Elle a fumé sa première cigarette. Va-t-elle devenir « accro »

Elle a fumé sa première cigarette. Va-t-elle devenir « accro » ?

Elle a fumé sa première cigarette? Quoi de plus banal! Et cependant, c’est un geste qui peut être
lourd de conséquences, d’autant qu’il est le fait d’adolescents de plus en plus jeunes, et de plus en plus des filles. Mais, là encore, il ne faut pas dramatiser… Néanmoins, il faut savoir que plus on commence à fumer tôt, plus les risques de complications somatiques graves – tels que le cancer du poumon – sont importants. Par ailleurs, l’indicateur le plus significatif des risques de toxicomanie et de dépendance reste le fait de commencer à fumer avant l’âge de 12 ans, et ce surtout si la consommation est importante. Toutefois, en ce qui concerne le risque de toxicomanie, il est difficile de savoir s’il est véritablement favorisé par le fait de fumer ou si le fait de fumer est le signal d’une vulnérabilité psychologique, voire biologique, aux conduites de toxicomanie. Malgré tout, il ne sert à rien de chercher à mener une prévention forcenée. Car il n’est pas heureux que les parents donnent aux enfants le sentiment qu’ils cherchent à contrôler à tout prix leurs comportements, ni qu’ils veulent et peuvent maîtriser leur avenir. Il n’est pas souhaitable non plus que les enfants grandissent entourés d’une anxiété parentale permanente. La meilleure prévention réside dans la création d’un climat de confiance réciproque qui témoigne que les parents estiment que l’adolescent possède les ressources personnelles suffisantes pour gérer au mieux les risques inhérents à la vie. Mais confiance ne veut pas dire insouciance et liberté totale. Elle suppose d’avoir posé au préalable des limites et des interdits qui aient été expliqués à l’enfant et surtout qui soient évolutifs :
l’adolescent doit pouvoir prendre lui-même le relais de la vigilance parentale. Des réajustements et des retours en arrière sont possibles ; il est recommandé de les envisager sans drame, comme un coup de main temporaire donné par les parents à une difficulté et un débordement passagers de l’adolescent. Il n’est alors pas rare que l’adolescent diminue rapidement sa consommation de
cigarettes, voire la cesse totalement. L’adolescent y renoncera comme à tous les comportements provocateurs du début de l’adolescence, qui s’atténuent dès qu’il se sent plus sûr de lui et parvient à s’approprier un territoire et un espace qui lui soient propres.

On se moque de lui au lycée. Que faire

On se moque de lui au lycée. Que faire?

C’est une plainte de plus en plus fréquemment exprimée que le fait d’être victime de moqueries,
peut-être parce que les enfants sont plus sensibles, les parents plus réactifs, mais aussi parce que les jeunes sont plus cruels les uns avec les autres ou du moins expriment leur cruauté plus facilement et plus directement qu’autrefois. Beaucoup d’enfants et d’adolescents, sinon tous, sont
un jour ou l’autre l’objet de moqueries. Mais certains y sont plus sensibles, et cette sensibilité peut malheureusement les conduire à réagir d’une façon qui excite les moqueries de leurs camarades. Il se crée dès lors un cercle vicieux qui se renforce lui-même. Pourquoi un adolescent est-il susceptible de réagir de cette façon? Parce que ces moqueries viennent le confirmer dans sa tendance à se dévaloriser lui-même et/ou le sentiment que le monde extérieur (les autres) est hostile et que l’on ne peut lui faire confiance. Ce sentiment est habituellement conforté, et parfois même causé, par un certain type de climat familial ou d’attitudes parentales qui ne font que renforcer la conviction de l’adolescent.

La solution est rarement de changer l’adolescent d’établissement, sauf cas particulier, car les moqueries se reproduiront ailleurs. La trouver nécessite souvent d’avoir recours à une consultation spécialisée, car cette situation peut être le symptôme d’un certain nombre de difficultés psychopathologiques, allant du trouble de la personnalité de type sensitif, affectant les adolescents
en quête d’une relation forte, quête susceptible de tourner à la persécution en cas de déception, à la schizophrénie débutante, en passant par des troubles dépressifs graves. La meilleure prévention vient des parents : ils doivent éviter de conforter l’enfant puis l’adolescent dans ce vécu en le dramatisant et en le cautionnant. Il est tout à fait possible à la fois d’être attentifs et même com-
préhensifs à son égard et de l’inviter à prendre du recul, en le rassurant sur ses capacités à trouver en lui les ressources nécessaires pour dépasser cette situation.

Il faut être conscient que la majorité de ces plaintes sont formulées par des adolescents en grande difficulté, très dépendants affectivement de leurs parents. Elles ont pour fonction essentielle de rassurer l’adolescent et ses parents sur le fait que ceux-ci demeurent les personnes les plus importantes de la vie de leur enfant ; car ni les camarades, ni les enseignants, appartenant à un monde jugé hostile par l’adolescent, ne seront en mesure de susciter un intérêt suffisant pour compromettre la relation qu’il entretient avec ses parents.

Il se met en colère pour un rien. Comment réagir

Il se met en colère pour un rien. Comment réagir?

Cela n’est pas nécessairement bien grave, et pourtant tout parent pressent vite que cette colère
incontrôlable est le signe d’une souffrance et d’un échec préoccupants. L’impossibilité de se contenir est révélatrice de deux choses : si l’on ne peut pas se maîtriser, c’est que l’on est à bout, et si l’on est en colère, c’est que l’on est malheureux. Deux bonnes raisons pour que les parents s’en
préoccupent et n’abandonnent pas leur enfant à sa solitude. Il n’est bon ni pour l’entourage ni pour l’intéressé de supporter cette situation sans mot dire, sous prétexte que l’adolescent est comme cela, ou que c’est passager, ou encore qu’il souffre déjà suffisamment lui-même sans que l’on vienne en rajouter. Aucune tyrannie n’est bénéfique, ni pour le tyran ni pour ses victimes. L’adolescent est lui-même victime de ce qu’il ne peut contrôler en lui. Il n’est pas acceptable qu’un adolescent soit toujours en colère : s’il ne peut se contrôler, il doit être aidé et accepter d’aller cher-
cher les réponses adaptées à ses difficultés. Derrière la colère se cachent toujours des conflits.
Mais des conflits qui, en général, ne peuvent être formulés clairement; des conflits qui se nourrissent des paradoxes exacerbés par cet âge et des contradictions perçues comme impossibles à résoudre par l’adolescent. C’est aux parents de poser les limites que l’adolescent ne peut trouver lui-même et de chercher avec lui et avec l’aide de tiers appropriés les solutions qui s’impo-
sent : explications familiales, psychothérapie individuelle et/ou familiale, antidépresseurs ou calmants, éloignement de la famille, etc.

Watching TV

Elle regarde la télé. Est-ce la meilleure des distractions à l’adolescence?

Il devient vraiment difficile pour un adolescent de ne pas passer son temps devant la télévision, en particulier lorsque ses parents sont absents. C’est en effet une façon de se raccrocher à une présence adulte, avec l’avantage de pouvoir la taire apparaître, disparaître et changer à sa guise. En somme, une présence potentiellement toujours accessible, à disposition, et sur laquelle l’adoles-
cent a tout pouvoir : le rêve ! Mais le rêve, aussi utile soit-il, a besoin de s’allier à
la réalité. Car si l’on reste dans le rêve, il n’y a pas d’apprentissage. Et sans apprentissage, il n’y a pas d’acquisitions et, par conséquent, pas d’autonomie possible. L’adolescent ne pourra alors que se sentir dénué de valeur et de toute confiance en soi, mais pas nécessairement vide de tout. Car cette absence d’acquis exacerbe l’envie de se remplir ; or il est possible de se gaver d’images comme on se gave d’autres substituts tels que la nourriture, les cigarettes ou autres drogues. Pourtant, la télévision est un incomparable moyen d’apprentissage et d’ouverture sur le monde. Comme les livres, mais différemment, parce qu’elle sollicite davantage une certaine forme de passivité : la seule suc-
cession des images fascine et nourrit celui ou celle qui regarde. Il convient donc d’en faire un usage tempéré. Pour cela, l’adolescent ne saurait se passer de limites et de repères ; il conviendra de lui apprendre à sélectionner ce qu’il regarde, à limiter le temps qu’il passe devant la télévision, à confronter ce qu’il y voit à d’autres sources d’information. Se laisser captiver par la télévision est une fuite, voire une évasion, qui risque d’éloigner l’adolescent des véritables enjeux de son âge et le rendre ainsi plus vulnérable à la dépression. Il revient donc aux parents d’en
apprendre le bon usage à leurs enfants – et ce dès leur plus jeune âge – afin qu’une fois adolescents, ils n’en soient pas l’esclave. Pour ce faire, le petit écran ne doit pas être destiné à un usage privé, une pratique solitaire, mais doit être un moyen d’échange avec les adultes.

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux?

Le fait de s’enfermer dans un comportement est toujours dangereux, quel que soit l’âge. Il en est ainsi
des jeux de rôle, d’autant qu’ils correspondent à des tentations par lesquelles l’enfant a été fortement attiré : celle, en particulier, d’imaginer des histoires qui mettent en scène ses désirs cachés, vécus comme interdits. L’imaginaire est, pour l’être humain, une soupape qui lui permet de décharger ses émotions, mais aussi de se donner à lui-même une représentation de ses désirs, qui sans cela pourraient devenir écrasants et dangereux. C’est une manière de se familiariser avec eux, de les
apprivoiser et de les intégrer à notre vie. Toutefois, au lieu d’être un outil d’adaptation, le jeu peut se clore sur lui-même et devenir un autre monde sans liens avec la réalité quotidienne. Plus celle-ci sera insatisfaisante, génératrice de déception et d’angoisse, plus la tentation sera grande de se réfugier dans cet autre monde, celui d’un imaginaire qui ne connaît pas de limites. Il pourra alors être d’autant plus difficile d’y résister pour l’adolescent qu’il sera entraîné dans son repli par des adultes, dont il croit qu’ils le guident, et/ou par des camarades, doubles rassurants de lui-
même. C’est le propre de toute dérive de type sectaire. Certes, les jeux de rôle ne relèvent pas pleinement de cette dernière, mais ils s’en approchent. Leur phraséologie pompeuse, leurs références au passé, le fait qu’ils aient été construits et ordonnés par les adultes qui les ont créés facilitent cette dérive. Enfin, c’est une activité d’initiés et une activité de groupe qui engendre de puissants effets d’entraînement.

Certains adolescents qui s’y sont laissé entraîner ont vu leur comportement évoluer vers un état psychotique, voire même parfois suicidaire. Cette évolution reste cependant l’exception et le fait déjeunes souffrant déjà de difficultés d’ordre psychopathologique. Toutefois, s’adonner à un jeu de rôle a pu contribuer à aggraver ces difficultés, et surtout à donner l’occasion à ces adolescents d’éluder les soins qui leur auraient été nécessaires. Tandis que d’autres adolescents, sans atteindre ces extrêmes, se sont laissé capter, piéger, et ont progressivement perdu tout intérêt pour la vie ordinaire, qu’elle soit familiale, scolaire ou amicale. Un tel comportement doit inquiéter les parents suffisamment tôt, c’est-à-dire avant que l’adolescent ne se soit trop éloigné de ses proches et autres relations habituelles. Mais ils ne doivent pas nécessairement réagir par la brutalité. Au
contraire, ils doivent réintroduire le jeu de rôle dans les échanges quotidiens pour en parler, mieux le connaître peut-être, ne pas l’isoler des autres intérêts possibles de l’adolescent comme s’il s’agissait d’un monde à part, ineffable, que seuls les initiés peuvent comprendre.

Il fume du cannabis. Quels sont les risques pour sa santé

Il fume du cannabis. Quels sont les risques pour sa santé?

C’est l’une des grandes inquiétudes des parents d’aujourd’hui. Plus d’un adolescent sur deux aura, à un moment donné de son adolescence, fumé du cannabis.

Et mieux vaut qu’il le fasse le plus tard possible, à l’instar de son premier « flirt » avec la cigarette. Toutefois, fumer occasionnellement du cannabis n’est pas un drame et il ne faut pas le transformer en tragédie. Certes, le cannabis a des effets euphorisants proches de ceux de l’alcool, mais s’il diminue, comme ce dernier, les capacités de concentration et les réflexes, il ne provoque pas comme lui des réactions impulsives et agressives. En réalité, tout dépend de la quantité de cannabis qui a été consommée et de la fréquence de cette consommation. Enfin, il faut savoir que le dosage en produit actif peut varier de 1 à 10 selon les variétés et les mélanges opérés.Le danger est bien sûr que la consommation de l’adolescent devienne régulière et augmente. Aux effets
euphorisants du cannabis s’ajoutent alors une coupure progressive avec la réalité, des difficultés de concentration et d’apprentissage et une perte de motivation. L’adolescent s’éloigne de ses centres d’intérêt habituels, se désocialise et manifeste une indifférence inquiétante qu’il justifie de façon plus ou moins cohérente. Chez les adolescents vulnérables, des troubles psychiques peuvent de surcroît apparaître : retrait affectif et relationnel, confusion de la pensée, perplexité et, parfois, idées délirantes. Une évolution vers une psychose est également possible et ne doit pas être négligée. Par ailleurs, il faut savoir que la sensibilité au cannabis varie notablement d’un individu à l’autre, et cela pour des raisons biologiques mais aussi contextuelles (vulnérabilité de la personnalité, contexte psychologique, familial, événementiel ou environnemental défavorable). La vulnérabilité de l’adolescent facilitera sa dépendance au produit et pourra faire d’une prise occa-
sionnelle une expérience initiatrice révélatrice d’un autre mode de vie possible. Le contexte relationnel et amical a un impact important, notamment les phénomènes d’entraînement. Mieux vaut donc prévenir que guérir. Et la meilleure prévention reste la confiance que place l’adolescent dans son entourage et la qualité du sentiment de sécurité affective qui l’entoure. Ils doivent, en effet, lui permettre de gérer les risques inhérents à toute ouverture au monde. Réciproquement, les adultes doivent avoir confiance dans les capacités de l’adolescent à faire face, mais cette confiance n’exclut pas la vigilance ; ils ne doivent pas non plus hésiter à informer l’adolescent des risques qu’il encourt, voire à intervenir s’ils jugent que l’adolescent part à la dérive. Ce n’est que dans un climat de confiance que les adolescents se montreront réceptifs au discours parental sur les risques liés au fait de fumer du cannabis. Quand un adolescent commence à en consommer, mieux vaut en parler et tenter de limiter la consommation de ce produit illicite, tant en ce qui concerne sa fréquence que les lieux où l’adolescent fume et l’argent dépensé. Quand le fait de fumer du cannabis a les conséquences négatives déjà évoquées et place l’adolescent dans une situation d’échec dans un
domaine ou un autre, et notamment dans le domaine scolaire, il ne faut pas hésiter à solliciter une aide extérieure et à faire intervenir des tiers pour poser des limites et tenter de trouver une solution.

Il n’est pas utile pour autant de traquer sur l’adolescent les signes physiques (pupilles dilatées, odeurs, yeux rouges, etc.) qui témoigneraient d’une réelle consommation de cannabis. Il est préférable d’essayer de maintenir un contact de qualité en favorisant les échanges et en étant très attentif à toute dégradation de ses capacités. Il serait vain de chercher à obtenir un sevrage total
et immédiat. Mieux vaut aider l’adolescent à restaurer un mode de vie où il retrouvera des repères et une efficience normale. Il ne faut pas laisser s’installer une consommation régulière et importante qui serait cause d’une dégradation de sa qualité de présence aux autres et de ses aptitudes. Cette dégradation est suffisamment préoccupante pour justifier que les parents exigent de l’adolescent qu’il cesse sa consommation et réorganise son mode de vie avant que l’aggravation de la situation
ne le rende imperméable à leurs réactions et à leurs demandes.

Ma fille est tout le temps fatiguée. Comment faire pour la motiver

Ma fille est tout le temps fatiguée. Comment faire pour la motiver?

Les adolescents se plaignent très fréquemment d’être fatigués. Comme toutes les plaintes relatives au
corps, celle-ci est plus le fait des filles que des garçons. Avec le début de la puberté, les maux corporels, qui concernaient environ 10% des filles et 10% des garçons, concernent désormais 40% des filles mais toujours seulement 10% des garçons. Les plaintes corporelles, â l’instar des caprices chez
l’enfant et des conduites d’opposition chez l’adolescent, sont l’une des modalités d’expression de l’insatisfaction comme mode de régulation de la distance relationnelle avec les personnes investies, en particulier les parents. Par la plainte, et plus particulièrement l’insatisfaction, l’enfant et l’adolescent expriment d’une part leurs attentes à l’égard des parents – et donc leur dépendance affective -, et d’autre part affirment leur pouvoir d’échapper à l’emprise des parents, puisque la plainte persiste.

Car le propre de ces plaintes est d’être, en général, répétitives et plus ou moins chroniques. C’est d’ailleurs souvent le cas de la fatigue, même si la perspective d’une épreuve, un examen par exemple, peut l’exacerber. Certes, la fatigue n’est pas toujours l’expression d’un malaise ou d’une tension intérieure de l’adolescent(e). Elle peut aussi être provoquée, ou du moins favorisée et entretenue, par une mauvaise hygiène de vie. L’insuffisance de sommeil en est fréquemment la cause, mais elle est elle-même souvent liée à des facteurs psychologiques, causes de stress et d’anxiété. C’est aussi le
cas d’une mauvaise répartition ou mauvaise qualité du sommeil (un coucher trop tardif, des réveils fréquents, des cauchemars à répétition). Des repas déséquilibrés, voire des régimes excessifs ou aberrants, des trajets fatigants et longs, la prise excessive de stimulants tels que le café peuvent également en être des facteurs favorisants. Bien sûr, la fatigue est parfois révélatrice d’une maladie. Mais son apparition est alors brutale, durable, associée à d’autres signes et nécessite au plus vite une consultation médicale. A titre d’exemple, les suites de maladies virales ainsi que certaines maladies endocriniennes s’accompagnent d’une fatigue qui peut s’étendre sur plusieurs mois, voire sur une année.
La fatigue habituelle à l’adolescence est à la fois plus discrète et plus spectaculaire, notamment dans la façon dont les adolescents s’en plaignent — la plupart du temps lors de situations particulières : examens, périodes préet postmenstruelles, etc. L’insatisfaction, les plaintes diverses et la morosité plus ou moins chronique qui l’accompagnent font partie de ce contexte suggestif d’une tension psychique et affective. Celle-ci est davantage le fait de désirs contradictoires de l’adolescente et des paradoxes propres à cet âge que d’une cause précise.

Selon les tempéraments, il n’est pas rare que cette fatigue évolue au cours de la journée. Ainsi, certaines personnalités, anxieuses, hésitantes, très scrupuleuses, ayant tendance à toujours tergiverser et perplexes dès qu’il s’agit de prendre une décision, sont volontiers victimes d’une fatigue matinale qui s’estompe dans la journée mais aussi, paradoxalement, de difficultés à aller se
coucher. Certaines manifestations psychosomatiques comme la spasmophilie peuvent être associées à ce type de comportement…
Comment répondre à cette fatigue ? Sûrement pas en refusant de la prendre en considération. Et encore
moins en la dramatisant. Le meilleur remède consiste à aider discrètement l’adolescent(e) à modifier certaines de ses habitudes de vie, à accorder une attention accrue à ses centres d’intérêt, ses peines ou ses difficultés. Cela n’exclut pas, si les plaintes perdurent, de recourir à un avis médical, voire à l’appoint de quelques médicaments légers. Toutefois, une fois éliminées les affections, notamment corporelles, il serait néfaste de chercher à médicaliser à tout prix ce type de comportements par des consultations répétées. Aussi est-il préférable de déplacer le besoin d’attention dont témoigne l’adolescente) sur des aspects plus positifs et plus verbalisés, qui pourront être développés lors d’une psychothérapie.

Il joue aux jeux vidéo. Est-ce bon pour lui

Il joue aux jeux vidéo. Est-ce bon pour lui?

L’es adolescents se servent pour leurs jeux, comme pour le reste de leurs activités, des moyens d’ex-
pression de leur époque. Aussi utilisent-ils et utiliseront-ils de plus en plus les jeux vidéo ainsi que tous les jeux liés aux nouvelles technologies – et c’est tant mieux ! Tant mieux parce qu’ils vont peu à peu se familiariser avec ces technologies nouvelles et y acquérir une certaine dextérité ainsi qu’une ouverture d’esprit. Ces jeux ne deviennent vraiment préoccupants que lorsqu’ils sont utilisés avec excès. Excès qui vont exacerber certaines de leurs particularités, comme leur
caractère souvent solitaire et virtuel. Or solitude et virtualité risquent de conjuguer leurs effets pour isoler l’adolescent et le couper de la réalité. Certains s’enferment ainsi dans un monde de plus en plus irréel, propice à l’éclosion d’un sentiment de toute-puissance. Ils y fuient les contacts humains, source de frustrations, et vivent par procuration des situations qui ne sont ni purement imaginaires – comme les rêveries inspirées de lectures, par exemple — ni réellement concrètes. Bien
sûr, les adolescents qui y perdent le sens de la réalité avaient, en général, déjà quelques prédispositions. Par contre, d’autres adolescents, présentant souvent des troubles de la petite enfance et de grandes difficultés de contact avec la réalité, vont paradoxalement y trouver un moyen de sortir de leur isolement en apprenant à jouer d’une manière tolérable pour eux, c’est-à-dire à la fois parfaitement maîtrisable et considérablement distanciée des personnes réelles qui leur font peur.

On l’aura compris : c’est à l’entourage de faire de ce moyen d’expression un outil pour apprivoiser progressivement les jeunes et les ouvrir à l’échange, par exemple en discutant avec eux des jeux qu’ils préfèrent ou même en y participant. Ce n’est pas en interdisant les jeux vidéo que l’on
pourra aider les adolescents à ne pas s’y enfermer. C’est bien plutôt en les sortant de leur isolement, c’est-à-dire en partageant leur intérêt pour les ouvrir peu à peu à d’autres formes d’expression, et ce en leur proposant d’autres expériences génératrices de plaisir.

Elle rêve de chirurgie esthétique. Faut-il l'encourager dans cette voie

Elle rêve de chirurgie esthétique. Faut-il l’encourager dans cette voie?

Le corps, du fait des changements spécifiques dont il est l’objet à cet âge, cristallise une part importante des angoisses de l’adolescence. L’une des expressions privilégiées de ce phénomène en est l’inquiétude portant sur certaines parties du corps en particulier. C’est ce que l’on appelle, en psychopathologie, les dysmorphophobies : la peur que certaines formes de son corps soient anormales, monstrueuses, ou simplement trop disgracieuses pour être supportables. L’adolescente se déteste et pense que sa vie va en être affectée. D’où son aspiration à avoir recours à la chirurgie esthétique.
Ces craintes sont le plus souvent focalisées sur des zones précises : le nez, les oreilles, les seins, etc. Mais il n’est guère de parties du corps qui ne puissent servir de points de fixation à ces inquiétudes. Ces préoccupations peuvent prendre un caractère envahissant et obsédant. Il n’est pas impossible qu’elles s’appuient sur une réalité plus ou moins fondée, mais elles n’atteignent une telle ampleur que du fait de leur fonction de cristallisation d’inquiétudes plus générales. Ces inquiétudes sont le reflet de l’écart entre la mauvaise image que l’adolescente a d’elle-même et l’importance de ses aspirations à être la première.

Faut-il recourir à la chirurgie esthétique et quand? On s’accorde généralement à penser qu’il faut prendre son temps et ne pas se précipiter dans une intervention dont les effets et les suites ne sont pas toujours conformes aux espoirs qu’elle avait suscités. Cela est d’autant plus nécessaire que les préoccupations paraissent plus exagérées, qu’elles sont plus obsédantes et s’accompagnent de manifestations psychopathologiques : dépression, délire de persécution, préoccupations cou-
pées de la réalité… Dans ce cas, il paraît toujours souhaitable d’envisager, avant toute intervention, une psychothérapie, quoique celle-ci ne soit pas toujours souhaitée. L’adolescente, en effet, se cramponne à sa demande et vit très mal toute tentative d’aide, qu’elle perçoit comme une volonté de la faire changer d’avis. Mais ce délai de réflexion peut également se justifier
du fait de l’inachèvement de la croissance et des transformations corporelles qu’elle est encore susceptible d’induire.

Il faut remarquer, en dernier lieu, que les filles ne sont pas les seules à souhaiter recourir à la chirurgie esthétique. Les garçons s’en révèlent également demandeurs, peut-être même plus fréquemment qu’autrefois. Leur volonté d’y faire appel apparaît souvent moins justifiée, sans doute en raison de préjugés sociaux qui veulent que les garçons soient moins sensibles que les filles à leur apparence, laquelle est supposée être un moindre enjeu dans leur capacité à plaire.

Les sectes et autres groupes extrémistes me font peur. Comment le prévenir des dangers qu'ils représentent

Les sectes et autres groupes extrémistes me font peur. Comment le prévenir des dangers qu’ils représentent?

Ce n’est pas sans raison que l’on a peur de ces groupes, car ils représentent probablement la forme
la plus pervertie de l’éducation. Le rôle de l’éducation n’est pas de former des clones, production à la chaîne d’un modèle unique. C’est pourtant justement l’objectif que poursuivent sectes et groupes extrémistes au profit d’un leader charismatique, censé parler et agir au nom du bien et pour le bien de tous, ou du moins des purs et des justes, c’est-à-dire de ceux qui sont comme lui. La démarche sectaire est une démarche totalitaire qui vise à dépouiller l’autre de sa capacité à choisir. Éduquer, c’est donner les outils nécessaires pour pouvoir apprendre, moins des contenus donnés que le plaisir et la curiosité d’apprendre, et critiquer, être en mesure de faire des choix. La perversion, c’est utiliser l’autre à des fins personnelles, lui refuser le droit d’exister en tant que sujet ayant des besoins et des désirs propres, c’est-à-dire différents des nôtres. Le comble de la perversité, aboutissement de l’endoctrinement, est de lui faire croire que ce qui lui est imposé relève de ses choix personnels. Il n’est pas toujours facile de distinguer endoctrinement et éducation. Ce sont à la fois l’intentionnalité de celui qui éduque et le contenu des apprentissages qui font la différence. Dans le cas de l’endoctrinement, l’intention, servie par les outils éducatifs proposés, est de faire en sorte que l’autre perpétue et reproduise une pensée identique. Le véritable éducateur peut marquer sa préférence pour tel ou tel courant de pensée, mais il ne l’impose pas, et
les outils éducatifs ouvrent au choix et à la différence. La tentation de tout éducateur, surtout s’il se sent menacé et fragilisé dans la transmission de son savoir, est de chercher à maîtriser et à contrôler. Il s’attache alors à transmettre des contenus qui demeurent fixes et intangibles au cours des siècles, comme si leur permanence garantissait leur bien-fondé.

Les religions, mais aussi les idéologies, échappent difficilement à cette tentation. Y échapper demande un effort continu de mise à jour et de remise en question qui n’est pas chose aisée. La démarche scientifique est la seule à faire de la recherche, fondée non pas sur des croyances mais sur la vérification expérimentale, le fondement de son action. En cela elle est à l’opposé de la
démarche sectaire et son meilleur antidote, même si elle n’empêche pas qu’à titre individuel des scientifiques soient à leur tour tentés par une pensée totalitaire. Cependant, la science ne suffit pas à la vie sociale, fondée sur un système commun de valeurs. Il est nécessaire de critiquer ces valeurs pour les faire évoluer. La société démocratique essaie de concilier une référence à des
valeurs communes et leur nécessaire caractère évolutif et relatifi. Mais plus il y a de liberté, moins il y a de certitudes. Les sujets les plus vulnérables peuvent alors se sentir très déstabilisés. Ils vont chercher à satisfaire leur besoin d’être rassurés, trop important pour pouvoir l’être par les parents, perçus comme envahissants, dans une secte, qui peut leur assurer la différence nécessaire pour ne pas se sentir confondus avec leurs parents, mais auprès de laquelle ils trouveront souvent des contraintes et des certitudes qui, certes, les rassurent, mais qui sont beau-
coup plus aliénantes que dans leur famille. Comment un adolescent peut-il en arriver à de telles
extrémités ? Ce qui fait qu’un adolescent dont la vulnérabilité rend possible ce genre de choix (poids des rencontres et des événements) passe à l’acte reste toujours mystérieux. Car la plupart des adolescents qui souffrent d’une telle insécurité n’adhèrent jamais à de telles pratiques.

Le rôle charismatique d’un leader, la séduction exercée par un adepte peuvent faire basculer un destin. Une humiliation, un traumatisme, une perte peuvent conduire un individu à fusionner avec une cause, sans la rencontre de laquelle il se serait peut-être suicidé. Les personnes victimes de ce genre de blessures, qui sont aussi des blessures d’amour-propre, se réfugient souvent dans un orgueil démesuré qu’il paraît plus acceptable de déléguer à une cause que de l’assumer soi-même. L’adhésion totale à une croyance, quelle qu’elle soit, comble d’un coup solitude et doute, donne l’illusion
de ne plus faire qu’un avec les autres adeptes, illusion qui peut fasciner, rassurer et combler. Plus le besoin de croire est fort, plus la perte de la croyance risque d’être dramatique. Le sevrage est difficile et aléatoire. Les blessures des adolescents les plus susceptibles d’entrer dans une secte ne sont pas toujours les plus visibles. Certaines conversions et adhésions paraissent incompréhensibles vues de l’extérieur. Elles sont souvent gardées secrètes. De graves conflits parentaux plus ou moins masqués, la souffrance cachée d’un parent soumis à la dictature de l’autre peuvent alimenter chez un enfant un désir de vengeance et une haine qui l’affolent lui-même et qui ne trouvent issue que dans la fuite que représente l’adhésion à un groupe sectaire. En
effet, tout fanatisme, pour maintenir sa force unificatrice, rejette la haine qui l’anime sur l’extérieur. La dérive sectaire et fanatique reste heureusement exceptionnelle, même si ces exceptions paraîtront toujours de trop. Pourquoi, alors, avoir peur pour son enfant ? Il semble important de s’interroger sur ce qui motive les craintes que nous inspirent nos proches. Sur
quels pressentiments de violences possibles s’appuie-t-on pour craindre ainsi que l’un de nos enfants puisse dériver si loin de nous ?