Elle est victime d'abus sexuels. Que faire pour lui venir en aide

Elle est victime d’abus sexuels. Que faire pour lui venir en aide?

Les abus sexuels sont beaucoup plus fréquents qu’on ne le pense ; ils ont été et restent encore largement sous-estimés. S’ils concernent davantage les filles, les garçons aussi en sont victimes. Ils appellent de la part des adultes une réaction immédiate, la condamnation totale de ce dont a été victime l’adolescent et le dépôt d’une plainte auprès de la justice, tandis que doivent être mises en place des mesures d’aide psychologique. Etre victime d’un abus sexuel a toujours des conséquences négatives sur le développement de la personnalité de l’enfant et de l’adolescent. Ils altèrent
gravement sa confiance dans les adultes, altération qui sera d’autant plus grande que ceux-ci sont plus proches affectivement de lui. Ils sont l’exemple le plus tragique de la perversité dont peut faire preuve l’adulte qui se sert de l’enfant pour satisfaire ses propres besoins au lieu de répondre à ceux de l’enfant, qui est traité comme une chose et non comme un sujet dont les désirs, le corps et l’intimité psychique et physique ont le droit d’être respectés. Qu’un enfant puisse, en apparence, ne
pas protester, voire y prendre du plaisir, ou même se déclarer consentant ne change rien à la gravité du geste et de la violence qui lui est faite. Cette apparente soumission n’est que la preuve de l’influence que peut avoir l’adulte sur l’enfant et de la confiance que celui-ci lui accorde.
Le rôle de l’adulte, quels que soient ses liens avec l’enfant, est de lui donner les moyens de développer pleinement ses potentialités et de se découvrir avec ceux qu’il a choisis, mais sûrement pas d’utiliser son influence pour l’accaparer à son profit. Parce que tout adulte, qu’il le veuille ou non, a une position d’éducateur potentiel vis-à-vis du jeune, il ne peut pas se permettre
d’utiliser cette position d’autorité pour son bénéfice propre au détriment de la liberté de choix de l’enfant, nécessairement déjà faussée par l’ambiguïté du lien qui l’unit à l’adulte. Plus l’autorité liée à ce rôle éducatif est forte, plus la violence morale faite à l’enfant est grande; cela concerne donc bien sûr en premier lieu les parents. Il ne faut évidemment pas mettre sur le même plan ce qui
peut se passer entre enfants ou adolescents du même âge pour lesquels n’existe pas cette relation d’autorité morale. Les jeux sexuels, par exemple la masturbation mutuelle, qui ont lieu sans violence ni pénétration relèvent davantage d’essais et de tentatives de se familiariser avec l’autre sexe et la sexualité que de l’abus proprement dit. Néanmoins, ils ne doivent être ni favorisés ni l’objet d’une complicité tacite des adultes tant que l’adolescent n’a pas atteint sa maturité affective et
sexuelle. Sans jouer sur la culpabilité de l’adolescent, ses parents peuvent lui expliquer la nécessité de savoir respecter l’intimité de chacun et lui montrer que son épa-
nouissement personnel passe par l’apprentissage de l’attente, qu’il doit attendre d’être prêt physiquement et psychologiquement pour pouvoir, plus tard, vivre pleinement sa sexualité. Quant aux relations entre frères et soeurs, il faut rappeler fermement qu’en aucun cas de telles relations ne peuvent avoir lieu entre membres d’une même famille.
Le fait que l’abus reste longtemps méconnu est l’une des difficultés majeures de ce genre de situation. Membres de la famille, amis, voisins peuvent ainsi perpétrer impunément des abus sexuels durant des mois entiers, voire des années, parce qu’ils ont obtenu le silence de l’enfant en jouant de leur autorité, lui ont fait peur, mais aussi parce que l’enfant a honte et craint aussi bien de ne pas être cru que d’être grondé par le parent auquel il pourrait se confier. Il faut savoir alors reconnaître les signaux de détresse qu’envoie l’adolescent : repli sur soi, dépression, mutisme, échec scolaire survenant brusquement de façon inexpliquée, mais aussi formes diverses d’attaques contre le corps (scarifications, tentatives de suicide, amaigrissement ou prise de poids anormaux). S’en inquiéter ne consiste pas à mener un interrogatoire brutal et déplacé, mais à montrer que l’on
se soucie de ce qui a pu blesser ou décevoir l’adolescente victime d’abus afin de la mettre suffisamment en confiance pour qu’elle puisse, plus ou moins rapidement, se confier. Tous les troubles psychopathologiques qui affectent un ou une adolescent(e) peuvent être entièrement créés par des abus sexuels, même s’ils ne le sont pas toujours; ils en sont en tout cas toujours ren-
forcés, sans qu’ils manifestent pour autant de spécificité particulière.

Une fois l’abus découvert, il faut à la fois déposer plainte auprès des autorités légales et recourir à une thérapeutique appropriée. Cette thérapeutique passe par la verbalisation du traumatisme et des émotions réprimées, verbalisation qui doit pouvoir prendre le temps qu’il faudra. L’intervention d’un psychothérapeute est indispensable, car il n’est pas souhaitable que les conséquences de ce traumatisme se règlent uniquement au sein de la famille, même si le coupable en fait partie. Les effets en sont trop complexes pour que les parents soient les seuls confidents de l’enfant abusé. L’importance même des liens affectifs qui les unissent à lui rend indispensable l’intercession d’un adulte à la fois spécialisé et extérieur à la famille, plus neutre affectivement. Car il faut que l’adolescente qui a été victime d’abus sexuels non seulement se libère du traumatisme, mais puisse
s’autoriser par la suite une vie et des relations dont le plaisir ne soit pas exclu.

Elle est anorexique. Que faire

Elle est anorexique. Que faire?

Environ une jeune fille sur cent développe une anorexie mentale au cours de son adolescence, contre un
garçon sur mille. L’anorexie est un trouble du comportement alimentaire spécifique à l’adolescence. Elle débute le plus souvent dès les premiers signes de la puberté, ou vers 16-17 ans, au moment des dernières années du lycée, quand se profilent la perspective d’études supérieures et celle de la séparation d’avec le milieu familial. On l’appelle « anorexie mentale » parce qu’on ne lui trouve pas de causes organiques et qu’elle paraît être la réponse que trouvent à une situation de stress psycho-
logique des jeunes filles vulnérables, très soucieuses de leur image, avides de plaire et de réussir, mais peu sûres d’elles, perfectionnistes, toujours insatisfaites d’elles et de leurs résultats.

Elle est facile à reconnaître dans ses manifestations les plus typiques : une adolescente active, brillante, entreprenante se replie brutalement sur elle-même, se montre renfermée, irritable, puis se met à maigrir de façon spectaculaire. Elle ne mange plus, ne peut rester en place, pratique frénétiquement toutes sortes d’activités physiques, est obsédée par son poids et son apparence physique, se trouve toujours trop grosse. Très rapidement, ses règles, si elle les a, s’arrêtent.
En quelques semaines, son amaigrissement atteint plus de 20% de son poids initial. Il se poursuit inexorablement jusqu’à atteindre parfois 50% du poids normal de l’adolescente. Malgré tous ces signes, la réalité de l’anorexie et sa gravité sont facilement méconnues par l’entourage. L’apparente lucidité de la jeune fille, son intelligence, sa réussite scolaire, les justifications
qu’elle trouve à son état, ses promesses de se nourrir de nouveau font illusion et arrivent à convaincre ses parents, et souvent aussi le médecin consulté, que tout cela va spontanément s’arranger.

Pourtant, sans parler de son amaigrissement anormal, d’autres signes encore devraient les alerter qui montrent qu’à l’évidence il ne s’agit pas d’un simple régime amaigrissant, que l’adolescente est prise dans un processus qu’elle ne contrôle plus. Elle ne voit pas la gravité de son état physique, se juge toujours trop grosse et non seulement ne s’en inquiète pas, mais est hantée par la
peur de grossir et le désir de continuer à maigrir. Paradoxalement, elle ne pense qu’à la nourriture, collectionne les recettes, veut faire manger les autres et prépare les repas pour sa famille. Mais les siens durent des heures : elle trie les aliments, les mâchonne sans fin, oblige sa mère à bannir les mets jugés trop caloriques, etc. Simultanément, elle développe une hyperactivité considérable censée évacuer le trop-plein des calories absorbées : elle marche des heures, fait de la gymnastique,
saute d’un pied sur l’autre, monte et descend les escaliers cinquante fois de suite… Sa vie est un véritable calvaire où tout est surveillé, maîtrisé, contrôlé. Elle se tue littéralement au travail, refuse toute détente et semble paniquée par tout ce qui pourrait lui apporter du plaisir. Les adolescentes anorexiques souffrent souvent de manies et même de TOC, ainsi que de troubles du sommeil, surtout quand leur forme d’anorexie est dite restrictive, c’est-à-dire quand elles refusent absolument de se nourrir. D’autres adolescentes anorexiques ont en effet également des accès bouli-
miques, source d’angoisse et d’idées dépressives, qu’elles compensent immédiatement en se faisant vomir, en prenant des laxatifs en dose massive et par leur hyperactivité. Il n’est pas rare que ces accès boulimiques, qui ont lieu le plus souvent en cachette, s’accompagnent de vols de nourriture ou d’objets.

Quand l’anorexie est méconnue, on ne décide de recourir à une consultation spécialisée que tardivement, le plus souvent contre son gré, alors que l’amaigrissement a déjà mis l’adolescente en danger vital. Or, à ce stade de la maladie, les risques pour l’adolescente sont importants : 10% des anorexiques meurent soit de dénutrition, soit d’une maladie infectieuse foudroyante, soit, plus rarement, suite à une tentative de suicide. Ce n’est pas le seul risque encouru : un amaigrissement prolongé peut en effet avoir des conséquences sévères à long terme, notamment sur les os et les dents (déchaussement précoce, ostéoporose). L’anorexie a également d’importantes conséquences psychologiques, car elle agit comme une véritable drogue. Plus l’adolescente s’enferme dans son comportement anorexique et plus elle a des difficultés à en sortir, s’obligeant toujours plus à renforcer ses restrictions alimentaires.

L’anorexie devient alors chronique. Ce n’est pas seulement à son corps que l’adolescente impose un régime restrictif, y effaçant toute trace de féminité, c’est à l’ensemble de ses intérêts et surtout à sa vie affective, qui s’appauvrissent. L’anorexie s’étend, au-delà de la nourriture, à tous les appétits et à toutes les envies. Malgré ces risques, la majorité des adolescentes victimes d’anorexie va retrouver un poids et une alimentation normaux ou proches de la normalité ; les règles reviennent alors plus ou moins rapidement. Leur retour spontané (c’est-à-dire sans prescription d’hormones) est
probablement le meilleur signe de guérison, ce qui n’empêche pas que des difficultés psychologiques plus ou moins importantes persisteront chez bon nombre d’entre elles. Pourquoi une adolescente est-elle victime d’anorexie ? Un comportement aussi complexe que l’anorexie mentale ne relève pas d’une cause unique ; il est la résultante d’une pluralité de facteurs à la fois biologiques, psychologiques et environnementaux.

Sur le plan psychologique, les adolescentes qui développent ce type de comportement associent à un
ensemble de désirs et d’ambitions intenses une mauvaise estime d’elles-mêmes, un doute sur leurs capacités et leur valeur. Leur sentiment d’insécurité les rend particulièrement dépendantes du regard des autres : elles cherchent à plaire à leur entourage, quêtent son approbation et se préoccupent davantage de ce que l’on va penser d’elles que de leur satisfaction et de leur épanouissement personnels. Elles en arrivent à ne pas savoir exactement quels sont les centres d’intérêt qui leur sont propres : ce qu’elles recherchent avant tout, c’est être admirées, et c’est aussi pour cela qu’elles cherchent à être les premières. Elles ne supportent donc ni les conflits ni les critiques.
Dans ces conditions, on conçoit qu’il puisse exister un écart considérable entre l’apparence qu’offrent d’elles-mêmes ces jeunes filles et la réalité de ce qu’elles vivent. Elles ont pu être des enfants entreprenantes et sûres d’elles-mêmes mais, avec les conflits liés à la puberté, se révéler être des adolescentes indécises, incapables de faire le moindre choix sans un avis extérieur,
effondrées au premier échec. Elles ne retrouvent un sentiment de force et une certaine estime d’elles-mêmes que dans cette conduite d’ascèse qu’est l’anorexie, dans le refus de leurs appétits, l’évitement de tout plaisir et la contrainte de la privation.

Sur le plan environnemental, certains contextes familiaux semblent favoriser la survenue de l’anorexie. Si l’enfant sent une anxiété importante émaner de ses parents, il peut vivre dans la crainte permanente d’un danger d’autant plus inquiétant qu’il est indéterminé ; il aura alors tendance à réprimer ses désirs, surtout s’il les ressent comme violents, et à se soumettre aux attentes des autres au détriment des siennes. Ce climat d’anxiété entraîne également des comportements de contrôle, de vérification et de maîtrise qui s’opposent à la liberté et au plaisir partagé. Parce que cela les rassure, les parents anxieux valorisent souvent l’apprentissage et l’effort, amenant l’enfant à croire qu’il peut toujours faire mieux, et qu’il doit le faire pour être aimé. Parallèlement, leur anxiété les amène à se méfier de leurs émotions qu’ils pensent devoir être contrôlées pour qu’eux-mêmes n’en soient pas débordés : ils limitent donc leurs manifestations d’affection et de tendresse, se tenant physiquement à distance de leur enfant. Ces enfants se mettent eux-mêmes à réprimer en miroir leurs propres émotions envers leurs parents ; le manque qu’ils ressentent contribue à les rendre particulièrement réactifs au regard de leurs parents, et des autres en général, sur eux. Ils se sentent abandonnés si on ne les regarde pas, mais ont le sentiment d’une intrusion et d’une invasion si on se rapproche trop d’eux. Il y a une forte analogie entre leurs
relations affectives et ce que sera leur relation à la nourriture au cours de l’anorexie : ce sont des relations du « tout ou rien », qui oscillent entre osmose fiisionnelle et autosuffisance, comme entre boulimie et anorexie.
On a par ailleurs mis en cause dans l’anorexie les effets de la mode et de sa valorisation des mannequins filiformes, souvent androgynes. C’est un facteur qui peut la renforcer, mais dont il ne faut pas exagérer l’impact. On retrouve trace de l’anorexie mentale en tout temps, et elle a été reconnue comme trouble psychique dès la fin du xix’ siècle, époque où la mode était aux rondeurs
chez les femmes. De plus, vouloir être mince ne signifie pas que l’on va devenir anorexique. En revanche, les pressions liées à la réussite sociale, au culte de la performance et à la peur de l’échec peuvent contribuer, tant chez la famille que chez l’adolescente, à générer un stress
et une angoisse de ne pas être à la hauteur qui sont à la base des comportements anorexiques.

Mais qu’ils soient biologiques, psychologiques ou familiaux, ces facteurs ne sont pas spécifiques à l’anorexie et n’en prédisent pas la venue. Leur association crée tout au plus les conditions d’une vulnérabilité propice à la survenue de difficultés à l’adolescence, parmi lesquelles l’anorexie et la boulimie. La plupart des adolescents et adolescentes vulnérables ne vont pourtant pas présenter de difficultés particulières, voire vont se servir de leurs faiblesses pour réussir brillamment, déve-
loppant des conduites qui y fassent contrepoids, parfois excessives mais valorisantes, les rendant plus sûrs d’eux et moins dépendants des autres.
C’est à la puberté que tout se décide pour les adolescentes affectées d’une telle vulnérabilité, car elle conflictualise leurs relations, les confronte à leur ambivalence à l’égard de leurs parents et les contraint à prendre une distance nouvelle par rapport à eux qui les oblige à évaluer la mesure de leurs ressources propres et les renvoie à la mauvaise image qu’elles ont d’elles-mêmes. Pour
se rassurer, il leur faudrait se rapprocher affectivement de leurs parents, mais elles ressentent cette envie comme une menace de mise sous tutelle et de perte d’identité. La seule chose qui leur semble leur appartenir vraiment est leur refus, leur capacité d’autodestruction ; parallèlement,
leur état oblige leur entourage à s’occuper toujours davantage d’elles. Un comportement anorexique a donc une fonction de compromis assurant la permanence du lien aux parents tout en les tenant à distance du fait de leur impuissance à aider l’adolescente, qui ne peut ni se passer d’eux ni profiter de ce qu’ils lui apportent. Cette insatisfaction et cette impossibilité du plaisir partagé font du comportement anorexique un cercle vicieux.

Les conflits entre les parents, les séparations, la dépression ou la maladie de l’un d’entre eux peuvent constituer des facteurs aggravants susceptibles de renforcer l’angoisse de la jeune fille, surtout si l’un des deux parents cherche, sans toujours bien s’en rendre compte, à capter
à son profit l’affection de sa fille. Que ce soit le père dans une relation où son admiration pour sa fille, leur proximité affective et parfois physique créent une atmosphère dite « incestuelle », c’est-à-dire sans dimension sexuelle proprement dite, contrairement à l’inceste et aux abus
sexuels, mais suffisamment ambiguë pour troubler l’adolescente et la placer dans une situation de rivalité insupportable avec sa mère. Ou que ce soit la mère qui cherche auprès de sa fille la compréhension, le soutien et l’affection qu’elle ne trouve pas dans sa relation conjugale.
Les événements traumatiques de l’enfance et de l’adolescence peuvent également favoriser l’apparition
de l’anorexie : déceptions sentimentales ou déceptions venant des parents, deuils, échecs et, bien sûr, abus sexuels. Plus banalement et passant facilement inaperçu, le départ d’un frère ou d’une sœur aînés peut rompre l’équilibre qu’apportait à l’adolescente la relation qu’elle entretenait avec lui. Sans quitter la maison, il suffit parfois que ce frère ou cette sceur noue un lien amoureux pour provoquer cette perte de confiance de l’adolescente en elle-même.
Compte tenu de ces différents facteurs, les objectiS du traitement de l’anorexie sont triples :
– traiter le trouble de la conduite alimentaire ;
– traiter les troubles de la personnalité ;
– traiter les dysfonctionnements familiaux.
Traiter le trouble de la conduite alimentaire est la démarche prioritaire, car il a des conséquences physiques graves, parfois mortelles, une tendance à se renforcer lui-même et des effets psychologiques négatifs. Le traitement repose sur un contrat de poids : la patiente, ses parents
et le médecin se mettent d’accord sur une reprise régulière du poids par les moyens les plus naturels possibles. Dans certains cas, la patiente doit être hospitalisée et séparée totalement de son milieu habituel (ni visites, ni courrier, ni téléphone) jusqu’à ce qu’elle ait atteint le poids convenu, reprenant ensuite progressivement contact avec sa famille jusqu’à ce qu’elle sorte définiti-
vement lorsque le contrat de poids auquel elle s’est engagée est entièrement rempli. Elle n’est alimentée par sonde gastrique que si sa dénutrition est vraiment très importante et lui fait courir un danger mortel. Il existe dans les hôpitaux des services spécialisés dans ce type de traitements : ils articulent mesures d’encadrement diététiques et approches psychothérapiques. Les rechutes sont
fréquentes et ne sont pas forcément le signe d’un échec ; elles nécessitent de reprendre le protocole au début. L’intérêt du contrat et d’une éventuelle hospitalisation est de poser une limite à l’action aliénante du comportement anorexique : en fait, la contrainte extérieure soulage l’adolescente des contraintes intérieures qui la forcent à adopter ce comportement. Paradoxalement, cette contrainte est donc un facteur de libération, même si elle provoque la colère et l’opposition de l’adolescente.
Mieux vaut cette colère extériorisée que les contraintes intérieures qu’elle s’impose à elle-même.
Traiter les troubles de la personnalité est indispensable si l’on veut agir en profondeur sur les difficultés qui sont cause d’un comportement anorexique. Les psychothérapies en sont un des moyens d’action privilégiés. Leurs modalités sont fonction à la fois de la formation du thérapeute et de la personnalité des patientes. Il s’agit de restaurer la confiance et l’estime de soi de l’adolescente,
éventuellement au travers d’activités artistiques, les thérapies de groupe se révélant souvent au début plus acceptables et donc plus bénéfiques pour elle qu’un face à face avec le thérapeute. Il s’agit aussi de traiter les symptômes dépressifs ou anxieux associés à l’anorexie.
Les dysfonctionnements familiaux sont préexistants ou découlent du trouble, et jouent un rôle plus ou
moins grand dans leur entretien. Les traiter exige au minimum que les parents et l’adolescente consultent un psychothérapeute, et parfois qu’ils entreprennent une véritable thérapie familiale qui les aidera à la fois à ne pas se focaliser sur les symptômes alimentaires, à restaurer une communication peut-être difficile et à faire en sorte que chaque membre de la famille se sente doté
d’une identité propre qui ne soit pas menacée par une dépendance trop forte aux autres membres. Intégrer un groupe de discussion de parents d’enfants anorexiques peut également être bénéfique.
Ces différents traitements sont destinés à se compléter, et non pas des méthodes exclusives les unes des autres. L’important est que, dès le premier contact, son thérapeute montre à la patiente que quelque chose la pousse à restreindre ses appétits – pas seulement alimentaires — et à mettre en échec une partie au moins de ses désirs et de ses potentialités. Car les conséquences à long terme de l’anorexie sont bien plus psychologiques que physiques. Il s’agit donc d’aider l’adolescente
à se développer pleinement sans déséquilibre, c’est-à-dire sans que l’un des domaines de sa vie (par exemple, la scolarité) ne puisse se développer qu’au détriment d’un autre (son alimentation, son corps).
Il convient donc de permettre à ces patientes de retrouver plaisir à s’investir dans ce qu’elles entreprennent. Guérir l’anorexie mentale ne consiste pas simplement à leur faire reprendre du poids, même si c’en est une condition nécessaire, mais aussi à ce qu’elles puissent s’autoriser progressivement à ne plus réprimer ce qui leur fait envie, à échanger et à partager. Ce n’est
qu’ainsi que l’on évitera que se cristallise sur la nourriture leur problème de dépendance affective.

Il a peur de devenir fou. Que faire

Il a peur de devenir fou. Que faire?

C’est une crainte qui est loin d’être exceptionnelle à l’adolescence, même si elle ne se formule pas toujours aussi clairement. Elle correspond à une peur caractéristique des enfants de cet âge : celle de perdre le contrôle de soi. Elle reflète bien les fortes pressions auxquelles est soumise la personnalité de l’adolescent du fait de la puberté : pression de la montée en puissance des désirs et des appétits en tous genres; pression des contraintes externes et de la nécessité de ménager l’amour des parents; pression liée aux contradictions dont l’adolescent est porteur, à son besoin des autres qui s’oppose à son désir de se suffire à lui-même. Ses contradictions peuvent aisément lui donner le sentiment qu’il ne peut plus les contenir et qu’il va exploser : c’est ce qu’il nomme «folie». L’adolescent aura d’autant plus tendance à exprimer son malaise par une forme de violence explosive qu’il aura plus de mal à mettre des mots sur ce qu’il vit, et donc à le comprendre.

On appelle généralement folie ce que l’on ne comprend pas. C’est dire si cette peur relativement banale est, dans la majorité des cas, bien éloignée de la folie comme maladie. Ce n’est pas une raison pour prendre la crainte de l’adolescent à la légère; la meilleure réponse que l’on puisse lui fournir est de l’aider à comprendre ce qui se passe en lui et à mettre des mots sur ce qu’il ne fait que subir pour enfin l’apprivoiser.

Il délire. Est-il malade

Il délire. Est-il malade?

Le délire est l’expression d’un trouble grave du jugement qui aboutit, chez celui qui en souffre, à des convictions ne tenant plus compte de la réalité et ne pouvant faire l’objet d’un regard critique de sa part. Le délire n’apparaît vraiment qu’à l’adolescence, quand le sujet est suffisamment capable de différencier réalité et imaginaire. Avant cela, il est bien difficile de savoir jusqu’à quel point l’enfant adhère à ses constructions imaginaires. Le délire s’accompagne le plus souvent d’un sentiment
de persécution. L’adolescent qui en est affecté se sent suivi, menacé par une organisation anonyme ou connue, mais aussi par un ou plusieurs membres de son entourage proche, voire de sa famille, vis-à-vis desquels il peut se révéler dangereux. Le délire peut également avoir une tonalité mystique et passionnelle : l’adolescent se sent investi d’une mission, se prend pour un prophète ou tout
autre personnage religieux important. Il peut penser qu’il est le descendant caché d’un personnage célèbre et que sa véritable identité doit être révélée ; ou au contraire qu’il doit se cacher car on pourrait attenter à sa vie.

Si le délire se focalise sur une seule personne, il est potentiellement dangereux, car l’adolescent peut être amené à penser qu’en se débarrassant de cette personne, il va retrouver sa liberté. Celle-ci est toujours une personne importante sur laquelle l’adolescent investit beaucoup de choses. Elle devient pour lui porteuse d’une partie de son monde psychique qu’il n’accepte pas et qu’il projette sur elle. Cette part de lui-même peut être positive et idéalisée, auquel cas l’adolescent pourra développer un attachement passionnel, et parfois même se convaincre que cette personne est amou-
reuse de lui : c’est ce que l’on appelle « l’érotomanie ». Mais il s’agit le plus souvent d’une part négative, auquel cas l’adolescent croira au contraire que la personne sur laquelle il la projette le menace et le persécute. Le corps peut également être l’objet de constructions délirantes : l’adolescent a alors le sentiment qu’il subit des transformations anormales, transformations qui
concernent majoritairement l’identité et les organes sexuels.

Parce qu’il révèle un trouble grave de la relation à la réalité et traduit un trouble psychiatrique nécessitant un traitement spécifique dont font partie des médicaments psychotropes, le délire est toujours inquiétant et nécessite une consultation psychiatrique immédiate. Il existe des délires aigus, le plus souvent passagers, liés à la prise de toxiques, alcool et différentes drogues,
qui peuvent s’accompagner d’une très forte fièvre et se manifester par des propos délirants. Ils ne sont en réalité que le reflet d’une perte de contrôle sur soi-même, une sorte de rêve éveillé bien différent du vrai délire. Dans certaines familles isolées, en difficulté, entretenant de ce fait une méfiance compréhensible à l’égard d’un monde extérieur jugé hostile, si ce n’est dangereux, les parents peuvent être tentés d’adhérer, au moins un temps, aux propos délirants de l’adolescent.
Ce peut être aussi le cas quand se crée une complicité particulière entre l’enfant et l’un de ses parents, qui se met à partager de plus en plus sa méfiance à l’égard des autres. Cette complicité peut les entraîner dans un véritable délire à deux. Il devient alors nécessaire d’avoir recours à une intervention extérieure, parfois contre leur gré.