Elle a fugué. Comment faire pour renouer le dialogue avec elle

Elle a fugué. Comment faire pour renouer le dialogue avec elle?

La fugue est la meilleure illustration du besoin qu’ont les adolescents de recourir à l’espace pour prendre une distance nouvelle avec leurs parents. Distance qu’ils n’arrivent pas à créer par leurs propres moyens psychiques. Ce besoin traduit l’enchevêtrement des états affectifs des uns et des autres au sein du cercle familial, et la difficulté pour chacun de déterminer les limites d’un territoire qui lui soit propre.
Toutefois, la fugue reste une façon bien illusoire d’échapper aux tensions familiales. Celles-ci peuvent être dues aux conflits parentaux, à des comportements inadéquats ou violents, à des attitudes sexuelles ambiguës, voire même à des abus ; mais aussi à l’importance des attentes des adolescents à l’égard de l’un ou des deux parents. Attentes qu’ils vivent comme une violence qui leur est faite et comme une véritable intrusion.

Que l’adolescent réponde par la fugue à une pression ou à une carence de communication au sein de sa
famille est un comportement à ne pas prendre à la légère. C’est en effet un indicateur réel de risques liés au suicide : la fugue fait partie des antécédents d’environ 30% des 15-25 ans ayant à leur actif une ou plusieurs tentatives de suicide.

Mais, heureusement, la fugue est le plus souvent sans graves conséquences immédiates. La plupart du temps, les jeunes qui fuguent trouvent refuge chez des proches, et ce pour un temps très limité. En ce qui concerne la réaction des parents, il peut être salutaire pour l’adolescent que ces derniers laissent paraître leurs émotions : inquiétudes, chagrin mais aussi colère. Toutefois, il faut
savoir que la fugue appelle d’abord et avant tout une réponse à ce qu’elle exprime la plupart du temps : une difficulté psychique majeure impossible à contenir par les moyens normaux d’expression. Cette difficulté nécessite toujours une évaluation psychologique et un suivi qui doit impliquer aussi bien les parents que l’adolescent. Ce qui semble ainsi ne pas pouvoir être contenu par le cercle familial et devoir nécessairement en déborder appelle une réponse d’intervenants extérieurs spéciali-
sés. Ceux-ci vont impliquer la famille tout entière dans la suite à donner à la fugue dans la mesure où cet acte traduit une certaine difficulté de l’adolescent à élaborer et à traiter les conflits non seulement dans son espace psychique interne mais également au sein de sa famille.

On se moque de lui au lycée. Que faire

On se moque de lui au lycée. Que faire?

C’est une plainte de plus en plus fréquemment exprimée que le fait d’être victime de moqueries,
peut-être parce que les enfants sont plus sensibles, les parents plus réactifs, mais aussi parce que les jeunes sont plus cruels les uns avec les autres ou du moins expriment leur cruauté plus facilement et plus directement qu’autrefois. Beaucoup d’enfants et d’adolescents, sinon tous, sont
un jour ou l’autre l’objet de moqueries. Mais certains y sont plus sensibles, et cette sensibilité peut malheureusement les conduire à réagir d’une façon qui excite les moqueries de leurs camarades. Il se crée dès lors un cercle vicieux qui se renforce lui-même. Pourquoi un adolescent est-il susceptible de réagir de cette façon? Parce que ces moqueries viennent le confirmer dans sa tendance à se dévaloriser lui-même et/ou le sentiment que le monde extérieur (les autres) est hostile et que l’on ne peut lui faire confiance. Ce sentiment est habituellement conforté, et parfois même causé, par un certain type de climat familial ou d’attitudes parentales qui ne font que renforcer la conviction de l’adolescent.

La solution est rarement de changer l’adolescent d’établissement, sauf cas particulier, car les moqueries se reproduiront ailleurs. La trouver nécessite souvent d’avoir recours à une consultation spécialisée, car cette situation peut être le symptôme d’un certain nombre de difficultés psychopathologiques, allant du trouble de la personnalité de type sensitif, affectant les adolescents
en quête d’une relation forte, quête susceptible de tourner à la persécution en cas de déception, à la schizophrénie débutante, en passant par des troubles dépressifs graves. La meilleure prévention vient des parents : ils doivent éviter de conforter l’enfant puis l’adolescent dans ce vécu en le dramatisant et en le cautionnant. Il est tout à fait possible à la fois d’être attentifs et même com-
préhensifs à son égard et de l’inviter à prendre du recul, en le rassurant sur ses capacités à trouver en lui les ressources nécessaires pour dépasser cette situation.

Il faut être conscient que la majorité de ces plaintes sont formulées par des adolescents en grande difficulté, très dépendants affectivement de leurs parents. Elles ont pour fonction essentielle de rassurer l’adolescent et ses parents sur le fait que ceux-ci demeurent les personnes les plus importantes de la vie de leur enfant ; car ni les camarades, ni les enseignants, appartenant à un monde jugé hostile par l’adolescent, ne seront en mesure de susciter un intérêt suffisant pour compromettre la relation qu’il entretient avec ses parents.

Elle rêve de chirurgie esthétique. Faut-il l'encourager dans cette voie

Elle rêve de chirurgie esthétique. Faut-il l’encourager dans cette voie?

Le corps, du fait des changements spécifiques dont il est l’objet à cet âge, cristallise une part importante des angoisses de l’adolescence. L’une des expressions privilégiées de ce phénomène en est l’inquiétude portant sur certaines parties du corps en particulier. C’est ce que l’on appelle, en psychopathologie, les dysmorphophobies : la peur que certaines formes de son corps soient anormales, monstrueuses, ou simplement trop disgracieuses pour être supportables. L’adolescente se déteste et pense que sa vie va en être affectée. D’où son aspiration à avoir recours à la chirurgie esthétique.
Ces craintes sont le plus souvent focalisées sur des zones précises : le nez, les oreilles, les seins, etc. Mais il n’est guère de parties du corps qui ne puissent servir de points de fixation à ces inquiétudes. Ces préoccupations peuvent prendre un caractère envahissant et obsédant. Il n’est pas impossible qu’elles s’appuient sur une réalité plus ou moins fondée, mais elles n’atteignent une telle ampleur que du fait de leur fonction de cristallisation d’inquiétudes plus générales. Ces inquiétudes sont le reflet de l’écart entre la mauvaise image que l’adolescente a d’elle-même et l’importance de ses aspirations à être la première.

Faut-il recourir à la chirurgie esthétique et quand? On s’accorde généralement à penser qu’il faut prendre son temps et ne pas se précipiter dans une intervention dont les effets et les suites ne sont pas toujours conformes aux espoirs qu’elle avait suscités. Cela est d’autant plus nécessaire que les préoccupations paraissent plus exagérées, qu’elles sont plus obsédantes et s’accompagnent de manifestations psychopathologiques : dépression, délire de persécution, préoccupations cou-
pées de la réalité… Dans ce cas, il paraît toujours souhaitable d’envisager, avant toute intervention, une psychothérapie, quoique celle-ci ne soit pas toujours souhaitée. L’adolescente, en effet, se cramponne à sa demande et vit très mal toute tentative d’aide, qu’elle perçoit comme une volonté de la faire changer d’avis. Mais ce délai de réflexion peut également se justifier
du fait de l’inachèvement de la croissance et des transformations corporelles qu’elle est encore susceptible d’induire.

Il faut remarquer, en dernier lieu, que les filles ne sont pas les seules à souhaiter recourir à la chirurgie esthétique. Les garçons s’en révèlent également demandeurs, peut-être même plus fréquemment qu’autrefois. Leur volonté d’y faire appel apparaît souvent moins justifiée, sans doute en raison de préjugés sociaux qui veulent que les garçons soient moins sensibles que les filles à leur apparence, laquelle est supposée être un moindre enjeu dans leur capacité à plaire.

Pourquoi « fait-il la gueule »

Pourquoi « fait-il la gueule » ?

Faire la gueule » est le signe distinctif par excellence de l’entrée dans l’adolescence. Il résume à lui seul le paradoxe de l’adolescent pris entre le besoin de solliciter l’entourage familial et la volonté de s’y opposer et de s’en abstraire. « Faire la gueule » est un premier compromis possible
entre ces deux aspirations ressenties comme parfaitement contradictoires. Contradiction qui déchire l’adolescent, le fige tant dans sa pensée que dans son corps, et lui impose cette attitude qu’il subit plus qu’il ne la contrôle. « Faire la gueule » se voit et a des répercussions immédiates sur l’atmosphère familiale. Mais, pour l’adolescent, cette attitude de repli sur soi-même peut parfois
simplement signifier qu’il souhaite qu’on le laisse tranquille. C’est pourquoi il pourra déplorer en toute bonne foi la mauvaise ambiance qui règne au sein de la cellule familiale, sans vraiment en comprendre les causes… Lui en vouloir serait faire intrusion dans son espace privé, le déranger, voire lui faire violence, et ce d’autant plus qu’il a l’impression de ne rien demander
aux autres. On retrouve dans ce type d’attitude les deux angoisses entre lesquelles oscille constamment l’adolescent : l’angoisse de passer inaperçu et de se sentir abandonné et l’angoisse de ressentir comme une intrusion persécutrice tout intérêt qui lui serait manifesté. Comme tout paradoxe, c’est une fausse contradiction : c’est en acceptant de se nourrir de l’intérêt des autres
que l’adolescent en aura moins besoin et se sentira plus libre à leur égard. On ne « fait la gueule » qu’à ceux qu’on aime ou vis-à-vis desquels l’attente afFective est importante. Et la tentation de « faire la gueule » sera d’autant plus grande que la proximité et la dépendance affectives seront plus
fortes entre les deux protagonistes. L’adolescent qui adopte ce type de comportement préferentiellement envers sa mère l’adoptera plus difficilement envers son père, envers ses grands-parents et plus encore envers les parents d’un ami. C’est la qualité de proximité et de complicité du lien qui accroît le risque de ce genre de réponse, ainsi que la disponibilité de la personne qui la
subit.

L’état amoureux en est un bon exemple par ce qu’il sollicite et révèle de dépendance affective réciproque et de délégation à l’autre d’une partie de soi-même, comme si cet autre était devenu le représentant de ce qu’on voudrait être et avoir de meilleur. Mais le prix à payer est le risque d’une dépossession de soi-même en cas de conflit et de séparation. C’est-à-dire d’une dépendance affective qui rende l’adolescent particulièrement vulnérable. Un exemple : une sortie commune est organisée,
préparée et attendue avec d’autant plus d’impatience qu’elle marque un événement important tel que l’anniversaire de la rencontre. Or l’un des deux est en retard. La violence de la déception est proportionnelle à l’intensité de l’attente. Plus le retard est important, plus le plaisir de la soirée à venir se transforme en déplaisir. Au point qu’au bout d’un certain temps, celui qui attend ne sait même plus s’il a encore envie de sortir. Quand l’autre arrive enfin, il est trop tard et il
trouve son partenaire en train de «faire la gueule» et n’ayant réellement plus envie de cette soirée. La déception a détruit les racines du désir et cela à cause de l’intensité de l’envie. Si le retardataire le prend au mot et se retire, c’est probablement la pire erreur qu’il puisse commettre. Si, par contre, inversant la situation, il se met lui-même dans une position identique de passivité,
d’attente, de demande, la situation a des chances de s’arrange.

Cet exemple nous paraît être significatif de ce qui se passe à l’adolescence et de l’extraordinaire capacité des adolescents à renverser une situation en son contraire, en fonction même de l’intensité des attentes, surtout si celles-ci concernent un adulte très investi comme peut l’être un parent. Pour y répondre, il faut savoir faire violence à l’adolescent en provoquant l’échange et la
rencontre qu’il prétend refuser, mais qu’il attend sans en être conscient. Il faut le faire suffisamment tôt avant que l’isolement de l’adolescent ne l’ait amené à se construire dans le rejet de ses parents et, parfois même, de l’ensemble des adultes.