Il fume du cannabis. Quels sont les risques pour sa santé

Il fume du cannabis. Quels sont les risques pour sa santé?

C’est l’une des grandes inquiétudes des parents d’aujourd’hui. Plus d’un adolescent sur deux aura, à un moment donné de son adolescence, fumé du cannabis.

Et mieux vaut qu’il le fasse le plus tard possible, à l’instar de son premier « flirt » avec la cigarette. Toutefois, fumer occasionnellement du cannabis n’est pas un drame et il ne faut pas le transformer en tragédie. Certes, le cannabis a des effets euphorisants proches de ceux de l’alcool, mais s’il diminue, comme ce dernier, les capacités de concentration et les réflexes, il ne provoque pas comme lui des réactions impulsives et agressives. En réalité, tout dépend de la quantité de cannabis qui a été consommée et de la fréquence de cette consommation. Enfin, il faut savoir que le dosage en produit actif peut varier de 1 à 10 selon les variétés et les mélanges opérés.Le danger est bien sûr que la consommation de l’adolescent devienne régulière et augmente. Aux effets
euphorisants du cannabis s’ajoutent alors une coupure progressive avec la réalité, des difficultés de concentration et d’apprentissage et une perte de motivation. L’adolescent s’éloigne de ses centres d’intérêt habituels, se désocialise et manifeste une indifférence inquiétante qu’il justifie de façon plus ou moins cohérente. Chez les adolescents vulnérables, des troubles psychiques peuvent de surcroît apparaître : retrait affectif et relationnel, confusion de la pensée, perplexité et, parfois, idées délirantes. Une évolution vers une psychose est également possible et ne doit pas être négligée. Par ailleurs, il faut savoir que la sensibilité au cannabis varie notablement d’un individu à l’autre, et cela pour des raisons biologiques mais aussi contextuelles (vulnérabilité de la personnalité, contexte psychologique, familial, événementiel ou environnemental défavorable). La vulnérabilité de l’adolescent facilitera sa dépendance au produit et pourra faire d’une prise occa-
sionnelle une expérience initiatrice révélatrice d’un autre mode de vie possible. Le contexte relationnel et amical a un impact important, notamment les phénomènes d’entraînement. Mieux vaut donc prévenir que guérir. Et la meilleure prévention reste la confiance que place l’adolescent dans son entourage et la qualité du sentiment de sécurité affective qui l’entoure. Ils doivent, en effet, lui permettre de gérer les risques inhérents à toute ouverture au monde. Réciproquement, les adultes doivent avoir confiance dans les capacités de l’adolescent à faire face, mais cette confiance n’exclut pas la vigilance ; ils ne doivent pas non plus hésiter à informer l’adolescent des risques qu’il encourt, voire à intervenir s’ils jugent que l’adolescent part à la dérive. Ce n’est que dans un climat de confiance que les adolescents se montreront réceptifs au discours parental sur les risques liés au fait de fumer du cannabis. Quand un adolescent commence à en consommer, mieux vaut en parler et tenter de limiter la consommation de ce produit illicite, tant en ce qui concerne sa fréquence que les lieux où l’adolescent fume et l’argent dépensé. Quand le fait de fumer du cannabis a les conséquences négatives déjà évoquées et place l’adolescent dans une situation d’échec dans un
domaine ou un autre, et notamment dans le domaine scolaire, il ne faut pas hésiter à solliciter une aide extérieure et à faire intervenir des tiers pour poser des limites et tenter de trouver une solution.

Il n’est pas utile pour autant de traquer sur l’adolescent les signes physiques (pupilles dilatées, odeurs, yeux rouges, etc.) qui témoigneraient d’une réelle consommation de cannabis. Il est préférable d’essayer de maintenir un contact de qualité en favorisant les échanges et en étant très attentif à toute dégradation de ses capacités. Il serait vain de chercher à obtenir un sevrage total
et immédiat. Mieux vaut aider l’adolescent à restaurer un mode de vie où il retrouvera des repères et une efficience normale. Il ne faut pas laisser s’installer une consommation régulière et importante qui serait cause d’une dégradation de sa qualité de présence aux autres et de ses aptitudes. Cette dégradation est suffisamment préoccupante pour justifier que les parents exigent de l’adolescent qu’il cesse sa consommation et réorganise son mode de vie avant que l’aggravation de la situation
ne le rende imperméable à leurs réactions et à leurs demandes.

Elle fabule. Est-ce grave

Elle fabule. Est-ce grave?

La fabulation, que la psychologie appelle « mythomanie », s’apparente au mensonge dans sa forme la plus organisée, c’est-à-dire lorsque celui-ci est devenu un mode de fonctionnement stable de la personnalité. Elle représente cependant un degré supplémentaire : il n’y a plus seulement mensonge mais invention de situations fictives. Ce besoin non plus seulement de dérober une partie de son existence au regard parental mais d’inventer témoigne d’un désarroi certain et du peu de valeur que l’adolescente accorde à la réalité de ce qu’elle vit, sent et pense, puisqu’il lui faut sans cesse s’en présenter une version améliorée, voire totalement modifiée, à elle-même.
La fabulation a pour fonction de valoriser l’adolescente à ses propres yeux mais également et surtout aux yeux des autres. Elle peut aussi bien prendre la forme d’un enjolivement de la réalité que d’un enlaidissement.
Il est en effet fréquent qu’une adolescente cherche, par sa mythomanie, à susciter la pitié ; elle inventera alors abandons, maladies mortelles et autres violences subies.

L’histoire familiale est souvent le matériau privilégié de la mythomanie. C’est l’une des variantes, majorée et envahissante, de ce que l’on a appelé le « roman familial» décrit par Freud : l’enfant s’invente une famille imaginaire, généralement d’un niveau social élevé, qui l’aurait abandonné à ses parents actuels, qui ne sont donc pas ses vrais parents.

Il existe tous les intermédiaires entre les rêveries auxquelles l’adolescente ne croit pas vraiment mais qu’elle aime cultiver plus ou moins secrètement et les formes plus envahissantes et donc plus inquiétantes de fabulation. Mais, même dans le cas de ces formes extrêmes, la croyance qui leur est accordée se révèle très variable. Ce n’est pas un délire, l’adolescente sait que ce n’est pas «vraiment vrai», mais elle a besoin de se raconter ces histoires et souvent plus encore de constater qu’elle peut les faire croire à d’autres, c’est-à-dire, en somme, qu’elles sont crédibles. C’est en lui permettant de développer sa confiance en elle que l’on atténuera son besoin de recourir à ces
fabulations qui sont, dans la plupart des cas, une compensation de la crainte qu’elle ressent de ne pas avoir assez d’intérêt. Une thérapie familiale, notamment avec les frères et sœurs par rapport auxquels elle se sent souvent lésée et se vit comme inférieure, peut être un bon moyen de faire évoluer la situation.

Elle a fumé sa première cigarette. Va-t-elle devenir « accro »

Elle a fumé sa première cigarette. Va-t-elle devenir « accro » ?

Elle a fumé sa première cigarette? Quoi de plus banal! Et cependant, c’est un geste qui peut être
lourd de conséquences, d’autant qu’il est le fait d’adolescents de plus en plus jeunes, et de plus en plus des filles. Mais, là encore, il ne faut pas dramatiser… Néanmoins, il faut savoir que plus on commence à fumer tôt, plus les risques de complications somatiques graves – tels que le cancer du poumon – sont importants. Par ailleurs, l’indicateur le plus significatif des risques de toxicomanie et de dépendance reste le fait de commencer à fumer avant l’âge de 12 ans, et ce surtout si la consommation est importante. Toutefois, en ce qui concerne le risque de toxicomanie, il est difficile de savoir s’il est véritablement favorisé par le fait de fumer ou si le fait de fumer est le signal d’une vulnérabilité psychologique, voire biologique, aux conduites de toxicomanie. Malgré tout, il ne sert à rien de chercher à mener une prévention forcenée. Car il n’est pas heureux que les parents donnent aux enfants le sentiment qu’ils cherchent à contrôler à tout prix leurs comportements, ni qu’ils veulent et peuvent maîtriser leur avenir. Il n’est pas souhaitable non plus que les enfants grandissent entourés d’une anxiété parentale permanente. La meilleure prévention réside dans la création d’un climat de confiance réciproque qui témoigne que les parents estiment que l’adolescent possède les ressources personnelles suffisantes pour gérer au mieux les risques inhérents à la vie. Mais confiance ne veut pas dire insouciance et liberté totale. Elle suppose d’avoir posé au préalable des limites et des interdits qui aient été expliqués à l’enfant et surtout qui soient évolutifs :
l’adolescent doit pouvoir prendre lui-même le relais de la vigilance parentale. Des réajustements et des retours en arrière sont possibles ; il est recommandé de les envisager sans drame, comme un coup de main temporaire donné par les parents à une difficulté et un débordement passagers de l’adolescent. Il n’est alors pas rare que l’adolescent diminue rapidement sa consommation de
cigarettes, voire la cesse totalement. L’adolescent y renoncera comme à tous les comportements provocateurs du début de l’adolescence, qui s’atténuent dès qu’il se sent plus sûr de lui et parvient à s’approprier un territoire et un espace qui lui soient propres.

Swimming - sport

Le sport lui prend tout son temps. Que faire?

Il n’est pas rare qu’un adolescent consacre la plus grande partie de son temps à une activité, par
exemple, le sport. Cette activité monopolise toute sa disponibilité, son intérêt et la majeure partie de son énergie. Comme tout excès, cela traduit pour partie un doute, des inquiétudes, voire des difficultés plus ou moins sérieuses dans les autres domaines négligés. Comme si l’adolescent, peu sûr de lui, trouvait ainsi un moyen de se rassurer sur sa valeur, un moyen de maîtriser une partie de sa vie alors qu’il peut craindre par ailleurs de perdre pied, de se sentir débordé par des ambitions qu’il ne peut réaliser.
Ce surinvestissement dans le sport, ou dans d’autres activités, offre l’avantage de permettre à l’adolescent de se valoriser dans une activité concrète, ancrée dans la réalité, qui peut faciliter les échanges avec les jeunes de son âge. Toutefois, il peut également présenter l’inconvénient, étant excessif, d’enfermer l’adolescent plus qu’il ne l’ouvre aux autres et de lui interdire d’autres
intérêts scolaires et sociaux. On sait, par exemple, que l’anorexie mentale peut se manifester, au début et pendant toute la durée de la maladie, par un besoin frénétique d’activité (marche ou jogging, notamment) qui progressivement tourne à vide, l’adolescent ayant pour seul but de se dépenser sans limites au détriment de tout échange ou de tout partage avec les autres.

C’est aux parents de poser les limites que l’adolescent ne peut trouver lui-même afin d’éviter que le sport ne devienne pour lui une sorte de drogue. Comme toute passion se déclenchant à l’adolescence,
celle-ci gagne à être inscrite dès le début dans une démarche qui ne soit pas solitaire, mais au contraire la plus socialisée possible. Il sera d’autant plus facile pour les parents d’y veiller qu’ils le feront tôt, parce que l’adolescent est alors plus sensible à leurs conseils et, surtout, parce qu’il ne sera pas encore enfermé dans sa solitude. Il n’est pas rare, cependant, que ce soient les parents qui favorisent l’engouement frénétique pour un sport. Dans l’incessante course aux performances qui régit actuellement notre société, certains même préparent dès leur plus jeune âge leurs enfants à entrer dans la compétition. Ce n’est certes pas une démarche solitaire, mais elle peut enfermer l’adolescent dans le seul objectif de la réussite, le rendre captif d’un projet parental qui n’est pas le sien, au détriment de son développement affectif et intellectuel. L’adolescence peut être un moment de révolte et de rupture dans cette marche programmée vers un destin conçu par d’autres. Ce n’est pas condamner la préparation de jeunes gens à un sport
de haut niveau que d’attirer l’attention de leurs parents sur les enjeux et les risques d’une démarche qui, aussi bien intentionnée soit-elle, peut être lourde de conséquences.

Il parle en « verlan ». Que faire

Il parle en « verlan ». Que faire?

Le «verlan» est un parfait exemple du «paradoxe adolescent» : l’adolescent cherche à créer un lan-
gage qui lui soit spécifique mais qui n’est que l’envers du langage adulte, et donc une façon de se positionner par rapport à eux. En pratiquant ce langage, il échappe à leur compréhension, mais pas à leurs regards étonnés ou désapprobateurs. Si l’adolescent tient à s’exprimer en « verlan », mieux vaut considérer cela comme un jeu. Mais tout jeu a ses limites. Il est préférable de le faire savoir très vite à l’adolescent. Cela dit, la limite peut varier sensiblement d’une famille à l’autre. Recherche d’originalité et de différence, la pratique du verlan ne doit pas marginaliser l’adolescent, empêcher toute communication avec le monde des adultes, et en particulier avec le monde des parents.

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux?

Le fait de s’enfermer dans un comportement est toujours dangereux, quel que soit l’âge. Il en est ainsi
des jeux de rôle, d’autant qu’ils correspondent à des tentations par lesquelles l’enfant a été fortement attiré : celle, en particulier, d’imaginer des histoires qui mettent en scène ses désirs cachés, vécus comme interdits. L’imaginaire est, pour l’être humain, une soupape qui lui permet de décharger ses émotions, mais aussi de se donner à lui-même une représentation de ses désirs, qui sans cela pourraient devenir écrasants et dangereux. C’est une manière de se familiariser avec eux, de les
apprivoiser et de les intégrer à notre vie. Toutefois, au lieu d’être un outil d’adaptation, le jeu peut se clore sur lui-même et devenir un autre monde sans liens avec la réalité quotidienne. Plus celle-ci sera insatisfaisante, génératrice de déception et d’angoisse, plus la tentation sera grande de se réfugier dans cet autre monde, celui d’un imaginaire qui ne connaît pas de limites. Il pourra alors être d’autant plus difficile d’y résister pour l’adolescent qu’il sera entraîné dans son repli par des adultes, dont il croit qu’ils le guident, et/ou par des camarades, doubles rassurants de lui-
même. C’est le propre de toute dérive de type sectaire. Certes, les jeux de rôle ne relèvent pas pleinement de cette dernière, mais ils s’en approchent. Leur phraséologie pompeuse, leurs références au passé, le fait qu’ils aient été construits et ordonnés par les adultes qui les ont créés facilitent cette dérive. Enfin, c’est une activité d’initiés et une activité de groupe qui engendre de puissants effets d’entraînement.

Certains adolescents qui s’y sont laissé entraîner ont vu leur comportement évoluer vers un état psychotique, voire même parfois suicidaire. Cette évolution reste cependant l’exception et le fait déjeunes souffrant déjà de difficultés d’ordre psychopathologique. Toutefois, s’adonner à un jeu de rôle a pu contribuer à aggraver ces difficultés, et surtout à donner l’occasion à ces adolescents d’éluder les soins qui leur auraient été nécessaires. Tandis que d’autres adolescents, sans atteindre ces extrêmes, se sont laissé capter, piéger, et ont progressivement perdu tout intérêt pour la vie ordinaire, qu’elle soit familiale, scolaire ou amicale. Un tel comportement doit inquiéter les parents suffisamment tôt, c’est-à-dire avant que l’adolescent ne se soit trop éloigné de ses proches et autres relations habituelles. Mais ils ne doivent pas nécessairement réagir par la brutalité. Au
contraire, ils doivent réintroduire le jeu de rôle dans les échanges quotidiens pour en parler, mieux le connaître peut-être, ne pas l’isoler des autres intérêts possibles de l’adolescent comme s’il s’agissait d’un monde à part, ineffable, que seuls les initiés peuvent comprendre.

Les grossièretés font partie de son vocabulaire. Faut-il sévir

Les grossièretés font partie de son vocabulaire. Faut-il sévir?

Moyen classique d’affirmer son émancipation et de marquer sa différence et son territoire, les gros
mots se sont tellement banalises dès la petite enfance, du moins dans les cours de récréation, qu’ils ont perdu leur pouvoir de choquer. II n’apparaît donc pas souhaitable de leur redonner de l’importance. Cependant, il peut être bénéfique que les adultes donnent l’exemple et affirment, sans s’énerver, que l’usage des gros mots n’est pas indispensable pour manifester son indépendance d’esprit ou son pouvoir et qu’il relève d’un manque de respect de soi et des autres. Beaucoup pressentent que la dérive actuelle de l’expression verbale chez les jeunes n’est ni un facteur d’épa-
nouissement ni un facteur de plus grande liberté d’expression. Elle conduit plutôt à une surenchère verbale, souvent pauvre et répétitive, qui amènent ces jeunes à l’abandonner pour se mesurer dans la violence physique. Les règles de politesse étaient une médiation qui obligeait les personnes à se contenir et à respecter les limites et la personne d’autrui. L’absence de limites dans l’expression verbale laisse chacun à la merci des attaques de l’autre, la meilleure façon de se prémunir de ces attaques paraissant être d’attaquer plus vite et plus fort. On assiste ainsi, dans les cours de récréation, à de tristes scènes d’échanges de grossièretés chez les enfants de 3 à 10 ans. S’ils ne savent pas ce que signifient les mots qu’ils prononcent ou qu’ils entendent, ils savent qu’ils sont
destinés à blesser et à humilier ceux auxquels ils sont les plus attachés, leurs parents. Ne pas réagir, c’est favoriser une éducation par le mépris de l’autre qui affectera particulièrement les plus vulnérables, c’est-à-dire les enfants n’ayant pas une famille suffisamment structurée pour leur
permettre de relativiser ces propos et de s’en dégager. Certains vont aborder l’adolescence dans l’idée qu’il faut mépriser l’autre pour ne pas être soi-même méprisé. Cette culture du mépris conduit à le focaliser sur les différences, et notamment sur une des différences essentielles : la différence des sexes. Car c’est la plus facile à saisir. Elle présente l’avantage de s’appuyer sur une différence physique, aisément identifiable, très marquée culturellement par des stéréotypes qui per-
mettent de séparer le fort et l’actif, associés au masculin, du faible, du passif, de l’émotif, associés au féminin. Ce sont donc surtout les garçons qui méprisent et injurient les filles, mais aussi tous ceux qui présentent des différences visibles : les garçons qui semblent efféminés, ceux d’une autre race, voire les handicapés. Mais pas n’importe quels garçons. Ceux justement qui se sentent si peu confiants et sûrs d’eux-mêmes qu’il leur faut sans cesse s’assurer qu’ils ont en face d’eux quelqu’un qu’ils jugent inférieur par peur de l’être eux-mêmes. Or ces garçons vulnérables, très marqués par l’insécurité dont ils sont victimes, par leur incapacité d’attendre et de se contrôler, par la dépendance et les carences affectives qu’ils ont subies dans leur enfance, vivent dans la crainte de montrer leurs faiblesses et de laisser parler l’enfant blessé qu’ils ont été et sont encore. C’est tout cet infantile (c’est-à-dire ce qui provient de l’enfance), ressenti par eux comme enfantin et donc incompatible avec l’image qu’ils veulent se donner d’eux-mêmes, qu’ils vont projeter sur l’autre.
En le projetant sur le féminin, ils s’en garantissent à bon compte, puisque eux-mêmes sont des hommes. D’autre part, cette projection les rassure, leur permettant d’établir une relation, éventuellement sexuelle, avec une jeune fille qu’ils puissent garder sous contrôle. La véritable différence homme-femme s’est effacée au profit d’une pseudo-différence où les garçons s’effor-
cent d’échapper au même, c’est-à-dire au féminin en eux, en opposant ce qui serait le supérieur, le masculin, à la féminité jugée inférieure.

Watching TV

Elle regarde la télé. Est-ce la meilleure des distractions à l’adolescence?

Il devient vraiment difficile pour un adolescent de ne pas passer son temps devant la télévision, en particulier lorsque ses parents sont absents. C’est en effet une façon de se raccrocher à une présence adulte, avec l’avantage de pouvoir la taire apparaître, disparaître et changer à sa guise. En somme, une présence potentiellement toujours accessible, à disposition, et sur laquelle l’adoles-
cent a tout pouvoir : le rêve ! Mais le rêve, aussi utile soit-il, a besoin de s’allier à
la réalité. Car si l’on reste dans le rêve, il n’y a pas d’apprentissage. Et sans apprentissage, il n’y a pas d’acquisitions et, par conséquent, pas d’autonomie possible. L’adolescent ne pourra alors que se sentir dénué de valeur et de toute confiance en soi, mais pas nécessairement vide de tout. Car cette absence d’acquis exacerbe l’envie de se remplir ; or il est possible de se gaver d’images comme on se gave d’autres substituts tels que la nourriture, les cigarettes ou autres drogues. Pourtant, la télévision est un incomparable moyen d’apprentissage et d’ouverture sur le monde. Comme les livres, mais différemment, parce qu’elle sollicite davantage une certaine forme de passivité : la seule suc-
cession des images fascine et nourrit celui ou celle qui regarde. Il convient donc d’en faire un usage tempéré. Pour cela, l’adolescent ne saurait se passer de limites et de repères ; il conviendra de lui apprendre à sélectionner ce qu’il regarde, à limiter le temps qu’il passe devant la télévision, à confronter ce qu’il y voit à d’autres sources d’information. Se laisser captiver par la télévision est une fuite, voire une évasion, qui risque d’éloigner l’adolescent des véritables enjeux de son âge et le rendre ainsi plus vulnérable à la dépression. Il revient donc aux parents d’en
apprendre le bon usage à leurs enfants – et ce dès leur plus jeune âge – afin qu’une fois adolescents, ils n’en soient pas l’esclave. Pour ce faire, le petit écran ne doit pas être destiné à un usage privé, une pratique solitaire, mais doit être un moyen d’échange avec les adultes.

Elle veut se faire tatouer ; il veut un piercing. Faut-il accepter

Elle veut se faire tatouer ; il veut un piercing. Faut-il accepter?

Tatouages et piercings ne sont que Tune des nombreuses modalités dont dispose l’adolescent pour
apposer sa propre trace sur son corps, manifester sa différence et se démarquer des adultes. Pour mieux en comprendre le sens, il faut dire quelques mots de la place du corps à l’adolescence. Nous avons vu que ce sont les changements corporels de la puberté qui marquent l’entrée dans l’adolescence. Ces transformations ne sont ni plus décidées, ni plus choisies par l’adolescent qu’il ne choisit son sexe ou son apparence physique. Face à cette métamorphose physique, l’adolescent a l’impression que son corps le trahit au lieu de le protéger et qu’il révèle des émotions qu’il aurait préféré tenir cachées, quand il rougit malgré lui, par exemple. Chez les plus vulnérables d’entre eux, le corps est vécu comme un corps étranger qu’il va falloir se réapproprier.
Si l’on ne choisit pas son corps, on peut par contre choisir la façon dont on Thabille et dont on le présente. Les modes vestimentaires, la tenue, la coiffure et les marques corporelles vont devenir pour l’adolescent les moyens privilégiés d’y imprimer sa marque personnelle. Dans ce rapport au corps, on retrouve les règles qui régissent le comportement adolescent dans son entier : plus l’adolescent est insatisfait de lui-même en général et de son corps en particulier, plus le besoin d’être vu et remarqué sera fort, plus le moyen choisi passe par une violence exercée à l’égard du corps. Les manifestations les plus extrêmes de cette transformation volontaire semblent en effet ne pas rechercher l’embellissement, être plus du côté du rejet du corps que de la tendresse et substituer la provocation à la recherche du regard admiratif des autres.

Sans être les plus violentes de ces manifestations, tatouages et piercings représentent une véritable inscription dans le corps, telle qu’en intégraient beaucoup de rites initiatiques. On y retrouve le besoin de marquer son territoire, d’affirmer son autonomie, affirmation qui ne peut se faire qu’au prix d’une certaine douleur (même toute relative) qui prouvera la capacité du sujet à supporter souffrances et difficultés. L’adolescent a également besoin, par ce « marquage », de s’assurer de ses limites et de conjurer les attentes qu’il a envers les autres (être vu, regardé, touché, pris dans les bras, etc.). Ce contact, trop désiré pour être acceptable, il va se le procurer à lui-même au travers des figures du tatouage et plus encore par le piercing, qui lui rappelle en permanence qu’il dispose d’un contact possible et entièrement contrôlable avec son propre corps. Cela est évidemment plus flagrant en ce qui concerne certaines formes de piercings comme ceux qui se situent sur le bout de la langue.
Quant aux anneaux, ils peuvent évoquer un désir d’être accroché, tenu, voire même attaché. Mais à qui ? Faute de réponse, l’adolescent met en scène ce désir, mais pour lui seul, dans l’évitement d’une possible rencontre avec autrui, ou encore en miroir de quelqu’un portant comme lui des signes identiques de reconnaissance. Dans le même temps, il affirme sa différence avec le monde parental, celui des adultes établis. Besoin et fuite d’un contact trop attendu, et attendu de façon trop ambivalente pour être tolérable, piercings et tatouages sont le signe que l’adolescent demande à
trouver un lien qui soit pour lui plus acceptable avec ceux dont il est le plus proche. Il faut donc y répondre. Ne pas y prêter attention, ou trop les banaliser, c’est ignorer le besoin sous-jacent qui a motivé le geste de l’adolescent et encourager une possible escalade. Cette réponse peut s’inspirer des règles communément appliquées aux réactions qu’induisent ce type d’attitudes adolescentes : se laisser interpeller ; essayer de déplacer le besoin de l’adolescent de s’exprimer en actes par le corps sur un échange verbal plus général portant sur lui, sur l’image qu’il a de lui-même et qu’il pense que les autres ont de lui ; mais aussi poser des limites, voire des exigences qui tiennent compte du style de la famille, de l’âge de l’adolescent et de la nature de ce qu’il demande ; enfin,
comprendre également que cela peut relever simplement d’un effet de mode qui en édulcore la signification.

Pour la très grande majorité des adolescents, tatouages et piercings ne sont qu’un moyen temporaire d’affirmer leur différence et une étape passagère dans leur évolution. A ce titre, ils les aident d’une certaine façon à se trouver eux-mêmes. Ce sera d’autant plus le cas que cela ne représentera pas une provocation trop importante par rapport aux normes de leur milieu, que les formes de tatouages ou de piercings qu’ils auront adoptées resteront modérées et que ces gestes s’inscriront
dans un phénomène de mode et de groupe.
Il n’y a donc pas, la plupart du temps, de quoi dramatiser quand il ou elle réclame un piercing ou un
tatouage ; mais il n’y a pas non plus de raison pour une famille qui n’est pas coutumière de ce type d’expressions de faire semblant de ne pas voir ce qui est fait pour être vu et pour étonner sinon choquer.

Il surfe sur le Net

Il surfe sur le Net.

Internet représente pour le moment le sommet des moyens de communication modernes. Comme le téléphone, les jeux vidéo, la télévision ou les jeux de rôle, il peut tout à la fois faciliter la communication
– ce qui est théoriquement son rôle — ou être un moyen pour l’adolescent de s’enfermer dans un monde virtuel. Car c’est une forme de communication sur laquelle l’adolescent peut exercer un contrôle total. Il y dispose à la fois de potentialités quasiment infinies et du choix d’y mettre fin à tout moment, sans avoir à en référer à quiconque. Il n’a pas davantage à se préoccuper des effets de son discours ou du contenu de sa communication sur les autres. Il est seul maître à bord, sans aucun adulte qui puisse s’interposer.

C’est évidemment cette toute-puissance potentielle qui constitue le facteur de risque essentiel. Il faut donc éviter que l’adolescent n’en arrive à s’enfermer dans cette activité et qu’elle ne se transforme en une pseudocommunication. Donc, pour que le Net puisse garder son extraordinaire pouvoir d’ouverture sur le monde sans nuire à l’adolescent, il est préférable qu’il demeure un moyen d’échange et de communication avec son entourage. Plutôt que d’interdire ou de critiquer son usage, il vaut mieux que les adultes en fassent l’objet d’un intérêt partagé, au minimum en s’intéressant à ce qu’en dit l’adolescent et au plaisir qu’il y trouve, ou, mieux, en demandant à l’adolescent de les initier à cette nouvelle technologie s’ils ne sont pas eux-mêmes très au fait de la façon dont le Net fonctionne.
Ce qui ne doit pas empêcher les parents de veiller à ce que l’usage de cet outil soit régulé en le restreignant en fonction de l’âge et de la maturité de l’adolescent. Il existe maintenant des moyens, certes toujours relatifs mais tout de même efficaces, d’interdire l’accès à certains sites, et les parents ont tout intérêt à s’en informer. Il est intéressant de voir combien le Net peut permettre à certains enfants qui ont de grandes difficultés à communiquer de trouver un nouveau moyen de communication tolérable par eux, parce que justement maîtrisable, sans liens émotionnels et physiques avec l’interlocuteur. Ce peut être un progrès pour eux. Pour ce type d’adolescents, il faut en accepter l’usage, même excessif, en espérant qu’ils puissent y devenir performants, ce qui deviendra peut-être, dans un deuxième temps, un atout qui leur permettra de mieux s’insérer dans la vie adulte.
Ce qui pourrait ne pas paraître souhaitable pour un adolescent qui a les moyens d’établir avec les autres une communication dite normale peut devenir une chance pour ceux qui souffrent sur ce plan d’un handicap. Cela n’exclut pas bien entendu, même dans ce dernier cas, que les adultes doivent faire effort pour s’immiscer progressivement dans un lien trop exclusif avec la machine.