Nous sommes des parents battus. Que faire

Nous sommes des parents battus. Que faire ?

De plus en plus de parents se plaignent de violences de la part d’adolescents. Violences verbales plus
que physiques, mais les premières finissent par conduire aux secondes si un terme n’y est pas mis rapidement. Il s’agit là d’une situation tragique et dangereuse, tout autant pour l’adolescent que pour ses parents, facilitée par la plus grande liberté éducative actuelle et probablement par le caractère de plus en plus précoce de la puberté et l’accroissement de la taille des adolescents. Il est en effet de plus en plus courant qu’ils aient à 15 ans un corps d’adulte, dépassant de plus d’une dizaine de centimètres celui de leurs parents, alors qu’ils restent psychologiquement des enfants. Ces violences sont plus fréquemment le fait des garçons à l’égard de leurs mères, parfois de leur père, et plus encore d’un beau-père ou d’un concubin de la mère.

Quelques principes simples peuvent aider les parents à se positionner face à ce type de situation :
— Un adolescent violent est toujours un adolescent qui va mal. Ce n’est jamais un jeu, contrairement à ce qu’ils veulent parfois faire croire, ni l’expression d’un excès de vitalité ou de spontanéité.
— La violence correspond à une perte de contrôle interne toujours angoissante pour l’adolescent. Le fait qu’elle concerne un parent est, en outre, un facteur aggravant, car la perte de contrôle interne se double de la chute d’un tabou, celui du respect pour les parents, et confronte au vertige de l’absence de limites.
L’adolescent pressent que, si cet interdit tombe, plus rien ne pourra le retenir et de lui permettre de contrôler ses pulsions.
— La levée de cet interdit « pousse-au-crime », c’est-à-dire à l’escalade de la violence jusqu’à ce qu’une limite soit enfin trouvée. En dévalorisant ses parents, dont il est le fruit, l’adolescent se dévalorise lui-même et perd tout repère interne.
— La violence traduit toujours un trouble des limites, une confusion entre soi et l’autre qui accentue le sentiment de l’adolescent de ne plus s’appartenir.

Il est donc vain et nocif de penser qu’éviter le conflit en laissant l’irrespect et, à plus forte raison, la violence de l’adolescent sans réponse va l’apaiser et faciliter le maintien d’une bonne entente et d’un lien de compréhension avec lui. C’est toujours le contraire qui se passe. Le respect s’acquiert dès la petite enfance et les premières insolences du préadolescent ou de l’adolescent appellent une réponse immédiate des parents. Plus la réponse est tardive, plus elle sera difficile et risque d’engendrer la violence. Les parents ne sont pas faits pour être des copains, mais des adultes capables d’éduquer, c’est-à-dire de transmettre, avec l’affection, des valeurs et des limites. Et ceci implique qu’existe une confiance de l’enfant en l’adulte. Cela signifie que l’enfant ne doit jamais être utilisé par l’adulte pour ses propres satisfactions, sexuelles bien sûr, mais aussi d’amour-propre et d’ambition personnelle. Tout manquement du parent à ce respect de l’enfant comme sujet différent de lui ne peut que disqualifier l’adulte.

Le respect de la différence des générations est un garant de l’autonomie et donc de la liberté future de l’enfant. Insulter et frapper un parent, tout comme d’ailleurs des gestes ou des propos à tonalité sexuelle à son égard, ont une signification particulièrement grave. Cela appelle une réponse immédiate, ferme et sans ambiguïté de la part des parents. Une explication doit s’ensuivre. Si l’adolescent persévère et ne comprend pas l’avertissement, une intervention extérieure s’impose, notamment une consultation psychiatrique. L’impossibilité de se contenir peut signifier le début d’un trouble psychiatrique, notamment psychotique, et montre toujours que l’adolescent n’a plus les moyens de contenir ses impulsions. Il doit être aidé (si nécessaire avec des médicaments).
Les parents ne doivent pas dire «On ne peut pas continuer comme ça », et cependant continuer. Or force est de constater que beaucoup de parents supportent l’intolérable par fatigue, lassitude, ou même dépression et par peur de gestes plus graves. Cela traduit généralement l’existence d’importants conflits familiaux, souvent très anciens.
Parfois, l’un des parents, ou les deux, va mal et a lui-même des conduites violentes qu’il lui est impossible de contrôler. Dans d’autres cas, le conflit parental est plus latent. Un des parents, en général le père, fuit la situation et évite de se positionner face à l’adolescent par crainte de se voir reprocher sa conduite par ce dernier et par sa femme. Sans le vouloir, celle-ci peut être conduite à éviter le conflit direct avec son mari, mais utilise l’enfant comme porte-parole de sa soufance. Il se crée alors une complicité entre l’adolescent et l’un des parents, le plus souvent la mère… L’adolescent, piégé par la situation, se fait l’instrument inconscient d’une vengeance sans comprendre ce qui lui arrive. Dans un premier temps, la mère se montre trop compréhensive à l’égard d’une révolte qu’elle partage au fond d’elle-même, et cherche à excuser son enfant et à le protéger de la colère de son père. Mais, très souvent, dans un deuxième temps, l’adolescent envahi par une
tension intérieure dont il ne comprend pas la cause, et affolé par cette excessive proximité maternelle, retourne son agressivité contre sa mère elle-même.
Un parent ne peut et ne doit pas accepter d’être insulté ou battu par son enfant. Ces situations appellent des soins qui sont possibles et que Ton doit mettre en place. Les refuser n’est pas acceptable. Il faut toutefois savoir qu’il sera difficile d’apporter une solution durable et satisfaisante sans un travail de réflexion sur le fonctionnement familial et la nature des liens entre les membres de la famille.

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