Il se met en colère pour un rien. Comment réagir

Il se met en colère pour un rien. Comment réagir?

Cela n’est pas nécessairement bien grave, et pourtant tout parent pressent vite que cette colère
incontrôlable est le signe d’une souffrance et d’un échec préoccupants. L’impossibilité de se contenir est révélatrice de deux choses : si l’on ne peut pas se maîtriser, c’est que l’on est à bout, et si l’on est en colère, c’est que l’on est malheureux. Deux bonnes raisons pour que les parents s’en
préoccupent et n’abandonnent pas leur enfant à sa solitude. Il n’est bon ni pour l’entourage ni pour l’intéressé de supporter cette situation sans mot dire, sous prétexte que l’adolescent est comme cela, ou que c’est passager, ou encore qu’il souffre déjà suffisamment lui-même sans que l’on vienne en rajouter. Aucune tyrannie n’est bénéfique, ni pour le tyran ni pour ses victimes. L’adolescent est lui-même victime de ce qu’il ne peut contrôler en lui. Il n’est pas acceptable qu’un adolescent soit toujours en colère : s’il ne peut se contrôler, il doit être aidé et accepter d’aller cher-
cher les réponses adaptées à ses difficultés. Derrière la colère se cachent toujours des conflits.
Mais des conflits qui, en général, ne peuvent être formulés clairement; des conflits qui se nourrissent des paradoxes exacerbés par cet âge et des contradictions perçues comme impossibles à résoudre par l’adolescent. C’est aux parents de poser les limites que l’adolescent ne peut trouver lui-même et de chercher avec lui et avec l’aide de tiers appropriés les solutions qui s’impo-
sent : explications familiales, psychothérapie individuelle et/ou familiale, antidépresseurs ou calmants, éloignement de la famille, etc.

Les grossièretés font partie de son vocabulaire. Faut-il sévir

Les grossièretés font partie de son vocabulaire. Faut-il sévir?

Moyen classique d’affirmer son émancipation et de marquer sa différence et son territoire, les gros
mots se sont tellement banalises dès la petite enfance, du moins dans les cours de récréation, qu’ils ont perdu leur pouvoir de choquer. II n’apparaît donc pas souhaitable de leur redonner de l’importance. Cependant, il peut être bénéfique que les adultes donnent l’exemple et affirment, sans s’énerver, que l’usage des gros mots n’est pas indispensable pour manifester son indépendance d’esprit ou son pouvoir et qu’il relève d’un manque de respect de soi et des autres. Beaucoup pressentent que la dérive actuelle de l’expression verbale chez les jeunes n’est ni un facteur d’épa-
nouissement ni un facteur de plus grande liberté d’expression. Elle conduit plutôt à une surenchère verbale, souvent pauvre et répétitive, qui amènent ces jeunes à l’abandonner pour se mesurer dans la violence physique. Les règles de politesse étaient une médiation qui obligeait les personnes à se contenir et à respecter les limites et la personne d’autrui. L’absence de limites dans l’expression verbale laisse chacun à la merci des attaques de l’autre, la meilleure façon de se prémunir de ces attaques paraissant être d’attaquer plus vite et plus fort. On assiste ainsi, dans les cours de récréation, à de tristes scènes d’échanges de grossièretés chez les enfants de 3 à 10 ans. S’ils ne savent pas ce que signifient les mots qu’ils prononcent ou qu’ils entendent, ils savent qu’ils sont
destinés à blesser et à humilier ceux auxquels ils sont les plus attachés, leurs parents. Ne pas réagir, c’est favoriser une éducation par le mépris de l’autre qui affectera particulièrement les plus vulnérables, c’est-à-dire les enfants n’ayant pas une famille suffisamment structurée pour leur
permettre de relativiser ces propos et de s’en dégager. Certains vont aborder l’adolescence dans l’idée qu’il faut mépriser l’autre pour ne pas être soi-même méprisé. Cette culture du mépris conduit à le focaliser sur les différences, et notamment sur une des différences essentielles : la différence des sexes. Car c’est la plus facile à saisir. Elle présente l’avantage de s’appuyer sur une différence physique, aisément identifiable, très marquée culturellement par des stéréotypes qui per-
mettent de séparer le fort et l’actif, associés au masculin, du faible, du passif, de l’émotif, associés au féminin. Ce sont donc surtout les garçons qui méprisent et injurient les filles, mais aussi tous ceux qui présentent des différences visibles : les garçons qui semblent efféminés, ceux d’une autre race, voire les handicapés. Mais pas n’importe quels garçons. Ceux justement qui se sentent si peu confiants et sûrs d’eux-mêmes qu’il leur faut sans cesse s’assurer qu’ils ont en face d’eux quelqu’un qu’ils jugent inférieur par peur de l’être eux-mêmes. Or ces garçons vulnérables, très marqués par l’insécurité dont ils sont victimes, par leur incapacité d’attendre et de se contrôler, par la dépendance et les carences affectives qu’ils ont subies dans leur enfance, vivent dans la crainte de montrer leurs faiblesses et de laisser parler l’enfant blessé qu’ils ont été et sont encore. C’est tout cet infantile (c’est-à-dire ce qui provient de l’enfance), ressenti par eux comme enfantin et donc incompatible avec l’image qu’ils veulent se donner d’eux-mêmes, qu’ils vont projeter sur l’autre.
En le projetant sur le féminin, ils s’en garantissent à bon compte, puisque eux-mêmes sont des hommes. D’autre part, cette projection les rassure, leur permettant d’établir une relation, éventuellement sexuelle, avec une jeune fille qu’ils puissent garder sous contrôle. La véritable différence homme-femme s’est effacée au profit d’une pseudo-différence où les garçons s’effor-
cent d’échapper au même, c’est-à-dire au féminin en eux, en opposant ce qui serait le supérieur, le masculin, à la féminité jugée inférieure.

Il n'y a plus que la musique qui l'intéresse. Cela peut-il nuire à ses études

Il n’y a plus que la musique qui l’intéresse. Cela peut-il nuire à ses études?

La musique est certainement l’art qui touche le plus grand nombre de personnes et qui peut avoir sur
elles l’impact le plus grand. La musique peut ne solliciter aucun effort particulier : il n’y a qu’à se laisser pénétrer par elle, et elle suscite immédiatement de puissantes résonances. Elle est une présence extérieure à soi, mais avec laquelle on peut fusionner, qu’elle soit un plaisir solitaire ou partagé par une foule, sans compromettre son identité personnelle, qu’elle peut même au contraire contribuer à exalter. Avec elle, les limites s’effacent : rêve et réalité se mélangent, comme le dedans et le dehors, soi et les autres. Il n’est pas surprenant qu’enfants et adolescents y soient si sensibles. C’est une chance, mais aussi un risque potentiel, notamment pour l’adolescent. Associée au
tabac, à l’alcool ou aux drogues, elle peut concourir à l’enfermer dans un univers irréel où sa présence lancinante et répétitive agit comme un bercement et remplace les relations humaines. La force de son rythme et les effets de groupe qu’elle favorise peuvent également le pousser à commettre des actions plus ou moins violentes.

Ce n’est pas la musique par elle-même qui crée l’enfermement, mais elle peut l’accompagner et le rendre plus tolérable chez les sujets vulnérables. Elle est alors une compensation idéale, toujours à portée de la main et de l’oreille, sans exigences, tellement intense et merveilleuse, échappant à toute limite, qu’elle peut amener l’adolescent à penser qu’il en est de même pour lui et qu’il participe de sa magie.

Mais l’adolescent ne fait pas qu’écouter. Il peut souhaiter devenir lui-même musicien. Le succès de certains jeunes groupes qu’il admire lui sert de modèle. Bien des adolescents oublient le travail intense et continu qui précède tout succès, et le nombre des échecs comparé à celui des réussites.
Le fait que l’adolescent soit «accro» à la musique et qu’il veuille en faire à tout prix n’est pas survenu sans raison. La violence de cette « addiction » est le plus souvent proportionnelle aux déceptions qu’il a subies dans d’autres domaines, le domaine scolaire notamment, et aux difficultés de communication qu’il rencontre dans sa famille. Une fois qu’elle est née, il est difficile de contrer cette passion, et probablement pas nécessaire. Mieux vaut l’accompagner, tâcher d’éviter que l’adolescent n’entre dans la logique du tout ou rien, afin de lui permettre de poursuivre ses études, lui expliquer qu’avoir le plus de choix possibles, c’est avoir plus de liberté. Mais les ado-
lescents ne sont pas toujours prêts à le comprendre ; il est vrai que sans passion et sans un travail intense, il ne faut pas espérer percer dans ce domaine. Il sera alors difficile de faire accepter à l’adolescent d’en rester à un hobby agréable, perfectible, mais qui ne se substitue pas aux exigences de la vie quotidienne et de la scolarité.

Elle veut se faire tatouer ; il veut un piercing. Faut-il accepter

Elle veut se faire tatouer ; il veut un piercing. Faut-il accepter?

Tatouages et piercings ne sont que Tune des nombreuses modalités dont dispose l’adolescent pour
apposer sa propre trace sur son corps, manifester sa différence et se démarquer des adultes. Pour mieux en comprendre le sens, il faut dire quelques mots de la place du corps à l’adolescence. Nous avons vu que ce sont les changements corporels de la puberté qui marquent l’entrée dans l’adolescence. Ces transformations ne sont ni plus décidées, ni plus choisies par l’adolescent qu’il ne choisit son sexe ou son apparence physique. Face à cette métamorphose physique, l’adolescent a l’impression que son corps le trahit au lieu de le protéger et qu’il révèle des émotions qu’il aurait préféré tenir cachées, quand il rougit malgré lui, par exemple. Chez les plus vulnérables d’entre eux, le corps est vécu comme un corps étranger qu’il va falloir se réapproprier.
Si l’on ne choisit pas son corps, on peut par contre choisir la façon dont on Thabille et dont on le présente. Les modes vestimentaires, la tenue, la coiffure et les marques corporelles vont devenir pour l’adolescent les moyens privilégiés d’y imprimer sa marque personnelle. Dans ce rapport au corps, on retrouve les règles qui régissent le comportement adolescent dans son entier : plus l’adolescent est insatisfait de lui-même en général et de son corps en particulier, plus le besoin d’être vu et remarqué sera fort, plus le moyen choisi passe par une violence exercée à l’égard du corps. Les manifestations les plus extrêmes de cette transformation volontaire semblent en effet ne pas rechercher l’embellissement, être plus du côté du rejet du corps que de la tendresse et substituer la provocation à la recherche du regard admiratif des autres.

Sans être les plus violentes de ces manifestations, tatouages et piercings représentent une véritable inscription dans le corps, telle qu’en intégraient beaucoup de rites initiatiques. On y retrouve le besoin de marquer son territoire, d’affirmer son autonomie, affirmation qui ne peut se faire qu’au prix d’une certaine douleur (même toute relative) qui prouvera la capacité du sujet à supporter souffrances et difficultés. L’adolescent a également besoin, par ce « marquage », de s’assurer de ses limites et de conjurer les attentes qu’il a envers les autres (être vu, regardé, touché, pris dans les bras, etc.). Ce contact, trop désiré pour être acceptable, il va se le procurer à lui-même au travers des figures du tatouage et plus encore par le piercing, qui lui rappelle en permanence qu’il dispose d’un contact possible et entièrement contrôlable avec son propre corps. Cela est évidemment plus flagrant en ce qui concerne certaines formes de piercings comme ceux qui se situent sur le bout de la langue.
Quant aux anneaux, ils peuvent évoquer un désir d’être accroché, tenu, voire même attaché. Mais à qui ? Faute de réponse, l’adolescent met en scène ce désir, mais pour lui seul, dans l’évitement d’une possible rencontre avec autrui, ou encore en miroir de quelqu’un portant comme lui des signes identiques de reconnaissance. Dans le même temps, il affirme sa différence avec le monde parental, celui des adultes établis. Besoin et fuite d’un contact trop attendu, et attendu de façon trop ambivalente pour être tolérable, piercings et tatouages sont le signe que l’adolescent demande à
trouver un lien qui soit pour lui plus acceptable avec ceux dont il est le plus proche. Il faut donc y répondre. Ne pas y prêter attention, ou trop les banaliser, c’est ignorer le besoin sous-jacent qui a motivé le geste de l’adolescent et encourager une possible escalade. Cette réponse peut s’inspirer des règles communément appliquées aux réactions qu’induisent ce type d’attitudes adolescentes : se laisser interpeller ; essayer de déplacer le besoin de l’adolescent de s’exprimer en actes par le corps sur un échange verbal plus général portant sur lui, sur l’image qu’il a de lui-même et qu’il pense que les autres ont de lui ; mais aussi poser des limites, voire des exigences qui tiennent compte du style de la famille, de l’âge de l’adolescent et de la nature de ce qu’il demande ; enfin,
comprendre également que cela peut relever simplement d’un effet de mode qui en édulcore la signification.

Pour la très grande majorité des adolescents, tatouages et piercings ne sont qu’un moyen temporaire d’affirmer leur différence et une étape passagère dans leur évolution. A ce titre, ils les aident d’une certaine façon à se trouver eux-mêmes. Ce sera d’autant plus le cas que cela ne représentera pas une provocation trop importante par rapport aux normes de leur milieu, que les formes de tatouages ou de piercings qu’ils auront adoptées resteront modérées et que ces gestes s’inscriront
dans un phénomène de mode et de groupe.
Il n’y a donc pas, la plupart du temps, de quoi dramatiser quand il ou elle réclame un piercing ou un
tatouage ; mais il n’y a pas non plus de raison pour une famille qui n’est pas coutumière de ce type d’expressions de faire semblant de ne pas voir ce qui est fait pour être vu et pour étonner sinon choquer.

Il parle en « verlan ». Que faire

Il parle en « verlan ». Que faire?

Le «verlan» est un parfait exemple du «paradoxe adolescent» : l’adolescent cherche à créer un lan-
gage qui lui soit spécifique mais qui n’est que l’envers du langage adulte, et donc une façon de se positionner par rapport à eux. En pratiquant ce langage, il échappe à leur compréhension, mais pas à leurs regards étonnés ou désapprobateurs. Si l’adolescent tient à s’exprimer en « verlan », mieux vaut considérer cela comme un jeu. Mais tout jeu a ses limites. Il est préférable de le faire savoir très vite à l’adolescent. Cela dit, la limite peut varier sensiblement d’une famille à l’autre. Recherche d’originalité et de différence, la pratique du verlan ne doit pas marginaliser l’adolescent, empêcher toute communication avec le monde des adultes, et en particulier avec le monde des parents.

Il joue aux jeux vidéo. Est-ce bon pour lui

Il joue aux jeux vidéo. Est-ce bon pour lui?

L’es adolescents se servent pour leurs jeux, comme pour le reste de leurs activités, des moyens d’ex-
pression de leur époque. Aussi utilisent-ils et utiliseront-ils de plus en plus les jeux vidéo ainsi que tous les jeux liés aux nouvelles technologies – et c’est tant mieux ! Tant mieux parce qu’ils vont peu à peu se familiariser avec ces technologies nouvelles et y acquérir une certaine dextérité ainsi qu’une ouverture d’esprit. Ces jeux ne deviennent vraiment préoccupants que lorsqu’ils sont utilisés avec excès. Excès qui vont exacerber certaines de leurs particularités, comme leur
caractère souvent solitaire et virtuel. Or solitude et virtualité risquent de conjuguer leurs effets pour isoler l’adolescent et le couper de la réalité. Certains s’enferment ainsi dans un monde de plus en plus irréel, propice à l’éclosion d’un sentiment de toute-puissance. Ils y fuient les contacts humains, source de frustrations, et vivent par procuration des situations qui ne sont ni purement imaginaires – comme les rêveries inspirées de lectures, par exemple — ni réellement concrètes. Bien
sûr, les adolescents qui y perdent le sens de la réalité avaient, en général, déjà quelques prédispositions. Par contre, d’autres adolescents, présentant souvent des troubles de la petite enfance et de grandes difficultés de contact avec la réalité, vont paradoxalement y trouver un moyen de sortir de leur isolement en apprenant à jouer d’une manière tolérable pour eux, c’est-à-dire à la fois parfaitement maîtrisable et considérablement distanciée des personnes réelles qui leur font peur.

On l’aura compris : c’est à l’entourage de faire de ce moyen d’expression un outil pour apprivoiser progressivement les jeunes et les ouvrir à l’échange, par exemple en discutant avec eux des jeux qu’ils préfèrent ou même en y participant. Ce n’est pas en interdisant les jeux vidéo que l’on
pourra aider les adolescents à ne pas s’y enfermer. C’est bien plutôt en les sortant de leur isolement, c’est-à-dire en partageant leur intérêt pour les ouvrir peu à peu à d’autres formes d’expression, et ce en leur proposant d’autres expériences génératrices de plaisir.

Watching TV

Elle regarde la télé. Est-ce la meilleure des distractions à l’adolescence?

Il devient vraiment difficile pour un adolescent de ne pas passer son temps devant la télévision, en particulier lorsque ses parents sont absents. C’est en effet une façon de se raccrocher à une présence adulte, avec l’avantage de pouvoir la taire apparaître, disparaître et changer à sa guise. En somme, une présence potentiellement toujours accessible, à disposition, et sur laquelle l’adoles-
cent a tout pouvoir : le rêve ! Mais le rêve, aussi utile soit-il, a besoin de s’allier à
la réalité. Car si l’on reste dans le rêve, il n’y a pas d’apprentissage. Et sans apprentissage, il n’y a pas d’acquisitions et, par conséquent, pas d’autonomie possible. L’adolescent ne pourra alors que se sentir dénué de valeur et de toute confiance en soi, mais pas nécessairement vide de tout. Car cette absence d’acquis exacerbe l’envie de se remplir ; or il est possible de se gaver d’images comme on se gave d’autres substituts tels que la nourriture, les cigarettes ou autres drogues. Pourtant, la télévision est un incomparable moyen d’apprentissage et d’ouverture sur le monde. Comme les livres, mais différemment, parce qu’elle sollicite davantage une certaine forme de passivité : la seule suc-
cession des images fascine et nourrit celui ou celle qui regarde. Il convient donc d’en faire un usage tempéré. Pour cela, l’adolescent ne saurait se passer de limites et de repères ; il conviendra de lui apprendre à sélectionner ce qu’il regarde, à limiter le temps qu’il passe devant la télévision, à confronter ce qu’il y voit à d’autres sources d’information. Se laisser captiver par la télévision est une fuite, voire une évasion, qui risque d’éloigner l’adolescent des véritables enjeux de son âge et le rendre ainsi plus vulnérable à la dépression. Il revient donc aux parents d’en
apprendre le bon usage à leurs enfants – et ce dès leur plus jeune âge – afin qu’une fois adolescents, ils n’en soient pas l’esclave. Pour ce faire, le petit écran ne doit pas être destiné à un usage privé, une pratique solitaire, mais doit être un moyen d’échange avec les adultes.

Elle ne veut plus faire son piano. Faut-il l'obliger

Elle ne veut plus faire son piano. Faut-il l’obliger?

Quelle importance ? », serait-on tenté de dire quand un ou une adolescente interrompt brutalement une activité artistique ou sportive dans laquelle il ou elle était jusque-là apparemment très investi(e).
Savoir jouer du piano n’est pas indispensable et, si cela ne l’intéresse plus, pourquoi la forcer ? Elle a bien assez de travail par ailleurs…
Quoi qu’elle en dise, c’est souvent parce que justement cela l’intéresse qu’elle abandonne. On se trouve ainsi face à un nouvel exemple de ce paradoxe de l’adolescence qui veut que les jeunes soient poussés à faire le contraire de ce qu’ils désirent.

En l’occurrence, c’est parce qu’elle fait de sa réussite au piano un enjeu important pour l’image qu’elle a d’elle-même et qu’ont d’elle ses parents qu’elle est poussée à y renoncer. Enjeu dont elle n’est pas vraiment consciente sur le moment et qu’elle ne mesurera bien qu’à distance, des années plus tard. Elle voudrait briller et être la première, mais elle craint tout autant de ne pas y arriver que d’y parvenir, tout en ayant le sentiment qu’elle ne le mérite pas vraiment, qu’elle a
usurpé sa place, que Ton va s’apercevoir que ce n’est qu’une tromperie, qu’elle n’en a pas réellement les capacités…
Sentiments exacerbés par ses attentes affectives à l’égard de ses parents, de son père le plus souvent, dont elle voudrait qu’il l’admire, tout en ne supportant pas qu’il le montre ouvertement, un compliment ou une manifestation de fierté étant immédiatement perçu comme une tentative de rapprochement excessif. Le plaisir même qu’elle pourrait y prendre se transforme en gêne, voire en irritation, ce qui l’amène parfois à être ostensiblement désagréable.

Cela dit, comment réagir à la volonté, exprimée par l’adolescent(e), d’arrêter le piano ou toute autre activité qu’il ou elle affectionnait auparavant ? En sachant gagner du temps, ne pas prendre à la lettre tout ce que dit l’adolescente et en lui laissant la possibilité d’élaborer et de
dépasser ses contradictions au lieu de l’y enfermer. Il faut se demander s’il s’agit d’un désintérêt progressif, dû peut-être à un manque réel de réussite, ou si l’enfant ne s’est véritablement jamais investi dans cette activité. Si c’est le cas, il n’a guère de raison de continuer. S’agit-il au contraire d’une décision brutale, qui suit l’annonce d’un succès? La signification du désir d’arrêter est alors tout autre. Elle appelle une discussion. Les parents peuvent exprimer le souhait que l’adolescente prenne le temps de la réflexion et se donne, par exemple, une année supplémentaire pour confirmer ou non cette décision. Le but n’est pas d’entrer dans une épreuve de force, ni d’obliger l’adolescente à continuer à tout prix le piano, mais de ne pas la laisser seule face à une contrainte intérieure qui l’amène à saboter une activité potentiellement source de plaisir et de valorisation, et ce pour des raisons affectives dont elle n’est pas clairement consciente. C’est le sens même de l’éducation que d’apprendre à un enfant à savoir et à pouvoir attendre. Le laisser évoluer au gré de ses désirs et de ses impulsions du moment, c’est le rendre esclave de sollicitations dont il ne mesure pas la portée, qu’elles soient intérieures ou extérieures. Il ne peut les accueillir et les gérer dans son intérêt que s’il est capable de différer ses réponses et d’en évaluer la pertinence en fonction de son projet d’avenir. Or ce projet est une construction toujours en devenir, élaborée selon des normes et des valeurs qui ne peuvent être déterminées qu’en étroite interaction avec des adultes en lesquels l’enfant et l’adolescent ont confiance.

La première des valeurs que les adultes ont à transmettre, et dont ils sont les garants, est qu’il n’existe pas de liberté possible sans sentiment de sécurité et sans confiance en soi. Or c’est aux adultes également de faire en sorte que les enfants puissent les acquérir. Cela ne peut cependant suffire. L’adolescence illustre particulièrement la façon dont la perspective d’un plaisir par-
tagé avec certains adultes, ceux desquels on attend le plus et ceux, même, en lesquels on a le plus confiance, peut être un facteur de crainte et de fuite. Les adultes doivent atténuer ces peurs en comprenant leur sens, tout en faisant comprendre à l’adolescent que persévérer est une des conditions de sa liberté future. Il ne s’agit pas de transformer cet adolescent en objet des désirs de l’adulte, mais de lui donner les moyens d’une véritable indépendance, indépendance qui passe nécessairement par sa capacité à s’autoriser les acquisitions auxquelles il aspire.
Or ces acquisitions, quand elles sont violemment désirées du fait même du sentiment de doute et d’in-
suffisance qui habite l’adolescent, deviennent l’objet de conflits : conflits d’identité, en particulier, qui l’amènent à ne plus savoir si ce qu’il fait, il le fait pour lui ou pour ses parents (l’échec et le refus, en revanche, sont toujours à lui et lui appartiennent). Mais aussi conflits liés au fait que ces acquisitions peuvent apparaître à l’adolescent comme une arme qui menace ceux
qu’il aime et va lui faire perdre leur amour, surtout si elles sont susceptibles de lui permettre de dépasser leur niveau social et intellectuel. Retourner cette arme contre lui par le biais de l’échec peut ainsi combiner l’avantage d’être un moyen de se différencier en ne faisant pas ce qui était attendu de lui et un moyen de conserver l’amour et l’attention de ses parents. Ce que nous venons de dire du piano est bien sûr susceptible de s’appliquer à toute autre activité.

Swimming - sport

Le sport lui prend tout son temps. Que faire?

Il n’est pas rare qu’un adolescent consacre la plus grande partie de son temps à une activité, par
exemple, le sport. Cette activité monopolise toute sa disponibilité, son intérêt et la majeure partie de son énergie. Comme tout excès, cela traduit pour partie un doute, des inquiétudes, voire des difficultés plus ou moins sérieuses dans les autres domaines négligés. Comme si l’adolescent, peu sûr de lui, trouvait ainsi un moyen de se rassurer sur sa valeur, un moyen de maîtriser une partie de sa vie alors qu’il peut craindre par ailleurs de perdre pied, de se sentir débordé par des ambitions qu’il ne peut réaliser.
Ce surinvestissement dans le sport, ou dans d’autres activités, offre l’avantage de permettre à l’adolescent de se valoriser dans une activité concrète, ancrée dans la réalité, qui peut faciliter les échanges avec les jeunes de son âge. Toutefois, il peut également présenter l’inconvénient, étant excessif, d’enfermer l’adolescent plus qu’il ne l’ouvre aux autres et de lui interdire d’autres
intérêts scolaires et sociaux. On sait, par exemple, que l’anorexie mentale peut se manifester, au début et pendant toute la durée de la maladie, par un besoin frénétique d’activité (marche ou jogging, notamment) qui progressivement tourne à vide, l’adolescent ayant pour seul but de se dépenser sans limites au détriment de tout échange ou de tout partage avec les autres.

C’est aux parents de poser les limites que l’adolescent ne peut trouver lui-même afin d’éviter que le sport ne devienne pour lui une sorte de drogue. Comme toute passion se déclenchant à l’adolescence,
celle-ci gagne à être inscrite dès le début dans une démarche qui ne soit pas solitaire, mais au contraire la plus socialisée possible. Il sera d’autant plus facile pour les parents d’y veiller qu’ils le feront tôt, parce que l’adolescent est alors plus sensible à leurs conseils et, surtout, parce qu’il ne sera pas encore enfermé dans sa solitude. Il n’est pas rare, cependant, que ce soient les parents qui favorisent l’engouement frénétique pour un sport. Dans l’incessante course aux performances qui régit actuellement notre société, certains même préparent dès leur plus jeune âge leurs enfants à entrer dans la compétition. Ce n’est certes pas une démarche solitaire, mais elle peut enfermer l’adolescent dans le seul objectif de la réussite, le rendre captif d’un projet parental qui n’est pas le sien, au détriment de son développement affectif et intellectuel. L’adolescence peut être un moment de révolte et de rupture dans cette marche programmée vers un destin conçu par d’autres. Ce n’est pas condamner la préparation de jeunes gens à un sport
de haut niveau que d’attirer l’attention de leurs parents sur les enjeux et les risques d’une démarche qui, aussi bien intentionnée soit-elle, peut être lourde de conséquences.

Il dort le jour. Que faire

Il dort le jour. Que faire ?

L’inversion du rythme biologique fait partie des plaisirs et des aspirations de l’adolescence. C’est un rêve que les vacances permettent de réaliser. C’est même devenu, dans certains pays, un phénomène de masse auquel il est bien difficile de résister : phénomène appelé «movida» en Espagne par exemple, où, toutes les fins de semaine, les adolescents passent la nuit à discuter et à boire dans les rues.
Bien des raisons favorisent cette prédilection des adolescents pour la nuit. La première, et non des moindres, est qu’elle s’oppose au rythme des adultes. Le jour est associé aux exigences de l’adaptation à la réalité, du travail et de l’école. C’est le monde de la clarté, de la raison, de l’obéissance auquel s’oppose point par point le monde de la nuit, celui de l’obscurité, du rêve, de l’imaginaire, des angoisses et des fantômes, mais aussi de l’amour. Puisque interdite – parce qu’il devrait dor-
mir comme un enfant sage -, l’adolescent a le sentiment que la nuit lui appartient et qu’il y échappe au regard des adultes.

En outre, beaucoup d’adolescents anxieux ont du mal à s’endormir. Ils ont peur de s’abandonner au sommeil, comme ils craignent, en s’abandonnant à une relation de trop grande proximité avec les adultes, de s’en trouver captifs. Le sommeil est assimilé à une perte de contrôle qui se concrétise par le surgissement de rêves qui, chez eux, tournent si facilement au cauchemar. Il est alors plus facile de dormir le jour, sous la protection lointaine des adultes vigilants, et de veiller
la nuit. Us prolongent ainsi ce que font les enfants inquiets qui ne peuvent s’endormir qu’avec une
lumière allumée. Parallèlement, inversant la situation qui veut que les parents veillent sur le sommeil de leurs enfants, ils ont l’impression de contrôler l’activité nocturne de leurs parents.

C’est avec le début de la puberté, et davantage chez les garçons que chez les filles, que naît ce besoin de changer le rythme du sommeil. L’adolescent éprouve à nouveau des difficultés à se coucher, comme dans sa petite enfance, et, parallèlement, des difficultés à se lever le matin. Lui qui, le dimanche matin, allait très tôt réveiller ses parents pour se glisser dans leur lit, se trouve péniblement réveillé vers 11 heures ou midi par une mère irritée de cette paresse nouvelle. Le contact qu’il fuit en évitant désormais une trop grande proximité corporelle avec ses parents, il le retrouve au fond de son lit, dans lequel il se blottit, ayant autant de mal à le quitter qu’il en a eu à le gagner.
Que faire? Faut-il laisser un adolescent se coucher quand il veut ? Quand et comment réagir à cette inversion du rythme sommeil/veille? Il est préférable de ne pas le laisser gérer seul une situation dont il ne mesure pas les enjeux. Son équilibre physique et psychique exige qu’il dorme suffisamment et qu’il se couche en conséquence. C’est à ses parents d’y veiller en tenant compte de son âge. Même
passés 18 ans, sauf exception, il est déconseillé de dormir moins de 8 heures, certaines personnes ayant même besoin de plus d’heures de sommeil. Quant à dormir le jour, il ne peut en être question, sauf éventuellement le dimanche et pendant les vacances, sans que ce qui est une possibilité laissée à l’adolescent ne devienne pour autant une habitude contraignante.
Car si cette pratique déborde sur Tannée scolaire, elle peut avoir un retentissement scolaire immédiat et marginaliser rapidement l’adolescent. En outre, elle est parfois le signe de difficultés psychologiques qui appellent une réponse rapide et spécifique.

Laisser se prolonger tant soit peu cette conduite, c’est handicaper l’adolescent dans sa scolarité, le couper de ses camarades, le laisser s’enfoncer dans la dépression. Certains parents sont parfois enclins à penser qu’il ne faut surtout pas le brusquer, qu’il a besoin de compréhension et qu’en s’opposant à lui, ils prendraient le risque de provoquer un conflit qui ne ferait que renforcer la solitude de l’enfant. « Quand il ira mieux », pensent-ils, « il se reprendra de lui-même. »
C’est toujours un mauvais calcul. Les adultes doivent être conscients que choisir le repli et la fuite va laisser l’adolescent encore plus démuni et angoissé. Ce n’est plus un choix mais une contrainte qui s’impose à lui. Alors même que des aides appropriées, comme la consultation d’un spécialiste, existent. Plus on laissera la situation s’installer, plus elle s’aggravera. Toute situation qui se clôt sur elle-même se dégrade et conduit à un processus d’autodestruction. Le fait que ses parents réagissent immédiatement est toujours rassurant pour l’adolescent, parce qu’il lui
prouve à la fois la confiance qu’ils ont dans son aptitude à sortir de cette situation et leur capacité à faire face, même au prix d’un conflit avec lui. Toute autre attitude sera perçue comme un abandon et une soumission qui ne peuvent que renforcer les angoisses de l’adolescent.