Il se met en colère pour un rien. Comment réagir

Il se met en colère pour un rien. Comment réagir?

Cela n’est pas nécessairement bien grave, et pourtant tout parent pressent vite que cette colère
incontrôlable est le signe d’une souffrance et d’un échec préoccupants. L’impossibilité de se contenir est révélatrice de deux choses : si l’on ne peut pas se maîtriser, c’est que l’on est à bout, et si l’on est en colère, c’est que l’on est malheureux. Deux bonnes raisons pour que les parents s’en
préoccupent et n’abandonnent pas leur enfant à sa solitude. Il n’est bon ni pour l’entourage ni pour l’intéressé de supporter cette situation sans mot dire, sous prétexte que l’adolescent est comme cela, ou que c’est passager, ou encore qu’il souffre déjà suffisamment lui-même sans que l’on vienne en rajouter. Aucune tyrannie n’est bénéfique, ni pour le tyran ni pour ses victimes. L’adolescent est lui-même victime de ce qu’il ne peut contrôler en lui. Il n’est pas acceptable qu’un adolescent soit toujours en colère : s’il ne peut se contrôler, il doit être aidé et accepter d’aller cher-
cher les réponses adaptées à ses difficultés. Derrière la colère se cachent toujours des conflits.
Mais des conflits qui, en général, ne peuvent être formulés clairement; des conflits qui se nourrissent des paradoxes exacerbés par cet âge et des contradictions perçues comme impossibles à résoudre par l’adolescent. C’est aux parents de poser les limites que l’adolescent ne peut trouver lui-même et de chercher avec lui et avec l’aide de tiers appropriés les solutions qui s’impo-
sent : explications familiales, psychothérapie individuelle et/ou familiale, antidépresseurs ou calmants, éloignement de la famille, etc.

Il ment. Faut-il «passer l'éponge»

Il ment. Faut-il «passer l’éponge»?

Apartir de quand peut-on parler de mensonge ? Il y a en effet une très grande différence entre un ado-
lescent qui arrange un peu la réalité pour obtenir ce qu’il veut ou éviter une réaction parentale qu’il s’exagère d’ailleurs souvent, et un adolescent qui interpose la falsification d’une part plus ou moins importante de la réalité entre tout ou partie de son entourage et lui. Il faut donc bien distinguer le mensonge occasionnel du mensonge comme mode d’existence.

Dès qu’il devient important et régulier, le mensonge est le signe de l’organisation d’une distorsion de la personnalité affectant un adolescent qui se sent obligé de cacher une part plus ou moins étendue de lui-même au regard de ses parents, voire à toute sa famille, aux adultes en général, ou même à ceux de son âge. D’où vient cette obligation ? Elle est nécessairement liée à la croyance que cette part cachée de lui-même est à la fois inacceptable pour le ou les adultes en question et vitale, sinon indispensable, pour l’adolescent, qui ne peut concevoir d’y renoncer, en tout cas pour le moment. Le mensonge, quand il est devenu une façon d’être, c’est-à-dire quand il s’est organisé, de façon durable, comme l’unique modalité de réponse de l’adolescent, témoigne d’une grave perte de confiance : perte de confiance en soi et en sa capacité à affronter ses contradictions et autrui.
Mais également perte de confiance dans les autres, en particulier les parents, remise en question de leur capacité à accueillir et à répondre aux divisions de leur enfant. Un enfant ou un adolescent qui ment n’est pas seulement quelqu’un de débrouillard qui sait se tirer d’affaire, mais quelqu’un qui a peur. Manque de confiance et peur ne sont pas apparus en un jour. Il a fallu que s’installent chez l’enfant un léger décalage puis un véritable écart entre ce que l’on peut montrer et ce qu’il faut cacher, et cette part d’ombre n’a pu s’intégrer au reste de sa personnalité. Dans le malentendu qui s’est créé, il est bien difficile, après coup, de faire la part de ce qui a été favorisé par l’atti-
tude des parents ou par les difficultés propres de l’enfant. Crainte de représailles de la part des parents, mensonge d’un parent et sentiment de l’enfant d’avoir été trahi, conflit entre les parents qui pousse l’un d’eux à cacher délibérément à l’autre des choses importantes en faisant de l’enfant son complice… Les causes possibles en sont nombreuses et souvent enchevêtrées.

Le mensonge adopté par l’adolescent comme seule façon d’être illustre bien l’importance et les difficultés de l’éducation. Elle ne peut se passer de limites et d’interdits, mais ceux-ci, pour être efficaces, doivent pouvoir être intégrés et repris à son compte par l’enfant. Pour que ce soit possible, l’enfant doit en saisir la logique implicite et le bien-fondé. Il faut donc que tout com-
portement réprimé ou interdit par le parent le soit pour le bien de l’enfant, et dès lors que ce comportement soit d’abord dans un premier temps accueilli et reconnu par le parent. Car une répression trop sévère peut laisser l’enfant coupable ou honteux, comme s’il n’avait même
jamais dû avoir de telles pensées. Celles-ci peuvent alors rester enfouies, comme un corps étranger non assimilé et non digéré. De tels désirs resurgiront plus tard, notamment à l’adolescence, effrayants et monstrueux, et pousseront la personnalité de l’adolescent à se diviser en plusieurs, vécues comme inconciliables.
Cela dit, le fait d’être le complice de l’un des parents qui cache à l’autre un comportement ou des pensées qu’il a partagés avec son enfant peut avoir un résultat très semblable. A l’adolescence, un enfant qui a été lié à l’un de ses parents par cette sorte de pacte secret peut chercher à retrouver cette complicité au travers de conduites plus ou moins délictueuses qu’il lui faut cacher aux yeux du monde.
Il est difficile de sortir de ce genre de situations, car, dans les deux cas envisagés, elles sont vécues par l’intéressé sur un mode fusionnel, le reste de sa personnalité n’étant ressenti par l’adolescent que comme une adaptation sans doute nécessaire mais plus superficielle aux exigences du monde environnant.

La solution la plus efficace pour faire évoluer la situation est souvent la thérapie familiale. Elle peut être l’occasion pour l’adolescent de s’apercevoir qu’il a le pouvoir de cacher certaines choses à ses parents et que ces derniers n’ont pas celui de lire en lui comme dans un livre ouvert. Ainsi conçu, le mensonge, quand il ne concerne que de petites choses de la vie courante, rassure l’enfant sur son indépendance : il n’est pas indispensable que ses parents sachent tout de lui. Il n’a pas
bien sûr pour autant à être cautionné par les parents, caution qui lui ferait perdre toute sa valeur d’acte difîerenciateur. Mais la réaction qu’appelle la découverte de petits mensonges peut prendre un caractère presque ludique qui montrera que le parent n’est pas dupe et, en même temps, que ce petit mensonge n’est pas dramatique, d’autant que «faute avouée est à demi pardonnée». On peut espérer que cette intégration progressive d’un droit à cacher et à penser différemment, admis et reconnu par les parents, limitera le besoin de recourir au mensonge comme mode d’existence.

Il dort le jour. Que faire

Il dort le jour. Que faire ?

L’inversion du rythme biologique fait partie des plaisirs et des aspirations de l’adolescence. C’est un rêve que les vacances permettent de réaliser. C’est même devenu, dans certains pays, un phénomène de masse auquel il est bien difficile de résister : phénomène appelé «movida» en Espagne par exemple, où, toutes les fins de semaine, les adolescents passent la nuit à discuter et à boire dans les rues.
Bien des raisons favorisent cette prédilection des adolescents pour la nuit. La première, et non des moindres, est qu’elle s’oppose au rythme des adultes. Le jour est associé aux exigences de l’adaptation à la réalité, du travail et de l’école. C’est le monde de la clarté, de la raison, de l’obéissance auquel s’oppose point par point le monde de la nuit, celui de l’obscurité, du rêve, de l’imaginaire, des angoisses et des fantômes, mais aussi de l’amour. Puisque interdite – parce qu’il devrait dor-
mir comme un enfant sage -, l’adolescent a le sentiment que la nuit lui appartient et qu’il y échappe au regard des adultes.

En outre, beaucoup d’adolescents anxieux ont du mal à s’endormir. Ils ont peur de s’abandonner au sommeil, comme ils craignent, en s’abandonnant à une relation de trop grande proximité avec les adultes, de s’en trouver captifs. Le sommeil est assimilé à une perte de contrôle qui se concrétise par le surgissement de rêves qui, chez eux, tournent si facilement au cauchemar. Il est alors plus facile de dormir le jour, sous la protection lointaine des adultes vigilants, et de veiller
la nuit. Us prolongent ainsi ce que font les enfants inquiets qui ne peuvent s’endormir qu’avec une
lumière allumée. Parallèlement, inversant la situation qui veut que les parents veillent sur le sommeil de leurs enfants, ils ont l’impression de contrôler l’activité nocturne de leurs parents.

C’est avec le début de la puberté, et davantage chez les garçons que chez les filles, que naît ce besoin de changer le rythme du sommeil. L’adolescent éprouve à nouveau des difficultés à se coucher, comme dans sa petite enfance, et, parallèlement, des difficultés à se lever le matin. Lui qui, le dimanche matin, allait très tôt réveiller ses parents pour se glisser dans leur lit, se trouve péniblement réveillé vers 11 heures ou midi par une mère irritée de cette paresse nouvelle. Le contact qu’il fuit en évitant désormais une trop grande proximité corporelle avec ses parents, il le retrouve au fond de son lit, dans lequel il se blottit, ayant autant de mal à le quitter qu’il en a eu à le gagner.
Que faire? Faut-il laisser un adolescent se coucher quand il veut ? Quand et comment réagir à cette inversion du rythme sommeil/veille? Il est préférable de ne pas le laisser gérer seul une situation dont il ne mesure pas les enjeux. Son équilibre physique et psychique exige qu’il dorme suffisamment et qu’il se couche en conséquence. C’est à ses parents d’y veiller en tenant compte de son âge. Même
passés 18 ans, sauf exception, il est déconseillé de dormir moins de 8 heures, certaines personnes ayant même besoin de plus d’heures de sommeil. Quant à dormir le jour, il ne peut en être question, sauf éventuellement le dimanche et pendant les vacances, sans que ce qui est une possibilité laissée à l’adolescent ne devienne pour autant une habitude contraignante.
Car si cette pratique déborde sur Tannée scolaire, elle peut avoir un retentissement scolaire immédiat et marginaliser rapidement l’adolescent. En outre, elle est parfois le signe de difficultés psychologiques qui appellent une réponse rapide et spécifique.

Laisser se prolonger tant soit peu cette conduite, c’est handicaper l’adolescent dans sa scolarité, le couper de ses camarades, le laisser s’enfoncer dans la dépression. Certains parents sont parfois enclins à penser qu’il ne faut surtout pas le brusquer, qu’il a besoin de compréhension et qu’en s’opposant à lui, ils prendraient le risque de provoquer un conflit qui ne ferait que renforcer la solitude de l’enfant. « Quand il ira mieux », pensent-ils, « il se reprendra de lui-même. »
C’est toujours un mauvais calcul. Les adultes doivent être conscients que choisir le repli et la fuite va laisser l’adolescent encore plus démuni et angoissé. Ce n’est plus un choix mais une contrainte qui s’impose à lui. Alors même que des aides appropriées, comme la consultation d’un spécialiste, existent. Plus on laissera la situation s’installer, plus elle s’aggravera. Toute situation qui se clôt sur elle-même se dégrade et conduit à un processus d’autodestruction. Le fait que ses parents réagissent immédiatement est toujours rassurant pour l’adolescent, parce qu’il lui
prouve à la fois la confiance qu’ils ont dans son aptitude à sortir de cette situation et leur capacité à faire face, même au prix d’un conflit avec lui. Toute autre attitude sera perçue comme un abandon et une soumission qui ne peuvent que renforcer les angoisses de l’adolescent.

Pourquoi « fait-il la gueule »

Pourquoi « fait-il la gueule » ?

Faire la gueule » est le signe distinctif par excellence de l’entrée dans l’adolescence. Il résume à lui seul le paradoxe de l’adolescent pris entre le besoin de solliciter l’entourage familial et la volonté de s’y opposer et de s’en abstraire. « Faire la gueule » est un premier compromis possible
entre ces deux aspirations ressenties comme parfaitement contradictoires. Contradiction qui déchire l’adolescent, le fige tant dans sa pensée que dans son corps, et lui impose cette attitude qu’il subit plus qu’il ne la contrôle. « Faire la gueule » se voit et a des répercussions immédiates sur l’atmosphère familiale. Mais, pour l’adolescent, cette attitude de repli sur soi-même peut parfois
simplement signifier qu’il souhaite qu’on le laisse tranquille. C’est pourquoi il pourra déplorer en toute bonne foi la mauvaise ambiance qui règne au sein de la cellule familiale, sans vraiment en comprendre les causes… Lui en vouloir serait faire intrusion dans son espace privé, le déranger, voire lui faire violence, et ce d’autant plus qu’il a l’impression de ne rien demander
aux autres. On retrouve dans ce type d’attitude les deux angoisses entre lesquelles oscille constamment l’adolescent : l’angoisse de passer inaperçu et de se sentir abandonné et l’angoisse de ressentir comme une intrusion persécutrice tout intérêt qui lui serait manifesté. Comme tout paradoxe, c’est une fausse contradiction : c’est en acceptant de se nourrir de l’intérêt des autres
que l’adolescent en aura moins besoin et se sentira plus libre à leur égard. On ne « fait la gueule » qu’à ceux qu’on aime ou vis-à-vis desquels l’attente afFective est importante. Et la tentation de « faire la gueule » sera d’autant plus grande que la proximité et la dépendance affectives seront plus
fortes entre les deux protagonistes. L’adolescent qui adopte ce type de comportement préferentiellement envers sa mère l’adoptera plus difficilement envers son père, envers ses grands-parents et plus encore envers les parents d’un ami. C’est la qualité de proximité et de complicité du lien qui accroît le risque de ce genre de réponse, ainsi que la disponibilité de la personne qui la
subit.

L’état amoureux en est un bon exemple par ce qu’il sollicite et révèle de dépendance affective réciproque et de délégation à l’autre d’une partie de soi-même, comme si cet autre était devenu le représentant de ce qu’on voudrait être et avoir de meilleur. Mais le prix à payer est le risque d’une dépossession de soi-même en cas de conflit et de séparation. C’est-à-dire d’une dépendance affective qui rende l’adolescent particulièrement vulnérable. Un exemple : une sortie commune est organisée,
préparée et attendue avec d’autant plus d’impatience qu’elle marque un événement important tel que l’anniversaire de la rencontre. Or l’un des deux est en retard. La violence de la déception est proportionnelle à l’intensité de l’attente. Plus le retard est important, plus le plaisir de la soirée à venir se transforme en déplaisir. Au point qu’au bout d’un certain temps, celui qui attend ne sait même plus s’il a encore envie de sortir. Quand l’autre arrive enfin, il est trop tard et il
trouve son partenaire en train de «faire la gueule» et n’ayant réellement plus envie de cette soirée. La déception a détruit les racines du désir et cela à cause de l’intensité de l’envie. Si le retardataire le prend au mot et se retire, c’est probablement la pire erreur qu’il puisse commettre. Si, par contre, inversant la situation, il se met lui-même dans une position identique de passivité,
d’attente, de demande, la situation a des chances de s’arrange.

Cet exemple nous paraît être significatif de ce qui se passe à l’adolescence et de l’extraordinaire capacité des adolescents à renverser une situation en son contraire, en fonction même de l’intensité des attentes, surtout si celles-ci concernent un adulte très investi comme peut l’être un parent. Pour y répondre, il faut savoir faire violence à l’adolescent en provoquant l’échange et la
rencontre qu’il prétend refuser, mais qu’il attend sans en être conscient. Il faut le faire suffisamment tôt avant que l’isolement de l’adolescent ne l’ait amené à se construire dans le rejet de ses parents et, parfois même, de l’ensemble des adultes.