Elle rougit dès qu'elle est émue. Est-ce normal

Elle rougit dès qu’elle est émue. Est-ce normal?

Rougir n’a rien d’anormal, mais celui ou celle qui rougit peut en éprouver une gêne. Bien que plus
fréquent chez les filles, qui d’ailleurs le tolèrent mieux, ce phénomène concerne aussi les garçons.
Le rougissement est une des manifestations typiques de la puberté et apparaît spécifiquement avec elle. Il est un des exemples de cette trahison du corps qui, pour l’adolescent, dévoile aux yeux du monde les pensées et désirs de son monde intérieur. Il est devenu la scène sur laquelle ses rougeurs sont en quelque sorte le phare qui révèle ses émois intimes.
Le rougissement – et la honte qui l’accompagne – sont l’une des manifestations les plus remarquables de la crainte, si centrale à l’adolescence, de perdre le contrôle de ses émotions et, au-delà, de tout ce qui est intérieur. Cette crainte contribue à la peur et au rejet d’émotions que l’adolescent associe à la fois à une régression infantile et à une perte de contrôle qui expose au regard des autres son intimité corporelle.

L’important est que l’adolescent(e) ne se focalise pas sur sa rougeur et n’en fasse pas un élément déterminant de sa relation aux autres. Moins il (ou elle) y attachera d’importance et plus elle disparaîtra rapidement; elle pourra même être un charme plus qu’une entrave. Malheureusement, l’adolescent risque de lui accorder d’autant plus d’importance qu’il a moins confiance en lui et se trouve donc davantage en quête du regard des autres. L’intensité même de l’envie d’être regardé(e) et
du plaisir qu’il (ou elle) pourrait en tirer peut se transformer en une source de déplaisir.
L’adolescent(e) pense que tout le monde le (ou la) regarde et, à cause de sa rougeur, il (ou elle) peut ressentir un sentiment de honte, de ridicule, voire même de persécution. Si l’adolescent(e) a conscience que sa gêne est proportionnelle à son envie d’être regardé(e), il (ou elle) peut et doit chercher à se donner les moyens d’être vu(e) et apprécié(e) comme il (ou elle) le souhaite, c’est-à-dire pour ses qualités et non pour son malaise.

Teenage girl being bullied

Mon fils est petit, ma fille est enrobée. Ne vont-ils pas être la risée de leurs camarades?

Les différences d’apparence physique sont à la fois exacerbées par les effets de la puberté et particulièrement mal tolérées par les adolescents. C’est leur image d’eux-mêmes qui est enjeu, à une période de leur vie où ils ont l’impression qu’elle remet en cause leur identité elle-même, et leur identité sexuelle en particulier. Ce n’est donc pas un hasard si les complexes des garçons se focalisent surtout sur leur taille, généralement associée à la virilité, et les complexes des filles sur leur poids. Ces complexes font l’objet des plaintes les plus habituelles, mais ils ne sont pas les seuls qui peuvent affecter les adolescents : toutes les différences physiques sont susceptibles de cristalliser les inquiétudes et les insatisfactions des adolescents.

En effet, les adolescents sont particulièrement sensibles à ces différences ; c’est pourquoi ils s’en emparent immédiatement chez leurs camarades, pour se démarquer d’eux et se rassurer en se moquant de quelqu’un qui semble plus en difficulté qu’eux. On ne peut qu’être frappé par la férocité apparemment croissante dont font preuve les jeunes les uns envers les autres, férocité qui s’exerce surtout sur leur apparence physique. Du moins, ils ne sont peut-être pas plus féroces qu’ils ne l’étaient autrefois, mais ils l’expriment beaucoup plus directement et ouvertement que par le passé. On peut y voir un effet de la dissolution des valeurs traditionnelles, au détriment de la réussite scolaire sur
laquelle semble devoir primer l’allure physique, le «look» étant ce qui valorise un adolescent auprès de son groupe d’âge. Les tenues vestimentaires, sacs, baskets et autres accessoires marquent l’appartenance d’un adolescent à un groupe et participent largement à sa reconnaissance, tous signes qui deviennent particulièrement contraignants du fait de leur formalisme à l’âge même où, paradoxalement, les jeunes se voudraient libérés de toute influence et de toute dépendance.

Quoi qu’il en soit, malheur à celui qui n’est pas conforme aux règles implicites de ce nouvel establishment. Il devient rapidement l’objet de moqueries et de mesures vexatoires : ses « défauts » lui sont clairement énoncés et jetés à la figure sans fard et sans ménagement.

Or la puberté est en elle-même l’instigatrice d’inégalités les plus diverses chez les adolescents. Ses effets se font sentir à un rythme et sous des formes extrêmement variables d’un individu à l’autre, favorisant ainsi des décalages importants. Une puberté un peu tardive ou trop précoce contribue à marginaliser celui ou celle qui en est affecté. Un écart de 5 à 6 années, ce qui est
considérable à cette période de la vie, peut creuser un fossé important entre les adolescents : une puberté qui débute précocement vers l’âge de 10 ou 11 ans peut favoriser l’apparition de troubles divers (dépression, isolement, troubles du comportement alimentaire et/ou sexuels, comme les conduites de provocation qui se rencontrent surtout chez certaines adolescentes), tandis qu’un retard de la puberté fait paraître celui qui le subit comme un enfant aux yeux de ses camarades, alors
même qu’ils sont parfois beaucoup moins matures affectivement et psychologiquement que lui. Un retard dans l’apparition des caractères sexuels secondaires peut être particulièrement mal vécu par les
garçons, et peut les mener à déprimer, à s’isoler ou, au contraire, à chercher à compenser ce qu’ils vivent comme un handicap en s’agitant et en attirant l’attention sur eux par une attitude, des propos ou des gestes provocants censés les valoriser aux yeux de leurs camarades. Chercher à compenser ses complexes physiques en mangeant trop peut également conduire à des difficultés semblables, du fait notamment de la prise de poids qui en résulte. Car l’obésité par exemple, quels qu’en soient les multiples facteurs, prend dès le plus jeune âge une signification dans la relation aux autres. Elle peut être une sorte de rempart ou de carapace qui protège l’adolescente d’une confrontation trop directe à la sexualité et à la séduction ; mais elle peut aussi avoir une valeur masochiste, car elle permet d’attirer le regard (ce que désire l’adolescente) mais sur un mode douloureux, dévalorisant. Les réactions négatives des autres contribuent plus souvent à renforcer ce comportement masochiste qu’à motiver l’adolescente pour qu’elle se donne les moyens de la séduction qu’elle a envie d’exercer. A moins qu’elles ne la poussent à adopter, par défi, la réaction inverse, c’est-à-dire une conduite anorexique.

Les parents doivent être conscients que toute « anomalie» physique, qu’elle soit réelle ou vécue comme telle par l’adolescent, peut être pour lui source de difficultés psychologiques et de souffrance. Mais ce n’est qu’une potentialité, et non une règle sans exceptions ; il ne faudrait donc pas que les parents en soient plus préoccupés que l’adolescent lui-même. Certains parents harcèlent littéralement leurs enfants, par leurs regards désapprobateurs, leurs remarques diverses ou des com-
paraisons vexantes. Ils risquent alors de transformer un léger problème de poids par exemple (rondeurs de la jeune fille ou chétivité du garçon) en l’enjeu d’une lutte de pouvoir entre parents et enfants du même sexe. Ce n’est pas aider leur enfant à avoir confiance en soi et en ses capacités à changer pour obtenir ce qu’il désire. Faire semblant de ne rien voir n’est pas non plus une solution. Entre ces deux attitudes quelque peu extrêmes, il est possible d’attendre patiemment et tranquillement la bonne occasion pour parler du problème physique en question. I! faut le faire en étant à l’écoute de ce que ressent l’adolescent, en l’aidant à relativiser la situation et en lui témoignant la confiance que l’on place dans ses capacités à trouver un jour, en sachant ne pas se précipiter, un équilibre satisfaisant. Il peut au besoin chercher à l’extérieur une aide appropriée,
conseils d’amis, activités sportives ou artistiques, ou encore psychothérapie… ce choix lui appartient.

Il faut par contre éviter de chercher à faire alliance avec l’adolescent(e) contre les autres, les camarades indélicats, car cela ne ferait que contribuer à l’enfermer dans un sentiment de persécution qui, pour être justifié, n’en est pas moins toujours un piège dangereux qui peut l’encourager à s’isoler et à se replier sur sa seule famille. Mieux vaut l’aider à relativiser ces critiques, à s’en jouer si possible avec humour et, surtout, à ne pas dédaigner ses atouts et ses qualités sous prétexte qu’il a peut-être quelques défauts. Bien sûr, cela ne suffira pas à l’apaiser comme par magie, mais les parents doivent pouvoir croire à l’influence bénéfique du temps qui passe sans exiger de leur enfant qu’il adhère lui aussi, avec son peu de recul, à leur vision positive des choses.
Car les parents sont les garants à moyen et à long terme des potentialités de leur enfant et de son épanouissement. Même s’ils sont eux-mêmes blessés dans leur amour-propre par ses difficultés présentes, ils ne doivent surtout pas perdre de vue qu’il leur revient à eux d’abord de croire, de manière réaliste mais inébranlable, dans les ressources de l’adolescent.
La fermeté de leur position est pour l’adolescent le meilleur moyen de se rassurer, même s’il cherchera toujours obstinément à mettre en doute et à tester la conviction de ses parents.

Rien ne l'intéresse. Que faire

Rien ne l’intéresse. Que faire ?

Il est très déconcertant, pour des parents qui ont en général tendance à imaginer qu’un adolescent se passionne pour tout, de constater que leur enfant a l’air de ne s’intéresser à rien. Ce genre d’ennui chronique s’installe progressivement, souvent dès le début de la puberté. Les adolescents qui en sont affectés, majoritairement des garçons, n’expriment aucune critique ni aucune motivation. Ils se contentent de faire le minimum vital pour être accepté aussi bien à l’école que chez eux. Ils ne savent pas ce qu’ils feront plus tard. Ils ne paraissent pas intéressés par la vie et disent ne pas appréhender la mort, se reprochant volontiers de ne pas avoir assez de courage pour se suicider. Mais, paradoxalement, il n’est pas rare qu’ils s’inquiètent ou même paniquent au moindre bobo. Ils ne supportent pas d’être malades, menacent de s’évanouir à la perspective d’une simple piqûre et se préoccupent avec insistance du bon fonctionnement de leur corps.

L’humeur d’un tel adolescent est souvent changeante et peut osciller entre une certaine euphorie, en général passagère, et un état maussade, sarcastique et pessimiste, plus habituel. Certains troubles du caractère affectent couramment sa personnalité : susceptibilité et irritabilité fondamentales, moments de franche agressivité, voire de violence, le plus souvent dirigées contre les personnes les plus proches affectivement. Cet adolescent adopte deux types d’attitudes :
— l’une plus apathique, indifférente, flegmatique et distanciée, non dépourvue d’humour, calme et plutôt gentille en apparence, mais qui peut être dissimulatrice ;
— l’autre plus capricieuse, toujours à vif, susceptible et irritable, plus coléreuse et agressive.
Que se passe-t-il pour ces adolescents ? Il faut d’abord bien différencier ceux dont l’absence d’intérêt renvoie à un contexte dépressif et ceux pour lesquels elle est liée à une évolution psychotique de type schizophrénique. Dans le premier cas, l’absence d’intérêt s’accompagne de signes manifestes de souffrance psychique, de ce que l’on appelle une douleur morale, faite d’autocritique, de dévalorisation et d’auto-accusation, souffrance psychique doublée d’un abattement physique et d’un ralentissement des pensées comme des gestes. Il faut prendre en compte de possibles antécédents familiaux de dépression.
Dans le second cas, ce sont les bizarreries de pensées ou d’attitudes, l’hostilité franche et incontrôlée, la chute du rendement scolaire et des possibilités intellectuelles, le retrait social prononcé, le refus du contact qui doivent alerter. Ils n’excluent cependant pas des signes dépressifs.
La consultation d’un psychiatre et un traitement spécifique, notamment médicamenteux, s’imposent dans
les deux cas.

Ils ne sont en revanche pas nécessaires dans la majorité des situations qui ne correspondent pas à ces franches pathologies. La réponse adaptée sera davantage de l’ordre d’une modification de l’environnement et d’une psychothérapie. L’aspect réactionnel de ce syndrome du désintérêt de l’adolescent semble en effet si manifeste que l’on en a fait le signe de reconnaissance de ce que l’on a appelé la «bof génération». Comme si la combinaison de la morosité classique de l’adoles-
cence avec les conséquences de la libéralisation des moeurs (moins d’interdits mais plus d’exigences de réussite individuelle) avait abouti à ce tableau d’une grève des motivations sans révolte réelle.

Pas d’opposition directe dans ce désintérêt, mais une insatisfaction chronique et une mise en suspens des désirs justement au moment où les possibilités d’expression en devenaient plus libres. A cette plus grande liberté sociale correspond souvent, dans les familles de ces jeunes, une absence de limites et une relation de grande proximité affective, notamment entre mère et fils. Mais proximité affective ne signifie pas sécurité affective. Il n’est pas rare que les relations soient marquées, surtout dans la petite enfance, par un certain nombre d’épisodes dépressifs vécus par la mère. Son fils aura alors été chargé de compenser, de façon plus implicite qu’explicite, tels ou tels frustrations, manques ou déséquilibres affectifs qui concernaient le couple parental. La mère demande à l’enfant d’accomplir une impossible réparation. S’ensuit une relation de captation affective de l’enfant qui n’apporte pas de réponse équilibrée à la réalité de ses besoins, et qui s’installe au détriment d’une relation triangulaire — où le père mais aussi d’autres adultes ou camarades devraient avoir leur place – qui apporterait plus de souplesse et d’ouverture.

A l’adolescence, l’enfant a repris à son compte l’anxiété maternelle. Il est dépendant de cette relation privilégiée à sa mère qui l’accapare et le flatte en même temps. Il peut d’autant plus difficilement s’en sevrer qu’il n’a pas appris à compter sur ses ressources propres et à les apprécier. Plus il est incertain de ses capacités, plus il sent le besoin de se raccrocher comme autrefois à une mère qui lui laisse penser qu’il lui est indispensable. Mais, à cet âge, ce besoin est insupportable. L’insatisfaction affichée et le refus de tout désir s’imposent comme un compromis possible sinon idéal. Ce compromis permet en effet à l’adolescent, par son apparente absence de désirs et de motivations, de prendre ses distances avec sa mère et les adultes en général, tout en les obligeant à s’intéresser à lui du fait de l’inquiétude qu’il provoque.

Au fond, au «Rien ne m’intéresse…» proclamé par l’adolescent correspond en réalité un : «J’aurais voulu être tellement intéressant pour tout le monde que je ne pourrais qu’être déçu. Si rien ne m’intéresse, ce n’est pas moi qui risque d’être décevant et déçu, ce sont les autres et le monde en général. » Il est d’ailleurs frappant de constater combien ces adolescents peuvent être susceptibles et réactifs aux attitudes des autres à leur égard. Mais, longtemps, ils réagiront davantage aux attitudes négatives qu’aux marques d’intérêt, perçues comme une tromperie potentielle.

La solution à cette apathie réside dans l’ouverture, parfois forcée, à des relations nouvelles, de préférence à des relations extra-familiales, pour sortir l’adolescent du cercle des attentes déçues. Relations qui lui permettent, hors du contexte affectif habituel, d’entrer en contact avec des envies et des désirs qu’il percevra comme siens et non plus comme l’enjeu de relations passionnées ancrées dans le passé. S’il est envisagé suffisamment tôt, avant que des échecs scolaires répétés n’aient trop marginalisé l’adolescent, le pensionnat peut être un recours intéressant. Le jeune homme y trouve le soutien dont il a besoin, un encadrement et des limites rassurantes, une ambiance affective plus légère que chez lui et propice à l’établissement de liens nouveaux.

Il ne parle pas...Comment dois-je réagir

Il ne parle pas…Comment dois-je réagir?

Nombre de parents s’inquiètent du silence de leurs enfants à l’adolescence. Mais, du point de vue de
beaucoup d’adolescents, à quoi bon parler si Ton ne sait pas bien ce que l’on aurait a dire… Ou encore, à quoi bon parler r « on a tant de choses à expliquer que l’on ne sait pas p*r où commencer… La plupart du temps, qu’ils soient timides ou pas, les adolescents ne prennent pas la parole alors qu’ils rêvent de pouvoir enfin se confier à une personne qui les comprendrait. Une sorte de double, un grand frère ou une grande sœur… Et, à défaut, ils – et plus souvent elles – noircissent les pages
d’un carnet intime, quelquefois avec le secret espoir qu’il soit enfin découvert et lu. Nous sommes donc toujours en présence de la même contradiction : l’attente confuse d’être deviné opposée à la peur d’être transparent, à la merci des autres. Il ou elle ne parle pas, mais ne supporte pas plus qu’on lui parle et, moins encore, que les autres se parlent et qu’il se sente de ce fait d’autant plus exclu. Paradoxalement, rien n’est plus « communicatif » que le mutisme d’un adolescent. Son silence suffit à transformer l’ambiance de toute une famille. Il se crée immédiatement une tension qui fige tout le monde et empêche les parents d’être naturels. Si personne ne parle, l’adolescent se plaint de la morosité ambiante, mais si l’on parle et que l’on plaisante, il ne voit pas ce
que la situation a de drôle et relève le manque total d’intérêt de ce qui est dit. Dans ces conditions, comment trouver la bonne distance? Souvent en ayant recours à un tiers ou à toute autre forme de médiation possible. Patience et humour ont raison en règle générale de ces blocages temporaires.
En revanche, s’ils persistent, ou s’il s’agit d’un changement brutal de comportement chez un adolescent jusqu’alors volubile, il faut considérer ce mutisme comme un symptôme et chercher à le contrer par les ressources propres de la famille ou l’appel à une aide extérieure.

Cette médiation peut se trouver au sein même de la famille. Ainsi, tel adolescent qui ne parle pas en présence de sa mère se confiera plus volontiers à son père, ou à un grand-parent, ou à telle ou telle personne significative de son entourage. L’important reste que la personne avec qui le dialogue est le plus difficile ne le vive pas comme une attaque personnelle et ne réagisse pas, à l’image de
l’adolescent, en s’enfermant à son tour dans le silence. Comprendre le blocage d’un adolescent aide à
prendre de la distance par rapport à ses réactions. Cela permet de ne pas en faire une affaire personnelle et autorise quelqu’un de moins directement impliqué à intervenir plutôt que de se culpabiliser sans fin et de chercher à tout prix à changer pour se conformer au mieux aux attentes supposées de l’adolescent. Cette dernière attitude, d’ailleurs, ne fait bien souvent qu’accroître le besoin d’opposition de l’adolescent qui se renfermera encore davantage sur lui-même pour échapper à l’emprise de ses parents.

Ma fille est timide... Que faire

Ma fille est timide… Que faire?

La timidité n’est pas une maladie. Elle correspond habituellement à une réaction possible de l’adolescent face à une situation nouvelle qu’il a l’impression de ne pas bien contrôler. Envahissante et croissante, la timidité peut cependant révéler de graves difficultés qu’il faut savoir prendre en compte.
La timidité n’est pas propre à l’adolescence. Elle se manifeste plus particulièrement à certaines périodes du développement de l’enfant. La puberté en est un moment privilégié. On s’accorde à considérer comme le premier prototype de la timidité ce que l’on appelle «l’angoisse du 8e mois». C’est-à-dire cette période, située entre 6 mois et 1 an, où le bébé manifeste de la peur devant tout ce qui est étranger aux figures qui peuplent son environnement quotidien. Cela correspond à sa prise de conscience progressive de l’existence propre et distincte de lui des personnes qui lui sont familières,
en particulier de sa mère. Parallèlement, il prend conscience de son existence propre. Mais, en même
temps que cette prise de conscience, survient celle que sa colère et son agressivité s’adressent également à la personne qui lui donne du plaisir, des soins, et qu’il aime. Dans un effort pour protéger la personne aimée, l’enfant projette le mauvais sur l’étranger, l’inconnu. Il est frappant de constater que des bébés qui focalisent le mauvais sur un élément précis — par exemple la nour-
riture, dans le cas de l’anorexie précoce du nourrisson — n’ont pas cette peur de l’étranger et se montrent au contraire particulièrement avenants.

Par la suite, à certains moments clés de son évolution, l’enfant va retrouver des mécanismes semblables en tentant de projeter ce qui l’inquiète sur le non-familier. La timidité en est une manifestation. Ces moments clés correspondent à des périodes qui sollicitent particulièrement l’ambivalence des sentiments de l’enfant, c’est-à-dire la cohabitation de sentiments opposés tels
que l’amour et la haine, le désir de se rapprocher et le désir de repousser projetés sur une même personne, en général une personne à laquelle il est particulièrement attaché et dont il est très dépendant, de préférence la mère. Il est ainsi habituel de voir apparaître des phases de timidité entre 3 et 6 ans, au moment où l’enfant est tiraillé entre son désir de relation privilégiée avec sa
mère et l’envie de plaire et de séduire d’autres personnes, dont son père, mais avec la crainte que ces désirs nouveaux ne lui fassent perdre l’amour maternel, qu’il voudrait exclusif.

La timidité représente un compromis entre ces désirs contradictoires qui le conduisent à faire le contraire de ce dont il aurait envie : se mettre en retrait là où il aimerait être le premier et faire la conquête de ce monde nouveau qui le tente. Ce retrait attire l’attention, mais sur un mode masochiste : l’enfant attend inconsciemment de l’autre qu’il agisse comme il aurait aimé le faire, vienne vers lui et fasse preuve d’une attitude conquérante. Ce mouvement d’inversion du désir en son contraire est bien illustré par le fait que lorsque le timide arrive à dépasser sa timidité (parce qu’il a un peu bu, que l’ambiance s’y prête, qu’il a été mis en confiance ou pour toute autre raison), il est habituel qu’il, ou elle, se montre particulièrement prolixe, expansif, qu’il lui soit
même parfois difficile de trouver les limites, la bonne distance.

Il y a dans cette attente et cette mise en scène masochiste de la timidité quelque chose de plus spécifiquement féminin et désigné comme tel par notre culture : l’effarouchement qui s’accompagne d’une séduction faussement dissimulée. Peut-être est-ce pour cela que la question est venue naturellement sous la forme : « Ma fille est timide », et non pas « Mon fils est timide ». Chez la jeune fille, toute poussée de timidité correspond en général à des moments d’attrait accru pour le
père alors même que cet attrait apparaît contradictoire avec une importante dépendance affective à la mère.
Mais la timidité existe aussi chez le garçon ! Elle est d’ailleurs souvent ressentie comme quelque chose de féminin, sentiment qui ne fait que l’aggraver par ce qu’il implique de position passive d’attente. Ce sentiment s’explique probablement aussi parce que, pour l’adolescent, cette timidité s’adresse aux autres hommes, auxquels il aimerait plaire, pour recevoir d’eux ou leur dérober la force et le pouvoir qu’il leur prête.

L’adolescence est un moment privilégié d’expression de la timidité : la puberté vient exacerber l’ambivalence des sentiments ainsi que les désirs de séduction et de pouvoir. La sexualisation du corps ne fait qu’accroître désirs et craintes. Elle contribue à une implication particulière du corps qui se manifeste sous une forme spécifique à cet âge, même si elle peut perdurer bien au-delà : la rougeur.
Celle-ci est symbolique de la problématique de la timidité. Elle vient révéler au grand jour et aux yeux de tous ce que l’adolescente voulait cacher : qu’elle est affectée par la situation. Alors qu’elle voulait paraître froide et indifférente, la rougeur, mais aussi la gêne et la gaucherie propres à cet âge, viennent signaler à quel point elle se sent en réalité concernée par le regard des
autres. Et si elle se sent concernée, c’est bien parce qu’elle est en attente de ce regard. Mais au lieu d’être triomphale, cette attente se transforme de façon masochiste en désastre. Désastre qu’elle s’exagère, évidemment, mais que cette exagération ne fait qu’accentuer. De se sentir rougir aggrave le rougissement. La honte, autre émotion liée à la timidité et elle aussi spécifique à l’adolescence, est la traduction psychique du malaise physique.
La timidité est l’expression de la conscience par le Moi de sa faillite à maîtriser ses émotions et la révélation de sa faiblesse et de son impuissance à répondre aux exigences de ses idéaux. Ceux-ci se sont construits à partir de l’image idéalisée que l’adolescent a de la personne à laquelle il est le plus attaché et qui lui sert de modèle de référence.

Attention, cependant : il ne faut surtout pas dramatiser la timidité, réaction relativement naturelle qui a ses avantages, puisqu’elle aide l’adolescente à contrôler ses élans. A condition que celle-ci puisse progressivement dépasser sa gêne. Le meilleur moyen est qu’elle prenne confiance en elle et s’autorise à s’affirmer sans craindre pour autant de perdre l’estime, la protection et l’amour
de la ou des personne(s) dont elle redoute le jugement. Ces personnes étant le plus souvent ses parents, le dépassement est plus aisé à l’extérieur de la famille. C’est pourquoi il est utile d’inciter les timides à sortir du cocon familial. La surprotection, qui se veut bienveillante et compréhensive, est toujours néfaste et ne fait qu’aggraver la situation, renforçant la dépendance de l’intéressé(e). La meilleure aide que sa famille puisse apporter à un enfant timide est de savoir parfois, avec tact et mesure, forcer les choses et, en quelque sorte, lui prescrire de sortir pour se donner l’occasion du plaisir et de la valorisation qu’il désire mais qu’il n’ose pas s’accorder de lui-même.

Là où l’adolescent(e) craint inconsciemment l’interdit parental, la prescription du parent vient transformer en obligation ce qui est désiré. Le désir, paradoxalement, en devient plus acceptable.

Il n'a envie ni de rire ni de s'amuser. Que faire

Il n’a envie ni de rire ni de s’amuser. Que faire?

Voilà une situation frequente à Tadolescence qui ne doit pas systémariqucment inquiéter : il est normal
d’avoir des moments de tristesse et de repli sur soi. Il est meme imporunt que ces moments puissent ètre dépassés par Tadolesccnt et supportés par l’entourage. Ne pas accepter ses moments de deprime, c’est risquer de taire croire à l’adolescent que ses parents sont trop fragiles pour cela et qu’il se doit en quelque sorte de faire bonne figure pour ne pas les accabler. C’est faire de l’adolescent le « thérapeute » de ses parente, róle écrasant qui le contraint à se sacrifier pour eux. Il n’est pas non plus souhaitable cependant que les parente abandonnent l’adolescent à son malaise. Tout ce qu’un adolescent laisse paraìtre a, en effet, une valeur de message adressé à son entourage. Et ne pas y
répondre revient à laisser l’adolescent seul face à ce qui risque de le submerger. Il y a donc, une fois de plus, un équilibre à trouver entre dramatiser et méconnaitre. Cet équilibre est fonction de la durée, de l’intensité mais aussi des répercussions de cet état sur l’ensemble des activités de l’adolescent.

Ne pas pouvoir manifester de joie ou de plaisir, ni participer à ceux des autres, témoigne d’une crispation de l’adolescent, débordé par ce qui se passe en lui. Il se sent menacé et mobilise son énergie pour contenir à l’intérieur de lui des émotions qu’il se sent incapable de maîtriser. Ces émotions sont le plus souvent indicibles, car faites de sentiments et d’envies contradictoires. Ce
sont ces mêmes contradictions qui expliquent le caractère délicat de la réponse à apporter au mal-être perçu chez l’adolescent. D’autant que cette réponse, l’adolescent la supporte d’autant moins bien qu’il la souhaite plus ardemment… C’est souvent l’intensité même de ce désir qui lui est la plus insupportable, comme si accepter ses attentes envers les adultes était s’y soumettre et ne plus exister par soi-même. Cette morosité est typique des passages difficiles de l’adolescence. L’adolescent souhaite qu’un adulte intervienne pour l’aider à sortir de cet état et, en même temps, il est exaspéré par cette attente… Il faudrait que, par magie, son malaise disparaisse de lui-même ! Heureusement, cela arrive parfois. Le plus souvent grâce à une intervention imprévue, indépendante des personnes les plus proches, et en particulier des parents. Elle est d’autant plus efficace qu’elle prend l’adolescent au dépourvu et qu’il ne vit pas son changement d’humeur comme une capitulation. Ce dernier point est capital et conditionne souvent la réaction de l’adolescent. D’où l’intérêt des médiations qui consistent à atteindre l’adolescent de manière indirecte. Une façon détournée de lui porter l’attention dont il a besoin sans qu’il ait à en prendre conscience. Les animaux domestiques jouent souvent un tel rôle. C’est pourquoi ils peuvent être si utiles à l’équilibre d’une famille, se faisant le vecteur de liens trop chargés affectivement pour être abordés directement. Agir ensemble en faveur de camarades en difficulté ou d’une cause extérieure permet également à l’adolescent de refaire corps avec ses parents et de se détendre sans s’en rendre compte.

Mais il est des situations où une intervention plus directe de la part des parents s’impose. Par exemple, lorsque la tristesse de l’adolescent dure, s’installe et devient pour lui une façon d’être permanente… Ou quand des répercussions se font sentir sur sa vie sociale, affective et scolaire. Les parents doivent alors savoir intervenir tranquillement mais fermement, afin de faire état de leur préoccupation.
Plus l’adolescent refuse le dialogue, plus il faut insister pour avoir une explication. Les parents peuvent avoir recours à une médiation en faisant appel à un tiers ou par le biais d’une consultation médicale chez le généraliste ou le psychiatre. Il est important de préciser à l’adolescent que cette consultation ne signifie pas qu’il soit malade mais que force est de constater qu’il ne semble pas heureux, que ses parents sont en droit de s’en inquiéter, même à tort, et que le mieux est d’avoir un avis extérieur. L’adolescent doit le faire pour ses parents, si ce n’est pour lui. Quant aux parents, il est essentiel qu’ils soient persuadés qu’il est de leur devoir d’entreprendre cette démarche et que celle-ci ne dépend pas du seul avis de leur enfant. Trop souvent, aujourd’hui, les parents, qui ont peur d’un conflit ouvert avec leur enfant, s’abritent derrière le refus de ce dernier pour ne rien faire. Ce faisant, ils l’abandonnent à son sort. Ce n’est comprendre ni l’attente qui se cache derrière cette attitude de refus, ni le paradoxe central de cet âge : que plus l’attente est grande, moins elle est acceptable parce que son intensité même la rend intolérable vis-à-vis de l’image que
l’on veut avoir de soi. Elle en devient blessante et même humiliante.

Pourquoi déteste-t-il son corps

Pourquoi déteste-t-il son corps?

C’est un fait : un certain nombre d’adolescents n’aiment pas leur corps et ne sont pas à l’aise avec lui. Ce malaise peut aller jusqu’au rejet complet, voire jusqu’à une véritable haine soit du corps dans son ensemble, soit de l’une de ses parties. Cette focalisation du rejet est bien connue des psychiatres qui l’appellent dysmorphophobie, c’est-à-dire phobie (qui signifie peur mais aussi rejet) de l’apparence, de la forme. Les appendices naturels du corps (nez, oreilles, bouche, mains, pieds) ou les parties plus nettement sexualisées (seins, fesses, hanches) sont l’objet privilégié de ces rejets. L’acné, fréquente à cet âge, peut servir de point de départ à une réaction de rejet du visage et parfois du corps dans son ensemble. Il faut la traiter et éviter qu’elle ne devienne une obsession, souvent aggravée par le comportement paradoxal des adolescents, qui ne peuvent s’empêcher de toucher à leurs boutons tout en s’en reprochant les conséquences. Mais la silhouette, le poids, la taille peuvent également être l’objet de critiques qui prennent souvent un caractère obsédant. Les adolescents qui rejettent tout ou partie de leur corps ont le sentiment qu’ils ne pourront mener une vie heureuse tant que persistera ce qui leur apparaît comme une anomalie. L’intervention chirurgicale est de plus en plus souvent vécue par ces adolescents comme le seul recours possible. Mais le malaise est souvent plus difiiis : il se traduit par le besoin de cacher ses formes sous des vêtements trop
amples, la difficulté de se mettre en maillot de bain ou encore le besoin de porter les tenues les plus neutres possibles. Comme toujours, la réaction contraire peut être, en réalité, le signe du même malaise : les adolescents qui cherchent à attirer l’attention par une tenue vestimentaire, une coiffure ou des accessoires provocants n’acceptent pas mieux leur corps que ceux qui le camouflent. Il apparaît d’ailleurs plus maltraité que mis en valeur. Ce type d’attitude vise à provoquer l’étonnement, la gêne et la désapprobation, voire la peur. Ce n’est pas un hasard, mais bien l’expression du besoin de faire naître chez l’autre, celui qui regarde l’adolescent, un regard négatif sur son physique. Ce transfert permet à l’adolescent d’éviter de prendre à son compte le rejet de son propre corps.
Sous une forme plus atténuée, l’apparence de bien des adolescents éveille la perplexité ou l’irritation : c’est, là encore, un écho de leur malaise et de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Font partie de cette difficile acceptation de leur corps en mutation la prédilection des adolescents pour le noir, couleur de deuil, les vêtements déchirés, les chaussures aux semelles démesurées. Sans
parler du goût pour les vêtements de coupe militaire que partagent même des antimilitaristes convaincus.

Le corps est le reflet des transformations psychiques de l’adolescence. Il est le révélateur de changements, concernant notamment la sexualité, qu’il n’est plus possible de nier. Cette « trahison » du corps, qui donne à voir plus qu’il ne serait souhaitable aux yeux de l’adolescent, sollicite particulièrement les tendances exhibitionnistes de l’individu. Le regard, le jeu de ce que l’on
montre et de ce que l’on cache, s’en trouvent surinvestis. C’est en général pour tenter de contrôler ce qui lui échappe que l’adolescent va choisir la fuite en avant et exhiber outrageusement un corps qui, dans l’excès même qu’il affecte, est une caricature de lui-même. Ce simulacre d’une fete du corps, qu’illustrent bien les modes adolescentes, n’est pas pour autant nécessairement négatif. Il est un aménagement possible, s’il se prête à une évolution ultérieure. Ce qu’il comporte
d’actif est préférable au retrait et au désinvestissement de l’adolescent vis-à-vis de son corps.
Mais le malaise peut aller au-delà de la seule tenue vestimentaire. L’adolescence est une période de la vie où se multiplient plus particulièrement toutes sortes d’attaques directes ou indirectes envers le corps : scarifications, brûlures de cigarettes, anorexie ou boulimie, et, bien sûr, tentatives de suicide. Remarquons que ces attaques du corps sont plus fréquentes chez les jeunes filles (trois fois plus de tentatives de suicide, dix fois plus de cas d’anorexie, quatre fois plus de plaintes concer-
nant des douleurs physiques, céphalées, maux de ventre, etc., que chez les adolescents de sexe masculin), mais plus graves chez les garçons (trois fois plus de suicides réussis, par exemple, chez les adolescents que chez les adolescentes).

Pourquoi le corps est-il l’objet privilégié de ces attaques? On perçoit aisément à quel point le corps joue un rôle de premier plan à l’adolescence, puisque son processus même est intimement lié aux transformations physiologiques de la puberté. Si l’adolescent peut se croire maître de ses pensées et
de ses idéologies, il subit son corps. Car il assiste, impuissant, à ses transformations, qu’il suit ou, au mieux, qu’il accompagne, mais dont il ne décide pas. Règles et premières éjaculations peuvent dès lors apparaître comme autant d’événements traumatiques. D’autre part, l’adolescent se voit contraint d’assumer un physique qu’il n’a pas choisi : il n’a pas choisi de naître garçon ou fille, d’être grand ou petit, brun ou blond, d’avoir des yeux, un nez, une bouche, des oreilles, etc., qui lui plaisent plus ou moins. Non seulement il ne l’a pas choisi, mais il en hérite. Le corps est en effet le fruit de l’union des parents : les ressemblances qu’on y devine sont la marque d’une appartenance familiale avec laquelle l’adolescent peut être en révolte. Chaque partie du corps, et surtout du visage, va faire l’objet de commentaires qui ont souvent pour effet d’exaspérer l’adolescent : « Tu as le nez de ta mère, les yeux de ton père, le sourire de ta grand-mère…» Y a-t-il quelque chose qui lui soit propre dans tout cela? Cet héritage peut être bien vécu si l’adolescent l’accepte et ne souffre pas de complexes trop importants. Mais s’il en est insatisfait, s’il a trop de comptes à régler avec ses parents, s’il a trop peu d’assurance, la tentation sera grande de vouloir se réapproprier ce corps hérité et subi, non pas en le mettant en valeur, ce qui supposerait que l’adolescent accepte sa filiation, mais en l’attaquant, en l’abîmant, en le déformant par le biais d’un « look » provocant (vêtements, coiffure), ou par ces marquages identitaires que sont les tatouages et le piercing, ou encore par toute autre forme d’agression. En attaquant ce qu’il a reçu de ses parents, l’adolescent se réapproprie un pouvoir égal au leur. En s’acceptant tel qu’il est, il signifie qu’il accepte aussi ses parents et ce qu’ils lui ont donné en héritage.

Cependant, dans le bouleversement que constitue l’adolescence, le corps demeure également un repère
tangible de la continuité du sujet. On se trouve alors devant ce paradoxe que le corps, du fait des modifications pubertaires, est le facteur principal des transformations qui affectent l’adolescent mais aussi un repère qui lui offre une certaine constance et demeure un garant de sa continuité.
Par ailleurs, le corps est tout à la fois ce qu’il y a de plus personnel et de plus intime, et ce qui demeure toujours quelque peu extérieur et étranger. Il obéit à l’individu, constitue son enveloppe protectrice, l’individualise et témoigne de sa continuité. Cependant, il constitue également une entrave aux désirs mégalomanes, limite et trahit celui auquel il appartient car il révèle par ses émois ce que ce dernier aurait voulu tenir secret. Il demeure le heu privilégié d’expression des
émotions. Il est langage et moyen de communication. Il donne à voir et contribue par là à assurer l’identité. Il est d’ailleurs remarquable que toute angoisse comporte une expression somatique.
En cas de conflit majeur d’identité, le corps peut servir à assurer le maintien d’une unité défaillante. La revendication du droit à la différence est un des moyens privilégiés dont dispose l’adolescent pour affermir une identité que ses conflits et sa profonde dépendance aux parents menacent constamment. Ce droit à la différence s’est essentiellement exprimé dans les années 50 et 60
par le biais de la revendication d’une sexualité différente. Actuellement, ce thème s’est déplacé sur le droit à disposer de son corps à sa guise, jusques et y compris dans ces formes extrêmes que sont le droit à le maîtriser ou à le détruire : le suicide, l’anorexie mentale, la mode punk, les multiples formes de soumission et d’offrande du corps à des fins sadiques, etc.

Ainsi, au travers du corps, hérité de l’union des parents, c’est la relation à ceux-ci qui se joue à nouveau. L’adolescent vit les transformations imposées de la puberté comme une actualisation de sa soumission infantile aux parents. Ceux qui ont mal résolu cette période et demeurent trop dépendants de leurs parents vont mal supporter cette confrontation et seront tentés d’y réagir d’une manière ou d’une autre.
En effet, ce corps en mutation, lieu essentiel d’expression des transformations de la puberté, effets de la physiologie et non du pouvoir du sujet, échappe à sa maîtrise, qui est un des acquis importants de « l’âge de raison » ou phase de latence. L’adolescent peut se croire maître de ses pensées et de ses idéologies, mais il subit son corps et assiste, impuissant, à ses transformations. Le corps est le représentant de la nécessité : « Tu es un garçon, tu es une fille, tu es ainsi, tu n’es pas autre-
ment. » Cette nécessité renvoie les adolescents à leur vécu de passivité et de dépendance à l’égard de leurs parents, et les conduit à les apostropher par un : «Je n’ai pas demandé à naître. » Ce corps étranger, qui perd avec l’adolescence sa familiarité, qu’il va falloir réapprendre à aimer et à accorder à son image de soi, est aussi un corps incestueux, porteur des désirs et fruit de l’union
des parents.
Pour toutes ces raisons et parce que le corps est un élément essentiel de l’identité, la question du rapport au corps est au cœur des difficultés de l’adolescence.

Il est intransigeant. Est-ce grave

Il est intransigeant. Est-ce grave ?

Si la timidité est volontiers perçue comme féminine, l’intransigeance passe pour virile. Et pourtant, elle n’est pas si différente de la timidité, apportant une réponse opposée à une situation de base commune. Comme souvent, l’opposition ou l’excès renvoient à leur contraire. Là où la timide dissimule derrière son effacement son désir d’occuper le devant de la scène, de séduire les hommes et d’écraser ses rivales, l’intransigeant affiche une assurance et une raideur qui cachent sa vulnérabilité et sa peur constante que sa valeur ou même son identité soient menacées. L’intransigeant vit sur la défensive. C’est une façon de se prémunir contre ce qui paraît être une faiblesse aux yeux de l’adolescent : le risque d’être submergé par ses émotions. Le sentiment de désarroi, l’envie de pleu-
rer, la tristesse et la solitude, le besoin d’être soutenu et entouré, l’envie et la crainte se laisser aller, la peur de ne plus se contrôler, la passivité et le féminin sont souvent associés.

Toutes ces envies et ces craintes sont particulièrement sollicitées par le début de la puberté et ce que celle-ci éveille de désirs régressifs et d’envies passives de recevoir et de se remplir. Bien des garçons, mais aussi des filles, ayant des tendances dépressives et abandonniques (c’est-à-dire ayant souffert de sentiments de solitude et d’abandon pendant leur enfance et ayant tendance à se remettre dans des situations où ils provoquent ces attitudes de la part des autres) se rigidifient dès les premiers signes de la puberté et adoptent des attitudes opposées à leurs désirs réels à cause des craintes qu’ils suscitent. Ils se montrent particulièrement intransigeants, durs, insensibles à la pitié, impitoyables et méprisants envers les faibles, qu’ils identifient à cette part d’eux-mêmes
qu’ils rejettent. Liée à une souffrance non élaborée pendant l’enfance, cette part non acceptée d’eux-mêmes les conduit à refuser tout ce qui leur paraît être en relation avec cette période, c’est-à-dire l’infantile, confondu ici avec l’enfantin. Ils partent à la recherche de modèles adultes qui puissent conforter leurs défenses et sont des proies particulièrement vulnérables pour certaines sectes ou idéologies de la force et de l’ordre. Car, paradoxalement, les personnes d’apparence dure se ressentent intérieurement comme des personnes faibles et potentiellement peureuses. Leur besoin de compréhension et de soutien, et ce qui demeure en eux d’infantile, les conduisent à adhérer à leurs modèles, leaders ou idéologies, sans réserve et sans esprit critique, comme un enfant cherche refuge dans les bras protecteurs d’un parent.

Les adolescentes tolèrent souvent mieux les résurgences des besoins de leur enfance. Elles les accueillent de façon plus souple et ne les ressentent pas autant comme menaçantes pour la nouvelle image qu’elles sont en train de construire d’elles-mêmes. Il existe toute une gamme possible de réactions d’intransigeance. Elles peuvent concerner tous les secteurs de la vie (positions idéologiques, religieuses, politiques, goûts alimentaires, habitudes de vie, tenues vestimen-
taires, etc.), ensemble ou à leur tour, et sont le plus souvent passagères. Leur point commun est une brutale crispation sur un choix qui devient indiscutable et dont la rigidité même tient lieu d’explication. L’adolescent a ainsi balisé son territoire, planté son drapeau ; l’on pres-
sent bien que c’est son image de lui, voire son identité, qui se jouent là. Il n’est pas opportun d’attaquer de front ces convictions. On ne ferait, en établissant un rapport de force, qu’accroître l’intransigeance de l’adolescent. Mais on n’est pas obligé non plus d’y adhérer ou de les cautionner, et encore moins de se laisser tyranniser. Il apparaît même souhaitable que les parents, et les adultes en général, sachent garder eux-mêmes leurs convictions. Cela paraîtra plus rassurant à l’adolescent qu’une attitude qui lui confirmerait que rien ne résiste à ses désirs. En outre, l’adolescent intransigeant a besoin de marquer sa différence en s’affirmanc et en s’opposant.
L’absence d’opposition le pousse souvent à la surenchère, jusqu’à ce qu’il se heurte à la limite à partir de laquelle ses parents refusent de le suivre. En fonction de l’âge et de la nature de l’engagement, des limites peuvent et doivent être posées par les parents, mais la meilleure réponse à l’intransigeance d’un adolescent reste de la dédramatiser et d’ouvrir l’adolescent à d’autres centres d’intérêt, tout en le soutenant dans ses réussites et ses points forts. Le plus souvent, ces raideurs demeurent passagères et fluctuantes jusqu’à ce que l’adolescent soit en mesure de choisir plus librement, et avec moins de contraintes intérieures, sa propre voie.

C'est un égoïste. Il ne pense qu'à lui...Cela va-t-il passer avec le temps

C’est un égoïste. Il ne pense qu’à lui…Cela va-t-il passer avec le temps ?

L’égoïste est défini, de façon humoristique, comme «celui qui ne pense pas à moi»… Sous la boutade
se cache une certaine vérité. La personne qui reproche à l’adolescent son égoïsme l’exprime souvent d’une façon qui lui laisse à penser qu’il ne tient pas suffisamment compte d’elle. Le reproche risque alors d’installer une relation sadomasochiste de harcèlement réciproque entre l’adolescent et l’un de ses parents, si ce n’est les deux. La fréquence de cette situation fait apparaître l’égoïsme comme une forme de défense par laquelle l’adolescent tente d’échapper à ce qu’il ressent, à tort ou à raison, et souvent un peu les deux, comme une emprise parentale. Il crée une barrière protectrice, un rempart qui le protègent d’une soumission passive aux désirs de l’entourage.

Le traiter d’égoïste, c’est porter un jugement de valeur sur sa personne, en risquant de le dévaloriser et de renforcer son sentiment de persécution. Le plus souvent, la blessure narcissique que cela entraîne affaiblit le sujet et le pousse à se conforter dans son comportement. Mieux vaut tenter de déplacer le lieu du conflit en tâchant de poser des limites aux attitudes qui posent problème, plutôt que déjuger l’individu dans sa globalité. Par exemple, on peut décider en famille que les enfants participeront désormais à telle ou telle tâche, en essayant d’éviter une confrontation qui conduit en général à l’escalade entre l’adolescent et le parent le plus impliqué. Quand le blocage est trop important, faire appel à un tiers est toujours un moyen de dédramatiser
la situation. C’est l’intérêt des thérapies familiales.

Il est instable. Que faire

Il est instable. Que faire ?

L’instabilité concerne plus souvent les garçons que les filles. Elle se traduit par l’impossibilité de tenir en place, par le besoin incessant de s’occuper, par la difficulté à écouter et à se concentrer sur des activités sédentaires. S’y ajoute habituellement le besoin de houspiller l’entourage et de le provoquer. L’adolescent instable ne tolère pas les remarques et les réprimandes, éprouve un sentiment d’injustice, n’accepte pas d’être en faute et en rejette la responsabilité sur les autres, a besoin de se faire remarquer et ne supporte pas la solitude. Bref, on a le sentiment que derrière cette agitation se cachent une grande vulnérabilité, un enfant malheureux et seul, qui
n’arrive pas à trouver une place qui soit bien à lui où il puisse s’installer. L’instabilité associe à une agitation motrice, qui peut être le besoin de parler tout le temps, des caractéristiques psychologiques qui, toutes, dénotent une impossibilité d’attendre, de contenir les tensions et de tolérer les conflits et les émotions à tonalité dépressive qui pourraient mettre en cause l’adolescent lui-même. Cette double dimension de l’instabilité montre qu’à côté de facteurs qui peuvent être liés au tempérament (ayant éventuellement une cause héréditaire), il existe des facteurs psychologiques, peut-être favorisés par les premiers, révélant l’hypersensibilité de ces jeunes à leur environnement et, par là même, leur vulnérabilité : ils ne trouvent pas en eux les moyens de contenir et de gérer les tensions qui les affectent, qu’elles viennent de l’extérieur ou de l’intérieur.

Le soutien que peut apporter l’entourage à ces adolescents est important. Il leur sert d’enveloppe protectrice et les aide à penser et à élaborer leurs tensions. A contrario, si ces adolescents sont instables, c’est aussi parce que leur enfance a été marquée par un manque, notamment dans la capacité de l’entourage à les aider à faire face à des situations données. Il n’est pas rare, d’ailleurs, que l’on retrouve des situations familiales difficiles, des conditions d’éducation chaotiques, des traumatismes sexuels ou autres derrière une adolescence instable. Ou encore, plus simplement mais plus difficilement détectable, il peut s’agir d’une relation de « surstimulation » de l’entourage, qui n’a pas su s’accorder aux besoins de l’enfant pour installer une relation apaisante.
Il est ainsi fréquent que le petit garçon ait fait l’objet d’une attention particulière de sa mère, exprimée davantage sur le mode de l’inquiétude et de la réprimande que de la sollicitude tranquille. En grandissant, l’enfant développe une relation dans laquelle il sollicite sans cesse l’attention de sa mère par son agitation ou par ses bêtises. L’insatisfaction réciproque devient un moyen de gérer une relation trop intime et trop excitante pour être supportable dans le plaisir et la satisfac-
tion partagés.
L’instabilité est toujours un eut à prendre au sérieux car, une fois installée, elle est lourde de conséquences. Elle en vient rapidement à se renforcer elle-même. Elle conduit à l’échec scolaire, est source de réprimandes et de rejet qui ne font que déstabiliser encore davantage l’enfant et le conforter dans son comportement. Aussi, le plus tôt possible, faut-il tenter d’inverser la situation
en élaborant des stratégies d’apaisement et de valorisation de l’enfant.

Les formes majeures d’instabilité peuvent déboucher sur des difficultés d’apprentissage invalidantes pour l’adolescent qui risque, s’il en souffre, d’être renvoyé de partout. Dans ce genre de situation, et après un bilan hospitalier préalable obligatoire, il est possible d’envisager la prescription de Ritaline. Ce médicament peut avoir des effets positifs sur les capacités de concentration et les résultats scolaires, mais, attention, il s’agit d’une amphétamine, c’est-à-dire d’un produit psychotrope qui habituellement a des effets excitants. Paradoxalement, ce médicament calme l’hyperactivité, mais il n’est pas sans risque de dépendance.

Aussi la prise de médicament ne doit-elle pas remplacer une aide psychothérapeutique individuelle ou
familiale, bien souvent indispensable.