Quand l'adolescence commence-t-elle et quand se termine-t-elle

Quand l’adolescence commence-t-elle et quand se termine-t-elle?

Le début de l’adolescence est relativement facile à déterminer : il correspond aux premières manifes-
tations de la puberté, c’est-à-dire aux premières expressions des caractères sexuels dits secondaires.
En revanche, la fin de l’adolescence est beaucoup plus difficile à délimiter. On ne la détermine plus en référence à un phénomène physiologique, la puberté, mais à un phénomène psychologique, individuel et social.
Elle varie donc avec le temps, les modes d’organisation sociale et les cultures. Il faut faire appel à l’histoire pour illustrer la constance de la puberté opposée à la diversité de l’adolescence proprement dite, expression psycho-sociale de la première. On ne peut qu’être frappé par la permanence avec laquelle les sociétés ont pris soin d’encadrer soigneusement ce passage de l’enfance à l’âge adulte, comme si toutes pressentaient ce que cette période de mutation, de flottement, comporte d’ouverture possible et donc de danger potentiel pour la transmission de la culture. Elles
ont cherché à l’organiser en offrant aux adolescents un modèle «initiatique», à la fois balisage du chemin à parcourir et figuration de la transformation qui les affecte. Pendant longtemps, l’entrée dans la vie active et l’engagement conjugal ont scellé la fin de l’adolescence. Jusqu’à ces dernières décennies, un certain nombre d’épreuves et de cérémonies venaient scander les étapes de l’adolescence et avaient valeur de rites initiatiques : la communion solennelle, préfiguration du mariage
– surtout pour les filles -, le service militaire pour les garçons, mais aussi certains examens scolaires, comme le certificat d’études qui, dans la première moitié du XX’ siècle, équivalait, pour une majorité d’élèves, à une entrée immédiate dans la vie professionnelle, rôle du baccalauréat par la suite.

Le contexte social des dernières décennies a beaucoup changé et a contribué à donner aux adolescents
une place de plus en plus importante. Il correspond à l’adolescence des enfants du « baby-boom» de l’après-guerre et à l’émergence d’une « classe des jeunes» : les teen-agers. En effet, cette explosion démographique coïncide avec un allongement du temps de l’adolescence et une dissociation croissante entre adolescence et temps physiologique de la puberté. Si la puberté s’annonce, sinon toujours comme une crise, du moins comme le point de départ d’un indéniable changement, la fin de l’adolescence serait plutôt, à l’opposé, l’affirmation progressive, à l’instar des traits physiques, des traits de caractère et des assises affectives et professionnelles. Cette affirmation, en tant qu’elle est réduction des multiples possibilités qu’offre l’adolescence, sera toujours plus ou moins bien vécue.
L’adolescence aura donc une forte propension à s’étirer dans une postadolescence qui prolonge indûment ce moratoire entre la dépendance de l’enfant et les engagements de l’adulte. On assiste, en effet, à une prolongation de ce que l’on a appelé «les statuts transitoires», qui concernent aussi bien les études, le mariage, le premier enfant que le logement. Ces postadolescents, de plus en
plus nombreux, restent au domicile parental de plus en plus longtemps. Selon l’INED (Institut national des études démographiques), à 18-19 ans, la grande majorité des jeunes vivent toujours au domicile familial. Entre 20 et 24 ans, 50% des filles et 60% des garçons habitent encore chez leurs parents, et 14% des jeunes se réinstallent dans leur famille au cours des cinq années qui suivent le départ de la maison familiale (chiffres pour l’année 2000). L’allongement de la scolarité, l’entrée de plus en plus tardive dans la vie professionnelle et/ou maritale participent également de cette tendance. Mais le facteur le plus déterminant paraît être le moratoire imposé par le flou et l’indétermination du mode de vie futur de l’adolescent. Car c’est la première fois, dans l’histoire de l’humanité, qu’à une si grande échelle, le destin d’une génération n’est pas perçu comme devant être pour l’essentiel une répétition à l’identique du mode de vie de la génération précédente.

L’allongement de l’adolescence conduirait donc à une dissociation de plus en plus marquée entre la
puberté, étape physiologique de la maturation corporelle dont l’importance se relativiserait, et le phénomène essentiellement psychosocial qu’est l’adolescence proprement dite. Simultanément, les rapports parents-enfants changent profondément ; les barrières intergénérationnelles s’effacent. La plus grande liberté des mœurs, la fragilisation des limites et des interdits, la dilution des valeurs
conjuguent leurs effets avec ceux de l’accroissement des exigences de réussite individuelle. Cet ensemble de facteurs expose davantage l’adolescent, confronté à ses seules ressources personnelles, et l’empêche de trouver, dans la soumission aux contraintes ou l’adhésion aux valeurs de la société, une voie toute tracée d’expression de ses besoins de dépendance et de sécurité. Besoins qui vont, de ce fait, s’exprimer au grand jour d’autant plus violemment.

En ce qui concerne la famille, l’évitement des conflits et la perte de la médiation que représentait le consensus social sur les règles de vie favorisent la création d’une ambiance familiale pseudo-consensuelle et l’enchevêtrement des générations. S’y ajoutent les effets du contrôle de la procréation, qui permettent de programmer la naissance et de choisir le nombre d’enfants. Dès lors, l’enfant voulu, presque choisi, peut faire l’objet d’un surinvestissement de la pan de ses parents. Plus qu’autrefois, il est en contact avec leur vie privée, leurs états affectifs, et il n’est pas rare qu’une fois adolescent, il soit associé à leur intimité, voire que ceux-ci, dans un souci de transparence, le mettent au courant des aléas de leur vie privée, abolissant ainsi la différence des générations. Il s’ensuit une certaine « parentification » des enfants, utilisés à des fins de réassurance affective. Les parents peuvent chercher en eux une compensation à leurs difficultés personnelles, qu’elles soient professionnelles, amoureuses ou familiales. Tout ceci contribue à renforcer une situation d’osmose émotionnelle entre l’enfant et ses parents qui accentue la dépendance affective du premier sans qu’aucune limite ne vienne plus s’interposer. Ce phénomène est encore aggravé à l’adolescence par le fait que les parents d’adolescents sont souvent confrontés à leur propre crise, celle du milieu de la vie.
L’adulte essaie de surmonter sa dépression en reportant ses conflits sur ceux de l’adolescent, le considérant comme un prolongement de lui-même ou comme un représentant parental. Cela explique pourquoi les parents refusent de plus en plus d’entrer en conflit avec les adolescents. Ils veulent avant tout trouver en eux un soutien et la confirmation qu’ils sont de bons parents. En agissant ainsi, ils privent l’adolescent de son agressivité, empêchent sa quête, parfois violente, mais nécessaire, d’autonomie et la conquête d’un monde qui soit à lui et non pas confondu avec celui de ses parents. On l’aura compris : dans l’intérêt porté à l’adolescent se cache souvent le regard nostalgique de l’adulte qui essaie de retrouver sa propre jeunesse, voire de vivre ses désirs à travers l’adolescent, pervertissant ainsi sa relation avec lui. On peut donc considérer que l’accroissement numérique de la classe des «jeunes », comme l’évolution libérale de la société, ont mis en cause les règles éducatives qui régissaient jusqu’alors les rapports entre les générations. De nouvelles formes de médiation sont apparues pour gérer à la fois la distance relationnelle et les conflits de générations. Le domaine de la psychologie en représente une des variantes.

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