxieuses concer-
nant l’enfant et un besoin de contrôler ce qu’il fait, animé par la peur constante qu’il ne fasse des bêtises ou qu’il ne se fasse mal, favorise l’apparition de TOC. C’est comme si l’enfant, dès son plus jeune âge, était parasité par cette anxiété parentale et cherchait à se délivrer de cette intrusion en posant, avec ses rituels, des frontières censées le protéger contre cette invasion. Mais, en même temps, il a toujours peur de faire du mal à ceux qu’il aime, comme s’il pressentait ce que son désir de se dégager de l’emprise de l’anxiété parentale peut avoir d’agressif C’est pourquoi il est non seulement nécessaire d’avoir recours à une aide extérieure pour soigner un adolescent qui souffre de TOC mais que ses parents eux-mêmes ont souvent également besoin de l’accompagner dans cette démarche.

Elle est boulimique. Que faire

Elle est boulimique. Que faire?

La boulimie est le pendant de l’anorexie. Mais, si l’anorexie se voit, la boulimie passe facilement
inaperçue, car le poids reste le plus souvent aux limites de la normale. Toute anorexique vit dans la hantise de devenir boulimique, tandis que toute boulimique rêve de devenir anorexique : plus d’une adolescente anorexique sur deux devient également boulimique à un moment ou à un autre de l’évolution de sa maladie, mais une adolescente boulimique ne devient qu’exceptionnellement anorexique quand elle ne l’a jamais été. Même si la boulimie, comme l’anorexie, concerne essentiellement les filles, les garçons boulimiques sont trois fois plus nombreux que les garçons anorexiques.

La boulimie commence souvent plus tardivement que l’anorexie, à la fin de l’adolescence et des études secondaires, vers 18-20 ans. On considère qu’elle est deux à trois fois plus fréquente que l’anorexie, mais tout dépend de la définition que l’on en donne : elle se définit généralement par plus de deux crises par semaine sur une durée de plusieurs mois. Quand la fréquence est moindre et que les périodes boulimiques sont brèves et espacées, on parle de «boulimie atypique», forme de boulimie beaucoup plus répandue que la précédente.

Être boulimique ne consiste ni à faire des excès de table comme les gros mangeurs ni à grignoter entre les repas. Cela se caractérise par de véritables accès de goinfrerie. Le comportement boulimique se déroule selon un scénario relativement stéréotypé, même si intensité et fréquence de la boulimie peuvent être très variables. Son déclenchement brutal, son caractère impérieux, son déroulement d’un seul tenant jusqu’au malaise physique ou au vomissement, avec ingurgitation massive,
quasi frénétique, d’une grande quantité de nourriture lui confèrent un caractère de crise. Un accès boulimique s’accomplit en général en cachette, d’une façon totalement indépendante des repas. Il survient souvent en fin de journée, et succède à la tension du travail ; il peut suivre une contrariété de toute nature et répond fréquemment à un sentiment de solitude que la boulimique aggrave en s’isolant pour manger, puis en demeurant isolée après la crise du fait de son dégoût d’elle-même. H n’est pas rare qu’elle s’en ménage la possibilité en achetant la nourriture nécessaire. Un accès boulimique se déroule de façon quasi ritualisée. La personne souffrant de boulimie ingère rapidement et sans aucune discontinuité des quantités massives d’aliments choisis en raison de leur richesse calorique et, surtout, de leur caractère « bourratif », leur quantité primant sur leur qualité, jusqu’à dépasser souvent les 10000 calories. Donnons un exemple concret : un boulimique peut ingérer en une seule fois pêle-mêle et sans s’interrompre deux baguettes de pain, 500 g de beurre, un ou deux paquets de pâtes, dix croissants, une plaquette de chocolat. Un accès de boulimie peut être suivi de vomissements provoqués mais qui, avec le temps, deviennent quasi automatiques, et d’un autre accès s’il reste encore de la nourriture à portée de main. Les boulimiques peuvent prendre plaisir à manger, surtout ceux qui ne se font pas vomir, mais le caractère urgent du besoin d’engloutir prend le pas sur la recherche de goût; les aliments sont avalés plus que mâchés. Un accès de boulimie peut être suivi d’un état de torpeur, de flottement, mais aussi de violentes douleurs physiques (et en particulier de douleurs abdominales). Il cause le plus souvent sentiments de malaise, de honte, dégoût de soi, remords et reproches que l’on s’adresse à soi-même.

Les préoccupations corporelles (peur de grossir et de devenir difforme) reprennent souvent le dessus. Mais, même si une personne boulimique est toujours consciente du caractère anormal de son comportement, cela ne l’empêche en rien de recommencer plus tard ou sur-le-champ quand elle s’est fait vomir. Pour ne pas grossir, elle cherche à contrôler son poids, la plupart du temps en provoquant des vomissements, mais aussi en usant et abusant de laxatifs, de diurétiques, de
« coupe-faim », ce qui n’est pas sans conséquences. Elle peut aussi pratiquer intensivement et frénétiquement diverses activités physiques, surtout s’il s’agit d’une ancienne anorexique.
La fréquence des crises de boulimie peut varier de un ou deux accès par semaine à plus de quinze par jour; elles sont soit régulières, soit intermittentes, survenant par périodes de plusieurs semaines ou plusieurs mois. Il n’est pas rare que le comportement alimentaire dans son ensemble soit perturbé (grignotages et/ou pratique périodique de jeûnes, de régimes diététiques et de règles alimentaires plus ou moins extravagantes). Les patientes qui ont également été à un moment ou un autre anorexiques expriment fréquemment un intérêt envahissant et plus ou moins obsessionnel pour tout ce qui concerne la nourriture, la cuisine et la diététique. L’apparence physique peut faire fréquemment l’objet
de préoccupations démesurées. En revanche, il n’y a pas, comme dans l’anorexie mentale, de réelle distorsion de la perception de la réalité du corps. Quant au poids, il est le plus souvent proche de la normale, voire même un peu inférieur dans la définition de la boulimie au sens strict. On trouve cependant également des conduites boulimiques chez des obèses ou des patientes avec une surcharge pondérale modérée.

Les troubles associés à la boulimie sont divers (anxiété chronique, intolérance à la solitude qui s’accompagne paradoxalement d’une tendance au repli sur soi, grande susceptibilité, impulsivité exagérée, cleptomanie, tendances suicidaires et addictives, etc.), mais deux y sont presque toujours attachés : on peut considérer qu’il n’est pas réellement de conduites boulimiques sans épisodes
dépressifs et une certaine instabilité de l’humeur. La prolongation de la boulimie a des conséquences souvent importantes sur la vie sociale et affective, qui s’en trouve affectée. Ainsi, quoique les conduites boulimiques ne représentent pas les mêmes risques vitaux que les conduites anorexiques, leurs conséquences physiques et psychologiques n’en sont pas moins graves. Les complications somatiques liées à la boulimie ne sont pas rares, dues le plus souvent aux conséquences des vomissements (détérioration de l’estomac et des reins, ulcérations, voire hémorragies des voies digestives hautes, etc.). Mais, comme pour l’anorexie mentale, les complications les plus fréquentes et les plus préoccupantes à long terme sont l’ostéoporose (atteinte du capital osseux et risque de fractures spontanées). L’évolution des comportements boulimiques apparaît paradoxale : ils peuvent très facilement s’installer dans la durée et réorganiser autour d’eux la vie de la patiente et, souvent, de son entourage, mais ils peuvent également disparaître brutalement à la suite d’un événement (nouvelle rencontre ou grossesse, par exemple). Il ne faut jamais oublier que les troubles du comportement alimentaire ne sont qu’une partie de la maladie : il ne doivent pas cacher les troubles de la personnalité qui y sont liés, et notamment les difficultés des sujets boulimiques à faire face à leurs responsabilités, qui mettent en péril leur avenir. On peut même considérer
qu’elles représentent le seul véritable problème de fond de ces troubles puisque, ne se manifestant pas directement, ce sont elles qui s’expriment indirectement par les troubles alimentaires qu’elles provoquent. Malheureusèment, le trouble du comportement alimentaire peut par lui-même induire des conséquences pathologiques indépendantes des facteurs psychologiques qui en ont favorisé la survenue, qui auront tendance à se renforcer elles-mêmes et à organiser le développement de la personnalité de celui qui en souffre. Ces conséquences sont particulièrement visibles dans l’écart que l’on peut
constater entre l’apparence qu’offrent les victimes ou anciennes victimes de boulimie (bonne insertion professionnelle, mariages et grossesses fréquents) et la réalité de leur vie intime.
Pourquoi une adolescente est-elle victime de boulimie? Pour des raisons très semblables à celles de l’anorexie mentale. Le contexte familial est souvent cependant légèrement différent, moins organisé, faisant moins référence à des idéaux et à des règles morales strictes. Le traitement de la boulimie se heurte à beaucoup de difficultés, comme d’ailleurs tous les troubles du comportement liés à une dépendance ; il faut distinguer le traitement du trouble du comportement lui-même et celui des troubles de la personnalité sous-jacents. En ce qui concerne le trouble du comportement, il est plus facile d’obtenir la fin d’une conduite de privation que celle d’une conduite d’excès. La coopération
des patientes est le plus souvent changeante, de même que leur fidélité à un thérapeute. L’hospitalisation est rarement nécessaire, sauf en cas de grand désarroi du patient ou d’un état dépressif inquiétant ; et, même si elle a une action bénéfique à court terme, elle est inefficace à long terme. Un traitement médicamenteux peut se révéler utile, ne seraitce que dans le traitement de la dépression et des troubles de l’humeur, même si l’appréciation de son efficacité reste à préciser. Une approche nutritionnelle et diététique est par contre presque toujours indispensable.

Entreprendre une psychothérapie est classiquement recommandé, notamment à certaines phases de l’évo-
lution de la boulimie, pour traiter des troubles de la personnalité sous-jacents au trouble du comportement alimentaire. Elle n’est pas exclusive d’autres médiations telles que l’on a pu les présenter en évoquant les autres troubles du comportement de l’adolescent. Les thérapies de groupe, surtout si elles sont gérées par les patientes elles-mêmes, peuvent donner des résultats appréciables. Les thérapies familiales sont surtout intéressantes dans les formes débutantes de la boulimie chez les adolescentes. A cet âge, le travail thérapeutique doit de toute façon nécessairement être effectué conjointement avec les parents.
Ce que devra traiter en priorité une thérapie, c’est la désinsertion sociale progressive qui affecte la plupart des adolescentes boulimiques, et leur propension à abandonner tout intérêt et tout investissement personnels.

Il se sent déprimé. Comment l'aider

Il se sent déprimé. Comment l’aider?

La dépression, la déprime ou la morosité sont certainement les signes de souffrance psychique les plus fréquents de l’adolescence. Au point qu’on a voulu y voir une de ses caractéristiques inévitables. Mais cela est faux, même si environ un quart des garçons, et plus encore des filles, seront déprimés à un moment ou à un autre de leur adolescence. Il est vrai que le terme « déprimé » recouvre des réa-
lités bien différentes, qui vont des petits coups de cafard (qui font partie de l’ajustement normal à la réalité) à la dépression majeure, véritable maladie psychiatrique ayant souvent un soubassement biologique et génétique. La dépression peut s’exprimer par un fond dépressif chronique, mais aussi par une façon d’organiser sa vie, non sans un certain plaisir romantique à le faire savoir et à le montrer, dans la nostalgie, par des pensées dépressives se cachant derrière des plaintes répétées concernant le plus souvent le corps, par des troubles du comportement ou par une agitation inquié-
tante. La majeure partie, sinon la totalité, des troubles psychopathologiques est en effet l’indication d’une possible dépression.
L’adolescent et, peut-être plus encore, ses parents doivent apprendre à tolérer les moments de déprime sans en faire pour autant le signe évident qu’il est déprimé, voire malade. A l’inverse, il appartient aux parents de savoir repérer un état dépressif qui s’installe, s’organise et perdure et d’y réagir par la consultation d’un généraliste ou d’un psychiatre. Cela est encore plus nécessaire quand existent des antécédents familiaux de dépression, sans pour autant que cela ne suscite des
inquiétudes exagérées ou n’éveille l’idée d’une fatalité familiale à laquelle l’adolescent ne pourrait pas échapper. La présence d’antécédents sévères ou de suicides dans sa famille ne veut pas dire que l’adolescent suivra forcément le même chemin s’il est déprimé. L’influence génétique est complexe et partielle ; elle ne joue qu’en association avec la part environnementale, liée à l’his-
toire de la vie de l’intéressé, de la dépression. Cela veut simplement dire qu’une certaine vulnérabilité génétique contribuera à donner aux pensées et aux émotions dépressives d’un adolescent ayant de tels antécédents une résonance et une ampleur plus facilement importantes que chez un autre. La prescription d’antidépresseurs et/ou de régulateurs de l’humeur a visée préventive peut le libérer de ces handicaps et le laisser plus libre de résoudre ses problèmes, facteurs de dépres-
sion. La prescription de médicaments ne veut cependant pas non plus dire qu’il a une maladie dépressive et qu’il devra les prendre toute sa vie, mais plutôt qu’ils peuvent être à certains moments un outil susceptible de l’aider à se donner les moyens de résoudre ses problèmes.

La maladie dépressive proprement dite a un caractère périodique, des épisodes d’excitations, appelés manies, alternant avec des épisodes dépressifs (maladie maniacodépressive). Certaines formes purement dépressives de la maladie ont souvent une durée plus longue. Toutes ces formes de maladie dépressive répondent bien à un traitement curatif (antidépresseurs et/ou calmants) et, désormais, à un traitement préventif. Les médicaments n’empêchent pas mais, au contraire, facilitent une
approche psychothérapeutique individuelle et familiale. Entre ces formes majeures de dépression, tous les intermédiaires et toutes les variétés de manifestations dépressives existent, auxquels une réponse peut être apportée par les thérapeutiques déjà citées.

Il m'a volé de l'argent dans mon porte-monnaie. Faut-il sévir

Il m’a volé de l’argent dans mon porte-monnaie. Faut-il sévir?

Ce type de comportement est plus fréquent chez les garçons que chez les filles. Il survient volontiers juste avant ou au début de l’adolescence, quand le garçon, qui n’a pas encore totalement quitté l’enfance, veut jouer au grand et pouvoir «se payer» ce dont il a envie. C’est en général dans le porte-monnaie maternel qu’il va puiser, peut-être parce qu’il est plus aisément accessible que le portefeuille du père, plus familier aussi. Ce choix est révélateur du fait que l’enfant se différencie mal de sa mère, qu’il se considère en quelque sorte comme une sorte de prolongation du corps mater-
nel. S’il lui manque quelque chose, il lui suffit d’aller se servir dans ce prolongement symbolique de la mère qu’est son porte-monnaie. Ce choix exprime donc combien le préadolescent reste encore dépendant de sa mère. On dirait que le pouvoir et la force qu’il cherche à acquérir demeurent pour lui des attributs maternels qu’il ne pourrait s’approprier sans les dérober. A cet âge, le père apparaît encore trop lointain, plus ou moins inaccessible, et s’en prendre à lui, plus transgressif et plus dangereux. Quand ce type de comportement survient plus tard chez l’adolescent, celui-ci se sert dans le portefeuille paternel, et dérobe des sommes nettement plus conséquentes que dans le porte-monnaie maternel.
Du fait de l’importance du lien de dépendance qui l’unit à ses parents, l’enfant a du mal à concevoir qu’il grandit, prend son autonomie et peut avoir des choses à lui, les demander et en discuter avec ses parents. Dans son esprit, ce qui est aux adultes, notamment l’argent, doit le rester et n’est pas pour lui. Pour le posséder, il ne peut que le voler, le prendre en cachette de ses parents. Il peut également avoir honte de désirer avoir de l’argent à lui et se sentir incapable d’en manifester le désir devant sa mère comme si c’était faire preuve d’une audace best online casino coupable et d’une impudeur qui appelaient un châtiment.

Un vol précoce, éventuellement répétitit, est un vol infantile, c’est-à-dire lié à la persistance d’un lien de dépendance infantile à la mère. Celle-ci peut l’encourager sans s’en rendre compte en maintenant une trop grande proximité physique avec son enfant, ce qui l’infantilise, ou en voulant trop le gâter, notamment en multipliant petits cadeaux et friandises qui donnent à l’enfant le sentiment que sa mère est comme une corne d’abondance, pleine de bonnes choses qu’elle peut
indéfiniment distribuer mais à son gré, comme elle le veut et quand elle le veut. Le père n’est guère consulté et se trouve très marginalisé dans ce type d’échanges. Un parent qui se rend compte que son enfant a volé de l’argent dans son porte-monnaie doit bien sûr ne pas accepter ce comportement et l’interdire, mais, simultanément, il doit aider l’adolescent à acquérir une réelle autonomie. Le rôle du père est alors primordial : c’est de lui que doit venir la double confirmation de l’inter-
dit et du droit de l’adolescent à désormais disposer d’attributs et de territoires qui soient à lui. Pour donner à l’adolescent le sentiment qu’il est assez grand pour commencer à gérer ses affaires et concrétiser ce changement, son père peut lui attribuer de l’argent de poche. Si ce type de comportement semble déjà s’être mué en habitude, il ne disparaîtra pas nécessairement dès la pre-
mière intervention. Il faut pouvoir rattraper les dérapages de l’adolescent, voire les sanctionner, tout en valorisant par ailleurs ce qui peut conforter sa confiance en lui. Il faudra surtout que ses parents s’interrogent sur la façon dont eux-mêmes se comportent dans la vie quotidienne et sur l’existence éventuelle d’une trop grande complicité entre l’adolescent et eux. Une thérapie familiale peut alors apparaître comme l’aide la plus appropriée.

Il est victime de racket au lycée. Comment l'aider

Il est victime de racket au lycée. Comment l’aider?

Ce qui paraît le plus intolérable dans le racket lorsqu’il a lieu entre adolescents, c’est ce qu’il signifie de démission de la part d’adultes qui ne sont plus capables de protéger leurs propres enfants. Et ce dans un lieu, l’école, qui se veut le temple de l’éducation. Le racket est générateur d’une insupportable violence qui s’exerce a un triple niveau : celui du vol lui-même qui dépouille l’adolescent de ce qui lui appartient, celui de la honte ressentie par l’adolescent contraint de subir
passivement ce vol et confronté à son impuissance, et enfin celui de l’impuissance des adultes. On ne peut banaliser le racket sous prétexte que la valeur des objets dérobés n’est pas très importante. C’est la situation en elle-même qui est grave. Les parents d’un adolescent victime de racket doivent le lui affirmer et partager avec lui ce qu’il peut ressentir, en le verbalisant au besoin pour lui s’il ne peut y parvenir seul. Il faut cependant faire attention à ce que l’on nomme racket : un conflit entre jeunes au cours duquel sont pris à l’un d’entre eux quelques billes, un jeu sans grande valeur ou quelques babioles n’en est pas un. Si ce conflit s’est déroulé entre copains, il doit se résoudre entre eux. Par contre, tout autre est la situation où un enfant plus grand et plus fort
que lui, voire un groupe, usent de cette position dominante pour menacer l’enfant et le prendre en otage, même si la valeur de ce qui lui est demandé n’est pas élevée. La violence qui lui est faite est inacceptable. De même, il faut mettre un terme, et faire en sorte qu’elle soit sanctionnée
le plus vite possible, à toute situation où l’enfant serait contraint de faire quelque chose qu’il ne souhaite pas faire ou placé dans une position de bouc émissaire. Cette situation est toujours blessante pour celui qui en est victime, comme peuvent l’être certains bizutages, et à ce titre constitue un risque potentiel de traumatisme.

Mais comment, le soutien et la compréhension étant indispensables mais pas suffisants, réagir plus vivement ? Puisque cette situation doit cesser au plus vite, comment procéder? Car il est de notoriété publique que les parents sont pratiquement démunis et que leurs tentatives d’action peuvent se retourner contre l’enfant. L’école elle-même ne sait pas toujours comment procéder, les racketteurs pouvant venir de l’extérieur. Certains parents en sont réduits à changer l’adolescent d’établissement, ce qui peut apparaître comme une démission devant la violence, mais ce qui est sûrement préférable à sa perpétuation. Pour résoudre cette situation, il faut certainement qu’ait
lieu une concertation entre adultes : parents, école et police. C’est la fermeté et la cohérence de ce travail de groupe qui peuvent seules mettre un terme à une pratique assimilable en dernière instance à une forme de terrorisme.

Elle s'est fait agresser au collège. Que faire

Elle s’est fait agresser au collège. Que faire?

Une situation d’agression est en tout point semblable à une situation de racket et appelle le même type
de réponse. Ces deux cas de figures sont révélateurs d’un échec total du modèle éducatif et d’un abandon des prérogatives essentielles de la civilisation, à savoir la protection de l’individu, le respect du droit et le refus de la loi du plus fort; ils sont également générateurs d’une possible crise de confiance dans les adultes de la part des adolescents qui en sont victimes. Les laisser se
perpétuer tant soit peu serait faire un pas de plus vers une forme de barbarie.