Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux

Les jeux de rôle peuvent-ils être dangereux?

Le fait de s’enfermer dans un comportement est toujours dangereux, quel que soit l’âge. Il en est ainsi
des jeux de rôle, d’autant qu’ils correspondent à des tentations par lesquelles l’enfant a été fortement attiré : celle, en particulier, d’imaginer des histoires qui mettent en scène ses désirs cachés, vécus comme interdits. L’imaginaire est, pour l’être humain, une soupape qui lui permet de décharger ses émotions, mais aussi de se donner à lui-même une représentation de ses désirs, qui sans cela pourraient devenir écrasants et dangereux. C’est une manière de se familiariser avec eux, de les
apprivoiser et de les intégrer à notre vie. Toutefois, au lieu d’être un outil d’adaptation, le jeu peut se clore sur lui-même et devenir un autre monde sans liens avec la réalité quotidienne. Plus celle-ci sera insatisfaisante, génératrice de déception et d’angoisse, plus la tentation sera grande de se réfugier dans cet autre monde, celui d’un imaginaire qui ne connaît pas de limites. Il pourra alors être d’autant plus difficile d’y résister pour l’adolescent qu’il sera entraîné dans son repli par des adultes, dont il croit qu’ils le guident, et/ou par des camarades, doubles rassurants de lui-
même. C’est le propre de toute dérive de type sectaire. Certes, les jeux de rôle ne relèvent pas pleinement de cette dernière, mais ils s’en approchent. Leur phraséologie pompeuse, leurs références au passé, le fait qu’ils aient été construits et ordonnés par les adultes qui les ont créés facilitent cette dérive. Enfin, c’est une activité d’initiés et une activité de groupe qui engendre de puissants effets d’entraînement.

Certains adolescents qui s’y sont laissé entraîner ont vu leur comportement évoluer vers un état psychotique, voire même parfois suicidaire. Cette évolution reste cependant l’exception et le fait déjeunes souffrant déjà de difficultés d’ordre psychopathologique. Toutefois, s’adonner à un jeu de rôle a pu contribuer à aggraver ces difficultés, et surtout à donner l’occasion à ces adolescents d’éluder les soins qui leur auraient été nécessaires. Tandis que d’autres adolescents, sans atteindre ces extrêmes, se sont laissé capter, piéger, et ont progressivement perdu tout intérêt pour la vie ordinaire, qu’elle soit familiale, scolaire ou amicale. Un tel comportement doit inquiéter les parents suffisamment tôt, c’est-à-dire avant que l’adolescent ne se soit trop éloigné de ses proches et autres relations habituelles. Mais ils ne doivent pas nécessairement réagir par la brutalité. Au
contraire, ils doivent réintroduire le jeu de rôle dans les échanges quotidiens pour en parler, mieux le connaître peut-être, ne pas l’isoler des autres intérêts possibles de l’adolescent comme s’il s’agissait d’un monde à part, ineffable, que seuls les initiés peuvent comprendre.

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